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LIBRE OPINION:  Mlc : l’enjeu de la gestion chaotique des ambitions

MLC logo-Sur Facebook circule un kaléidoscope présentant une demi-douzaine de cadres politiques du Mlc en rupture de banc avec Jean-Pierre Bemba. Si la mémoire ne trahit pas, on en compterait plutôt une douzaine. Au nombre desquelles Alexis Thambwe Mwamba, José Endundo, Vincent Lunda Bululu, Olivier Kamitatu, José Makila, Yves Kisombe, Jean-Lucien Bussa, François Mwamba, Elvis Mutiri wa Bashala, Adam Bombole et, maintenant, Thomas Luhaka, Omer Egwake et Christian Kambinga. Les uns ont dû démissionner, les autres ont été démissionnés, tous au mois ont en partage le fait de n’avoir pas trouvé satisfaction dans la réalisation de leurs ambitions…

          Pour la petite histoire, c’est au lendemain de la clôture de la Cns (Conférence nationale souveraine) en 1992 et du Cpk (Conclave politique de Kinshasa) en 1993 – c’est-à-dire pendant la période précédant la tenue des négociations politiques  qui avait institué la 3ème voie – que la terminologie politique zaïroise s’était enrichie de la nouvelle expression ” gestion des ambitions“.

            Alors monseigneur, l’archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo, porté à la tête du Haut Conseil de la République (Hcr), étaient des premiers à en apprécier le sens. D’autant plus que la gestion des ambitions était devenue un facteur de déstabilisation des partis et des plateformes politiques, une épine dans le processus démocratique.

            Pour en saisir la portée, il faut partir du 24 avril 1990 avec la fin du Monopartisme d’Etat (Mpr Parti-Etat), donc la libéralisation de l’activité politique.

            Longtemps contenues par le régime et le système en place au moyen de l’étatisation de l’appareil politique ou la politisation de l’appareil étatique (au choix), les ambitions avaient du coup implosé.

            Résultat : en sept ans (1990-1997), 445 partis politiques vont se faire enregistrer aux fins de concourir à la conquête, à l’exercice et à la conservation du Pouvoir d’Etat.

            C’est à cette époque qu’apparaît le phénomène “parti politique-mallette“. Il suffit d’obtenir son agrément au ministère de l’Intérieur, d’accéder à un tout petit financement et d’avoir le bagout pour s’attirer l’attention des médias, et on devient… leader. Un premier passage à la tribune de la Cns, un deuxième à la tribune du Cpk, on se fait remarquer et on se fait passer pour un incontournable. Lors des Concertations nationales en septembre-octobre 2013, on entendra un acteur politique venu dans le cadre de la Cns en 1991 lancer à son collègue député : “Suki pembe na Palais du Peuple“. Oui, cela fait 22 ans qu’il y surfe !

            Seulement voilà : après avoir porté soi-même sa mallette, le leader réalise qu’il lui faut un porteur qui, lui-même, “témoin et acteur ” direct ou indirect de l’embonpoint du leader, finit par se découvrir les vertus auto-déterminantes. Ainsi, aux côtés du parti “Omer” naît le parti “Omer radical“, suivi du parti “Omer républicain” ou “Omer modéré“.

            Vingt cinq ans après, peut-on dire que les choses ont changé ? Pas du tout. La “wenganisation” de l’espace politique est si forte que la dernière expérience en date, nous la vivons avec deux plateformes politico-sociales dénommées “Sauvons la RDC” et “Sauvons le Congo“, alors qu’on peine encore à distinguer les groupes parlementaires “Fac” ! Ne parlons même pas de l’Udps où on a un groupe parlementaire désavoué par la direction politique du parti continue d’engager ce dernier aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

            Oui, c’est toute la problématique de la gestion des ambitions.

            Ce qui se passe au sein du Mlc ne devrait pas (nous) étonner. Au contraire, il y a là matière à interpellation pour toutes les personnes physiques en charge du leadership.

            Sur Facebook, réagissant à un statut, observation a été faite de la responsabilité que requiert le leadership.  En politique comme en culture, en affaires comme en religion, quand on accepte d’être leader, il faut savoir qu’on se met au service de la communauté et non l’inverse. On se sacrifie pour la communauté avant d’exiger de la communauté des sacrifices en votre faveur. On cultive l’art du partage.

