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Elections probables de 2011-2013 : les quelques raisons de leur rejet

Par Jean Pierre Mbelu

-Pendant que Kinshasa parle d’enrôlement, au Nord-Kivu, les compatriotes sont coupés en petit morceaux à la machette et l’espace est créé pour que les pays voisins l’occupent. Au Katanga, où la victoire de  « l’autorité morale de la MP  » devra être assurée à 99,99%, les enfants ont été enrôles massivement. Et pour tout le processus électoral, l’égalité des chances n’est pas assurée.

Du Katanga, une source nous expédie deux photos  des enfants enrôlés par la CENI et ajoute le commentaire suivant : « Voici les photos des enfants entrain d’être enrôlés dans le territoire de Manono où je me suis rendu dernièrement. Ici, nous sommes dans le village Kaziba, à 57 KM de Manono centre. Ce sont les enfants âgés entre 9 et 11 ans dans les écoles primaires. Leurs directeurs sont complices. D’autres suivent. C’est dire que les élections seront chez nous seront LIBRES, CREDIBLES ET TRANSPARENTES. »  Et elle ajoute : « A Manono, au cours de la supervision de la campagne, je suis arrivé dans les centres d’enrôlement de Malaba à 25 km de Manono centre et à Kajiba dans l’AS Muyumbu port. Partout, on enrôle systématiquement les enfants de l’école primaire sur demande d’un certain politicien qui était de passage  là entre le 25 et le 26 mai (Kyungu).  L’âge de l’enfant est bradé et on demande à chacun de garder sa carte jusqu’au moment où le directeur va la réclamer. »

Si ledit politicien a fait le tour de toute la province du Katanga, plusieurs enfants  des écoles primaires doivent avoir été enrôlés.  Et c’est avec ces cartes qu’il pourra travailler à la victoire de « l’autorité morale » de sa plate-forme politique. Ceux et celles d’entre nous qui n’ont pas la mémoire courte savent qu’une promesse  de faciliter la victoire de « l’autorité morale de  la MP  » avec 99,99% avait été faite par ledit politicien. Pour orchestrer cette magouille à l’écart des regards dérangeants, un appel à la chasse des non-originaires du Katanga avait été lancé.

Ainsi le Congo dit démocratique se porte-t-il plus d’une décennie après la chute du Grand Léopard ! Tout est traficoté ! Tout est fondé sur la tricherie, les mensonges et les faux-semblants ! Et après tout, les partisans de ces sales besognes posent cette question : « Pourquoi avez-vous peur des élections ? » Comme si, dans ces conditions d’une élection présidentielle traficotée, la peur n’était pas une bonne conseillère, un appel à la vigilance et à la prudence !

Pourtant, les plus naïfs d’entre nous croyaient que la victoire de « l’autorité morale de la MP  » serait la conséquence normale de la réalisation de ses « cinq chantiers » et  de la mise en pratique de « la tolérance zéro » en matière de justice !

Le comble est que certains compatriotes en arrivent à justifier cette tricherie en la mettant sur le dos de « l’opposition politique » qui n’a pas su envoyer ses observateurs dans les bureaux d’enrôlement !  Pour ces compatriotes, tricher se justifie même si la promesse d’offrir les élections démocratiques, libres et transparentes est faite en permanence par le pouvoir organisateur ! Aussi ces compatriotes n’arrivent-ils pas à se faire à l’idée que les élections sont aussi une question d’égalité des chances. C’est-à-dire que si le Congo était un début de démocratie, les gouvernants actuels mettraient à la disposition de l’opposition les mêmes moyens matériels que ceux dont eux-mêmes disposent. Il y aurait une répartition équitable de ces moyens entre les différents partis politiques et les membres de la société civile voulant concourir à ces élections. Mais disposer de tous les moyens de l’Etat (manqué) et demander aux autres de se débrouiller avec les moyes du bord crée  une inégalité des chances préjudiciable à une élection démocratique. Il y a pire : la confiscation des médias publics par la MP. Elle pousse le reste de la société civile et de la communauté politique dans leurs derniers retranchements en leur enlevant toute visibilité médiatique.

Disons que les élections démocratiques sont une question à la fois politique, technique, économique et même culturelle. Présentement, du point de vue de la culture politique, le problème du remplacement de la culture de la violence (à la machette ou à la kalachnikov)  héritée de la guerre de 1996 par une culture du dialogue et de la paix se pose avec acuité. L’existence de la police politique aux ordres des ex-seigneurs de guerre et de leur mise sous tutelle de la justice constituent des freins sérieux pour l’établissement d’un Etat digne de ce nom chez nous.

Eu égard à tout ce qui précède, il serait sage de renoncer à la participation aux élections dont les gagnants sont presque connus d’avance ; si « leurs maîtres » n’en décident autrement.

A défaut d’organiser un dialogue inter-congolais très inclusif, une commission Vérité, Justice et Réconciliation digne de ce nom, « une révolution à l’égyptienne » serait l’une des voies à exploiter en profondeur.  Des actions de désobéissance civique seraient recommandables. Pour ceux et celles ayant pris cette option : « La patrie ou la mort » !

J.-P. Mbelu