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RDC: “Dialogue intercongolais sur la cohésion nationale” Un rendez-vous manqué de plus ?

Palais du peuple

Palais du peuple

-La République démocratique du Congo à l’heure des choix difficiles et déchirants et à l’épreuve de la vérité
‘‘Je suis fatigué de dialogue’’ Joseph Kabila Kabange, président de la République démocratique du Congo
Depuis la manifestation belliqueuse du Mouvement armé et rebelle du 23 mars 2009, – dit [M23] –, le Peuple congolais qui n’existe véritablement que de nom, semble tout à coup découvrir les vertus cardinales du dialogue. Celui-ci semble subitement gagner par la fièvre du Dialogue intercongolais (DIC) présenté, à tort ou à raison, comme la seule panacée, l’unique thérapie à toutes les crises dont souffre en vérité la République démocratique du Congo. Depuis l’avènement de son indépendance nationale et de sa souveraineté internationale le jeudi 30 juin 1960, Dieu seul sait combien d’assises ou de forums ayant, à la fois, un caractère national et une dimension politique ont été, effectivement, organisés par le passé, – même le plus récent –. Ces sommets politiques ont été tenus afin que cet État retrouvât sans autre forme de procès le chemin de la stabilité institutionnelle et de la paix politique, de la sécurité juridique et de l’harmonie nationale. Toutefois, rien n’y fit !
Hormis la Conférence constitutionnelle de Luluabourg de 1964 qui avait remis sur les rails la République démocratique du Congo, toutes ces réunions politiques ont en effet pratiquement accouché d’une souris. Qu’il s’agisse en réalité de la Conférence de Tananarive et de la Commission compromissoire de 1960, du fameux Conclave de Lovanium de 1961, de la rencontre de Gbadolite de 1989, de la Conférence nationale souveraine de 1991 et 1992 (CNS), de la réunion de Pretoria de 1996, de la rencontre de Lomé de 1997 et du Dialogue intercongolais de Sun City et de Pretoria de 2002 et 2003 (DIC). Qu’elles soient parrainées ou pas par de puissants intérêts internationaux ou des forces extérieures, toutes ces assises ont plutôt conduit malheureusement le pays dans une impasse politique dont il ne s’est jamais à vrai dire relevé ou remis. En fait, toutes se sont cruellement révélées des occasions manquées. C’est-à-dire : des rendez-vous loupés avec l’histoire en vue de la construction de l’avenir politique de la Nation. Dans ce registre, bien entendu, le dernier en date sont les pourparlers intercongolais de Sun City et de Pretoria de 2002, et au cours desquels le burlesque côtoya manifestement le fantasque.
Qu’en serait-il, en réalité, avec le Dialogue intercongolais sur la cohésion nationale ? Force est, en effet, de mentionner que ce sommet politique et national est réclamé, contre toute attente, à cor et à cri, par Joseph Kabila Kabange dont la posture n’est plus évidemment ‘‘aisée’’. Il convient d’admettre que celui-ci est vivement sollicité, voire même souhaité, aux lendemains de la cuisante défaite militaire infligée par le M23 à l’armée régulière, les FARDC, et sanctionnée par la prise stratégique de la ville lacustre de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, par les mutins ou insurgés. S’agit-il, en réalité, d’une opération de charme destinée à légitimer une imposture électorale, c’est-à-dire un pouvoir politique
mal élu et tricheur, irrévocablement en perte nette de vitesse populaire ? S’agit-il alors d’une réelle diversion destinée à détourner l’attention des Congolaises et Congolais sur les véritables causes de la guerre sévissant atrocement dans l’Est de la République démocratique du Congo ? S’agit-il plutôt d’une réelle volonté de résoudre plus profondément et non point superficiellement les maux criants dont pâtit en vérité depuis des lustres le pays ? À savoir : ‘‘l’absence réelle de l’État et de l’Administration publique, la crise de légitimité politique, la crise de leadership à tous les niveaux de la Nation, l’immaturité politique ou [l’amateurisme affiché] de l’autorité publique et administrative, l’immaturité politique de la population, l’inversion des valeurs socioculturelles, l’inversion de la pyramide des compétences techniques et professionnelles, la dévalorisation de l’Institution militaire et policière, la dépréciation de l’élite intellectuelle et de la classe universitaire, la minorisation de l’être féminin, l’anémie de la production économique et industrielle, l’hémorragie sociale et culturelle, etc.’’.
