Aubin Minaku confirme le despotisme politique en R.D.C. et renie la représentation nationale

COLLECTIF POUR LE CONGO-CPC

plateforme des associations citoyennes

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Le samedi 5 juillet au soir , à Ottawa , devant un public de sympathisants du PPRD , du personnel de l’ambassade et d’autres sympathisants congolais, Aubin Minaku a prononcé un discours dont l’essentiel se résumait en la détermination, de la part de la majorité présidentielle, de modifier la constitution afin de garantir l’élection de Kabila. Car il « Kabila » a le meilleur projet de société « la social-démocratie » et puisqu’au plan éthique, il il est le meilleur gestionnaire des fonds publics. Tout au long de son discours, Aubin Minaku a dit exprimer la volonté de son « chef » et représenter l’intérêt de la majorité présidentielle qui se confond à l’intérêt de la république. D’Ottawa, il a déclaré :

« Une fois rentré à Kinshasa, sur instruction du chef, je vais organiser une conférence pour dire clairement ce que veut la majorité – clairement, dans l’intérêt de la république. Mais je vais anticiper devant vous – car vous pouvez aussi communiquer dans l’intérêt de la république »

Effectivement, rentré à Kinshasa, le jeudi 17 juillet, Aubin Minaku a réuni la presse devant qui il a réitéré l’apologie de Kabila et le désir de son maintien au pouvoir. Ce nouveau discours est aussi repris dans le Carnet de Colette Bachmann du 21 juillet 2014. Lorsque la journaliste évoque l’article 220 de la constitution qui est boulonné, Aubin Minaku étale :

« A ce sujet, il faudra qu’une décision soit prise, et alors on appellera les conseillers…Il faudra en tous cas tenir compte de tous les paramètres, dont celui de l’armée. Brassages et mixages ayant échoué, il faut savoir
qu’un seul homme, aujourd’hui, a de l’ascendant sur tous les commandants, …
c’est le chef de l’Etat … Il est le seul qui, commandant suprême de l’armée, en connaît tous les rouages. Cette armée, en pleine recomposition, il ne faudrait pas la mettre mal à l’aise. Constituer une armée forte, avec une capacité dissuasive, pour un pays de cette taille, cela prend du temps, ce n’est pas en cinq ans qu’on peut le réussir, sinon, il y a beaucoup de risques de dérapages… En outre, le dossier de l’Est du pays est loin d’être clos, rien n’est terminé. Des aspects militaires doivent encore être gérés… Un autre président élu chercherait d’abord à se sécuriser lui-même, ce qui Signifierait démanteler les bataillons actuels pour créer d’autres
Structures. Durant ces temps de recomposition, il apparaîtra peut-être que les velléités rwandaises ne sont pas terminées.

Et ne parlons pas des Mai
Mai, des Bakata Katanga…Il y a tellement de tensions en Afrique que l’on ne peut s’offrir le luxe d’une déstabilisation du Congo, qui serait provoquée par une « passion post-électorale ». D’où la nécessité de maîtriser tous ensemble le processus post électoral, c’est un impératif qu’il faut bien faire comprendre. Nous allons aussi défendre notre dossier sur le plan international en soulignant qu’on ne peut faire deux poids deux mesures, avoir un message pour le Congo, un autre pour le Burkina Faso, le Congo Brazzaville, le Rwanda…Il faut avoir le même degré d’exigence pour tout le monde… De toute façon, pour toute révision constitutionnelle, nous pensons qu’il faut passer par le « souverain primaire » c’est-à-dire le peuple, donc organiser un referendum…Mais le « go » n’est pas encore donné, même si la majorité présidentielle va bientôt révéler sa stratégie… »

Clairement, à la démarche humaniste du Président Obama qui conseille le renforcement des institutions de l’État plutôt que de cultiver le despotisme, il ne manque pas des groupes utilitaristes pour conseiller le maintien du statu quo. C’est à partir du Canada, conseillé sans doute par des utilitaristes, qu’Aubin Minaku développe une propagande libérale destinée à contrer les pressions pour la non-révision pré- électorale de la constitution. Cette propagande commence par créer un drame : la menace de « l’implosion du pays, le retour de la guerre, la désintégration de la jeune armée » qui nécessite le maintien du rédempteur. Le propagandiste, ce rôle revient à Aubin Minaku, secrétaire général du PPRD, président de la majorité présidentielle. Il est bien placé pour manipuler les règles du jeu et les groupes des citoyens. Mais seulement, son rôle de propagandiste devenu si visible ne le rend-il pas indigne de représenter l’organe législatif par lequel la nation est sensée exercer sa souveraineté?

D’ailleurs, en suivant les propos de Minaku, on est frappé par l’usage des termes « le chef, sur instruction du chef, etc., lorsqu’il évoque sa relation avec le Président. En plus, tout au long de son discours Aubin Minaku s’affiche comme agent du PPRD, agent du Président Kabila, on ne le voit nullement s’affirmer comme président de l’assemblée nationale, organe autonome censé exercer le pouvoir législatif et représenter le souverain primaire. Minaku est-il conscient de ces principes de la distinction des organes et de la séparation des pouvoirs qui caractérisent la république?

