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Help is on the way…

Help is on the way…

Par Jean-Marie Dikebelayi, Pays-Bas (1)

Si demain est déjà écrit et qu’il est certain qu’il sera triste, autant rester au lit, ne pas se lever, ne pas se battre, ne pas réfléchir. Partout au monde, des femmes et des hommes refusent la fatalité, l’injustice, la dignité bafouée…  Au coeur de tous ces drames, ils osent se lever, se mettre en marche pour ouvrir de nouveaux chemins, pour innover et développer des réponses qui peuvent changer leurs vies, changer le monde à l’échelle locale, puis se démultiplier à l’échelle d’un ou plusieurs continents. Pas de panique, congolaises et congolais, mes chers compatriotes! Une autre situation est possible avec la rigueur et des choix qui vont à l’opposé de ceux de tous ceux qui, portés par une chance providentielle à la tête du Congo ne se sont pas montrés à la hauteur de la tâche.

Un ” meilleur Congo” est possible

Au fur et à mesure que nous nous approchons des rendez-vous électoraux, je me pose pas mal des questions, envahi par un sentiment de peur de voir l’histoire se répéter. Des fois, je doute, je cherche à comprendre où, nous les congolais, nous avons toujours “gaffé”, pourquoi en sommes-nous où nous sommes. Stupéfaction, écoeurement et incompréhension sont aussi les sentiments qui m’habitent, lorsque je constate que le Congo n’a jamais eu autant des moyens de l’espérance comme aujourd’hui (intellectuels, démographiques, matériels, financiers et autres…), mais paradoxalement,que les deséquilibres et les risques n’ont jamais été aussi grands! Nous avons fait tout ce qu’on nous a dit: nous avons organisé des tables rondes, des conférences nationales et des dialogues intercongolais, nous avons adopté de nouvelles constitutions, formé des cadres et constitué des partis politiques, nous avons fait des rébellions, formé des gouvernements d’union nationale, tenu des élections.., le constat est là, ça fait plus de 50 ans que nous tournons en rond. Les politiques sont pourris, les élites sont nulles, les jeunes sont fainéants, les vieux sont déconnectés, on peut continuer à l’infini la litanie des maux de notre société…même si tous ceux qui présentent cette vision sombre se voient immédiatement collés le qualificatif d’ennemis de la Nation. Est-ce un mauvais concours des circonstances, un mauvais timing ou une malédiction? Questionnement qui pourrait, peut-être, favoriser le relâchement des freins psychologiques.

Il ne faut pas trop d’accrobaties intellectuelles pour comprendre que nous sommes, nous-mêmes, responsables de cette situation. J’en veux pour preuve… observons, par exemple, les mouvements d’arrangements et d’alliances qui se mettent sur pied entre les partis politiques et les forces qui les constituent aujourd’hui. Tout est pensé en termes d’alliances tactiques pour gagner l’élection présidentielle en fonction d’intérêts à court terme, sans lien avec l’avenir de la Nation, sans rapport avec la construction d’une société des personnes libres bâtissant ensemble l’espace de leur bonheur, en tant qu’êtres responsables de leur destinée. C’est le déficit de leadership, simplement! Car, une personne, un petit groupe de citoyens, commis, peut changer des millions de vies, rehausser le prestige du Congo, assurer son rayonnement, et lui permettre d’imprimer sa particularité, et d’affirmer sa souveraineté et son indépendance en Afrique et dans le monde.

