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Université :session de rattrapage pour l’université congolaise

Vue du site de l'université de Kinshasa. Photo afriqueredaction.com-Jean Berchmans Labana Lasay’Abar est le recteur de l’université de Kinshasa (Unikin), président de la Conférence des recteurs de la région des Grands Lacs.

L’enseignement supérieur congolais existe depuis 1954 et la création de l’université Lovanium, devenue l’université de Kinshasa. Il compte aujourd’hui, selon son ministère de tutelle, 961 établissements publics et privés, qui accueillent quelque 338 000 étudiants, encadrés par 3 000 professeurs (avec thèse), 17 350 membres du corps scientifique et 22 300 agents administratifs.

Alors qu’il fut pendant des années l’un des meilleurs du continent, le système universitaire congolais a souffert des insuffisances des réformes engagées par le pouvoir politique – lui-même conditionné par les programmes de développement que les institutions financières internationales “administrent” aux États africains depuis 1960. Mais aujourd’hui, il est appelé à renaître de ses cendres pour participer non seulement au développement national, mais aussi à la construction d’un espace mondial de la connaissance.

En dépit de sa dégradation, l’université a toujours pris part au débat national sur l’avenir du pays, et la contribution des intellectuels congolais reste une valeur sûre. Dans ses missions d’enseignement, de recherche et de services, l’université constitue l’un des piliers indispensables pour faire de la RD Congo tant un havre de paix qu’un pôle de développement pour son peuple. Elle doit lui permettre de s’impliquer davantage dans la recherche de réponses à des questions cruciales pour l’humanité, comme le réchauffement climatique ou le développement durable.

Pour relever ces défis, notre système d’enseignement supérieur a la responsabilité de former des cadres compétents, porteurs de valeurs citoyennes et universelles, capables à la fois d’incarner le projet national, celui d’une révolution de la modernité, et de s’intéresser aux problématiques mondiales du XXIe siècle. Ces cadres doivent avoir acquis un savoir-faire qui fasse d’eux des professionnels, qui soit en parfaite adéquation avec les bassins d’emploi, et qui leur offre la possibilité de développer de nouvelles compétences tout au long de leur vie.

Cette mission appelle nécessairement une vision nouvelle, favorisant la création du savoir et l’innovation. Dans cette perspective, il nous faut construire une politique éducative cohérente, fondée sur des valeurs démocratiques et globales. Cette politique doit reposer sur quatre piliers : la participation de tous les acteurs à son élaboration ; la décentralisation des structures ; la démocratisation de l’offre de formation ; et enfin l’évaluation interne et externe, en tant qu’outil critique visant à améliorer les services rendus à l’économie et à la société. Cette vision d’une université innovante, ouverte au monde et sur le monde, doit s’inscrire dans une réforme dont quelques bases fragiles ont été posées, mais pour laquelle l’essentiel reste à faire.

Il va falloir mener à bien un certain nombre de missions.

La construction d’un système d’enseignement supérieur de qualité, qui s’appuie sur des bases solides de bonne gouvernance académique, administrative et financière, est devenue un impératif. C’est la seule façon d’éviter l’isolement, dans un contexte international où la mobilité et la recherche scientifique connaissent un essor sans précédent.

Il va falloir mener à bien un certain nombre de missions : revaloriser la dimension éthique, restructurer les organes de direction, recourir aux technologies de l’information et de la communication, renouveler les techniques d’apprentissage et redéfinir la relation entre enseignants et étudiants.

Dans cette optique, notre enseignement supérieur doit s’approprier pleinement la démarche qualité et le système LMD (licence-master-­doctorat) afin de se conformer aux normes internationales. Telle est la condition sine qua non pour permettre au peuple congolais de prendre enfin son plus bel élan, et au Congo-Kinshasa de jouer le rôle que la nature lui a confié dans le village planétaire.

Certes, cette réforme ne sera pas facile. Elle devra se faire progressivement. Le premier signal fort que le pouvoir pourrait envoyer serait de relancer le débat républicain en vue de l’adoption du projet de loi-cadre sur le système éducatif national… en souffrance au Parlement depuis la précédente législature.

Jeune Afrique

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