Ce qui est sûr et même certain, l’appel à la tenue de tels pourparlers intercongolais tombe réellement à pic. À vrai dire, ce sommet politique arrive au bon moment dans la mesure où la République démocratique du Congo est pratiquement bord du précipice. Si pas déjà à l’intérieur d’un trou vraiment béant duquel il est absolument difficile de l’extirper. Donc, l’organisation de telles assises aurait normalement pour effet de sortir cet État de son coma profond, de sa léthargie coutumière et, de surcroît, de son aphasie légendaire. Dans ce genre d’exercices politiques voire démocratiques, toute la question est de savoir la forme que devraient, normalement, prendre ces assises intercongolaises, d’une part. Et, d’autre part, la définition d’un ordre du jour clairement et nettement réaliste est capitale. Celle-ci devrait forcément et logiquement servir de guide et d’orientation au cadre que constitue évidemment ce débat national, et salutaire à plus d’un titre.
Dans le cas d’espèce qui intéresse, sans conteste, la République démocratique du Congo, un format réduit, en principe, à une centaine d’individus maximum est vivement recommandé. Il permettra à n’en pas douter de gagner suffisamment en temps et en efficacité. Aussi doit-il être réduit, inexorablement, aux grandes tendances politiques et idéologiques qui traversent sans nul doute le pays tout entier, et auxquelles il y a lieu d’adjoindre des membres de la société civile et des forces vives de la Nation. À raison de deux par région politique et administrative du pays. Y compris une dizaine de délégués de la diaspora – à raison de deux par continent – qui a récemment démontré toute sa bonne volonté, son désir inextinguible de s’impliquer dans la bonne marche du pays voire sa détermination inébranlable à participer très activement au destin politique de l’État.
La durée de ce Dialogue intercongolais doit être circonscrite à un mois maximum. Ces pourparlers doivent se dérouler à Kinshasa sous la supervision de trois personnalités crédibles, honorables, intègres et impartiales. À cet effet, trois grandes personnalités africaines qui ont visiblement un rayonnement international et, par voie de conséquence, font la fierté inestimable de l’Afrique contemporaine, méritent absolument d’être considérées. À savoir : ‘‘l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, le Ghanéen Kofi A. Annan et le Sud-Africain Desmond Tutu’’. À ces trois éminents Africains, pourraient être associées six personnalités nationales de grande envergure internationale. Tels des universitaires, scientifiques, philosophes, littéraires, juristes ou religieux, etc. Par ailleurs, tous les participants congolais à ce sommet de dernière chance s’engagent à ne toucher nullement, soit directement soit indirectement, des per diem par pudeur et même par respect au Peuple meurtri et spolié de la République démocratique du Congo.
Concernant l’ordre du jour devant nécessairement être l’objet de débat national, celui-ci doit impérativement porter sur le ‘‘statut international’’ de la République démocratique du Congo, le retour inéluctable à la véritable Conférence nationale souveraine (CNS), le changement de leadership politique et gouvernemental, l’organisation d’élections libres, démocratiques et transparentes, donc la tenue de scrutins justes et sains, crédibles et intègres, à tous les paliers de la
vie politique nationale et locale, la réconciliation nationale, la politique de bon voisinage, la neutralisation de toutes forces négatives nationales et étrangères, le retour non négociable de toutes forces armées rebelles étrangères dans leurs pays respectifs, la mise en place d’une armée nationale, apolitique et républicaine, la place et le rôle de la femme dans la société congolaise moderne et dans l’environnement politique et administratif, etc.

Par Joël Asher Lévy-Cohen *
Joël Asher Lévy-Cohen
Journaliste indépendant
www.joelasherlevy.com