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Troublantes révélations de la presse ougandaise: Kinshasa cède une partie de la RDC au M23

 

François Rucogoza, secrétaire exécutif du M23, lors d'une conférence de presse à Kampala le 8 janvier 2013.

François Rucogoza, secrétaire exécutif du M23, lors d’une conférence de presse à Kampala le 8 janvier 2013.

Entre Kinshasa et le M23, c’est de nouvelles noces. Le groupe armé pro-rwandais aurait obtenu, des pourparlers de Kampala, une partie du territoire de la RDC, en plus de postes ministériels. C’est la presse ougandaise qui fait état de ce deal en échange d’un retour de la paix dans l’Est du pays. Ceci pourrait expliquer cela, notamment le fait que le M23 ait fait volte-face dernièrement après avoir décrété unilatéralement un cessez-le-feu auquel Kinshasa s’était opposé farouchement. 

Ce n’est pas un canular. Pas non plus une illusion. C’est plutôt une réalité que rapporte la presse ougandaise qui couvre depuis décembre 2012 des pourparlers directs entre Kinshasa et le M23 (Mouvement du 23 mars). En effet, selon des coupures des journaux paraissant à Kampala, Kinshasa aurait, en échange d’un retour de la paix dans l’Est de la RDC, consenti de céder au M23 une portion du territoire de la RDC.

Même si aucune précision n’a été donnée sur cette portion, l’on suppose que l’objet du troc porte sur les territoires de la province du Nord-Kivu, actuellement sous contrôle du groupe armé à la solde de Kigali.

Pour ceux qui suivent de près l’évolution de la situation d’insécurité dans l’Est, cette révélation est une lapalissade. Tous les spécialistes de la région des Grands Lacs connaissent les tenants et aboutissants de la guerre imposée en RDC depuis près de deux décennies. Si jamais l’information venait à être confirmée officiellement, le M23, une émanation du CNDP/RCD/RDF, aura obtenu ce qu’il recherche depuis belle lurette.

Sa dénomination elle-même est très éloquente. Elle rappelle l’accord du 23 mars 2009 signé à Goma entre le gouvernement et des groupes armés œuvrant dans l’Est du territoire national, dont principalement le CNDP.

Kampala : plus que jamais un mystère

La nouvelle est tellement sensible que l’honorable Konde Vila Kikanda, président du Caucus des députés nationaux du Nord-Kivu, s’est empressé de démentir, au nom de la délégation gouvernementale à Kampala, les révélations faites par les confrères ougandais. C’était hier vendredi au moyen d’un coup de fil à la RTVS 1, radio émettant à Kinshasa.

Au cours de son intervention, l’honorable Konde Vila Kikanda, élu de Goma, a démenti de la manière la plus forte les révélations faites par la presse ougandaise. Selon lui, il ne sera nullement question à Kampala de brader l’intégrité territoriale de la RDC, ni d’envisager un quelconque partage de pouvoirs avec le M23. Qui dit mieux ?

Que la presse ougandaise se soit autorisée à publier cette information, c’est qu’elle est allée à la source. Pour autant que depuis décembre 2012, la capitale ougandaise, Kampala, est le théâtre des va-et-vient des protagonistes dans la crise qui sévit dans l’Est du Congo. De fil en aiguille, l’on commence peu à peu à comprendre le revirement du M23, son langage conciliant qui rompt avec celui tranchant qui le caractérisait au début des pourparlers.

Un nuage épais entoure désormais le dialogue de Kampala. Kinshasa est obligé de sortir de sa tour d’ivoire pour rassurer son opinion publique. Hier vendredi devant la presse, Lambert Mende Omalanga, ministre des Médias, chargé des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la nouvelle citoyenneté, a effleuré le sujet, sans vraiment aller en profondeur.

« Il faut encore et toujours redire que rien à Kampala ou ailleurs ne se fera en violation de la Constitution et des lois de la République démocratique du Congo », a déclaré le porte-parole du gouvernement. Une déclaration qui, pense-t-il, « devrait rassurer ceux parmi nos compatriotes qui craignent que ne s’installe chez nous une sorte de culture de prime à la violence ». « Les Congolaises et les Congolais peuvent faire totalement confiance en la délégation gouvernementale qui siège à Kampala », a-t-il ajouté. Comme pour dire qu’à Kampala, rien ne se décidera au détriment de la RDC.

D’aucuns estiment que ce n’est pas suffisant pour balayer les supputations et autres rumeurs qui circulent dans les coulisses des pourparlers de Kampala. Bien des zones d’ombre entourent encore ce dialogue. C’est le cas du maintien de Kampala comme lieu des négociations alors que la présidence de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs(CIRGL) revient à la République du Congo (Brazzaville).

Mende contredit Hamuli

Là aussi, l’opinion est toujours désemparée. Elle ne sait plus à qui se fier. Tellement les contradictions entre membres du gouvernement se multiplient. La dernière en date est celle relative à la présidence de la CIRGL. Dans un rectificatif, daté du 8 janvier 2013 et envoyé à la presse écrite de Kinshasa par le coordonnateur national de la CIRGL, Baudouin Hamuli Kabaruza, il est écrit ce qui suit : « La CIRGL est présidée depuis le 15 décembre 2011 par l’Uganda. C’est donc naturellement Son excellence le Président Yoweri Museveni qui est le Président en exercice, et son mandat court jusqu’au 15 décembre 2013 ».

Intervenant trois jours plus tard, soit le 11 janvier 2013, Lambert Mende a déclaré à la presse : « Nous nous réjouissons de la position prise par Monsieur le Président Denis Sassou Nguesso de la République du Congo-Brazzaville qui, dès son entrée en fonction en qualité de Président en exercice de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, a exprimé l’intérêt particulier au retour de la paix en République démocratique du Congo.

Que dire de cette cacophonie au sein du gouvernement ? Il y a un problème sérieux de fonctionnement normal des institutions. Chacun y va de son point de vue, sinon de son humeur. Mettant à nu la marche en ordre dispersé de l’Exécutif national. Hier c’est le ministre des Potes, télécommunications, Nouvelles technologies de l’information et de la communication s’est mis en porte-à-faux par rapport à son collègue des Affaires étrangères.

Il a déclaré à l’agence belge Belga que les pourparlers de Kampala visaient à écouter les Congolais qui ont rejoint le M23. Déclaration qui contredisait celle du chef de la délégation qui trouvait illogique la poursuite des discussions avec le M23. Evidemment, du fait que les revendications de ce dernier traduisaient son aliénation à des puissances extérieures.

Aujourd’hui, c’est encore le ministère des Affaires étrangères qui entre en contradiction avec le porte-parole du gouvernement. Dans la mesure où la coordination nationale de la CIRGL que dirige M. Hamuli Kabaruza, est une structure qui relève du ministère des Affaires étrangères. C’est même le chef de la diplomatie congolaise qui conduit la délégation du gouvernement à Kampala. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Du reste, qui d’entre Hamuli Kabraruza et Lambert Mende est au fait de l’actualité ? La question reste ouverte.

Une question en appelant une autre, pourquoi tient-on tant à la poursuite des discussions entre le M23 et Kinshasa à Kampala ? De toutes ces questions, il s’en suit qu’un flou persiste sur ce qui se passe réellement dans la capitale ougandaise. L’opinion risque d’être mise à l’écart des dessous de cartes de ces discussions.

Raison pour laquelle le peuple congolais devrait rester constamment éveillé de manière à faire échec à tout projet de remise en cause de l’intégrité de son territoire.
Par Le Potentiel