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Uranium de Shinkolobwe, les pouvoirs publics, Forrest, AREVA, accusés

Par E. MUKUNA

Creseurs

Creseurs

Interdite d’exploitation depuis 2004, par un décret présidentiel dûment signé du Président de la République, la mine de Shinkolobwe continue d’enrichir certaines personnes, et d’empoisonner la vingtaine de milliers de creuseurs artisanaux locaux. Même cédée aux Français d’AREVA, selon l’accord passé avec le Gouvernement en mars dernier en marge de la visite de Nicolas Sarkozy à Kinshasa, Shinkolobwe n’arrête pas de poser problème. Notamment en ce que cet accord viole le décret n°04/17 du 27/01/2004 portant classement de Shinkolobwe comme zone interdite à l’activité minière.

C’est ce que révèle un rapport récemment publié par l’Asadho, ONG de défense des droits de l’homme bien connue “Mine uranifère de Shinkolobwe : d’une exploitation artisanale illicite à l’accord entre la RD Congo et le groupe nucléaire français AREVA »: plus d’une quarantaine de pages pour dénoncer la responsabilité des pouvoirs publics rd congolais dans l’exploitation des gisement uranifères de la mine historique de Shinkolobwe. La même dont l’uranium avait déjà servi, pendant la seconde guerre mondiale, la fabrication de la bombe atomique larguée sur Hiroshima et Nagasaki au Japon.

C’était en 1945. Après cet épisode, on ne reparle pas beaucoup de Shinkolobwe et de son uranium. Après les belges, la Gécamines interdit l’exploitation de ses gisements en affectant une garde spécialisée à la protection des gisements. Jusqu’en 1997, lorsque « menacé par une agression armée dirigée par feu le Président Laurent Désiré KABILA, lequel était soutenu par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, le pouvoir du feu le Président MOBUTU SESE SEKO, ayant comme Premier Ministre Léon KENGO WA DONDO7, en quête d’argent pour arrêter l’avancée des troupes de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Kinshasa) , avait fait exhumer des rejets uranifères, matériaux radioactifs enfouis par l’UMHK juste après la deuxième guerre mondiale. La société parastatale Gécamines (Générale des Carrières et des Mines), chargée de la vente, aurait fait transporter ces minerais par le Groupe Forrest International (GFI) du Katanga vers la Finlande auprès d’un acheteur non autrement identifé ».

Le mal remonte à 1988

A son arrivée au pouvoir, l’Afdl de Laurent-Désiré Kabila, lui aussi, intime aux responsables de l’entreprise l’ordre de retirer ses sbires des mines uranifères. Sans plus, parce qu’il n’est fait état d’aucune d’exploitation uranifère. Cela dure jusqu’en 1998. Des milliers de creu-seurs artisanaux et des négociants, proftant de la faillite de la Gécamines et bravant les dangers d’irradiation, investissent Shinkolobwe. En cette époque d’exportation désordonnée des minerais à l’état brut à partir du Katanga via l’Afrique Australe, les gouvernements qui se succèdent à Kinshasa dopent ces activités irrégulières en octroyant à tours de bras des autorisations signées au ministère des mines. « Plusieurs milliers de tonnes des produits cuprifères et cobaltifères riches en uranium en provenance de Shinkolobwe ont franchi les frontières congolaises pour se retrouver entre les mains des exploitants étrangers véreux ». Janvier 2004, Joseph Kabila tente d’arrêter cette hémorragie en décrétant Shinkolobwe zone interdite à l’exploitation minière.

Mais rien n’y fait, aucune mesure pratique concrète n’ayant accompagné le décret paraphé du Chef de l’Etat. 7 mois plus tard, ce qui devait logiquement arriver survint : le 8 juillet 2004, un éboulement entraîna la mort de plus de 100 creuseurs artisanaux à Shinkolobwe. « Afin de sauvegarder son image, le Gouvernement congolais donna un bilan erroné de huit morts, se limitant au nombre de dépouilles extraites, alors qu’en réalité, il y eut + 100 personnes décédées, disparues sous les décombres, d’après les enquêtes menées à l’époque par l’ASADHO/ KATANGA ».