La Présidence du Congo

Dans le contexte difficile de la refondation du Congo et de la consolidation pratique et symbolique de l’Etat congolais, son Président doit être non seulement une locomotive, mais aussi une référence. Pour simple que puisse paraître, en pratique, la désignation de celui-ci dans un système où tout le monde a, par définition, le droit de s’exprimer, et où tout peut s’acheter à coup des billets de banque ou grâce la fraude, l’exercice du pouvoir présidentiel, en revanche, est plus compliqué, ne l’oublions pas. La stature du Président ne dépend pas du résultat d’une élection dans une circonscription électorale. On ne doit pas y aller parcequ’on est obsédé par cette question, on doit savoir pourquoi on est candidat Président, ce que l’on porte en soi et ce que l’on veut incarner. Une fois y arrivé, il ne suffit  de poser à côté d’autres chefs d’Etat et de débiter un discours devant des caméras actionnées par un parterre de journalistes, ni de voir son poster plaqué sur les murs dans tous les bureaux officiels, la symbolique-même de la fonction présidentielle exige d’avoir une autorité réelle, agissante et constante, une bonne compréhension des questions sécuritaires, stratégiques et diplomatiques du Congo et du monde. En plus, on doit être profondément dévoué aux intérêts du Congo, s’intéresser aux congolais où qu’ils se trouvent, à leurs besoins, à leurs aspirations, à leur protection, à leurs difficultés et à la manière d’y répondre. Il est vrai aussi que la présence d’une dimension spirituelle et éthique dans l’agir et la sagesse sont des vertus habituellement réservées aux chefs. Rares sont, pourtant, les Présidents qui en sont dotés! Illustration: l’introduction des nouvelles règles dans la constitution congolaise qui a eu lieu dernièrement, non pas en fonction de ce qui est juste, mais en fonction des adversaires a fait éclater au grand jour cette carence dans le leadership congolais. La fonction et le statut de Président du Congo sont une donne dont les congolais doivent connaître désormais l’importance et dont nul ne saurait contester la primeur dans la situation actuelle de notre pays. Il est responsable des lendemains qui pleurent et des lendemains qui chantent! La Présidence du Congo est constitutionnellement un instrument de bonne gouvernance du Congo, pour servir tous les congolais de la même manière, pour faire le bonheur du Congo et des congolais et non pour autre chose, il ne faut pas s’en servir pour faire peur aux congolais, ni pour les monter les uns contre les autres, ni encore pour enrichir les uns au détriment des autres, et encore moins pour organiser la transhumance politique. Si on en a une autre conception, où le pouvoir du Président doit, par exemple, faire une part à celui de nos voisins, on est vraiment en dehors de la piste. Le Congo doit être pour le Président du Congo plus important que tout. C’est un tel Président que le Congo veut et doit avoir. C’est un devoir patriotique pour les congolais et leurs représentants d’être vigilants à cela et pour la Justice congolaise de démêler tout cela. Il nous faut revenir sur ces conceptions élémentaires du pouvoir pour juger de ce que les différents Présidents qui se sont succédés à la tête du Congo nous ont légué par rapport à la nation congolaise et à l’image présidentielle même. “Le Président du Congo pour quoi faire?” sera, dès lors, l’enjeu clé de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011.

 

