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La Dot chez les Luba du Kasaï

  1. 1.      La signification de la Dot

Mpuila-1La Dot comporte la signification suivante :

1)      L’officialisation, la légalisation, l’acceptation, la reconnaissance, la légitimation et l’intégration du lien du mariage

Un lien, une cohabitation entre un jeune homme et une jeune fille est considéré comme une prostitution, un lien « libre », individuel, anarchique, mauvais, non intégré, non accepté dans les deux familles ni dans la société et non reconnu par les deux familles, le clan et la société ni par la loi coutumière s’il n’est pas précédé par la Dot.

La fille est considérée comme une étrangère, une intruse, une prostituée et traitée avec mépris par la famille du jeune homme. Et le jeune homme est considéré comme un voleur, un usurpateur par la famille et le clan de la jeune fille et son clan tout entier.

Les enfants nés d’un tel lien sont considérés comme le fruit de la prostitution et appartiennent à la famille de la jeune fille. Le jeune homme et sa famille n’ont aucun droit sur ces enfants. 

C’est par la Dot que s’effectuent l’officialisation, la légalisation, la reconnaissance, la légitimation et l’intégration du lien du mariage au sein de deux familles concernées, du clan et de la société.

Les enfants deviennent alors les membres de la famille de la lignée paternelle.

2)      La solidité et la stabilité du foyer : la Dot solidifie et stabilise le mariage et elle est une source de solidarité au sein d’une famille et d’un clan :

 

–          Celui à qui la Dot est destinée habite souvent au village ou loin : il n’est donc pas facile de rembourser la dot en cas de rupture du mariage.

 

–          La Dot est une source de solidarité dans une famille : elle aide souvent l’un des membres de la famille de la fille à se marier : une fille qui se marie part de sa famille pour appartenir désormais à la famille de son mari. Mais elle fait entrer une autre fille dans sa famille d’origine et la fait ainsi grandir. Dans ce cas aussi, il n’est pas facile de rembourser la Dot en cas de rupture du mariage d’où la première Dot était issue.

Dans les deux cas donc, la fille doit beaucoup réfléchir avant de s’engager dans un mariage.

3)      La Dot scelle les liens de famille entre les mariés et entre les deux familles et les deux clans et inaugure les liens de respect mutuel.

Une fille qui cohabite avec un homme sans que cet homme ne soit venu verser la Dot pour elle dans sa famille est une source de honte pour ses parents et elle fait l’objet de mépris et de moquerie dans toute la famille et tout le clan.

Les enfants nés d’un lien sont méprisés et déconsidérés sont souvent l’objet de moquerie et d’injure : ils sont considérés comme le fruit de la prostitution.

Dans ce cas aussi, une fille luba ne peut pas rompre facilement son mariage ni accepter d’affronter quotidiennement l’opprobre et vivre en concubinage avec un homme qui n’est pas venu se présenter dans sa famille et verser la Dot pour elle. Elle se place elle-même, place ses parents, sa famille et ses enfants dans une situation très inconfortable et jamais traditionnellement ni coutumièrement souhaitée.

4)      La Dot relie les Vivants et les Ancêtres

La Dot permet aux Ancêtres à reconnaître ce lien de mariage, à venir y habiter au milieu des époux, à en être fier, à le bénir, à en être les boucliers, à le préserver, à le sauvegarder, à le protéger, à l’accompagner de tous leurs meilleurs souhaits de bonne santé et de bonheur et à y intervenir pour faire obstacle aux mauvais esprits et aux esprits malveillants désireux de jeter un mauvais sort sur le mariage et sur les époux.

Le mariage n’est pas dans la rubrique des contrats. Il est un don de soi, un engagement qui implique les mariés, les familles et les clans ainsi que les Ancêtres et assure la continuité, la survie et le progrès de la famille, du clan et de la tribu.

  1. 2.      La procédure :

 

1)      Présentation :

a)      Rencontres discrètes entre les deux intéressés

Le jeune homme et la jeune fille se rencontrent d’abord en toute discrétion et se parlent de leur intention de se marier. L’initiative de cette intention et des rencontres viennent du jeune homme et non l’inverse.

b)      Informations portées au niveau des parents

 Si l’acceptation mutuelle est conclue entre eux deux, les deux en parlent à leurs familles respectives.

c)      Prospections discrètes

Chaque famille procède par une prospection discrète sur l’éducation et l’état civil du prétendant et de la prétendante.

