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Lectures parrallèles avec le Mapping Report de l’ONU sur les massacres au Congo

Source: Sources du Nil

Théophile Ruhorahoza est passé par Wendji Secli

Voir, Théophile Ruhorahoza, 2009, Terminus Mbandaka: le chemin des charniers de réfugiés rwandais au Congo, Editions Sources du Nil (pour le commader envoyer un e-mail à sources_du_nil@yahoo.fr, vous pouvez également le commander sur le site des Editions Sources du Nil)

Voici ce que dit le Rapport:

262. Après avoir passé la nuit du 12 au 13 mai dans le village de Kalamba, les troupes de l’AFDL/APR ont atteint Wendji, à 20 kilomètres de Mbandaka. Six mille réfugiés vivaient dans ce village dans un camp de fortune mis en place par la Croix-Rouge locale près d’une ancienne usine de la Société équatoriale congolaise Lulonga-Ikelemba (SECLI). Ils n’étaient pas armés car la gendarmerie avait confisqué leurs armes. (…)

– Le 13 mai 1997, des éléments AFDL/APR, agissant en présence de plusieurs hauts responsables de l’APR, ont tué au moins 140 réfugiés dans le village de Wendji. A leur arrivée dans le village, les militaires avaient déclaré: “Zaïrois, n’aie pas peur, nous sommes ici pour les réfugiés”. Ils se sont ensuite dirigés vers le camp et ont ouvert le feu sur les réfugiés. Ces derniers ont tenté de fuir mais ils ont été pris en tenaille par des militaires venant du sud. Le même jour, les militaires sont entrés dans le bureau de la Croix-Rouge locale et ont tué des enfants non accompagnés qui attendaient leur rapatriement vers le Rwanda. Le 13 mai la population de Wendji a enterré 116 corps. Un bébé de trois mois environ qui était encore vivant au moment de l’enterrement a été tué par un militaire de l’AFDL/APR qui supervisait les travaux d’inhumation. Le 14 mai, 17 autres corps ont été enterrés.

Le récit de Th. Ruhorahoza (plus d’une année avant la sortie du rapport de l’ONU), Terminus Mbandaka, pp.78-80

Ce jour-là du 13 mai 1997 c’était le jour « J ». Une roquette survola le camp en sifflant et tomba dans le fleuve. Une deuxième roquette perça le toit de la maison où je dormais. Les tôles s’envolèrent tout en laissant la fumée pénétrer dans la chambre. Intuitivement, je me levai et trouvai les dernières forces tirées de je ne sais où pour me traîner dehors et être sûr du dernier jour. Dans la cour, il y avait trop de bruits en cacophonie, des cris d’enfants appelant désespérément leurs mamans, tandis que d’autres pleuraient.

Deux camions surgirent de l’arrière, plein de militaires tandis que d’autres marchaient à pied. Ils tiraient dans tous les sens. Ils fouillèrent les brousses en y mettant du feu, et bloquèrent ensuite la route qui menait à Mbandaka. Les tirs regroupèrent les réfugiés dans le camp. Il ne restait qu’une seule ouverture vers le fleuve Congo. Les militaires s’approchèrent et ouvrirent le feu dans la foule des réfugiés. Les armes automatiques, les grenades, les roquettes furent lancées dans les brousses à travers lesquelles les réfugiés tentaient de se cacher. Le sifflement des balles de toutes sortes dominait les cris et leurs échos s’amplifiaient sur les eaux du fleuve.

En ce moment même de la « passion » des réfugiés Rwandais, je me trouvais à environ neuf cents mètres, sur la rive gauche du fleuve vers l’ouest. C’était un mélange d’herbes et d’arbrisseaux qui poussaient dans l’eau. Il y avait aussi quelques pirogues qui y étaient amarrées. J’évitais de faire des mouvements qui pouvaient attirer l’attention des soldats sur une présence humaine quelconque dans ces lieux. J’y ai passé environ cinq jours en broutant des herbes douces et succulentes, et en me désaltérant de l’eau du fleuve. Une eau rouge de sang ! Du sang des réfugiés, pourtant c’est cette eau que je devais boire. Une fois je me mis à boire de mes mains lorsqu’une tête d’homme, coupée du reste du corps apparut devant moi. Je la laissai continuer son chemin et récitai mon chapelet en méditant beaucoup sur les « Mystères douloureux ». Soudain, j’assistai à une scène inattendue. Beaucoup de réfugiés non encore touchés par les balles s’acheminaient tout droit vers le fleuve et s’y jetaient vivants. Les autres se sont entassés dans une maison près du camp croyant y trouver un refuge. Mais les militaires les aperçurent et y lancèrent des grenades avant d’y entrer pour achever les survivants. Tout le fleuve fut vite rempli de corps taillés en morceaux et couvert de sang, des habits de toute sorte, des pagnes de femmes de toutes les couleurs, des sheetings, des casseroles, des grains de maïs qui sautillaient à la cadence des vagues, et soudain cette phrase latine me survint en tête : sic transit gloria mundi « ainsi passe la gloire du monde ».

La localité de Wendji Sekli fut couverte de sang, du sang des innocents, malheureusement du sang versé ignoré par la communauté internationale. Ce sang fut versé dans les eaux du fleuve Congo pour enfin se répandre sur toutes les extrémités de la terre à travers l’océan Atlantique dans lequel le fleuve Congo se déverse. Si l’homme ne dit rien à propos de ces crimes de sang auxquels il a assistés, du moins les poissons pourront en témoigner, les crocodiles le confirmeront et les serpents le chanteront. Ils ont tous dévorés cette chair humaine, la chair des réfugiés rwandais et burundais.