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Chemin pour un nouveau destin congolais, ouvrage de Kä Mana

Par Freddy Mulumba Kabuayi ( Le Potentiel)

Très riche dans ses analyses sociales et politiques ainsi que dans ses propositions pour l’avenir, ce livre du professeur Kä Mana est un cri d’alarme : un virulent cri d’alarme d’un philosophe qui réfléchit sur la situation de la République Démocratique du Congo et ouvre, dans le miroir de la tragédie congolaise, des perspectives pour tout le continent africain confronté aujourd’hui à la tâche de se construire un nouveau destin.

Le philosophe consacre ici sa réflexion à la question qui préoccupe beaucoup de Congolais et d’Africains en cette année de célébration du cinquantenaire des indépendances africaines : la question même de la réalité de ces autonomies et de la manière dont elles sont pensées, organisées et vécues concrètement.

Adossée aux grands événements de l’histoire récente de la R.D. Congo dans sa position internationale, la préoccupation de ce livre est globalement tournée vers l’avenir. Le professeur Kä Mana considère que le Congo, tout comme l’ensemble du continent africain, a aujourd’hui pour tâche non pas seulement d’interroger fortement les problèmes de son autodétermination à partir des drames du passé et des traumatismes d’aujourd’hui, mais surtout d’inventer une nouvelle indépendance.

L’ouvrage est dans son fond un manifeste pour cette nouvelle conquête de ce que l’auteur appelle la destinée africaine dans le miroir de la tragique expérience congolaise. Kä Mana s’y consacre entièrement à réfléchir sur les perspectives d’une liberté à conquérir encore pour les Congolaises et les Congolais, pour les Africaines et les Africains, compte tenu de la situation actuelle de l’ordre néocolonial et néolibéral. Pointues et aiguisées, ses réflexions pénètrent au coeur de cette situation avec rigueur. Elles l’analysent avec force et l’interrogent avec passion.

On y saisit les enjeux de fond et les lames vitales de la question des indépendances africaines et de l’autodétermination congolaise. Le philosophe met en lumière les interrogations et les interpellations que la situation actuelle du Congo et de l’Afrique offre pour bâtir une vision globale de la nouvelle indépendance, à partir d’un regard d’ensemble sur la trajectoire historique africaine et sur ses héritages essentiels au cours des cinq derniers siècles. En fait, il nous donne une puissante philosophie de la liberté africaine aujourd’hui, dans un effort profond de réflexion sur ce qu’il convient d’être et de faire au Congo et en Afrique en vue d’une telle liberté, si les Congolais et les Africains veulent vraiment être libres dans le monde où nous vivons et pour les décennies à venir.

La lecture attentive des réflexions du penseur congolais fera comprendre aux lecteurs que le souci du professeur Kä Mana est de saisir l’exigence de la nouvelle indépendance du Congo autour de quelques lignes de force qui m’ont particulièrement frappé par leur puissance théorique et leur fertilité pratique.

Du point de vue théorique, on sera sans doute sensible au soin que l’auteur prend à définir les pièges qu’il veut éviter dans ses analyses. Pièges qu’il nomme manichéisme idéologique, réductionnisme desséchant, scientisme étroit, court-termisme, précipitation et simplification outrancière des réalités. Ces tentations, il veut s’en prémunir avec des outils d’une vision complexe et profonde des situations dont il veut dégager ce qu’il appelle les vraies dynamiques porteuses de sens, les vraies forces de profondeur et les vraies facteurs de fertilisation de l’avenir.

Il n’est pas possible de ne pas saisir dans l’essaim des réflexions de Kä Mana les deux lames de fond de sa thèse centrale : d’une part sa volonté de sortir résolument l’Afrique de l’ère des Nègres aliénés, dépendants, formatés pour l’échec et l’impuissance dans leurs systèmes de désirs, de connaissance, d’action et d’utopie ; et d’autre part l’avènement des Nouveaux Africains, des Nouveaux Congolais dont la grandeur est la liberté en tant que puissance de créativité, d’organisation et d’invention. Le philosophe écrit à ce sujet : « La grandeur d’un pays, c’est sa liberté, et la liberté d’une nation, c’est sa puissance créatrice. » Tout un programme pour le Congo et l’Afrique en ces temps de turbulences et d’inquiétudes !