Cette prospection peut aller jusqu’à des invitations discrètes adressées par le jeune homme, en accord avec ses parents, à la jeune fille à participer à certains événements organisés dans la famille du jeune homme (fêtes d’anniversaire…). La jeune fille tient ses parents informés de ces invitations et de ces déplacements. Après ces événements, la jeune fille ne passe jamais la nuit dans la famille du jeune homme et tout le monde veille à la ramener immédiatement, pendant qu’il fait encore jour, chez ses parents ou ses tuteurs.

Le jeune homme est aussi invité de la même façon dans la famille de la jeune fille.

d)      Annonce officielle

La fille annonce à ses parents ou à ses tuteurs qu’un tel jeune homme l’a abordée et lui a fait part de son intention de l’épouser ; qu’elle est d’accord et qu’elle lui a demandé de venir se présenter officiellement dans sa famille.

Les parents annoncent à la jeune fille la date qui leur convient. Et la jeune fille transmet le message à son futur époux.

e)      Présentation officielle du prétendant

Le jeune homme vient, accompagné de deux ou trois de ses amis et d’un des membres de sa famille. Ils sont accueillis par le père ou le tuteur de la jeune fille. On leur sert à boire. Le beau-père leur demande alors qui ils sont et pourquoi ils sont venus.

Le jeune homme entouré de ceux qui l’accompagnent prend la parole se présente (sa famille, ses études, son lieu de résidence) ; présente les personnes qui l’accompagnent et annonce officiellement au beau futur beau-père son intention de venir naître dans sa famille en épousant sa fille telle. La fille est dans sa chambre et ne participe ni à l’accueil ni aux premiers moments de l’entretien.

Le beau – père demande à l’intéressé si sa famille est au courant de sa démarche ou si cette démarche individuelle.

Si le prétendant répond oui, le beau-père appelle alors sa fille et lui demande si elle connaît les personnes venues et si elle sait pourquoi ces personnes sont venues. Il demande à sa fille si elle est d’accord. Si la fille dit oui, alors elle prend part à la suite de l’entretien ; le père appelle la belle-mère et lui parle de l’entretien ; la belle-mère entend le oui de deux intéressés ; puis elle s’efface pour aller à apprêter les mets à la cuisine.

Le beau-père est en train d’approfondir avec les concernés le sujet, les autres sujets… Et on sert à manger.

Le prétendant et tous ceux qui l’accompagnent restent quelque moment après le repas, puis ils annoncent leur intention de partir. C’est alors qu’ils se conviennent avec le beau-père sur le jour de la présentation officielle pour les deux familles.

Le beau-père annonce aux intéressés qu’il leur fera part du contenu de la dot après avoir contacté les autres membres de la famille, et surtout celui à qui la dot est destinée.

f)       Communication du contenu de la Dot

Et dans un avenir très proche, le beau-père appelle l’intéressé, ses parents ou ses tuteurs pour une rencontre discrète afin de leur faire part du contenu de la Dot.

Et ensemble ils se conviennent sur le jour de la Cérémonie.

La Cérémonie de la remise de la Dot se déroule dans la famille de la belle-famille. (Au Domicile du beau-père).

Le jour de la Cérémonie, les deux familles réunies ont leurs porte-paroles. Les présentations usuelles de deux familles sont faites et les questions habituelles d’amour et d’engagement sont posées aux deux prétendants.

Tout ce qui vient de la belle-famille passe par le père du prétendant. Celui-ci en signe d’engagement le donne au porte-parole de la sa famille. Le porte-parole de sa famille le donne à son tour au porte-parole de la famille de la fille. Cette dernière s’avance vers son père, le lui tend et le prie humblement d’accepter. Le père avant de l’accepter s’adresse publiquement et solennellement à sa fille en lui demandant si elle est pleinement consciente de ce qui est en train de se dérouler et lui rappelle qu’à ce moment précis elle est en train de s’engager elle-même définitivement et d’engager la responsabilité et l’honneur de toute la famille, de tout le clan et tous les Ancêtres. Si la fille répond qu’elle en est consciente et qu’elle tiendra définitivement à cet engagement, alors le père accepte ce qu’elle lui tend.

 Toute l’assistance applaudit.