Le drame a néanmoins le don de remettre en branle des tentatives d’éradication du féau. Une mission onusienne d’évaluation de la situation environnementale du Groupe commun PNUE/BCHA sur Shinkolobwe rappelle la responsabilité de l’Etat congolais qui se doit d’assurer la protection du matériau nucléaire radioactif. Mais elle loupe le coche en se dispensant de recommander la fermeture de la mine de Shinkolobwe.

« Aucun mécanisme de contrôle n’a été malheureusement mis en place, alors que des inspections régulières avec le concours des autorités congolaises auraient permis aux Nations Unies de se rendre compte qu’une exploitation artisanale à petite échelle et clandestine avait vu désormais le jour, et qu’un réseau mafeux était bien organisé à Likasi, Shinkolobwe et Kam-bove et que précédemment de centaines de tonnes de minerais en provenance de Shinkolowe avaient été exportés à l’état brut ou sous forme de concentrés via le poste frontalier de Kasum-balesa à 90 Km au Sud – Est de Lubumbashi. Cet état de chose aurait ainsi permis aux Nations Unies de faire des véritables plaidoyers auprès des autorités nationales et provinciales pour que ces dernières ferment en réalité Shinkolobwe ».

20.000 creuseurs artisanaux exposés aux irradiations

L’extraction des minerais peut se poursuivre, avec la complicité de ceux que les pouvoirs publics chargent d’assurer l’interdiction de l’accès à la mine. Notamment, « … les responsables du Centre d’Instruction militaire de MURA situé à plus ou moins 20 Km de la ville de Likasi, les éléments de Renseignements Militaires (T2) de Likasi, Kambove et Kipushi. Le Chef traditionnel de cette contrée, Chef MUKU-MBI, tire aussi profit de cette exploitation illégale et un réseau mafeux bien structuré s’est développé pour cette fn.

La Police des Mines et Hydrocarbures (PMH) censée être une branche technique de la PNC, fonctionnant malheureusement comme une institution autonome et dont les agents ne répondent pas aux ordres de l’Inspecteur provincial de la PNC, mais dépendent directement de l’Inspection Générale de la Police à Kinshasa, en tire pareillement des dividendes tout en encourageant et couvrant les opérations d’exploitation clandestine à Shinkolobwe ».

Postés aux barrières sensées interdire l’accès à la mine, les éléments des forces de l’ordre exécutent le contraire de leurs missions : de nuit, ils font passer des creuseurs moyennant enveloppes bien garnies qui finissent leur course dans les portefeuilles des commandants, à Mura, à Likasi, voire même à Lubum-bashi et à Kinshasa. En treillis ou en civil tout le monde fait ainsi dans le négoce. Et les « … produits miniers extraits sont ainsi évacués et entassés aux villages SANDRA ou MPEMPELE. Les militaires ont l’habitude de stocker les leurs à MPEMPELE avant de contacter des « preneurs » ou acheteurs basés à Likasi ».

Un véritable Far West où le plus fort des Cow boy dicte sa loi. Comme à cet inspecteur de la Justice militaire en mission de contrôle qui se fait abattre, le 1er février 2008 par des militaires placés sous les ordres d’un offcier de renseignement. Un certain « …capitaine UGWABI qui, (…) aurait ordonné à ses éléments de tirer à vue sur le magistrat militaire et ses hommes, et un feu nourri à la mitraillette s’en est suivi pendant plus ou moins quarante minutes. Sur ces entrefaites, le lieutenant NGALAMULUME fut atteint à la cuisse droite par une balle qui la perforera de part et d’autre. Il en fut mort par manque des soins appropriés par son commettant, l’Etat congolais et par négligence de son chef, l’Auditeur militaire de garnison de Likasi qui n’avait fourni aucun effort … »

AREVA, l’idée est encore de Georges Forrest

C’est dans ce climat des plus affairistes qu’intervient l’accord avec AREVA, le groupe nucléaire français. Il est conclu le 28 mars 2008 devrait, logiquement, mettre un terme à l’exploitation artisanale de Shinkolobwe. « Cet accord, négocié en secret depuis deux ans et dont le facilitateur a été M. Georges Arthur FOR-REST, Consul honoraire de France à Lubumbashi, grand opérateur minier ayant eu à soutenir financièrement et logistiquement le parti présidentiel, Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD) lors de la campagne présidentielle en 2006, très proche du pouvoir en place , patron du GFI et qui aurait fait jouer ses relations ou entrées faciles à l’Elysée et au Palais de marbre ».

