BordĂ©e par la Tamise, Oxford, Ă©crin de la plus prestigieuse universitĂ© britannique, Ă©merveille depuis des siĂšcles les meilleurs Ă©lĂšves. MĂȘme un dimanche, le tumulte des bars et les groupes dâĂ©tudiants sâapostrophant dans toutes les langues Ă travers les ruelles pavĂ©es confirment que la ville aux clochers rĂȘveurs est la citĂ© universitaire internationale par excellence. Ses collĂšges Ă lâarchitecture nĂ©ogothique accueillent prĂšs de 32 000 Ă©tudiants du monde entier.
« Bouillonnement culturel »
Câest dans cette ambiance cosmopolite, Ă Â 90 kilomĂštres de Londres, que Margot a choisi de booster son CV Ă lâEM Normandie, seule Ă©cole française Ă disposer dâun campus sur place. « Jâai Ă©tĂ© attirĂ©e par le bouillonnement culturel de cette ville Ă taille humaine. En dehors des cours, nous pouvons assister aux confĂ©rences organisĂ©es par les collĂšges rĂ©putĂ©s dâOxford et nous impliquer dans des projets acadĂ©miques ou associatifs. Ces Ă©vĂšnements sont lâoccasion de se crĂ©er un rĂ©seau professionnel Ă lâĂ©tranger » , explique lâĂ©tudiante, qui souhaite crĂ©er sa startup aprĂšs son M2 en banque, finance et FinTech.
« Faute de recevoir son visa dans les dĂ©lais, une candidate a renoncĂ© Ă son projet dâĂ©tudier au Royaume-Uni. » Jean-Guy Bernard, directeur gĂ©nĂ©ral de lâEM Normandie
Pourtant, depuis le rĂ©fĂ©rendum du 23 juin 2016, une Ă©pĂ©e de DamoclĂšs plane au-dessus de la communautĂ© universitaire, qui a rejetĂ© dâun bloc le Brexit. Si les modalitĂ©s de sortie du Royaume-Uni de lâUnion europĂ©enne restent floues, les restrictions migratoires risquent de freiner la venue des Ă©tudiants et de leurs enseignants. Jusquâici, avec la libre circulation, une carte dâidentitĂ© suffit aux EuropĂ©ens pour Ă©tudier et travailler Outre-Manche. Mais il nâest pas exclu que des permis de sĂ©jour et des visas soient exigĂ©s Ă lâavenir.
« Pour lâinstant, ce qui nous inquiĂšte, ce sont les difficultĂ©s subies par les Ă©tudiants internationaux , raconte Jean-Guy Bernard, directeur gĂ©nĂ©ral de lâEM Normandie. Les procĂ©dures dâoctroi des visas sont devenues plus compliquĂ©es. Faute de recevoir ce document dans les dĂ©lais, une candidate a renoncĂ© Ă son projet dâĂ©tudier au Royaume-Uni. »
ImplantĂ©e prĂšs du quartier historique dâOxford sur un campus moderne de 600 m2 , lâĂ©cole a aussi rencontrĂ© des dĂ©boires pour recruter Ă la rentrĂ©e un professeur indien spĂ©cialisĂ© en logistique. « Etant considĂ©rĂ©s comme une association française, nous ne pouvons embaucher que des Français et des Anglais. Finalement, nous nâavons pas reçu les autorisations nĂ©cessaires » , dĂ©taille Hendrik Lohse, directeur des campus dâOxford et de Dublin de lâEM Normandie.
« PlutÎt que de voir nos locaux londoniens se vider, nous avons préféré ouvrir un campus à Berlin. » Jean-François Fiorina, directeur adjoint
Pour continuer dâaccueillir ses 200 étudiants du programme grande Ă©cole et diversifier ses recrutements, la business school française a dĂ©cidĂ© de crĂ©er une sociĂ©tĂ© Ă statut juridique anglais. Cette dĂ©marche lui permettra dâici Ă deux ans de dĂ©crocher auprĂšs du ministĂšre de lâintĂ©rieur les licences Tier II et IV, accrĂ©ditations facilitant lâobtention des visas et les embauches des enseignants Ă©trangers.
En se transformant en filiale britannique, lâEMN Oxford aura les mĂȘmes droits quâune universitĂ© locale. « JusquâĂ prĂ©sent, nous pouvions opĂ©rer nos activitĂ©s dâenseignement depuis la France. Mais il devient nĂ©cessaire, avec la sortie du marchĂ© commun, de faire reconnaĂźtre notre existence en Grande-Bretagne. Notre responsabilitĂ© est de prendre des prĂ©cautions juridiques pour sĂ©curiser nos activitĂ©s » , justifie Hendrik Lohse.