L’enjeu clé de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011

La question à la présidentielle du 28 novembre ne sera pas de savoir quelle famille politique, mais quelle personnalité révélera les qualités nécessaires pour gouverner le Congo dans sa situation actuelle. C’est à la fois la grandeur et la difficulté d’être Président du Congo. N’est-ce pas trop compliqué, par exemple, d’avoir été anti-mobutiste et de pratiquer le mobutisme? C’est pourquoi je pense que la fameuse ” Troisième République” Congolaise n’est, en réalité, qu’une construction langagière que charpentent les lois de la rhétorique et les enjeux du pouvoir, sans contenu. La Troisième République est encore à construire. Les défis du futur Président sont si nombreux, si multiples et si énormes qu’ils offrent, une nouvelle fois l’occasion de s’interroger sur l’avenir du “grand Congo”. L’enjeu de cette élection est donc différent de celui des élections de 2006, l’ambassadeur doit l’être aussi. L’élection présidentielle de 2011 devra être basée sur la confiance réciproque entre le candidat et le peuple congolais, autant que le système bancaire. Le candidat ou la candidate doit inspirer confiance au peuple congolais pour que celui-ci la lui rende! Des accidents, comme l’arrivée à la tète du Congo de certains aventuriers qu’on a connus, ne doivent plus se répéter, les congolais n’en veulent plus!  Dès que nous laissons n’importe qui accéder à la présidence du Congo, la fonction de Président du Congo cesse d’être la plus haute responsabilité de ‘Etat! Se présenter à l’élection du 28 novembre pour répéter aux congolais ce qu’ils ne veulent plus entendre, sera plus qu’une insulte, du déni du peuple congolais. La Majorité au pouvoir est composé des gens assez expérimentés pour reconnaître les signes d’un régime en perdition. Et l’autorité morale de cette plate forme a acquis assez d’expérience en politique pour savoir que le soutien qui lui est brandi n’est que de façade, en politique, un Chef devient un canard boiteux le jour où il laisse entendre qu’il partira. Le Congo est doté des gens qui peuvent lui donner un autre visage, il existe des alternatives possibles aux problèmes du Congo. Mais le Congo d’aujourd’hui n’a pas besoin d’alternatives possibles, il a besoin d’une alternative disponible ici et maintenant.

 

La disponibilité d’Etienne Tshisekedi, plus de résignation que d’enthousiasme

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, il faut rappeler que la situation perilleuse du pays est l’un des éléments déterminants de l’implication de cet homme, dont le nom était déjà inscrit en lettres d’or dans les annales de la lutte pour l’avènement de la démocratie au Congo, dans ce processus électoral et non pas une foi dans le processus lui-même. Faisant sien un proverbe arabe qui dit “qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse”, le voilà de nouveau, comme un soldat, se tenir prêt pour une énième épreuve lorsqu’il s’agit d’une question touchant à l’avenir de son cher Congo. Un geste d’autant plus fort quand nous savons que la fin d’une chose vaut mieux que son commencement. Qu’il révendique un rôle de premier plan, c’est tout à fait normal. C’est l’inverse qui ne le serait pas. Sinon, les bénéficiaires des fruits de sa longue lutte ne seront que des “enfants qui héritent d’un papa qui n’est pas leur père”!  De tous les vaillants et valables candidats potentiels de l’opposition, il est celui dont la volonté d’aller jusqu’au bout n’est pas une feinte, et le plus capable d’obtenir plus des parrainages nécessaires. Il est également celui qui se tient réellement prêt à affronter l’épreuve dure de l’élection présidentielle, qui dit clairement pouquoi il est candidat, dont la majorité des congolais savent ce qu’il porte en soi et ce qu’il veut incarner. Il est temps pour l’Opposition congolaise de cesser de s’installer longuement dans une indécision inutile et coûteuse quant au soutien à apporter à son candidat naturel. Si certains électeurs du 28 novembre vont se déterminer en fonction des belles paroles ou fait d’annonces des candidats qu’on appelle aussi légèrement “programme politique”, il y en aura qui se détermineront, certes, en fonction du mot d’ordre donné par leurs chefs des partis, mais je suis certain que plus de la moitié se détermineront, si la CENI organise des élections justes, démocratiques, transparentes et dans un climat apaisé, seulement en fonction l’équation personnelle du candidat.

