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RDC:Le Congo victime de la tactique de laisser-pourrir

Par Jean N’Saka wa N’Saka, Journaliste indépendant

Il m’a été donné de titrer « Guerre de l’Est et groupes armés : du business international », ma chronique politique parue dans l’édition no 3672 du mercredi 30 septembre dernier du quotidien Le Phare. J’exploitais alors le dernier rapport de l’ONG Global Witness qui révélait que « plusieurs des comptoirs basés à Goma et à Bukavu achètent, vendent et exportent des minerais produits par les groupes armés dont les clients sont notamment des entreprises européennes et asiatiques telles que la Thailand Smelting and Refining corporation (Thaisarco), le cinquième plus gros producteur d’étain au monde, qui fait partie du géant britannique Amalgamated Metal Corporation (AMC) , Afrimex, entreprise britannique et plusieurs entreprises belges telles que Trademet et Traxys… ».

Ces groupes armés sont notamment les rebelles rwandais des FDLR, et d’autres de la nébuleuse Mai –Mai. Le rapport soulignait que des minerais produits au Nord et au Sud Kivu, quittaient la RDC via le Rwanda et le Burundi. Global Witness signalait encore que « les accords politiques qui font abstraction de l’exploitation des ressources minérales comme étant l’un des moteurs du conflit , ont peu de chances d’engendrer une paix durable… Les gouvernements nationaux ne font preuve d’aucun leadership moral en refusant d’exiger des comptes à des entreprises basées dans leurs pays et qui participent à un commerce profitant aux parties belligérantes et causant des atteintes aux droits de l’homme. »

« Ces gouvernements, poursuit le rapport, ne s’intéressent pas aux causes fondamentales du conflit, ce qui permet aux groupes armés et aux entreprises qui concluent des marchés avec eux, de continuer à bénéficier du commerce des minerais en toute impunité, et retarde également la mise en œuvre des mesures qui priveraient les parties belligérantes de l’une de leurs principales sources de financement. Il faut empêcher les groupes armés rebelles d’accéder aux sites miniers en RDC, et aux voies commerciales internationales et aux réseaux externes…».

Le rapport met en évidence la faiblesse de la réaction internationale à la dimension économique du conflit qui sévit dans l’Est de la RDC. Telle est la substance du rapport de Global Witness qui sous-tendait ma chronique précitée. Ce n’est pas par hasard et sans raison que je reviens sur le rapport de Global Witness. Le rapport d’un groupe d’experts indépendants de l’ONU qui vient d’être publié et auquel le gouvernement de la RDC n’a pas tardé à réagir, fait encore des révélations très sérieuses, en quelque sorte corroborant et complétant celui de Global Witness. Il s’agit surtout du réseau extérieur des FDLR et des pays dans lesquels ces rebelles hutu rwandais bénéficient des facilités et d’affinités particulières. « Curieusement, ces pays où des représentants des FDLR à l’extérieur sont persona grata », sont des partenaires traditionnels de premier plan de la RDC, apparemment souvent très préoccupés de la situation dramatique de l’Est et disposés à concourir au rétablissement de la paix en RDC. Le rapport des experts de l’ONU les désigne nommément.

Les journaux belges tels que De Morgen, De Standaard, Gazet va Antwerpen, Het Belang va Limburg, ont fait leurs choux gras de ce rapport de l’ONU, dénonçant le soutien de ces pays et de certaines organisations caritatives étrangères aux rebelles des FDLR et à leurs ténors qui servent de liaison à l’extérieur. Il convient de rappeler que ces pays sont théoriquement impliqués dans la pacification du Kivu dans le cadre de leur structure supranationale dénommée « Task force » installée en permanence à Goma. Ils avaient pour mission de veiller à l’application de l’accord de Nairobi qui prévoyait la liquidation des FDLR, l’exécution de l’acte d’engagement issu de la conférence de Goma pour le retour de la paix au Kivu. Ils avaient préconisé le brassage et suivi de près le processus de son exécution. La tactique de laisser pourrir la situation De passage à Kinshasa, des officiels de ces pays occidentaux ne tarissent pas de discours doucereux sur l’excellence des rapports de coopération qu’ils entretiennent avec la RDC. Ils déclarent qu’ils tiennent beaucoup à la consolidation de la démocratie et à la stabilité des institutions issues du processus électoral de 2006. On peut se demander si ces discours ne sont pas destinés à endormir le peuple congolais et ses dirigeants, pendant que se trame dans leurs officines un plan néfaste pour la RDC.