Il semble que Aubin Minaku ignore tout de cette culture politique de l’État de droit qui traite de trois pouvoirs égaux « le Trias Politica » ( le législatif crée des lois; l’exécutif exécute les lois et le judiciaire applique les lois). Ce principe fait référence à une distribution des pouvoirs de façon à assurer un équilibre entre les institutions. Chacun de ces pouvoirs a à la fois la faculté de statuer et d’empêcher. La faculté de statuer étant le droit d’ordonner par soi-même ou de corriger ce qui a été décidé par un autre. Tandis que la faculté d’empêcher est le droit d’annuler une résolution prise par un autre organe de pouvoir. Théorisé par des philosophes, dont essentiellement Locke, Montesquieu, J. J . Rousseau, Max Weber, A. de Tocqueville, etc., le principe de la séparation des pouvoirs caractérise toute république « res-publika ». Même dans le système parlementaire où la frontière entre l’exécutif et le législatif est nébuleuse, on veille à la distinction de deux pouvoirs. Nulle part dans des systèmes présidentiels ou la séparation de l’exécutif et du législatif n’est que plus clair, le pouvoir législatif, n’est soumis à l’exécutif. Il est suprême et inconditionné (ne dépend d’aucun autre pouvoir). Faute de consacrer la prééminence du parlement sur l’exécutif, le principe de la séparation des pouvoirs consacre au moins le partage des pouvoirs entre les organes distincts de l’État. C’est ce principe qui est renié en bloc par la junte au pouvoir en « République Démocratique du Congo ». Aubin Minaku est plutôt à l’aise avec le despotisme, cette concentration des pouvoirs de l’État chez le président Kabila qui se traduit par la négation de tous les systèmes de séparation de pouvoirs.

D’abord, la séparation classique des pouvoirs évoquée ci-haut. L’assemblée législative dont la mission première est de créer des lois dans l’intérêt national, remplie par une majorité présidentielle (dont nombreux députés sont nommés plutôt qu’élus) et présidée par un propagandiste du Président, est entièrement bridée. Elle ne fait qu’entériner les lois préparées à l’extérieur et n’a pas de véritable pouvoir de délibération ou de modification (droit d’amendement). La procédure de validation des mandats en 2012 n’a été qu’une occasion d’écarter des députés libres pour laisser en place des députés, même non élus, mais loyaux au pouvoir présidentiel.

Le judiciaire est entièrement soumis au Président (l’exécutif), la justice n’est pas indépendante : par conséquent, les droits de l’homme, pourtant proclamés dans la constitution, sont bafoués. Les

règles de droit sont écartées dans les litiges, en particulier les litiges électoraux, pour légitimer les décisions de l’exécutif.

En outre, la centralisation de l’État traduit un rejet de la séparation verticale des pouvoirs. La division des pouvoirs sur différents niveaux territoriaux que devrait consacrer la décentralisation ou le fédéralisme est bloquée. Les autorités locales mettent en œuvre la politique du pouvoir central qui les contrôle étroitement. Ces autorités ne sont pas indépendantes, alors qu’il est prévu qu’elles le soient en droit.

Il y a enfin le rejet de la séparation des pouvoirs entre différents partis politiques – Le contrôle de toute la vie politique par une tendance politique ressemble au système de parti unique. Il se traduit par la distribution de tous les postes publics clefs aux proches du pouvoir (clientélisme, corruption). Le multipartisme n’est que de façade. La manipulation des scrutins et le changement des règles de vote en faveur du groupe au pouvoir en sont des indicateurs. En plus, toute opposition est réprimée, les manifestations de l’opposition sont interdites. Bref, la majorité acquise par corruption, d’ailleurs, renie à l’opposition la liberté d’action.

La concentration des pouvoirs entre les mains d’un président, qui est lui-même un agent placé pour permettre l’exploitation facile des ressources naturelles du Congo, équivaut au transfert de la souveraineté nationale aux marchands du monde utilitariste.

Il parait évident que suite aux pressions pour le respect de la constitution, des utilitaristes ne ménageront pas d’efforts pour soutenir le statu quo, le despotisme, qui leur est favorable pour la poursuite de l’acquisition des terres arables, des concessions minières et bien d’autres ressources naturelles du Congo. Les groupes de citoyens devraient coaliser pour contrer la nouvelle propagande de la révision constitutionnelle pré-électorale, « par référendum ou par le parlement en congrès ». Alors que cette propagande vise la manipulation des citoyens, il suffit que nous, citoyens, soyons conscients pour maintenir la pression de la non-révision pré-électorale. Toute tentative de modification constitutionnelle à l’approche des élections s’apparente clairement à la tricherie pour maintenir le despotisme.

Il devient donc impérieux que les citoyens s’organisent davantage pour contrer la propagande du statu quo. Que nos associations en diaspora et au pays intègrent l’objectif de la réflexion et du partage d’information d’intérêt national pour devenir des associations citoyennes. Que les associations citoyennes rejoignent la plateforme « Collectif des associations citoyennes » partageant la culture de participation politique et l’intérêt pour la nation. Rejoignons le collectif des associations citoyennes pour parler tous d’une voix par rapport à la constitution et à la nécessité du changement politique au Congo.

 

Pour CPC

 Marc Kapenda
Porte-parole


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