Fermetures de campus
Si lâEM Normandie envisage de sâinstaller durablement dans le paysage universitaire britannique, dâautres ont prĂ©fĂ©rĂ©, face aux incertitudes, plier bagage. Ainsi de Grenoble Ecole de management, qui a fermĂ© en 2017 son Ă©tablissement de Londres : « Le Brexit a dĂ©tournĂ© de cette destination les Ă©tudiants , indique Jean-François Fiorina, directeur adjoint. PlutĂŽt que de voir nos locaux londoniens se vider, nous avons prĂ©fĂ©rĂ© limiter notre prĂ©sence en Angleterre et ouvrir un campus Ă Berlin. Avec sa dimension internationale et son esprit startup, cette ville âmatchait â avec nos critĂšres. »
LâESCP Europe, qui accueille un millier dâĂ©tudiants sur son campus londonien, nâenvisage pas pour sa part de cesser ses programmes dâenseignement Outre-Manche. « MĂȘme en cas de Brexit dur, le Royaume-Uni continuera Ă entretenir des relations avec le reste de lâEurope. Il sera donc toujours nĂ©cessaire de comprendre le fonctionnement de ses entreprises et de son marchĂ© financier. En Ă©tant sur place, nous allons devenir un pont entre le Royaume-Uni et lâUnion europĂ©enne » , analyse Frank Bournois, directeur gĂ©nĂ©ral de lâĂ©cole parisienne.
Les barriĂšres administratives ne sont pas la seule cause du dĂ©samour possible. Certains craignent aussi quâaprĂšs 2020 les institutions universitaires alignent leurs frais de scolaritĂ© sur ceux acquittĂ©s par les Ă©tudiants Ă©trangers, ce qui reviendrait Ă doubler leurs droits. « La Grande-Bretagne a perdu de son attractivitĂ©. Nos Ă©lĂšves redoutent que, sur place, les dĂ©buts de carriĂšre soient moins Ă©vidents et les opportunitĂ©s moins intĂ©ressantes. Ils prĂ©fĂšrent dĂ©sormais vivre une expĂ©rience internationale dans dâautres destinations anglophones » , remarque Anne-Catherine Guitard, directrice des opĂ©rations et des relations internationales de Kedge Business School.
Partenariats innovants
Pour proposer des sĂ©jours dâĂ©changes acadĂ©miques et des doubles diplĂŽmes ailleurs sur le Vieux Continent, des partenariats ont Ă©tĂ© nouĂ©s avec des Ă©coles de commerce en SuĂšde et aux Pays-Bas. Toujours pour Ă©viter Ă ses ouailles de traverser la Manche, Kedge prĂ©voit de co-construire et de dispenser sur son campus parisien des formations avec la Britannique Aston Business School , de Birmingham, en parallĂšle des activitĂ©s de recherche communes menĂ©es en France.
Le Brexit est ainsi lâoccasion dâinventer de nouvelles coopĂ©rations avec des institutions acadĂ©miques soucieuses de sortir de leur isolement et dâaccĂ©der aux financements europĂ©ens. En 2017, la communautĂ© dâuniversitĂ©s et dâĂ©tablissements Paris-Seine, incluant lâEssec, a invitĂ© ses homologues britanniques Ă sâinstaller sur le futur campus international de Cergy-Pontoise. « Avoir ces partenaires reconnus sur notre territoire nous permettra de collaborer en Ă©chappant aux contraintes du Brexit , espĂšre Vincenzo Vinzi, directeur gĂ©nĂ©ral de lâEssec. Nous souhaitons nous enrichir de leurs compĂ©tences acadĂ©miques, scientifiques et technologiques. »
Les Ă©coles de commerce françaises ont tout intĂ©rĂȘt Ă faire valoir leurs atouts si elles veulent profiter des retombĂ©es du Brexit. Câest notamment lâopportunitĂ© de puiser dans le vivier dâĂ©tudiants internationaux et dâenseignants-chercheurs qui fuient le Royaume-Uni. « Chaque semaine, nous recevons deux ou trois candidatures de Grande-Bretagne. Ce sont des profils intĂ©grĂ©s dans le milieu universitaire qui nâauraient pas postulĂ© chez nous auparavant , souligne Jean-François Fiorina. Mais dĂ©sormais, ils sâinquiĂštent pour leur avenir professionnel et ils cherchent Ă assurer leurs arriĂšres. Attirer ces talents amĂ©liorera la qualitĂ© et la notoriĂ©tĂ© de nos formations. »
« Le Monde » organise son Salon des grandes écoles les 10 et 11 novembre
La 13e édition du Salon des grandes écoles (SaGE) aura lieu samedi 10 et dimanche 11 novembre à Paris, aux Docks, Cité de la mode et du design (13e  arrondissement), de 10 heures à 18 heures.
Plus de cent cinquante Ă©coles de commerce, dâingĂ©nieurs, IAE, IEP, Ă©coles spĂ©cialisĂ©es et prĂ©pas y seront reprĂ©sentĂ©es, permettant dâĂ©changer sur les diffĂ©rents programmes et leur accessibilitĂ© (post-bac, post-prĂ©pa ou aprĂšs un bac + 2, + 3 ou + 4). LycĂ©ens, Ă©tudiants et parents pourront Ă©galement assister Ă des confĂ©rences thĂ©matiques animĂ©es par des journalistes du Monde Campus. Une Ă©quipe de vingt « coachs » pourra Ă©galement conseiller lycĂ©ens, Ă©tudiants et parents pour dĂ©finir leur projet dâorientation, prĂ©parer les concours ou rĂ©diger leur CV.
LâentrĂ©e en sera gratuite, la est conseillĂ©e pour accĂ©der plus rapidement au Salon. Liste des exposants et informations pratiques sont Ă retrouver sur le site Internet du SaGE .