A cause d’une résistance farouche opposée par la population aux manœuvres de déstabilisation de 1998 à 2003, il y en a qui pensent que la balkanisation du pays serait devenue improbable aujourd’hui. Mais quand on analyse objectivement la situation dramatique quasi permanente de l’Est et la multiplicité des groupes armés, ainsi que des attitudes ambiguës des partenaires occidentaux de la RDC qui témoignent des sympathies aux représentants des rebelles avec lesquels les multinationales plus puissantes que leurs gouvernements coopèrent activement dans le trafic des minerais à l’Est, il y a de quoi s’inquiéter. Quelle est la finalité de toutes ces manœuvres ? Les instigateurs du plan de balkanisation y auraient-ils renoncé définitivement ou bien ce serait que partie remise ?

D’ailleurs, la balkanisation n’est jamais un phénomène instantané. C’est un processus qui s’opère avec des gestes calculés et graduels pour préparer le terrain afin de pouvoir atteindre l’objectif, c’est-à-dire le fait accompli pour les autochtones.

Sans nous en rendre compte, nous avons déjà connu dans ce pays des situations désagréables, pénibles et avilissantes dont nous nous sommes accommodés, alors que nous aurions dû faire le contraire. Des sécessions et des autocraties dont l’histoire du Congo-Zaïre-Rdc est marquée, et sous le joug desquelles nous avons longtemps gémi, n’étaient-elles pas des épisodes douloureux dont nous ignorions les tenants et les aboutissants ? La tactique semble être celle de laisser pourrir la situation, tout en amusant l’opinion avec des discours équivoques sur l’inviolabilité de l’intégrité territoriale de la RDC, sur la consolidation de la démocratie et la stabilité des institutions. Les FDLR peuvent être en l’occurrence cet arbre qui cache la forêt. Il y a quelques mois ; il était diffusé sur Internet la carte géographique d’une « République unie du Kivu », englobant le Kivu Nord et Sud, avec la composition de l’équipe gouvernementale de ses dirigeants. C’est la bouteille à l’encre à l’Est. Les partenaires traditionnels de premier plan de la RDC sont loin de jouer franc-jeu. Ils soufflent le chaud et le froid. Les horreurs de la guerre sont combinées avec le trafic des minerais entre les groupes armés rebelles et les multinationales qui les ont transformés en comptoirs miniers, alors que leurs représentants qui facilitent leur ravitaillement en armes et munitions se la coulent douce en Europe occidentale et en Amérique du Nord.

Sur place au Kivu, c’est un état de guerre permanent dans la confusion totale, avec l’apparition de nouveaux maquis qui prétendent se battre contre l’impérialisme et l’hégémonie du Rwanda, au Sud comme au Nord Kivu , et l’on signale un afflux de réfugiés évalués à des milliers de personnes depuis 4 mois dans les Territoires de Masisi et de Rutshuru, évacués des camps où ils étaient hébergés au Rwanda. Il n’y a pas d’éclaircies évidentes résultant des opérations Kimia devenues controversées. Le brassage est devenu comme une tumeur maligne inoculée au corps d’armée national.

Le Kivu se retrouve aujourd’hui dans une situation complexe et nuageuse dont il est difficile d’entrevoir un heureux dénouement. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Toutes les forces du mal doivent certainement avoir des complicités sécrètes à l’intérieur même de notre pays, et cela est mentionné dans plusieurs rapports et enquêtes d’observateurs internationaux et nationaux. Trahi de l’intérieur par certains de ses citoyens, le pays semble sous l’emprise d’un mauvais sort que les instigateurs et les partisans de sa désintégration sont en train de machiner à travers ces forces du mal.