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  • Étienne Tshisekedi, Monsieur Non

    Étienne Tshisekedi, Monsieur Non

    katumbi-tshisekedi-katebe-De Mobutu à Kabila, depuis quatre décennies, l’ombrageux Étienne Tshisekedi tient tête à tous les pouvoirs, ce qui lui vaut une grande popularité. Âgé et malade, livrera-t-il son dernier combat lors de la présidentielle ?

    Quarante ans. Voilà quarante ans qu’il tient tête aux chefs d’État qui se sont succédé aux commandes de la RD Congo. Aujourd’hui encore, Étienne Tshisekedi, 83 ans, reste persuadé qu’il est l’unique chef légitime du peuple congolais. Et refuse obstinément de reconnaître l’autorité de Joseph Kabila. Il a beau vivre depuis deux ans dans un petit immeuble de Woluwe-Saint-Pierre, une commune chic de Bruxelles, rien n’y fait : l’opposant historique croit dur comme fer en son destin.

    À Kinshasa il est vrai, le « président », comme il aime se faire appeler par sa cour, continue à peser sur la vie politique. Dans les quartiers populaires, les derniers « parlementaires debout » l’attendent comme le messie. Guettant chaque jour les rares informations qui filtrent depuis la Belgique, ils s’interrogent sur les revirements de leur champion. Depuis un an, le moins que l’on puisse dire est qu’il les a multipliés…

    Après des décennies de lutte, Tshisekedi avait en effet semblé lâcher prise en mai 2015. Il avait alors envoyé des émissaires entamer des négociations avec le gouvernement. Des réunions, censées rester secrètes, avaient été organisées à Venise ou à Ibiza, loin des yeux de la diaspora. Pour Joseph Kabila, un accord avec son irréductible opposant aurait représenté un joli coup politique.

    « Quand il a appris que le camp présidentiel proposait des postes, il a flairé le piège et a tout arrêté », Félix Tshisekedi

    Il lui aurait permis d’apaiser une rue toujours prête à s’enflammer, comme l’ont montré les émeutes de janvier 2015. Voire de négocier son maintien au pouvoir au-delà de son dernier mandat constitutionnel qui, en principe, doit s’achever à la fin de 2016. Si l’éternel opposant y consentait, qui, à Kinshasa ou en Occident, pourrait y trouver à redire ?

    L’affaiblissement de Tshisekedi rendait cette ouverture possible. Victime d’un malaise (un AVC, selon certains proches), il avait été évacué de la capitale congolaise par avion médicalisé en août 2014. Depuis, il n’apparaissait plus que sur des vidéos. Celles-ci, hachées par des coupes nombreuses, ne rassuraient pas vraiment sur son état de santé. On doutait alors de sa capacité à prononcer un discours jusqu’au bout.

    On murmurait que son entourage le manipulait et qu’il était prêt à brader l’image de l’icône vieillissante en échange d’une poignée de maroquins ministériels. Ces pourparlers avec le pouvoir s’étant vite ébruités, les « combattants » – les ultras de la diaspora -, dénonçant une trahison, commençaient à manifester à Bruxelles. « Nous étions en train d’y laisser des plumes », confie un cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de Tshisekedi.

    Et là, coup de théâtre : dans l’un de ces retournements dont il a le secret, le « vieux » suspend les négociations sans crier gare. « Ses proches en étaient à discuter de la répartition des postes, ironise un fin connaisseur de l’opposition, à Bruxelles. Même eux ont été surpris de son revirement. » « Quand il a appris que le camp présidentiel proposait des postes, il a flairé le piège et a tout arrêté », confirme son fils Félix.

    Après des semaines de silence, le Sphinx finit par se prononcer. Pour dire non, encore une fois. « Le pouvoir s’est fait avoir, assure un ministre. On a cru pouvoir amadouer Tshisekedi. Mais il est incontrôlable. »

    Ce caractère lui a peut-être coûté le pouvoir et l’a assurément privé d’alliances.