  1. 3.      Le contenu de la dot :

 

1)      Une somme d’argent déterminée par le destinataire de la Dot.

 

2)      La chèvre des Ancêtres appelée « Mbuji Wa Bakishi » : Elle est offerte aux Ancêtres de la Lignée paternelle de la fille pour que ceux-ci daignent reconnaître ce mariage, venir s’y installer le bénir, le protéger et l’accompagner de leur bienveillance et sollicitude. Cette Chèvre est mangée par le beau-père avec les autres membres de la lignée paternelle.

 

3)      La chèvre pour la belle-mère appelée « La chèvre du sein » : c’est une chèvre offerte par le jeune marié à sa belle-mère pour avoir nourri de son sein sa fille et l’avoir fait grandir et l’avoir bien éduquée. Dans un mariage, la belle-mère est non seulement honorée, elle est même considérée comme la personne centrale et le ciment d’un mariage : elle ne peut en aucun cas être insultée par le beau-fils : « Muntu yonso kena ne Mfumuende, kadi Mfumuende M-Muku wende » (Vous pouvez vous considérer comme étant au-dessus de tout le monde et même manquer de respect envers tout le monde, mais jamais envers votre belle-mère). Un écart de langage, des propos irrespectueux, une insulte faite par le beau-fils contre la belle- mère lors de leurs disputes internes entre époux est la caractéristique extrême d’une mauvaise éducation qu’il a eue et est très souvent la signature immédiate du divorce. La belle-mère mange cette chèvre avec les autres femmes de sa famille et avec ses amies.

 

4)      La chèvre de la virginité est exigée dans certains clans des Luba : si la fille est vierge jusqu’au mariage. C’est une chèvre destinée à honorer la fille et la belle-mère pour la bonne éducation. C’est la belle-mère qui la mange avec les femmes de sa famille et avec ses amies.

 

5)      L’habillement de la belle-mère : de la tête jusqu’aux pieds (mouchoir de tête, pagne, souliers, bijoux, sac à main…). Souvent le beau-fils offre au-delà de ce qui est demandé pour montrer son amour et sa reconnaissance envers la belle-mère.

 

6)      L’habillement du beau-père : chapeau, costume, chemise, cravate, souliers, montre… Souvent aussi, le beau-fils peut ajouter plus.

 

7)      Les autres exigences venant de la personne à qui la Dot est destinée : habillements…

 

8)      La belle-famille peut accessoirement amener les boissons, les mets…

 

9)      Le porte-parole de la belle-famille rappelle au prétendant et à sa famille que la Dot dure toute la vie : « Ku Buku nku Diala »… La belle-famille est comparée à un champ qui entoure le foyer. Quand on a quelque chose et on mange, on y envoie ce qui reste. Chaque fois quand on a un surplus, on songe à la belle-belle, on partage avec elle, on y envoie un colis, un paquet…

 

  1. 4.      Les conséquences de la Dot

Le mariage coutumier est scellé. Les deux mariés s’embrassent devant l’Assistance de leurs deux Familles. La fille quitte sa chaise qui était jusque-là du côté de sa famille et va s’asseoir sur une chaise aux côtés de son mari dans le camp de la belle-famille.

La famille du jeune marié a le droit de réclamer, séance tenante, par la bouche de son porte-parole, le départ de la fille avec eux à la fin de la Cérémonie. La famille de la fille se met à négocier : elle demande à la famille du jeune marié la grâce d’accepter l’organisation de la Cérémonie religieuse – si les deux familles sont des croyants – et de rassembler les approvisionnements nécessaires (« Kupaya Muana Wa Bakaji ne Kuya kumushindikija kua Bayenda ») et de désigner les personnes qui devront accompagner la fille chez son mari.

  1. 5.      Les cas où la Dot n’est pas remboursable s’il y a le divorce :

 

–          Si la décision du divorce vient du mari alors que sa femme n’a pas commis une faute qui exige le divorce ;

 

–          Si le mari a commis une faute qui exige le divorce alors que sa femme a été correcte et irréprochable ;

 

–          Si la femme a donné naissance aux enfants, sa famille ne rembourse pas la Dot en cas de divorce.

Fait le 26 Mai 2013.

Dr François Tshipamba Mpuila

E-mail : tshipamba.mpuila@yahoo.fr

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