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L’admission aux PPTE ne résout pas encore les problèmes de pauvreté

Source: IPS

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale annoncent avoir réduit, de 13 à trois milliards de dollars, la dette extérieure de la République démocratique du Congo (RDC), soit un allègement de 90 pour cent.

A la suite de cette annonce dans un communiqué conjoint des deux institutions, le 1er juillet, Samir Jahjah, représentant résident du FMI à Kinshasa, la capitale congolaise, a déclaré à IPS que «ceci est une conséquence du fait que le pays a atteint le point d’achèvement de l’Initiative des pays pauvres très endettés (PPTE) amorcée depuis six ans».

Depuis 2005, la RDC a élaboré et mis en œuvre son Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté (DSCRP). Jahjah a indiqué que «des progrès dans la gestion des dépenses publiques, de la dette, de l’administration et de la qualité des services sociaux tels que la santé, l’éducation et le développement rural, qui sont les exigences de l’atteinte de ce point d’achèvement, ont été observés».

Cependant, Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice résidente de la Banque mondiale en RDC, ajoute : «Il reste à renforcer l’Etat de droit, à améliorer l’état et le fonctionnement de l’administration publique de manière générale ainsi que le climat des affaires».

Entre 2005 et 2010, le pays n’a alloué aux secteurs sociaux qu’entre 0,7 et 0,9 pour cent seulement de ses budgets, eux-mêmes modiques variant de 1,5 à cinq milliards de dollars pour une population avoisinant les 80 millions d’habitants, et financés à environ 50 pour cent par la communauté internationale, selon les différentes lois budgétaires.

Claude Sekana, un économiste de la RDC, a déclaré à IPS : «Il reste du chemin aussi pour ce qui est de la sécurité juridique et judiciaire des citoyens et des investisseurs. La justice ne bénéficie actuellement que de 0,9 pour cent du budget national, soit environ 5.000.000 francs congolais, l’équivalent de plus ou moins 61.000 dollars seulement; ce qui justifie …que les magistrats, très pauvres et mal payés (environ 600 dollars par mois) sont corrompus».

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), «près de 90 pour cent de la population congolaise vit actuellement avec moins d’un dollar par jour. Plus de trois enfants congolais sur 10, âgés de six à 14 ans, n’ont jamais fréquenté l’école, un enfant sur quatre entrant en 1ère année primaire achève la 5ème année».

«Près de 44 pour cent des femmes et environ 22 pour cent des hommes n’ont pas de revenu. Cette situation est plus alarmante dans les provinces où des écoles ne fonctionnent pas à cause de la pauvreté des parents qui ne peuvent payer leurs contributions mensuelles ou trimestrielles», ajoute le rapport 2009 du PNUD sur la gouvernance.

Pour accroître les recettes et faire face à la pauvreté, le document de politique conjointe des ministères des Finances et du Budget indique qu’entre juin 2010 et juin 2012, le pays devra atteindre 5,5 pour cent de croissance du produit intérieur brut, réduire le taux d’inflation de 10 à 9 pour cent «à travers une meilleure mobilisation des recettes intérieures, le renforcement de la gestion des finances publiques, la réforme de la Banque centrale et le renforcement du secteur privé».

Les projections du ministère du Plan indiquent qu’à l’horizon 2015, «le pays devra débloquer (pour les secteur sociaux et la lutte contre la pauvreté) une somme de 101,3 milliards de dollars, ce qui correspond au besoin annuel moyen de 14,5 milliards à partir de 2009, sachant que le coût moyen par tête d’habitant irait de 135,8 dollars en 2009 à 242,6 dollars en 2015».

Pour Dieudonné Kadinga du ministère du Plan, «le pays devra alors quasiment tripler son budget actuel, ce qui s’avère très difficile à ce jour».

«Au-delà des déclarations de bonnes intentions, les défis, notamment ceux liés à la gouvernance, demeurent aussi énormes», affirme un rapport à mi-parcours 2010 de Défi Michée/RDC, la branche congolaise de Défi Michée internationale qui est une campagne mondiale de lutte contre la pauvreté et les injustices économiques.

Ce rapport dont copie est parvenue à IPS indique qu’en «terme budgétaire, environ 90 pour cent des recettes du pays est consommé par les seuls services installés à Kinshasa».

Selon Emile Namwira, chargé de projet à Défi Michée/RDC, «le rapport d’exécution du budget présenté par le ministre du Budget affirme que les ressources en 2009 qui s’élèvent à 2.922 milliards de francs congolais, soit 4,9 milliards de dollars, ont été réparties à raison de 2.629 milliards, soit 90 pour cent, pour le pouvoir central et 293 milliards, soit 10 pour cent, pour les provinces».

«Comment comprendre que 10 provinces génératrices d’environ 70 pour cent des revenus pour l’Etat n’aient en retour que 10 pour cent de l’ensemble du budget?», demande Namwira.

Les revenus de l’Etat sont fournis essentiellement par la fiscalité, la parafiscalité puisque les ressources minières, pétrolières et celles provenant du bois sont directement gérées par le gouvernement central qui signe des contrats avec les exploitants.

«Les discours autour de l’atteinte du point d’achèvement cachent le fait que six ans durant, une importante partie du budget était affectée aux dettes et aux dépenses politiques et sécuritaires, selon les caprices des partenaires, notamment dans le cadre des plans d’ajustement structurel», affirme Namwira.

Ces plans, ajoute-t-il, sont «fondés sur la libéralisation de l’économie et l’ouverture des marchés aux sociétés transnationales, les privatisations, le maintien de budgets sociaux largement insuffisants et la suppression des subventions aux produits de base, la dégradation des conditions de vie des populations pauvres…»

Emmanuel Chaco