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Le Rwanda doit cesser d’aider un criminel de guerre présumé

Par HRW
Le général congolais renégat Bosco Ntaganda reçoit des recrues et des armes depuis le Rwanda

 

Bosco Ntanganda (Général)

– Des responsables militaires rwandais ont armé et soutenu la mutinerie dans l’est de la République démocratique du Congo menée par le général Bosco Ntaganda, qui est recherché pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Des responsables militaires rwandais ont autorisé Bosco Ntaganda à entrer au Rwanda et lui ont fourni de nouvelles recrues, des armes et des munitions. Bosco Ntaganda est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI pour avoir recruté et utilisé des enfants soldats.

« Le rôle joué par certains responsables militaires rwandais dans le soutien et la protection d’une personne soupçonnée de crimes de guerre par la CPI ne doit tout simplement pas être éludé », a déclaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior au sein de la division Afrique à Human Rights Watch. « Le gouvernement rwandais doit immédiatement empêcher toute assistance à Ntaganda et doit contribuer à son arrestation. »

Des enquêtes sur le terrain menées courant mai par Human Rights Watch dans la région ont révélé que des responsables militaires rwandais ont fourni des armes, des munitions ainsi qu’environ 200 à 300 recrues pour soutenir la mutinerie de Ntaganda dans le territoire de Rutshuru, dans l’est de la RD Congo. Ces recrues incluent des civils recrutés de force dans les districts de Musanze et Rubavu au Rwanda, parmi lesquels figurent des enfants de moins de 18 ans. Des témoins ont raconté que certaines recrues ont été exécutées sommairement sur les ordres des hommes de Ntaganda alors qu’elles tentaient de s’échapper.

Un Rwandais recruté de force dans les troupes de Ntaganda qui est parvenu à s’échapper a déclaré à Human Rights Watch : « J’ai vu six personnes tuées parce qu’elles tentaient de s’enfuir. Elles ont été abattues et on m’a ordonné d’enterrer leurs corps. »

Des témoins ont expliqué à Human Rights Watch que les armes fournies aux forces de Ntaganda par des responsables militaires rwandais incluaient des fusils d’assaut Kalachnikov, des grenades, des mitrailleuses et de l’artillerie anti-aérienne. Les nouvelles recrues ont porté ces armes jusqu’à Runyoni, principale base de la mutinerie, située dans l’est de la RD Congo.

Les recrues, les armes et les munitions venant du Rwanda ont constitué un important soutien pour Ntaganda et ses forces, a déclaré Human Rights Watch. Ce soutien leur a permis de tenir leurs positions militaires sur les collines de Runyoni, Tshanzu et Mbuzi et dans les villages environnants contre les assauts militaires de l’armée congolaise (voir la carte).

L’approvisionnement en armes et munitions des forces de Ntaganda va à l’encontre de l’embargo sur les armes du Conseil de sécurité des Nations Unies en RD Congo, qui stipule que tous les États « prendront les mesures nécessaires pour empêcher la fourniture, la vente ou le transfert directs ou indirects, depuis leur territoire ou par leurs nationaux […] d’armes et de tout matériel connexe, ainsi que la fourniture de toute assistance et de tout service de conseil ou de formation se rapportant à des activités militaires […] à toutes les personnes et entités non gouvernementales menant des activités sur le territoire de la République démocratique du Congo. »

Des responsables rwandais ont également autorisé Ntaganda et des membres de ses forces à entrer au Rwanda à plusieurs occasions récemment pour échapper aux arrestations, pour esquiver les attaques menées par les forces armées congolaises ou pour obtenir un appui militaire à leur mutinerie. Le 26 mai, des témoins ont vu Ntaganda à Kinigi, au Rwanda, rencontrer un officier militaire rwandais dans le bar Bushokoro. Kinigi est la ville natale de Ntaganda, où il conserve des liens familiaux. Human Rights Watch n’a trouvé aucun élément démontrant que les autorités rwandaises ont tenté d’arrêter Ntaganda alors qu’il était au Rwanda.

Contacté pour un commentaire, le porte-parole des Forces de défense rwandaises a renvoyé Human Rights Watch à une déclaration publique du 28 mai de la ministre des Affaires étrangères rwandaise qui nie toute implication dans l’est de la RD Congo.