Un vrai coup de poker réussi sous la barbe du tout puissant Katumba Mwanke qui roulait plutôt en faveur de Dan Gertler, mais aussi des britanniques de Brinkley Mining, portés, eux, à bouts de bras par le Commissariat Général à l’Energie Atomique. « Les besoins en uranium en Europe devant doubler d’ici 2030, avec l’épuisement des stocks provenant du démantèlement d’ogives nucléaires, la France dont 80 % de l’électricité est produite par les centrales nucléaires de la société EDF (Electricité de France), s’employait à rechercher des partenariats en vue de sécuriser son approvisionnement nécessaire à la fabrication du combustible de ses cinquante-huit réacteurs.

L’opportunité congolaise -grâce au rôle majeur joué M. Georges Arthur FOR-REST- a été donc une aubaine d’affaires pour la France ». Mais outre que l’accord de mars dernier énerve sérieusement le décret présidentiel désaffectant Shinkolobwe, l’Asadho soupçonne la frme nucléaire française d’exceller dans la signature des contrats léonins et de fouler aux pieds les principes de la responsabilité des sociétés extrac-tives et de la sauvegarde des droits des communautés. « Les conditions de la signature des accords Gouvernement – AREVA ne sont guère pour plaider en faveur des français.

Les données géologiques sur les concessions qui seront explorées et exploitées par AREVA n’ont pas été actualisées et rendues publiques, autrement dit, ce flon réputé riche en uranium qui est ancré dans le « Copper Belt »,évalué par la partie congolaise qui aurait dû l’estimer et donner sa valeur réelle ou approximative chiffrée avant de s’engager dans un quelconque partenariat. Si le Gouvernement congolais avait estimé qu’il n’avait pas les moyens techniques requis pour ce faire, alors qu’il en regorge, à la limite, il aurait été acceptable qu’il embauche des sous-traitants étrangers qui encadreraient des experts congolais pour cette tâche.

Du fait que l’Etat congolais vient de signer déjà cet accord, n’y a-t-il pas lieu de croire que les gisements d’uranium ou l’apport congolais soient sous-évalués par AREVA, ce qui aurait à jouer en défaveur de la partie congolaise lors de la constitution des parts sociales de la future société de droit congolais qui devra exploiter l’uranium congolais, comme plupart des contrats léonins décriés ?

Y avait-il péril en demeure pour l’Etat congolais de signer à la sauvette cet accord ce 26 mars 2009, tenir précédemment secrète sa phase préparatoire alors qu’il s’est engagé dans l’Initiative de Transparence des Industries extractives (IITIE). Il n’est nullement responsable de la part du Gouvernement congolais de signer d’abord un contrat d’exclusivité d’exploration et d’exploitation sur un de ses stratégiques flons miniers, et procéder ensuite au recensement et à l’évaluation de ses gisements amodiés ou cédés. C’est placer la charrue devant les boeufs.

C’est placer sciemment l’Etat congolais dans des conditions inconfortables d’inégalité concernant la conclusion des contrats devant pourtant lui être d’abord bénéfques, par leur Consul honoraire n’a pas été préalablement cela a été la pratique dans la encourageant ainsi les mauvaises pratiques – favorisant la fraude et l’évasion fiscales – lesquelles gangrènent le secteur congolais de l’exploitation des ressources naturelles : la surévaluation de l’investissement extérieur, la sous-évaluation de l’investissement congolais, la surfacturation des prestations, etc ».

Déjà présente au Niger et au Gabon, les français d’Areva n’y ont pas que bonne presse, ainsi que le révèle le prix de l’entreprise la plus irresponsable de l’année 2008, décerné à Areva par les Public Eye Awards (Prix du public de l’entreprise la plus irresponsable ) parce que « les médecins des hôpitaux du groupe faisaient passer des cas de cancer – qui pourraient probablement être dus à des niveaux élevés de radioactivité dans les mines – pour des cas du VIH/Sida ».