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CAMPAGNE ELECTORALE EN RD CONGO: de mal en pis

Par Le Pays

 

E. Tshisekedi et J. Kabila tous deux candidats aux elections du 28 Nov. 2011

-Voici un pays dont l’incurie de la classe politique est proportionnelle à son gigantisme. Oui, les hommes qui dirigent la RD Congo, ou qui aspirent à le faire, n’en finissent pas d’étaler aux yeux du monde leur incapacité notoire à instaurer dans ce pays un climat favorable à une vie démocratique apaisée. Non contents de n’avoir pas pu sortir le pays de la misère, ils jouent les apprentis sorciers, avec le risque de mettre à nouveau la RD Congo à feu et à sang.

Tous les signaux sont, à ce titre, au rouge. Et, sauf miracle, ce sont des violences graves qui seront servies aux Congolais au lieu d’élections libres, transparentes et régulières. Mais d’où viendra le miracle, quand le démon de la haine s’est emparé aussi fortement des acteurs politiques ? En effet, les deux poids lourds de la scène politique, le président sortant Joseph Kabila et l’opposant historique Etienne Tshisekedi, font montre d’une détermination à en découdre, l’un contre l’autre. Comme si l’élection à venir était le Graal ultime pour chacun d’eux, qu’il ne faut perdre pour rien au monde, ils ignorent ainsi leur mission d’hommes politiques : instaurer la paix et la démocratie et non pratiquer la politique de la terre brûlée. Mais c’est vrai que le système du scrutin à un tour exacerbe davantage les tensions.

La spirale de violence ne peut que compromettre le bon déroulement de la présidentielle du 28 novembre. Comment en effet tenir un scrutin crédible avec une campagne électorale aussi perturbée et peut-être un scrutin lui-même qui risque de connaître de nombreux impairs ? La communauté internationale, actrice majeure du processus électoral, devrait rappeler à l’ordre les protagonistes de la crise électorale actuelle. Sinon, elle devrait à terme cautionner une réélection très controversée de Joseph Kabila, comme ce fut le cas en 2006. Cette année-là, au moins, il y a eu un second tour où Joseph Kabila a été déclaré vainqueur face à Jean Pierre Bemba. Malgré tout, on sait comment tout cela a fini : des affrontements armés entre les forces des deux candidats, la fuite de Bemba en Belgique puis son extradition à la Cour pénale internationale.

Aujourd’hui, en face de Kabila, ce n’est pas un richissime seigneur de guerre, mais un vieil opposant qui se met à croire tout aussi fermement à son étoile. Là aussi, le choc des ego est tout aussi dévastateur. En définitive, il faut croire que les malheurs de la RDC sont le fait de ses hommes politiques. Kabila et Tshisekedi apparaissent de plus en plus disqualifiés pour prétendre gouverner le pays. Mais on ne peut, d’un coup de baguette magique, les rayer de la carte politique. Le report du scrutin ne peut non plus être envisagé sans l’accord du pouvoir qui redoute un vide constitutionnel. Les appels à l’apaisement, lancés par divers leaders d’opinion congolais et d’ailleurs, semblent tomber dans l’oreille d’un sourd.

Il faut donc faire avec, en croisant les doigts et en espérant qu’un zeste de raison habitera, le plus tôt possible, et Kabila, et Tshisekedi. Cependant, la communauté internationale peut au moins faire deux choses : préserver les populations civiles de la folie des hommes politiques et refuser de légitimer une élection qui ne respecterait pas les normes.

Mahorou KANAZOE