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Le français a-t-il encore de l’avenir chez l’étudiant congolais ?

 Par PR ALPHONSE MBUYAMBA KANKOLONGO

Langue étrangère, héritée de la colonisation, le français est la langue officielle de la RDCongo. Langue de l’administration et de l’enseignement, le français remplit la fonction véhiculaire qui favorise la communication interethnique. Matière et outil de la transmission des connaissances dans l’enseignement, le français en RDCongo peut être considéré comme une langue seconde alors quels langues locales (autochtones) sont des langues premières. C’est ainsi que la coexistence des langues endogènes et exogènes en RDCongo témoigne d’un certain dynamisme qui rend compte d’une situation linguistique complexe.

Partant de son statut, c’est-à-dire que les fonctions assumées sur le territoire congolais, le français occupe la première place dans la situation sociolinguistique du pays. Par rapport aux paramètres de son usage réel par les Congolais et à son corpus, le privilège lui est subtilisé par les quatre langues nationales (lingala, swahili, ciluba et kikongo).

Le constat s’impose de lui-même. Lequel ?

C’est dans ce contexte globalement qu’il faut considérer l’état actuel de la pratique du français sur le campus de l’université de Kinshasa. En effet, le français est la langue de l’enseignement à tous les niveaux de l’éducation nationale. A chacun de ces niveaux, le français est inscrit, comme matière au programme en vigueur.

Les membres de la communauté universitaire, dans leur majorité, s’expriment de moins en moins en français aujourd’hui plus qu’hier. L’usage du français est déterminé par la nature des relations qui existent entre les inter-actants ainsi que la nature de la situation de communication qui les réunit. Dans la situation formelle, les enseignants et les enseignés utilisent le français. Cependant, on rencontre par-ci, par-là l’intrusion du lingala, pour les plus rares des cas, qui est utilisé par certains enseignants. Ceux-ci ne parlent pas toujours et uniquement en français lorsqu’ils s’adressent aux étudiants. En dehors de la salle des cours, ils s’expriment avec eux en langue maternelle. Et il y en qui ne parlent qu’en langue maternelle, du moins à la suite de la familiarité qui s’est finalement installée dans leurs relations.

Qu’en est-il, spécifiquement des étudiants ?

En effet, depuis de nombreuses années, on observe que la pratique orale du français par les étudiants est en nette régression. La pratique écrite, elle aussi, est encore une réalité vivante. Or? ces étudiants se trouvent dans l’obligation de rédiger leurs travaux en français (lettres, notes de lectures, affiches, communiqués, messages publicitaires, rapports de séminaires, de pratique professionnelle ou de stage, des travaux de fin de cycle, mémoires, dissertations de D.E.A., examens, etc.). La pratique écrite se maintient même si c’est à travers elle qu’on se rend compte du degré de faiblesse atteint dans la connaissance du français. Les étudiants qui utilisent l’Internet pour diverses raisons sont également obligés, dans la plupart des cas, de pratiquer le français car bon nombre d’entre eux ne connaissent pas l’anglais. L’Internet apparaît ainsi comme une des voies de pratique écrite du français par les étudiants. D’où la nécessité pour que les étudiants apprennent à maîtriser cette langue pour un accès aisé à cet outil informatique. Il en est de même de la consommation et de l’utilisation des médias écrits et audio-visuels qui véhiculent la plupart de leur contenu en français.

De ce qui précède, il y a lieu de distinguer trois catégories d’étudiants locuteurs du français : ceux qui o nt une bonne connaissance de cette langue, soit parce qu’ils l’ont acquise dès le jeune âge ou qu’ils ont bénéficié d’une meilleure scolarité au primaire et au secondaire, ceux qui en ont une connaissance moyenne et ceux qui en ont une faible connaissance.

Mais quand on entend les étudiants parler et surtout lorsqu’on lit les textes rédigés par eux, on se rend mieux compte de leur faible degré de maîtriser de cette langue. Et l’on est tenté d’affirmer que la plupart des étudiants se trouvent dans cette situation. Cette faible maîtrise du français se manifeste à tous les niveaux : phonético-articulaire, lexico-sémantique et syntaxique.

Entre eux, dans les échanges quotidiens, les étudiants ne se voient en rien obligés de parler français. De plus en plus, ils font usage des langues nationales quand ils causent. Curieusement, même pour les notes de cours, ils se les expliquent en langues locales, le français ne jouant que le rôle d’une métalangue.

QUE FAIRE ?

Il faut, au préalable, une enquête qui permettra de vérifier ce constat. Mais, cette enquête exige l’utilisation des ressources financières dont moi-même et le Département que je dirige ne disposent pas. L’obtention d’un financement adéquat est nécessaire. J’espère que la France, par son ambassade dans notre pays, sera sensible à notre interpellation. Car, pour redresser cet état de choses il y a un prix à payer !