            Le fondement culturel africain, pour ne pas dire négro-africain, est que l’égoïsme se conçoit mal. Si la culture hellène nous dit que là où il y en a pour un, il y en a aussi pour deux, la culture nègre soutient plutôt que là où il y en a pour un, il y en a surtout pour dix !

            Tant mieux : d’aucuns y trouvent matière à pauvreté, et même à corruption. Hélas !, on a le choix entre faire avec ou non.

            Déjà, en les observant, les leaders politiques qui ont des problèmes récurrents dans leurs partis ou dans leurs plateformes sont ceux qui entretiennent la paupérisation autour d’eux, ceux qui réduisent les membres à un marchepied, ceux qui se croient soit maîtres après Dieu, soit maîtres avant Dieu, soit même maitres sans Dieu. Ils sont le centre du monde. Ou, pour reprendre le poète latin Ovide dans “Métamorphoses”, ils pratiquent le narcissisme au point de ” se complaire à s’admirer soi-même“, d'”avoir la prétention de se trouver (croire) le plus beau du monde“. En psychanalyse, on y trouve “un frein à l’évolution de la personnalité“.

            Au Mlc, il est de notoriété publique que Jean-Pierre Bemba a sale caractère. En témoignent ceux qui l’ont fréquenté ou le fréquentent. On ne peut alors dire de la douzaine de personnalités politiques citées en introduction qu’elles pratiquent de gaité de coeur la transhumance.

            A l’instar de bien des leaders politiques ayant pignon sur rue, Chairman a un défaut caractériel connu : la gestion chaotique des ambitions. C’est, du reste, ce qui avait fait perdre au Mlc et à l’Un le gouvernorat de la ville de Kinshasa et de la province du Bas-Congo. Dans son milieu, il se dit qu’il n’avait voulu entendre personne, surtout aucune objection.

            Or, un leader avisé, c’est celui qui sait consulter, qui se met à l’écoute des siens. De sorte que la communauté se sente coresponsable du succès si succès il y a, mais aussi de l’échec, si échec il y a.

 

Faites comme les Burkinabé : chassez-le du parti !

           

            De tristes événements de Bangui en 2002 aux non moins tristes événements de Kinshasa en 2008, Jean-Pierre Bemba, laisse-t-on entendre, imposait pratiquement sa volonté.

            Aussi, a-t-il connu non seulement l’exil, mais en plus le procès en cours à la Cpi. Il a ruiné, au sens propre comme au sens figuré, l’espoir des membres de son parti, des membres de sa famille biologique et de sa famille élargie, voire du personnel de son groupe industriel et commercial.

            Les militants, qui ne cotisent d’ailleurs rien pour faire fonctionner le parti, de même que les analystes et les chroniqueurs politiques peuvent qualifier les “transhumants” de traîtres, de taupes etc., mais l’évidence reste têtue : Bemba ne sait pas gérer les ambitions des siens. Il n’a jamais su le faire même quand il était à la tête de Scibe-Zaïre.

            Au final – et c’est un proche de Thomas Luhaka qui le révèle – “Fidèle Babala (prévenu devant la CPI), Alexis Lenga et Jacques Lungwana étaient tous candidats ministres, de même que la petite sœur de Jean-Pierre Bemba, la nommée Françoise Bemba. Leur colère à l’endroit du SG du MLC découlerait de leur absence de la liste du gouvernement“.

            Cet épisode n’est pas sans rappeler celui de l’Udps, l’un des partis qui souffrent terriblement de la mauvaise gestion des ambitions. Qualifiée à tort de fille aînée de l’Opposition, l’Udps a vu 33 des 41 députés élus sur sa liste oser défier Etienne Tshisekedi en s’en allant siéger à l’Assemblée nationale qualifiée d'”illégitime”, au motif que cette institution est issue des “élections frauduleuses”. Parmi les députés frondeurs se trouve, hélas !, une parente du lider maximo.

            L’enseignement à tirer est que le parti politique se crée pour conquérir, exercer et conserver le pouvoir d’Etat. Si, d’aventure, vous vous trouvez dans un parti qui ne veut pas conquérir le pouvoir ou, s’il le conquiert, il ne veut pas l’exercer, ou encore, s’il l’exerce, il ne veut pas le conserver  au profit de sa communauté, alors ne vous arrêtez à vous indigner. Faites comme les Burkinabé : chassez-le du parti !

            Si donc vous vous trouvez avec un leader qui gère mal les ambitions de son équipe, il ne vous reste qu’à faire ce que recommande la Bible : sortez de son milieu…

 

Omer Nsongo die Lema