-Fort de sa “victoire” sur les “Combattants” qui, depuis quelques annĂ©es, empĂȘchaient la tenue de ses concerts notamment en Europe, le cĂ©lĂšbre chanteur congolais se produira Ă Londres le 29 mars 2020.
Le chanteur congolais Fally Ipupa a pu se produire sur la scĂšne de l’AccorHotels Arena le 28 fĂ©vrier 2020 Ă Paris. Il a ainsi eu raison de ces fameux “Combattants”. Ce mouvement, constituĂ© par des membres de la diaspora originaire de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC) et installĂ©e en Occident, est depuis quelques annĂ©es le cauchemar des artistes congolais.
Le phĂ©nomĂšne des “Combattants” date de 2006, expliquait Radio Okapi dans un article publiĂ© en 2012. “Plusieurs artistes musiciens de la RDC ne se produisent plus en Europe. Ils sont menacĂ©s par les Congolais vivant Ă lâĂ©tranger qui leur reprochent leur appartenance politique. La plupart dâentre eux ont participĂ© aux campagnes Ă©lectorales de Joseph Kabila de 2006 et de 2011. Ce jeudi 21 juin (2012), ils ne pourront pas aller se produire en Europe Ă lâoccasion de la FĂȘte internationale de la musique”.
A l’instar d’autres grands noms de la musique congolaise, Fally Ipupa n’avait pu se produire en Europe depuis une dĂ©cennie. C’est pourquoi, dĂšs le lendemain du concert, l’artiste congolais se rĂ©jouissait et remerciait les “20 000 personnes” qui avait rendu “cette soirĂ©e du 28.02.2020 inoubliable” et saluait “(leur) dĂ©termination, (leur) courage, mais surtout (leur) amour (qui avaient) permis de réécrire une nouvelle histoire”. “Mes regrets les plus sincĂšres Ă tous ceux et celles qui nâont pas pu accĂ©der Ă lâintĂ©rieur de la salle, ce nâest que partie remise”, poursuivait-il. Car en dĂ©pit de l’arrĂȘtĂ© du 26 fĂ©vrier 2020 de la prĂ©fecture de police interdisant toute manifestation aux abords du lieu du spectacle, situĂ© dans le XIIe arrondissement de Paris, les “Combattants” n’ont pas renoncé à leur action.
Objectif atteint, en partie. Avec la fermeture de la gare de Lyon Ă Paris aux alentours de laquelle une trentaine de vĂ©hicules ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s, la perturbation du trafic des bus de la RATP (lignes 71, 29 et 64), mais aussi avec leurs barrages et leurs manĆuvres d’intimidation, les “Combattants” ont rĂ©ussi Ă empĂȘcher quelques fans d’accĂ©der Ă la salle de spectacle. Pourtant, les spectateurs ne se sont pas dĂ©couragĂ©s en cherchant par tous les moyens Ă aller Ă©couter leur idole. Comme cette jeune femme rencontrĂ©e dans le bus 64, qui avait dĂ©jĂ dĂ» trouver un trajet alternatif, avant de poursuivre sa route et de s’entendre dire par d’autres fans que les accĂšs Ă la salle Ă©taient bloquĂ©s par les “Combattants”.
A la suite des incidents, rapportait l’AFP le 1er mars 2020, “au moins 71 personnes ont Ă©tĂ© interpellĂ©es pendant la soirĂ©e, ce qui a donnĂ© lieu Ă 52 gardes Ă vue”. De mĂȘme, “Ă Â l’issue de ces gardes Ă vue, au moins quatre personnes seront jugĂ©es, soit trĂšs prochainement en comparution immĂ©diate, soit ultĂ©rieurement via une convocation devant le tribunal”.Â
Le concert du 28 fĂ©vrier 2020 s’apparente Ă une double performance à la fois artistique et symbolique. Outre le soutien de ses compatriotes, Fally Ipupa a Ă©tĂ© fĂ©licitĂ© par ses pairs africains. Notamment le cĂ©lĂšbre groupe ivoirien Magic System qui soulignait “cette belle victoire au profit de la musique africaine”.