    Et ensuite ? La situation se fige, jusqu’au 10 avril dernier : là, sous la pression internationale, le patron de l’UDPS accepte d’ouvrir de nouvelles discussions avec le pouvoir. Mais assorties de conditions telles que les chances d’aboutir à un accord demeurent très minces.

    Pour le meilleur et pour le pire, l’octogénaire à la mine renfrognée refuse de changer de cap. Fidèle à lui-même : têtu comme une mule et imprévisible, même pour ses alliés. « Je crois avoir eu son oreille lorsque je le conseillais, témoigne Albert Moleka, son ancien directeur de cabinet. Mais personne ne peut se targuer d’avoir une influence totale sur lui. » Dans son entourage, qui lui est tout acquis, il reste ce patriarche luba que personne n’ose contester. « S’il était au pouvoir, je crois qu’il serait plus autoritaire encore que Kabila », assure un visiteur régulier.

    Ce tempérament volcanique lui vaut, aussi, son exceptionnelle popularité. Dans une classe politique où tant ont renoncé à leurs idéaux pour un poste, il est le seul à n’avoir jamais collaboré avec le régime Kabila. Mais ce caractère lui a peut-être coûté le pouvoir. Et l’a assurément privé d’alliances. Car avec le reste de l’opposition aussi, Tshisekedi souffle le chaud et le froid. Ces derniers mois, c’était avec le Front citoyen 2016, cette coalition de l’opposition et de la société civile formée pour obtenir le départ de Kabila. Félix Tshisekedi était présent à Dakar, en décembre 2015, lors de son lancement.

    Jusqu’à présent pourtant, l’UDPS n’a signé aucun accord. Son leader « n’a pas confiance dans certains opposants, explique un cadre du Front. Il veut s’assurer que personne n’a l’ascendant. En même temps, il demande à bénéficier d’un statut particulier… » Exiger pour lui-même ce qu’il refuse aux autres ? L’ego de Tshisekedi est tout aussi légendaire que son obstination. « Sa conception du pouvoir est celle de sa génération, celle de Mobutu, assure un compagnon de route. Pour lui, le pouvoir ne se partage pas. »

    De  brefs débuts en politique avec Mobutu

    Avant sa rupture avec le « maréchal-président », Tshisekedi a été l’un de ses plus proches collaborateurs. Après le coup d’État mobutiste de 1960, il entre dans son premier gouvernement, celui des commissaires spéciaux, qui traque Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance, puis le remet à ses assassins. Tshisekedi est alors étudiant à l’université Lovanium, à Kinshasa. À 27 ans, le jeune Kasaïen voit dans l’indépendance une promesse d’ascension rapide. D’autant que l’éducation que lui a dispensée son père, Alexis Mulumba, catéchiste, lui a permis de s’extraire d’un milieu plutôt modeste. Il sera l’un des premiers Congolais à obtenir un diplôme de droit, en 1961. Cela explique peut-être qu’il se montre aussi pointilleux sur les textes et les procédures.

    Avec le second coup d’État de Mobutu, en 1965, Tshisekedi se voit attribuer de nouvelles responsabilités. Il est nommé au très stratégique ministère de l’Intérieur. L’une des pages les plus sombres du mobutisme s’écrit sous son autorité, celle des « martyrs de la Pentecôte ». Accusés de complot contre le régime, quatre responsables politiques ont les yeux crevés, puis sont pendus dans le grand stade de Kinshasa, le 1er juin 1966.

