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Sarkozy au Rwanda, une étape décisive pour la réconciliation

Source: AFP

SARKOZY

SARKOZY

La visite de Nicolas Sarkozy au Rwanda le 26 février marquera une étape cruciale dans un processus complexe de réconciliation entre Paris et Kigali, mais il s’agira d’un exercice délicat dans un pays qui attend une explication sur le rôle de la France dans le génocide.

L’événement politique est aussi symbolique: ce sera la première fois depuis le génocide rwandais de 1994, qui a fait plus de 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi, qu’un président français se rend dans ce petit pays d’Afrique centrale.

Cette visite marquera le point d’orgue d’une réduction des tensions menée tambour battant, depuis l’annonce le 29 novembre dernier de la reprise des relations diplomatiques rompues en novembre 2006.

Le Rwanda avait rompu avec la France après l’émission par la justice française de mandats d’arrêt contre neuf proches du président rwandais Paul Kagame. Ces derniers sont soupçonnés d’être impliqués dans l’assassinat en avril 1994 de l’ex-président hutu rwandais Juvénal , considéré comme l’élément déclencheur du génocide.

Or le pouvoir rwandais actuel accuse la France d’avoir armé les génocidaires, ce que Paris a toujours catégoriquement nié.

L’élection à la présidence française de Nicolas Sarkozy, qui s’est dit d’emblée déterminé à débarrasser des “pesanteurs du passé” les relations de la France avec l’Afrique, a accéléré le dégel des relations, M. Kagame se félicitant d’avoir “enfin un interlocuteur ouvert”.

“La politique que je souhaite conduire en Afrique n’est pas seulement marquée du sceau de la rénovation: elle est aussi déterminée à réussir la réconciliation”, a souligné M. Sarkozy vendredi.

En visite au Rwanda début 2008, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait admis “une faute politique” de la France, sans aller jusqu’à présenter les “excuses” attendues par le Rwanda.

Tributaires de l’évolution du dossier judiciaire, la reprise des relations bilatérales sont finalement annoncées moins de deux ans plus tard, après deux événements majeurs: la visite au Rwanda de juges françaises enquêtant sur des génocidaires présumés réfugiés en France et dont une quinzaine font l’objet d’une procédure, et, quelques mois plus tôt, l’inculpation à Paris de Rose Kabuye, chef du protocole rwandais, visée par un des neuf mandats français.

Kigali a enfin pu avoir accès au dossier — dans lequel deux témoins à charges se sont rétractés — et a finalement renoncé à faire de l’arrêt des poursuites un préalable à la normalisation des relations avec Paris.

Vendredi, le nouvel ambassadeur de France au Rwanda, Laurent Contini, a donné le ton en indiquant que la France “revenait avec beaucoup d’espoir” mais aussi “beaucoup de modestie”. Il affiche comme première “ambition” de “rouvrir le centre culturel, l’école française” dans cette ancienne colonie belge qui vient de rejoindre le Commonwealth et où l’anglais est désormais appris avant le français.

Le président Sarkozy “est le bienvenu” a affirmé le gouvernement rwandais, tandis que la principale association de rescapés du génocide, Ibuka, qui exigeait encore en janvier avant tout des “excuses” de Paris, a sobrement jugé que cette visite était “une bonne chose”.

“Le Rwanda et les Rwandais seront très heureux s’il y a des excuses, mais il appartient à la France de juger de cette opportunité”, avait déclaré le 7 janvier la chef de la diplomatie rwandaise Louise Mushikiwabo, à l’occasion de la dernière visite de Bernard Kouchner, qui avait de son côté proposé un travail commun de mémoire pour panser les plaies.

Si les autorités françaises restent silencieuses sur les modalités de la prochaine visite présidentielle, on souligne de source diplomatique qu’elle marque avant tout l’aboutissement d’efforts constants pour une réconciliation et pourrait avoir un volet économique, à la “demande des Rwandais”.