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Ngoy MULUNDA PARLE DES ELECTIONS-Des élections démocratiques dans les délais au Congo ?

 Source: Internet

Alors qu’il a été annoncé que les élections présidentielles et législatives auraient lieu le 28 novembre prochain au Congo, un nouveau rapport d’International Crisis Group crée un certain émoi à Kinshasa.

Selon ce rapport, les autorités congolaises se sont réveillées beaucoup trop tard. « Après quatre ans d’inertie électorale et un processus de démocratisation enlisé, la RDC prépare ses secondes élections démocratiques dans l’urgence et selon un calendrier glissant, explique le rapport. Les autorités congolaises sont face à un dilemme : respecter les échéances constitutionnelles et organiser des élections bâclées, ou ignorer ces échéances et plonger dans une période d’inconstitutionnalité du pouvoir ».

Des critiques qui font mal. Mais le président de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante, le pasteur protestant Daniel Ngoy Mulunda, mis en cause dans ce rapport, a tenu à nous donner sa version des faits. « Oui, nous avons commencé à travailler avec retard ; je n’ai été nommé que le 3 février dernier. Mais de puis, nous travaillons intensément. Nous avons une responsabilité majeure : organiser des élections qui vont apaiser ce pays ».

Faut-il coupler la présidentielle et les législatives ?

« Organiser des présidentielles, c’est assez simple une fois que l’on a terminé l’enregistrement des électeurs, qui est en cours, explique Daniel Ngoy Mulunda. Il y aura quelques dizaines de candidats. Il faut faire imprimer le bulletin, et puis le distribuer à travers le pays. Pour les législatives, c’est beaucoup plus compliqué : il y aura plusieurs centaines de partis politiques, et près de 10.000 candidats. Les bulletins de vote ressembleront à des syllabus. Les faire imprimer à l’étranger, pour éviter tout danger de falsification, puis les acheminer dans les différentes régions, sans se tromper car les bulletins seront différents d’une province à l’autre, cela sera compliqué. Dans un premier temps, nous avons donc pensé qu’il serait plus facile d’organiser d’abord les présidentielles fin novembre, de manière à avoir le résultat à temps pour le 6 décembre, date à laquelle le président Kabila a prêté serment en 2006, après l’élection présidentielle. Et puis on pourrait organiser calmement les législatives au début de l’année prochaine. Mais découpler ces deux scrutins, c’est donner une véritable prime au vainqueur de la présidentielle : les électeurs vont voter en masse pour les députés de son parti et non pour ceux des partis qui ont été battus. Ce ne serait pas bon pour la démocratie dans notre pays, et risquerait de créer des tensions. L’opposition

souhaite que les deux scrutins aient lieu ensemble : nous allons donc tout faire pour les organiser le même jour, ce qui permet en outre de faire des économies. »

Arriverez-vous à respecter les délais prévus par la Constitution ?

La Constitution indique qu’il faut convoquer des élections dans les 90 jours qui précèdent la fin du mandat du chef de l’État. Cela ne veut pas dire qu’il faut les organiser 90 jours avant cette date. Donc, oui, nous respecterons la Constitution. Elle ne prévoit par contre pas de règles de ce type pour les législatives. Elle indique simplement que l’actuelle assemblée doit rester en place jusqu’à ce que la suivante soit élue. Voilà pourquoi un éventuel report des législatives ne créerait pas de vide constitutionnel.

Arriverez-vous à enrôler tous les électeurs dans les délais, alors que des ratés dans le processus sont signalés en de nombreux endroits ?

Nous utilisons pour l’enregistrement des électeurs des ordinateurs qui datent de 2005. ils ne sont donc pas tout neufs. Et avec la chaleur, la poussière et les coupures de courant, ils souffrent beaucoup. Certains centres d’enregistrement ont connu des pannes qui irritent les citoyens. Nous avons donc demandé au Togo de nous prêter leurs nouveaux ordinateurs, et un autre lot important arrive de Belgique ces jours-ci. Nous allons donc pouvoir ouvrir 2.500 nouveaux centres d’enregistrement. Jusqu’ici, certaines personnes devaient faire 100 km pour aller s’enregistrer. Ce n’est pas possible, notamment pour les personnes âges ou les mères de famille. Nous voulons que les centres soient plus proches de gens. Lors du dernier scrutin, en 2006, il y a eu 25 millions d’électeurs inscrits. La population a augmenté, nous voulons donc arriver à 32 millions d’électeurs inscrits, sinon, je considérerai cela comme un échec.

Certains vous reprochent de ne pas être impartial, d’être trop proche du parti du président, et d’en être d’ailleurs un membre fondateur ?

Je ne suis pas membre fondateur de ce parti : cherchez ma signature sur l’acte de fondation, elle n’y est pas. Par contre, je les ai aidés à s’organiser au début, c’est vrai. Maintenant, à chacun de juger de mon indépendance sur mes actes. Les partis d’opposition me font des reproches, ils dénoncent à l’avance des tricheries. Je leur dis, comme d’ailleurs aux observateurs internationaux : « Venez dès maintenant ! Venez voir comment se passe l’enrôlement des électeurs. Dès maintenant, il pourrait y avoir des fraudes, des bébés ou des morts pourraient recevoir leur carte d’électeur. Venez donc surveiller les opérations ! Les portes vous sont ouvertes ! »

Les Congolais de la diaspora n’auront pas la possibilité de voter sauf s’ils viennent au Congo. N’est ce pas dommage ?

Si, mais ce n’est pas moi qui ai fait la loi. Elle ne prévoit pas le vote depuis l’étranger. Or, au Congo, de nombreuses familles ne vivent que grâce à l’aide envoyée par leurs proches de l’étranger : j’estime que ces citoyens devraient pouvoir voter eux aussi.

Ces élections vont coûter cher. Votre budget est-il complet ?

Les élections de 2006 ont coûté un milliard de dollars. Nous estimons le coût de celles-ci à 738 millions de dollars. Le gouvernement congolais doit payer 60 % de cette somme, la communauté internationale se chargeant des 40 % restant. Jusqu’ici, j’ai reçu, pour les opérations d’enrôlement, 15 millions de dollars du gouvernement, 22 autres millions devant nous parvenir dans les 48 heures. Jusqu’à présent, il tient ses engagements. Par contre, la communauté internationale devait payer directement les agents des bureaux d’enrôlement et les policiers chargés d’en assurer la sécurité. La plupart n’ont pas encore été payés, et nous avons eu des grèves d’agents. Nous allons donc utiliser l’argent du gouvernement pour cela, même si ce n’est pas prévu. Nous allons tout faire pour que ces élections se passent bien, et apportent la paix et non le chaos. C’est une grande responsabilité, nous voulons être à la hauteur.