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L’Afrique des Africains : un état des lieux sans complaisance ni cynisme

Continent -Afrique

Continent -Afrique

-Afrique 3.0. Tel est le titre d’un hors-série sur l’état des lieux du continent noir que l’hebdomadaire français Courrier international vient de publier. Réalisé en partenariat avec RFI, ce supplément d’une centaine de pages, richement illustré, est composé d’articles parus dans la presse subsaharienne et internationale.

Les articles sont signés par des journalistes, artistes, écrivains, entrepreneurs ou simples citoyens. Des signatures connues telles que Binyavanga Wainaina, Breyten Breytenbach, Mo Ibrahim, Chimamanda Adichie, Boubacar Boris Diop cohabitent dans ces pages avec des auteurs moins connus, mais ils ont tous en commun d’être des Africains. Les Africains qui racontent leur continent, ses dérives et ses promesses, ses forces et ses faiblesses. C’est le parti pris de ce volume passionnant qui donne à lire la nouvelle Afrique en train d’émerger, mais vue de l’intérieur.

Isabelle Lauze, chargée des hors-séries, qui a coordonné ce volume avec Ousmane Ndiaye, responsable des pages africaines au Courrier international, explique le pourquoi et le comment de ce hors-série dont la lecture s’impose à tous ceux qui veulent comprendre la nouvelle donne africaine. Entretien.

Afrique 3.0. Belle trouvaille ! Mais qu’avez-vous voulu dire exactement ?

C’est d’abord un clin d’œil au vocabulaire de l’internet. C’est aussi une déclaration d’intention. Afrique 1.0 était l’Afrique coloniale. Afrique 2.0, c’est l’Afrique des indépendances, mais celle-ci était encore sous la tutelle des anciennes puissances coloniales. Afrique 3.0 désigne le temps de l’Afrique qui est enfin arrivé, avec la fin de la dépendance par rapport à l’Occident.

A quelle date situez-vous cette transition ?

A notre sens, le tournant se situe au milieu des années 2000, avec l’arrivée massive sur le continent d’investisseurs chinois, et autres brésiliens et indiens. La confiance retrouvée des Africains se traduit par la fin du face-à-face avec l’Europe et l’ouverture au monde du continent. C’est d’ailleurs le sujet d’un livre à paraître, écrit par des journalistes sud-africains Richard Poplack et Kevin Bloom. Nous leur avons emprunté le titre.

 

Plus explicite, le sous-titre de ce hors-série : « Les Africains racontent la nouvelle dynamique du sous-continent ». Pourquoi avez-vous fait ce choix de privilégier la parole des Africains ?

Pendant longtemps, la parole sur l’Afrique a été monopolisée par les experts et les spécialistes venus d’ailleurs. Ils savaient mieux que les Africains ce qui leur arrivait ! Aujourd’hui, les Africains ont repris la parole.  D’ailleurs, ils s’expriment énormément, dans la presse de leurs pays, mais aussi dans la presse internationale. Les blogs fleurissent sur le Net, tenus par des meilleurs analystes du continent pour raconter tel ou tel aspect de leur devenir. Ils font parfaitement la part des choses entre les clichés les plus éculés qui ont cours sur l’Afrique et l’image nouvelle du continent comme le sauveur de l’humanité ! Les articles qui composent ce hors-série proposent un regard lucide sur tout cela. Leurs auteurs qui sont tous Africains, qu’ils soient nés en Afrique ou issus de la diaspora, nous disent ce qui marche ou ce qui ne marche pas chez eux, qui ils sont et où ils veulent aller. La vraie richesse de l’Afrique, ce sont les peuples qui l’habitent.

Comment s’organise ce volume ?

Nous proposons une grille de lecture en 5 parties : « Mythes et réalités », « Dynamiques », « Créer, Innover », « Fractures » et « Une place au soleil ». Dans la première partie, les auteurs reviennent sur les vieux mythes qui ont encore cours sur l’Afrique, en les opposant aux réalités nouvelles de la fraternité, de la débrouillardise, de l’esprit d’innovation qui définissent les mieux le continent aujourd’hui. La deuxième partie est consacrée aux tendances de société qui font jour dans ce qu’une auteure ghanéenne appelle « l’Afrique afropolitaine ». La créativité artistique et technologique, les problèmes qui persistent et les nouvelles tensions religieuses qui font planer des menaces sérieuses sur l’avenir, et enfin, l’émergence économique du continent, tels sont les thèmes respectifs des trois derniers chapitres. Les lecteurs s’intéresseront aussi à la rubrique hors-champ consacrée à vingt personnalités africaines à suivre, tout en nous reprochant sans doute de ne pas avoir cité les footballeurs !

Oui, effectivement ! Comment se fait-il que les sportifs n’aient pas trouvé grâce à vos yeux ?

Ce n’est pas un oubli. Nous savons que le sport est un domaine où l’Afrique excelle. On aurait peut-être dû mettre Samuel Eto’o dans la rubrique « Les gens ». Mais, en réalité, on n’a pas trouvé dans la presse d’articles qui abordent le sport africain autrement que par le biais des clichés.

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai coordonné ce dossier avec Ousmane Ndiaye, qui est responsable de la rubrique Afrique au Courrier international. Cela a nécessité deux mois de travail, un mois pour réunir les articles dont certains avaient déjà été publiés dans les numéros hebdomadaires du journal et, ensuite, un mois pour la mise en forme et la maquette. Je tiens à attirer l’attention sur le fait que ce sont les photographes et les artistes africains qui ont illustré l’essentiel de ce hors-série. L’Afrique ne manque pas de talents !

Y aura-t-il une Afrique 4.0 ?

Cela dépendra du succès de Afrique 3.0 !

Par Tirthankar Chanda
«Courrier international» /Hors-série Afrique