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Un outsider pour faire imploser la RDC. Une « Une » unique en son genre !

Par J.-P. Mbelu

-Dans sa Une de ce jour, le journal Le Potentiel nous apprend que l’extérieur va créer un outsider aux élections de 2011 à la dernière minute. Et que c’est par lui que pourrait passer le projet de créer le chaos aboutissant à la balkanisation de notre pays. Ce journal soutient qu’elle détient cette information des sources bien informées. Cela étant, le même journal publie des textes indiquant que le danger de créer un chaos pourrait aussi venir de l’intérieur. Le rédacteur de la Une ne semble pas avoir été très attentif à cet autre danger.

Comprendre La Une du journal Le Potentiel de ce matin (31 janvier 2011) nous a exigé de la lire trois ou quatre fois et de prendre en compte les enjeux géopolitiques et géostratégiques dont notre pays est le théâtre.  Pourtant, ce texte revient sur des secrets de polichinelle. Il nous rappelle que  «les vrais enjeux politiques en RDC se peaufinent à l’étranger », qu’un chaos va être créé et que « l’objectif poursuivi est de paralyser le pays et le maintenir dans un état perpétuel d’instabilité. En ce moment-là, ceux qui ont toujours soutenu que le Congo, dans ses dimensions actuelles et avec les institutions en place, ne serait pas gouvernable vont s’en servir comme alibi pour relancer la mise en marche de leur plan de balkanisation.»  Ce texte nous rappelle encore que « ce plan macabre a jusque là fait flop du fait de la cohésion nationale au niveau de la population congolaise. Celle-ci, qui n’est plus dupe du tout, n’a jamais cautionné que son territoire soit galvaudé ni aliéné quel qu’en soit le prix.  Malgré cette résistance interne, ceux qui, en dehors de la RDC , tiennent au démantèlement de la RDC n’ont pas désarmé. »  Ce texte rappelle aussi que « ce qui est intéressant, c’est ce que révèlent des sources très au fait de ce qui se trame sur la RDC- et à l’insu des Congolais eux-mêmes, du moins de la majorité silencieuse. »

Cette « Une » peut être lue de plusieurs manières. Certains lecteurs peuvent y voir un appel lancé aux Congolais(es), toutes tendances confondues, à s’apitoyer sur le sort des institutions actuelles et leurs animateurs dans la mesure où ils seraient l’objet d’un complot ourdi de l’extérieur. L’extérieur servirait de bouc émissaire empêchant une évaluation froide et saine de ces institutions et de leurs animateurs au bout d’une législature de bientôt cinq ans (ou même dix). Ce texte serait un appel à créer une cohésion autour de ces institutions et leurs animateurs pour faire échec aux comploteurs extérieurs.

Dieu merci ! Dans le même numéro du Journal Le Potentiel, l’un des animateurs de ces institutions, Kiakwama kia Kiziki, dresse un tableau sombre de cette législature et avoue, dans une interview accordée à Marcel Lutete, qu’il faut une alternance. Evaluant « les fameux cinq chantiers » de la République et les effets de la politique de « la tolérance zéro », Kiakwama dit : « Ces 5 chantiers ne sont pas un programme de gouvernement. Au mieux une aspiration de changement à apporter dans 5 secteurs importants. Encore fallait-il nous dire comment la coalition majoritaire allait y parvenir. L’absence de programme politique à l’entre deux tours des élections de 2006 a empêché ce régime de véritablement changer notre pays et sa gouvernance. Dès lors chaque acteur s’est dit : « pour le temps où je suis là, autant me mettre un maximum dans les poches » ? Je n’évoque même pas cette tolérance zéro où les principaux cadres et gestionnaires du pays peuvent tout se permettre en étant certains d’être confirmés à leur poste ! S’agissant des 5 chantiers nous entendons dire aujourd’hui : on a fait une partie, ça montre notre bonne foi, nous devons continuer. Steve Mbikayi, aujourd’hui dans l’opposition, l’a très bien dit. Si votre enfant obtient 30% à la fin de l’année, il a comme ils disent «fait quelque chose ». Cela ne veut pas dire qu’il a réussi. »  Il serait malin de cacher cet échec en évoquant « un complot extérieur ».

Le texte de La Une du journal Le Potentiel soutient qu’il y a eu une résistance interne vis-à-vis du plan de balkanisation de notre pays. Cette résistance a été portée par nos populations que ce texte qualifie de « majorité silencieuse ». Comment ont-elles été payées par le pouvoir en place ? Ont-elles été organisées de façon qu’elles soient au courant de ce qui se tramerait ? Le processus électoral de 2005 a évité les élections locales qui auraient pu, si les pyromanes- sapeurs pompiers à la tête du pays l’avaient voulu, responsabiliser nos populations à la base. L’expérience politique acquise ces dernières années montre que les peuples qui résistent contre les diktats des tireurs de ficelles extérieurs sont ceux dont les responsables politiques travaillent à rendre leur pouvoir populaire. A assurer les droits économiques, sociaux et culturels de leurs populations. Bref, à travailler avec elles pour que la liberté, la dignité, la justice sociale soient les choses les mieux partagées.

