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JOSEPH KABILA – ETIENNE TSHISEKEDI : UNE ENTENTE POSSIBLE ?

Source: La Prospérité

-Cette fin d’année 2010 est incontestablement marquée par les positionnements des états-majors politiques en prévision des élections générales de 2011. L’AMP de Joseph Kabila est plus que jamais soudée derrière son chef de file, et sa réélection à la présidence de la République est plus que probable. En face de lui, l’opposition peine à trouver ses marques depuis la détention du président du MLC Jean-Pierre Bemba à La Haye. Le retour d’Etienne Tshisekedi n’a pas suscité l’engouement espéré par ses partisans et même si cette figure historique du combat contre la dictature de la Deuxième République va probablement rallier autour de sa personne et de son parti une certaine frange de l’ancienne opposition au Maréchal Mobutu, le candidat de l’UDPS n’a que de faibles chances d’atteindre le deuxième tour de la présidentielle 2011. Deux formations politiques vont tenter de l’en empêcher, l’UNC de Vital Kamerhe et le MLC, dirigé par François Mwamba. Les ambitions de Kamerhe Vital Kamerhe est le premier candidat à l’élection présidentielle à s’être lancé dans la campagne 2011. Après une déclaration politique aussi fracassante que populiste, marquée par une absence de projet de société et centrée autour d’un « rêve » pour le Congo, Kamerhe s’est rendu dans son terroir kivutien où il bénéficie de la popularité acquise en 2006 grâce au candidat Joseph Kabila, avec lequel il avait alors sillonné le pays. Après avoir expliqué aux Congolais les raisons de choisir le projet social-démocrate présenté par Joseph Kabila en 2006, Kamerhe s’est rangé dans l’opposition, invoquant un déficit de leadership au sein de la majorité à laquelle il a appartenu et faisant état des souffrances des Congolais, invités à le suivre dans son « rêve ». La sortie politique de Kamerhe a eu pour principal effet de brouiller son image dans l’opinion congolaise et de le désigner comme l’homme à faire taire par l’opposition habituelle. En effet, les raisons présentées par Kamerhe pour justifier sa volte-face n’ont convaincu personne. Lorsqu’il affirmait dans sa déclaration politique du 14 décembre dernier avoir fait des propositions qui n’ont pas été écoutées par Joseph Kabila en raison de l’obstruction systématique d’un gouvernement parallèle, Kamerhe tenait un discours de conseiller, incompatible avec sa position d’ancien numéro deux du régime, disposant de tout l’appareil majoritaire pour mener à bien les réformes qu’il aurait voulu imprimer à la Troisième République. Un conseiller à la présidence aurait pu tenir ce genre de propos, mais certainement pas un ancien président de l’Assemblée nationale, qui avait les moyens, soutenu par l’ensemble de la majorité, de réformer la société congolaise conformément au programme social-démocrate défendu en 2006. Après avoir calculé la sortie politique de son parti pour étouffer à dessein la diffusion des résolutions du congrès de l’UDPS, Kamerhe veut se présenter aujourd’hui devant les Congolais comme le seul opposant compétitif face à Joseph Kabila. En briguant la magistrature suprême, Kamerhe sait qu’il n’a aucune chance d’emporter le scrutin présidentiel en 2011 mais va certainement choisir le moment venu entre deux scénarios. Sa première ambition de campagne consiste à arriver second du premier tour, pour négocier ensuite ses services comme Premier ministre pendant la durée de la prochaine législature. Une variante de la stratégie menée par le PALU en 2006. Si Kamerhe n’arrive pas en deuxième position derrière Joseph Kabila en 2011, force lui sera, en deuxième ambition, de négocier son retour au bercail majoritaire en reversant les éventuels députés de l’UNC dans le giron présidentiel, après avoir fait une démonstration de force au « gouvernement parallèle ». En effet, la défection de Kamerhe ne s’explique pas autrement que par un coup de sang contre ses anciens camarades Evariste Boshab et Augustin Katumba, secrétaire général du PPRD et ancien secrétaire exécutif de l’AMP, mais il n’ira probablement pas jusqu’à une inscription durable dans l’opposition à Joseph Kabila sur la période 2011-2016. Trop d’inconnues rendent une telle attitude hasardeuse pour son avenir politique. Pour parvenir à ses fins, la primature ou une participation massive au gouvernement en 2011, Kamerhe cherchera à affaiblir l’opposition habituelle. En effet, et parce qu’elle part avec le handicap de n’avoir aucun député national ou provincial (c’est le cas également de l’UDPS), l’UNC sera obligé de mener une campagne à tous les échelons contre les candidats de l’UDPS et alliés ainsi que du MLC et apparentés pour se faire une place au soleil dans l’espace politique congolais. Cette campagne sera très dure car la majorité défendra énergiquement ses bastions nationaux et provinciaux (11 provinces sur 11 sont actuellement contrôlées par l’AMP) et l’opposition habituelle cherchera à se maintenir (MLC), à conquérir des place-fortes (UDPS), ou à ne pas disparaître (RCD etc.). En définitive, Vital Kamerhe n’a aucun intérêt à voir l’opposition habituelle se renforcer. Le sort du MLC La campagne de 2011 sera celle de tous les dangers pour le MLC de Jean-Pierre Bemba. Ce parti sera emmené aux élections générales par son actuel secrétaire général François Mwamba. Si le MLC présente un Jean-Pierre Bemba incarcéré à La Haye comme candidat à l’élection présidentielle, la déroute sera certaine et cette formation politique deviendra un parti