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Kabila-Mobutu : Troublants rapprochements

Source: Afriqu’Echos Magazine

Kabila-MobutisteJoseph Kabila contrôle-t-il encore ses hommes ainsi que le pays ? L’assassinat de Floribert Chebeya ainsi que certains agissements des cercles proches du pouvoir permettent, si pas d’en douter, mais poussent au minimum à se poser la question de vive voix et de s’en inquiéter. La fin proche du mandat du président congolais rappelle étrangement certains grands traits du régime de Mobutu, le maréchal sans faits de guerre notoires. Ce dernier avait ses terreurs aux noms de Bolozi, Baramoto, Ngbanda, Le Roi des bêtes… Le fils de Laurent-Désiré, pour sa part, aura vu, sous sa présidence, certains de ses hommes entrés bruyamment dans l’imaginaire populaire en éteignant sans ménagement et sans sommation la voix intempestive du responsable de l’ong « La Voix des Sans Voix ». Aussi, depuis plus d’un mois, le parlement ne peut plus se réunir parce que le parti du premier ministre a envoyé une horde des voyous troubler ses séances et vandaliser, au passage, les locaux du Palais du Peuple. Joseph Kabila et Evariste Boshab, président de l’assemblée nationale, se sont contenté des excuses du parti délinquant. À part cela, il faut les croire quand ils nous soutiennent que le pouvoir en place prône la « tolérance zéro ».

La dictature unanimement reconnue de Mobutu ainsi que son côté sanguinaire n’a pas été le fait d’un seul homme, mégalomane et déterminé à conserver le pouvoir à n’importe quel prix. C’était également l’empilement des actes de corruption ainsi que du terrorisme policier et politique commis par des femmes et des hommes qui avaient reçu, expressément ou tacitement, la mission de protéger le régime de toute menace réelle ou seulement supposée. Parfois, question d’avoir la cote auprès du chef, les services de renseignements et de sécurité montaient de toutes pièces de faux complots et piégeaient de vrais faux conspirateurs. Ils étaient alors récompensés par le président-fondateur. Floribert Chebeya aurait-il été victime d’un tel procédé ? Avant le sommet France-Afrique de Nice il y a peu, des rumeurs persistantes faisaient état d’un complot qui mettrait fin au régime de Kabila lors de sa venue en France pour participer à ce sommet. Ces rumeurs indiquaient aussi que Chegeya qui venait de séjourner en Europe était dans le coup. Est-ce ce complot supposé qui lui aurait coûté la vie ? Si c’est le cas, était-ce sur commande de Kabila lui-même ou à l’initiative de quelques zélés qui ont agi pour le « bien » du pouvoir pensant que le président de la République apprécierait le travail ?

Une autre hypothèse est également prise au sérieux par différents analystes : et si ce responsable d’ong avait été tout bêtement victime d’une guerre des services ? Kabila, comme beaucoup d’autres chefs d’État, a multiplié les services de renseignements et de sécurité avec notamment la création d’un bien curieux que beaucoup ont découvert avec cette tragique affaire : le service des vérifications qui nicherait carrément à la présidence de la République. Le service qui a tué Chebeya aurait-il brûlé la politesse aux autres afin d’être celui qui aura déminé ce « coup d’État » ? Et si ce service a été simplement piégé par un autre en le poussant à la faute afin que son chef tombe en disgrâce ? Sinon, comment comprendre que la victime a été assassinée par les collaborateurs d’un responsable de la police nationale qui l’a convoqué le plus officiellement du monde le jour même ?

Certains soutiennent que Joseph Kabila aurait tout manigancé afin de se débarrasser de John Numbi qui serait devenu une menace pour lui. Possible mais peu crédible rien qu’en tenant compte de la proximité des festivités du cinquantenaire de l’indépendance avec la venue du roi des Belges qui n’a pas été obtenue facilement. Or, des doutes sur son implication aurait décidé la Belgique d’annuler la visite royale. Ce qui aurait été un camouflet politique énorme qui aurait requinqué tous ses détracteurs et sans doute ranimé l’amorphe opposition politique congolaise. Surtout l’on ne voit pas l’urgence qu’il y aurait eu pour éliminer physiquement ce militant sans attendre.

Il restera néanmoins, et on ne peut le dire autrement, que c’est le régime de Joseph Kabila qui a assassiné Floribert Chebeya. Même si l’enquête écartait toute responsabilité personnelle du président de la République, cette tragédie est d’ores et déjà inscrite dans le passif de son mandat. Et c’est ce que l’histoire retiendra. Ce crime a été possible parce que le régime a laissé s’installer, à dessein ou par impuissance, des comportements qui rappellent fortement le fonctionnement du régime de Mobutu : sentiment d’impunité, enrichissement fulgurant, ostentatoire et illicite de la classe politique ; un PPRD doté d’une puissance politique d’un parti-État ; des millions distribués aux proches par des voies non-officielles (Kamerhe aurait touché un million de dollars par mois, John Numbi aurait reçu 17 millions de dollars…) ; des interpellations hors procédures judiciaires (certes en nette diminution), la mainmise d’un petit groupe sur le portefeuille de l’État, des nominations controversées dans les ambassades qui fonctionnent chacune à leur guise…

Joseph Kabila a pourtant réussi des avancées indéniables notamment dans le fonctionnement des institutions, le début d’assainissement de la justice, le respect du droit syndical et de la liberté d’opinion, la sécurisation progressive du pays et de ses populations, la construction et la réhabilitation des infrastructures, la capacité à traiter sans intimidations et répression les revendications sociales… Mais petit à petit, le régime est en train de pourrir de l’intérieur rongé par des appétits incontrôlés et aussi faute d’une opposition qui représenterait une alternative crédible… et surtout faute de se convaincre qu’un soulèvement de la population est possible. Ce tableau rappelle étrangement la situation politique au Zaïre avant la conférence nationale… La suite on la connaît.|Botowamungu Kalome (AEM)