Dans l’interview  susmentionnée, avant de poser sa question à Kiakwama pour qu’il évalue « les cinq chantiers », Marcel Lutete fait le constat ci-après : « Pour beaucoup, les conditions de vie de la population se sont aggravées. Pendant que la faim et la misère sont devenues le lot quotidien de la majeure partie de la population, le vol, la prédation, le détournement des deniers publics et la corruption se sont imposés dans le pays comme mode de gestion. » Voilà comment nos populations résistant contre la balkanisation du pays ont été payés : leurs conditions de vie se sont aggravées. L’année 2010 décrétée année du social n’a pas pu résoudre leurs problèmes de faim et de misère. Voilà comment les tenants du pouvoir actuel ont ouvert un front intérieur qui risque de prendre de court « les fameux comploteurs extérieurs ».

Le texte de La Une du journal Le Potentiel pourrait aussi être lue comme une tentative de passer outre la formation d’un front intérieur contre ceux qui ont fait du vol, de la prédation, du détournement des deniers publics et de la corruption leur mode de gouvernement.

Aussi, cette Une ne pose-t-elle pas la question de l’origine politique de ceux contre qui un complot extérieur serait en train d’être tramé : Ils sont le produit de ceux qui ont gracieusement financé la mascarade électorale de 2005 après le soutien dont certains d’entre eux ont bénéficié dans la guerre d’agression contre notre pays en 1996. N’est-ce pas logique que les politiciens fabriqués de l’extérieur soient destitués par leurs créateurs ? N’est-ce pas de cette façon-là que fonctionne le marionnetisme ?  Quand le journal Le Potentiel fait allusion à un futur chaos, il fait comme si celui provoqué par la guerre d’agression de 1996 auxquels certains ex-seigneurs de guerre présents dans les institutions actuelles était jugulé !

Souvent, nous évoquons les contrats signés avec la Chine et la vente de l’uranium à l’Iran pour justifier ce complot. Mais Hugo Chavez a signé des contrats avec la Chine et coopère avec l’Iran, observateur de l’organisation de coopération du Shanghai. Hugo Chavez En 2002, un coup d’Etat perpétré de l’extérieur n’a pas empêché à son peuple d’exiger qu’il retourne aux affaires. Son secret : une éducation et une formation continue de son peuple, une justice sociale tant soit peu équitable, un dialogue permanent avec son peuple, une démocratie participative et responsabilisante  incluant la commune (ou partant de la commune), une organisation régulière des élections à plusieurs échelons de la société, un usage pragmatique du multilatéralisme, etc.

Organiser une révision constitutionnelle accordant des pouvoirs illimités au chef de l’Etat, créer un réseau de prédation dépendant en tout et pour tout de l’extérieur, maintenir le peuple dans la pauvreté et la misère, confisquer les droits et les libertés fondamentales et après se plaindre du complot de ceux à qui on a promis de servir les intérêts, c’est un jeu malsain. Dès que l’on décide de jouer au nègre de service, on finit toujours par en payer le prix. Tôt ou tard !

Cela étant, personne ne peut nier, de bonne foi, la propension « de petites mains » du capital à se débarrasser de tous ceux et de toutes celles qui n’obéissent pas à un certain moment à leurs diktats et à récolter des dividendes là où elles sèment le chaos. Le sachant pour avoir vu le sort réservé à Mobutu et aux autres « amis africains de l’Occident », les gouvernants Congolais auraient dû éviter de s’engager sur les voies qui ne mènent nulle part. Hugo Chavez, Evo Morales, Rafael Correa et les autres dirigeants latino-américains, partisans de la révolution populaire, l’ont compris et ils agissent en conséquence. Ils ont su promouvoir et protéger la souveraineté de leurs peuples en en faisant majoritairement les acteurs de leur devenir collectif ; sur les traces de Simon Bolivar. Sera-t-il possible que l’alternance dont parle Kiakwama kia Kiziki permette à notre pays de rompre avec le chaos dans lequel il est davantage plongé  depuis 1996 ? Sera-t-elle le fruit d’un consensus congolais ou celui des élections (encore une fois) financées par « les faiseurs des rois » ?  Si une remise en question sérieuse de l’ordre issu de Sun City n’est pas faite, si toutes les conséquences ne sont pas tirées par les forces de changement de notre pays à partir d’une relecture intelligente de plusieurs rapports des experts de l’ONU (dont celui du HCDH du mois d’octobre 2010), l’alternance après 2011 risque d’être un vain mot. Construire une alternance digne de ce nom sur l’amnésie, en mettant entre parenthèse notre mémoire collective, risque d’être un rêve illusoire.

J.-P. Mbelu