La Commission Electorale Nationale indépendante (CENI) et les élections apaisées

Le retard pris par cet organe dans la préparation des opérations électorales plonge le Congo dans un malaise politique et un désarroi institutionnel qui sème quelques doutes sur la tenue des élections dans un climat apaisé comme tout le monde souhaite. Après avoir publié un calendrier complet et global suite à des consultations avec les principaux acteurs, et surtout à la demande pressante de l’Opposition, calendrier, cela dit en passant, très critiqué, jugé irréaliste et imparfait, mais nécessaire néanmoins, la CENI hésite sur les corrections à apporter, et trouve plus judicieux de n’y procéder que lorsqu’il n’y aura plus de doute sur l’impossibilité de la tenue des scrutins aux dates fixées. Cette détermination affichée de la CENI de respecter son calendrier n’est pourtant pas une garantie suffisante pour la tenue des élections apaisées au moment où la situation d’incertitude juridique plane. La CENI gagnerait en crédibilité en s’acquittant de sa tâche avec professionalisme, sans faire de la politique, dans le respect du serment prêté par ses membres et la claire conscience de rendre fidèlement compte du vote émis par les congolais. La CENI ne doit pas se substituer au peuple congolais. La Constitution congolaise ne donne pouvoir qu’au peuple congolais de choisir son Président, la Commission rend compte du choix du peuple, elle ne choisit pas le Prédent pour le peuple congolais, elle doit être indépendante vis-à-vis de l’Administration et des partis politiques. Ce qui ne semble pas évident!

 

En guise de conclusion

On ne peut pas résoudre un problème en le posant mal ou en omettant un certain nombre de ses paramètres essentiels. C’est pourtant ce qui se passe depuis que le Congo a accédé à la souveraineté internationale. Les différents régimes qui se sont succédés n’ont pas échoué par hasard ou par malchance. Les pays qui émergent aujourd’hui comme le Brésil, la Chine, l’Afrique du Sud…doivent leur succès à la qualité de leur leadership. Nous les congolais, nous n’avons pas encore réussi à nous doter d’un leadership que nous méritons comme pays et comme peuple, un leadership, capable d’être une locomotive et une référence. C’est l’enjeu de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011. Certains candidats vont nous proposer des “projets”tous plus improbanles les uns que les autres pour ne pas avoir l’air “à côté de la plaque”, nous présenter des communications sur communications, puis, une fois les élections passées, on les oublie… De telles opérations de charme ne toucheront que très peu des citoyens, voire pas du tout une grande frange de la population dont les difficultés de la vie quotidienne sont restées sans réponse. Le candidat à qui les congolais devront ouvrir les portes de la Présidence du Congo devra et devrait être celui-là qui sera jugé non seulement capable de représenter valablement le Congo et ses habitants, mais aussi d’apporter des réponses aux souffrances des congolais. Un exercice  d’autant plus facile pour le candidat sortant qu’il n’aura qu’à démontrer aux congolais dans quelle mesure, depuis qu’il a pris la Présidence du Congo, il a contribué à atténuer leurs misères. Tous les congolais savent comment Etienne Tshisekedi a, depuis bientôt 30 ans, lutté pour cet objectif. Trois éléments sont particulièrement intéressants dans le retour de cet homme sur la scène politique. Il a mesuré l’importance de la dimension régionale de notre pays, il a vu le pays naviguer à vue, comme un bateau sans capitaine, déçu, il s’est vu placé dans l’obligation de se remettre au travail pour achever ce qu’il avait commencé, atteindre l’objectif de sa longue lutte, un objectif plus modeste et plus précis: faire du Congo un Etat, et il s’engage à y consacrer, comme il vit encore, ce qui lui reste comme force et davantage des moyens tant matériels qu’humains pour atteindre son objectif. C’est lui qui, pour toutes ces raisons, parait être l’homme de la situation, l’alternative crédible pour offrir au Congo un meilleur visage possible.

 

 

(1) Jean-Marie Dikebelayi est titulaire d’un Master de Droit Comparé et Européen (Comparative and European Law) de l’Université de Maastricht (Pays-Bas). Outre ses activités académiques, il est bien connu dans l’univers des médias. Il est très impliqué en politique africaine et congolaise. Il a signé beaucoup d’articles d’une analyse sans complaisance,  destinés à sensibiliser la jeunesse et les élites africaines sur la responsabilité qui est la leur dans la rédaction de nouvelles pages de leurs pays et du continent. On serait tenté de le qualifier de politicien qui a été juriste, mais l’intéressé se considère lui-mème comme un juriste qui participe aux débats des politiciens.