« Le fait de permettre à Ntaganda d’aller et venir au Rwanda sans crainte d’être arrêté laisse entendre que le Rwanda ne tient pas vraiment à contribuer à rendre la justice aux victimes des crimes de guerre commis par Ntaganda et ses hommes », a expliqué Anneke Van Woudenberg. « Les alliés du Rwanda devraient inciter le gouvernement de ce pays à contribuer à mettre fin à l’impunité dans la région, et non à l’encourager. »

En plus d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI, Ntaganda figure sur une liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies qui lui interdit de se déplacer hors de la RD Congo. En vertu des sanctions des Nations Unies, le Rwanda, comme d’autres pays, a l’obligation de « prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le passage en transit sur [son] territoire de toutes les personnes » figurant sur la liste des sanctions.

Bosco Ntaganda, général puissant de l’armée congolaise, a déclenché une mutinerie dans l’est de la RD Congo à la fin du mois de mars suite aux tentatives du gouvernement d’affaiblir son pouvoir et aux appels de plus en plus nombreux en faveur de son arrestation pour crimes de guerre présumés. Il a été rejoint par environ 300 à 600 hommes dans le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu, et par au moins 149 garçons et jeunes hommes recrutés de force autour de Kilolirwe. Les forces de Ntaganda ont été vaincues et repoussées hors de Masisi par l’armée congolaise au début du mois de mai.

Le 3 mai, un autre officier de l’armée congolaise, le colonel Sultani Makenga, a lancé une mutinerie distincte dans l’est de la RD Congo. Makenga avait auparavant servi avec Ntaganda au sein du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un ancien groupe rebelle soutenu par le Rwanda, responsable de nombreuses atrocités contre des civils en RD Congo. Un porte-parole de Makenga a déclaré dans un communiqué de presse datant du 6 mai et dans un entretien avec Human Rights Watch que Makenga n’agissait pas avec Ntaganda et que sa mutinerie, connue sous le nom de M23 en référence à l’accord de paix du 23 mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement congolais, avait pour but de souligner les revendications de l’ethnie Tutsi et les mauvaises conditions dans l’armée congolaise.

Mais les mutins qui se sont échappés ou ont fait défection ont raconté à Human Rights Watch que les deux mutineries n’étaient pas séparées et que Ntaganda et Makenga agissaient ensemble dans la région de Runyoni. Ces témoins ont expliqué à Human Rights Watch que Ntaganda a conservé le commandement général de ces forces.

Ntaganda a publiquement nié être à Runyoni. Le 29 mai, il a déclaré au service de radio kinyarwanda de la BBC qu’il se trouvait dans le territoire de Masisi et a nié avoir combattu aux côtés des forces M23 de Makenga. Ses affirmations sont contredites par de nombreux témoins interrogés par Human Rights Watch qui l’ont vu dans la région de Runyoni en mai.

La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RD Congo, la MONUSCO, a également recueilli des informations sur le recrutement mené par les forces de Ntaganda au Rwanda. Le 28 mai, la BBC a signalé l’existence d’un rapport interne des Nations Unies qui a été divulgué indiquant que 11 citoyens rwandais, dont un enfant, s’étaient rendus dans une base des Nations Unies et avaient déclaré qu’ils avaient été recrutés sous des prétextes fallacieux au Rwanda pour rejoindre les forces de Ntaganda.

Le gouvernement rwandais a nié avoir fourni une assistance aux forces de Ntaganda. Dans une déclaration publique datant du 28 mai, en réponse au reportage de la BBC, la ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, a déclaré que ces rapports étaient « catégoriquement faux et dangereux ». Dans une déclaration du 31 mai, Louise Mushikiwabo a accusé la MONUSCO de « répandre de fausses rumeurs visant à aggraver la situation instable dans l’est de la RD Congo » et a affirmé que « les paroles irresponsables des lobbies tels que Human Rights Watch ne sont pas moins dangereux que les balles ou les machettes. »

« Le fait d’armer Ntaganda permet à un homme déjà recherché pour crimes de guerre de commettre de nouveaux abus graves », a expliqué Anneke Van Woudenberg. « Le gouvernement rwandais devrait enquêter sur les allégations sérieuses de soutien à Ntaganda fourni par certains de ses responsables militaires et devrait aider le gouvernement congolais à l’arrêter et le transférer à la CPI. »