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Soutien du Rwanda à la rébellion – les avis divergent

Par Jan Marchal, (RNW)

Kabila et P. Kagame

-L’accusation pèse lourd : des militaires rwandais auraient soutenus la rébellion des mutins dans l’est de la République démocratique du Congo. C’est ce que déclare l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch dans un communiqué publié le 4 juin. Le Rwanda dément et accuse HRW de déstabiliser la région.

“Nous sommes très inquiétés par le rapport de Human Rights Watch“, dit l’ambassadrice du Rwanda aux Pays-Bas, Imaculee Uwanyiligira, jointe par RNW. “Parce que Human Rights Watch est un facteur d’instabilité en publiant de tels rapports. Elle ne fait qu’envenimer une situation sécuritaire déjà très grave en publiant de faux rapports”, ajoute-t-elle.

Regain de violence

Selon Human Rights Watch, des responsables militaires rwandais auraient recruté – parfois de force – 200 à 300 Rwandais pour soutenir la mutinerie de Bosco Ntaganda dans le territoire de Rutshuru. Ntaganda est un ex-chef d’état-major du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), une ex-rébellion tutsi-congolaise, qui avait été intégré dans l’armée congolaise après l’accord de paix du 23 mars 2009. ”

Le Rwanda a, selon nos enquêtes, continué de soutenir Bosco Ntaganda et ses hommes. C’est certainement contre l’Etat de droit, car Bosco Ntaganda est recherché par la Cour pénale internationale”, affirme Anneke van Woudenberg, chercheuse senior pour la Division Afrique de Human Rights Watch

Ces nouvelles accusations interviennent une semaine après la divulgation d’un rapport confidentiel des Nations-Unies faisant état du recrutement de citoyens rwandais pour soutenir la mutinerie dans la région frontalière de la RDC.

L’ambassadrice du Rwanda aux Pays-Bas ne croit pas que les Nations-Unies ou Human Rights Watch détiennent de réelles preuves : “Le rapport des Nations -Unies avait un manque flagrant de preuves et de crédibilité. Et Human Rights Watch n’a fait que répéter ce rapport.”

Affaires intérieures congolaises

Les mutins congolais ont nommé leur mouvement M23, car ils revendiquent la pleine application de l’accord de paix du 23 mars 2009. Ce qui lierait, selon Human Rights Watch, les rebelles congolais du M23 avec le Rwanda, serait la traque des FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda. Ces anciennes milices hutus auraient participé au génocide des Tutsi. Anneke van Woudenberg : “Le Rwanda dit qu’il est important de mettre fin à ce groupe armé. Nous sommes d’accord. Mais ça ne signifie pas qu’il soit correct de soutenir l’autre côté.”

Selon l’Ambassadrice Imaculee Uwanyiligira, son pays ne se mêle pas des affaires intérieures congolaises: “Ils (les FDRL) continuent d’être un facteur de déstabilisation, dont les causes primaires doivent être abordées. Mais ce n’est pas une raison pour le Rwanda d’entrer dans un autre pays. Par contre les Nations unies, malgré la présence d’une importante mission de consolidation de la paix (la MONUSCO, La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo – ndlr) depuis 2000, n’ont pas réussi à résoudre ce problème. Et ils n’ont fait qu’accuser ceux qui n’étaient pas responsables.”

Responsabilité

Le Rwanda a clairement une responsabilité dans les conflits, selon Margot Leegwater, spécialiste du Centre d’études africaines,: “Je crois que le Rwanda n’est pas une solution du problème, mais fait-elle-même partie du problème. Ils ont faire deux guerre au Congo en 96 et 98, et après ça ils n’ont jamais vraiment quitté l’est du pays. Et en plus, on sait que Ntaganda exploite les minerais et qu’il a des liens avec Kigali. Je crois qu’ils ont intérêt à ce que cette partie du congo reste assez instable, et pas trop gouvernée par le gouvernement de Kabila.”

C’est avec fermeté que Joseph Kabila, le président de la RDC, a condamné la mutinerie de Ntaganda, tout en lançant son armée contre le général rebelle. Margot Leegwater ne croit pas dans les chances du gouvernement congolais de résoudre cette crise, mais demande plutôt à la communauté internationale de prendre ses responsabilités : “Le Rwanda est une sorte de donor darling pour les bailleurs de fonds occidentaux. C’est difficile de les convaincre de ce qui se passe sur le terrain. Maintenant je pense qu’il important de mettre assez de pression sur le gouvernement rwandais pour ne pas déstabiliser la région”.

C’est à la République démocratique du Congo et au Rwanda de décider comment traiter ces nouvelles informations. Fait est que les efforts faits jusqu’ici pour stopper les conflits dans l’est de la RDC n’ont pas été fructueux et nécessiteront certainement une nouvelle approche.