marginal sur l’échiquier congolais. Le MLC sera le parti qui aura le plus à craindre des prochains scrutins électoraux. D’abord, le résultat obtenu par Jean-Pierre Bemba et ses députés nationaux et provinciaux en 2006 tient pour beaucoup au report des voix de l’UDPS, après qu’Etienne Tshisekedi ait donné une consigne de non-enrôlement à ses partisans, dont beaucoup, désorientés et perplexes, ont choisi de soutenir le MLC de Jean-Pierre Bemba. Ensuite, le MLC doit avoir au moins pour objectif de maintenir son statut de premier parti de l’opposition parlementaire, ce qui sera extrêmement difficile compte tenu du retour naturel vers l’UDPS d’une bonne partie de son électorat de 2006. Enfin, les divisions internes et la pratique de l’exclusion ont affaibli ce parti au cours de la législature écoulée et plusieurs de ces membres (exclus ou marginalisés), déjà convaincus par l’action de Joseph Kabila, emmèneront leurs partisans vers celui-ci en 2011. En présence de l’UDPS et de l’UNC de Kamerhe, et en l’absence de Jean-Pierre Bemba, le résultat du MLC en 2011 devrait être divisé au mieux par trois. Et l’UDPS ? En 2011 l’UDPS jouera son va-tout. Etienne Tshisekedi, absent en 2006 parce qu’il n’a pas cru à la réalité du processus électoral soutenu par l’Union Européenne, a été plébiscité candidat de son parti en 2011. Sa responsabilité personnelle sera engagée en cas de défaite, avec le risque d’une dislocation complète de l’UDPS, déjà sérieusement ébranlée par les luttes intestines entre les courants Mutanda, Mukendi et Beltchika, qui se poursuivent en sourdine malgré l’appel au rassemblement lancé par Tshisekedi au congrès de l’UDPS. Opposant historique du Maréchal Mobutu, Tshisekedi avait mal négocié le tournant politique manifesté par l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila en 2006, soutenu alors par la communauté internationale comme seule alternative pour le renversement du Maréchal Mobutu. Il appartient à Tshisekedi de comprendre qu’en 2010 le potentiel électoral de l’UDPS est de loin inférieur à son plus haut niveau de 1990. Tshisekedi s’est constitué une légitimité politique à travers son combat contre la dictature, il faudra à présent qu’il se fasse à l’idée que la Troisième République présidée par Joseph Kabila est une république démocratique, perçue comme telle par les Congolais et par la communauté internationale. Il lui faudra adapter sa rhétorique de campagne en conséquence. Le « rien ne marche » habituel ne sera pas suffisant face au Rapport du PNUD 2010, qui indique que la décennie 2001-2010 présidée par Joseph Kabila est caractérisée par un redressement spectaculaire des indicateurs du développement humain. Si Etienne Tshisekedi veut faire de l’UDPS un parti de gouvernement, le sortir d’une opposition trentenaire et jusqu’ici peu rentable, et lui assurer une pérennité dans le paysage politique congolais, il lui appartient de faire alliance avec Joseph Kabila dans le cadre d’une union des gauches progressistes et de confronter le projet de l’UDPS à celui du PPRD, sans acception de personnes. Il faudra que Tshisekedi se transcende pour ouvrir un dialogue avec Joseph Kabila, sans suivre certains de ses conseillers qui persistent à voir en ce dernier et dans le parti qu’il a initié une continuation politique de Laurent-Désiré Kabila ou de l’AFDL. L’UDPS a en effet tout à gagner en s’alliant objectivement à Joseph Kabila. Il est certain que Tshisekedi n’a pas intérêt à faire le lit de la droite d’ancien régime constituée par les néo-mobutistes du MLC, ni de concourir au développement de la dissidence de Kamerhe, qui pourrait être de courte durée. Rien ne prouve à l’heure actuelle que ce dernier est réellement prêt à faire l’apprentissage de l’opposition après avoir connu le pouvoir et les honneurs. Etienne Tshisekedi et ses stratèges du célèbre « Bureau d’études » de l’UDPS doivent désormais évaluer le rapport des forces en présence sans se rendre eux-mêmes victimes du biais d’auto-complaisance (on s’attribue les cause des réussites et on attribue ses échecs aux autres) ni reproduire à l’infini la stratégie du blocage, qui avait certes réussi à contrarier la mouvance présidentielle durant la Deuxième République, mais qui fera rire tout le monde dans un environnement démocratique. Les stratèges de l’UDPS auront le choix entre une alliance avec le MLC (qui, à tout perdre, ne nouera des alliances électorales qu’avec la certitude de rester la première formation de l’opposition), une alliance avec l’UNC de Kamerhe (qui n’a que faire d’une montée en puissance de l’UDPS qui gênerait ses ambitions personnelles) et une entente cordiale avec Joseph Kabila, avec la certitude de participer au gouvernement en 2011. La seule considération qui devrait guider l’UDPS dans son choix d’alliance électorale serait de considérer que Joseph Kabila, outre ses 42 % obtenus au premier tour en 2006, bénéficiera toujours en 2011 des voix du PALU, qui n’alignera pas de candidat à la présidentielle, et de l’UDEMO, qui ne devrait pas se fourvoyer dans une alliance sans objet avec le MLC après avoir gouverné pendant cinq ans en partenariat avec l’AMP. En réalité, Joseph Kabila et ses partenaires actuels sont objectivement majoritaires à 11 mois des élections et l’opposition ne fera pas le poids, à cause, précisément de l’irruption d’un facteur de discorde en son sein, l’UNC de Kamerhe, phénomène qui se double de l’évidence de projets de société incompatibles. Léon Olivier Engulu (Philosophe, AMP)

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