Une “victoire” puisqu’en 2017, la prĂ©fecture de police de Paris avait tout simplement annulĂ© le concert de Fally Ipupa Ă La Cigale par crainte de dĂ©bordements. Trois ans aprĂšs, le rendez-vous de Bercy sonnait comme un dĂ©fi. D’autant que Fally Ipupa avait rencontrĂ© certains “Combattants”, confiait-il, quelques jours avant l’Ă©vĂ©nement, sur les antennes de France 24. “J’ai rencontrĂ© plusieurs ‘Combattants’ qui veulent juste combattre pour le bien de notre pays, (pas) pour boycotter les artistes musiciens. Aujourd’hui, il y a des ‘Combattants’ qui ont avancĂ© dans leur combat, qui ont une autre vision de leur combat. Ils sont pour la reprise de la musique congolaise en France et en Europe, un peu partout”.Â
Le grand Papa Wemba, disparu en 2016, soulignait dans l’article de Radio Okapi sur le phĂ©nomĂšne des “Combattants”, que les artistes Ă©taient “pris au piĂšge de la politico-politique”. “Mais jâai toujours dit quâon finira par fumer le calumet de la paix”, avait-il ajoutĂ©.
Le calumet de la paix a-t-il Ă©tĂ© fumĂ© Ă Bercy ? Rien n’est moins sĂ»r. Les mĂ©thodes des “Combattants” sont source de controverse, mais elles posent la problĂ©matique de la neutralitĂ© politique pour les artistes africains, dont certains se font le chantre de rĂ©gimes abhorrĂ©s par leurs compatriotes. Les artistes congolais sont d’autant plus tiraillĂ©s qu’ils sont passĂ©s maĂźtres dans l’art de l’”atalaku” (“crieur” en lingala, l’une des principales langues parlĂ©es en RDC), Ă savoir faire l’Ă©loge de quelqu’un en glissant son nom dans une chanson. Les noms des amis, des producteurs, des animateurs ou des politiques apprĂ©ciĂ©s des interprĂštes, tout y passe. Cependant, au niveau politique, l’exercice peut se rĂ©vĂ©ler pĂ©rilleux.
Fally Ipupa était ainsi interrogĂ© Ă propos de l’opposant congolais Martin Fayulu, qui venait d’ĂȘtre dĂ©clarĂ© candidat unique de l’opposition Ă la prĂ©sidentielle de 2018, citĂ© dans l’un de ses titres sur le plateau du journal Afrique de TV5.
“C’est ‘un vieux’ (terme affectueux, NDLR) qui m’a soutenu, depuis que j’ai commencĂ© mon aventure en 2006 (…). Je suis trĂšs fier de lui (…), expliquait-il. C’est d’ailleurs trĂšs bien que les politiciens se mettent d’accord pour l’intĂ©rĂȘt du pays. En tout cas, bonne chance Ă mon ‘vieux’ Martin Fayulu”. Dans la foulĂ©e, l’artiste prĂ©cisait : “Je ne soutiens pas le politique parce que j’estime que je suis un artiste, comme l’Ă©glise dans le village, mĂȘme si j’ai des relations avec des politiciens. Je prĂ©fĂšre pour l’instant chanter (…) Quand il y a des problĂšmes, j’arrive juste pour panser les plaies, pour ramener un peu d’amour”.Â
Fally Ipupa est, entre autres, ambassadeur de bonne volonté de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco). Par ailleurs, il avait annoncé qu’une partie des recettes du concert du 28 fĂ©vrier irait Ă la fondation du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018, qui soigne les femmes victimes de violences sexuelles en RDC.  AprĂšs le concert de Bercy, Fally Ipupa attend donc ses nombreux fans le 29 mars 2020 à Londres.
Avec Fr. inf