J’aimerais signaler également ici les dimensions de la vision des exigences de l’indépendance telles qu’elles se dégage du présent livre : les quatre conversions, retournements de vision, révolutions et renversement de sens dont Kä Mana cherche à mettre en lumière les vertus de transformation sociale pour la nouvelle indépendance du Congo et les nouvelles lignes d’autodétermination de l’Afrique.

Il y a d’abord la conversion de l’être congolais et de ce que cette conversion devra apporter au continent africain tout entier. Il s’agit pour l’auteur de promouvoir une rupture radicale avec les pathologies anthropologiques qui sont décrites ici avec vivacité et grande perspicacité du regard.

Il y a ensuite la conversion de l’imaginaire, qui concerne le rêve que le Congolais devra avoir désormais de lui-même et de ce que le professeur Kä Mana appelle sa destinée fondamentale. Sur ce point aussi, les analyses du philosophe sont fort éclairantes pour son pays et pour toute l’Afrique.

Il y a également le retournement radical du rapport de notre pays et du continent tout entier aux valeurs fondamentales de la vie. L’auteur accorde à ce retournement une attention particulière en faisant des valeurs éthiques et des valeurs scientifiques un socle radical pour l’avenir de l’homme africain.

Il y a enfin la révolution du sens, la force de renversement de l’esprit pour le développement des capacité de production d’utopies nouvelles et de nouvelles espérances, sur la base de la spiritualité comme horizon ultime de l’être, de l’imaginaire et des valeurs éthiques.

Toutes ces révolutions, le philosophe les met au service de ce qu’il considère comme la clé de la nouvelle indépendance : la construction d’alternatives éducatives crédibles et décisives. Son livre peut être considéré comme une sorte d’hymne à la promotion d’une nouvelle éducation et un combat contre la crise éducative dans la société congolaise et en Afrique.

Pour Kä Mana, le Congo, tout comme l’ensemble du continent africain, n’a qu’une vraie alternative essentielle : ou il rénove de fond en comble son système éducatif et il a l’avenir avec lui, ou il laisse son système éducatif dériver comme il dérive maintenant vers le gouffre et il s’effondre comme nation capable de liberté et de créativité. Inutile de dire que face à une telle alternative, le choix est clair, comme on disait au Congo pendant les périodes fastes du mobutisme triomphant.

Dans ce manifeste de la nouvelle indépendance qu’est le présent livre, la visée profonde est, en somme, la construction d’une nouvelle société congolaise et africaine : une société dont les valeurs sont celles de la grandeur et de la dignité vitale, de la liberté créative et de la responsabilité inventive, de la foi en soi-même et du bonheur convivial en profondeur.

En fait, Le projet est celui d’une société capable d’assurer à toutes ses populations une solide sécurité et une paix durable dans ce que Lumumba appelait le rayonnement du Congo en Afrique. Il n’y a pas d’indépendance possible sans ce ferment d’unité nationale et d’intégration africaine où toutes les ethnies, toutes les tribus, toutes les nations et toutes les grandes régions mettent ensemble leur génie inventif pour bâtir l’avenir face aux tempêtes de l’ordre mondial actuel.

J’aimerais attirer l’attention sur une dernière lame de fond de la réflexion du professeur Kä Mana sur la nouvelle indépendance. Son livre est une puissante célébration du capital humain en R.D. Congo au service de l’Afrique. Derrière toute la férocité de l’analyse du mal congolais dans toutes ses pathologies sociales, politiques, éthiques, spirituelles et socio-économiques, l’auteur a su mettre en relief la puissance du génie anthropologique de son pays, cette terre qui a donné naissance à des personnalités hors normes comme Simon Kimbangu, Patrice Emery Lumumba ou Joseph-Albert Cardinal Malula. Des hommes dont on découvrira la fécondité créatrice dans les meilleurs pages du présent ouvrage.

Avec un tel capital anthropologique, le Congo ne peut être qu’une terre d’avenir, pour reprendre encore une expression de Lumumba.

L’urgence est aujourd’hui de poser les bases de cet avenir dont le nom est la nouvelle indépendance africaine. C’est l’ambition de ce nouveau livre du professeur Kä Mana. Un livre qui devra aujourd’hui nourrir les débats sur les indépendances africaines en cette année du cinquantenaire de ces autodéterminations à refonder, à repenser et à redéployer pour bâtir l’Afrique nouvelle et le Congo de l’espoir.