    La terreur qui s’empare alors du pays permet d’asseoir la dictature. La carrière de Tshisekedi, elle, se poursuit à vive allure. En 1967, il est l’un des rédacteurs de la Constitution et du manifeste de la Nsele, l’acte fondateur du parti unique. Deux ans plus tard, il est nommé ambassadeur au Maroc. Il tiendra à peine plus d’un an. « Il s’exprime très franchement, commente son fils Félix. Je crois qu’il n’était pas fait pour la diplomatie… »

    La rupture avec Mobutu ne survient qu’en 1980. Dans une lettre ouverte, qu’il signe avec douze autres parlementaires, il a alors l’audace de dénoncer les dérives du régime. Deux ans plus tard, il participe à la création de l’UDPS, dans la clandestinité. Pourquoi entre-t-il en rébellion ? « C’est une histoire de femmes », assure un bon connaisseur de l’ancien régime.

    Mobutu avait en effet pour habitude d’humilier ses collaborateurs en leur volant leurs compagnes. « Propagande ! balaie Félix Tshisekedi. La rupture est née du massacre des mineurs sur le site diamantifère de Katekelayi, près de Mbujimayi, en 1979. Alors que le pouvoir essayait d’étouffer l’affaire, mon père et d’autres députés originaires de la région demandaient des comptes. »

    Congo-star Kinshasa/archives J.A.

    Entre aura grandissante et bataille d’égo

    Dans les années 1980, ses multiples incarcérations lui confèrent une aura sans égale, ce qu’il ne tarde pas à comprendre. « J’ai fait sa connaissance en 1988, explique le Dr Tharcisse Loseke, resté proche de lui depuis. J’étais chef du service de neurologie à la clinique universitaire de Kinshasa.

    Il avait reçu un coup à la tête lors d’une manifestation réprimée par les services de sécurité. On l’a sorti de sa geôle pour que j’écrive un rapport le déclarant fou. J’ai refusé. Je voulais toutefois l’hospitaliser pour lui éviter la détention. Il m’a dit : « Non, en prison, je gêne davantage Mobutu. » »

    En 1990, lorsque survient la conférence nationale instaurant le multipartisme, Tshisekedi, au faîte de sa gloire, est désigné chef de l’opposition et de la société civile. À partir de là, son histoire sera une suite d’occasions manquées. Mobutu consent à le nommer Premier ministre en octobre 1991 ? Au moment de signer sa prestation de serment, il raye d’un trait de plume toutes les dispositions qui le soumettent au chef de l’État.

    Il est immédiatement révoqué. Ce scénario se répète au cours des années 1990. « Les Américains lui disaient : « Devenez Premier ministre, vous marginaliserez Mobutu progressivement », raconte un ancien conseiller. Son inconstance a fini par les lasser. »

    Pendant ce temps, le pays sombre. Mais rien n’arrête la bataille d’ego qui l’oppose à Mobutu. Pas même l’invasion de la RD Congo, en 1996, par Laurent-Désiré Kabila, aidé du Rwanda et de l’Ouganda. Quand le rebelle chasse Mobutu et prend Kinshasa par les armes, Tshisekedi revendique à nouveau le pouvoir. Le vainqueur lui propose un tracteur pour aller cultiver ses champs…

    « Personne ne contestait l’hégémonie de Tshisekedi »

    Tandis que les mouvements armés se multiplient dans tout le pays, Tshisekedi se refuse à militariser son parti. C’est une constante chez lui : certes, ses partisans provoquent régulièrement des troubles en marge de leurs manifestations, mais jamais leur chef n’a tenté de s’emparer du pouvoir par la force. « Certains membres du parti avaient commencé à stocker des armes dans le Kasaï, explique un ancien proche. Tshisekedi a menacé de démissionner pour s’opposer à cette option. »

    En 2006, pour solder un conflit interminable, la première présidentielle multipartite de l’histoire de la RD Congo est enfin organisée, sous l’égide de la communauté internationale. À « seulement » 73 ans, l’opposant ne tente pas sa chance et appelle au boycott, convaincu que les chancelleries occidentales ont déjà adoubé le fils de Laurent-Désiré Kabila, Joseph, qui lui a succédé à sa mort, en 2001. Une erreur, selon de nombreux observateurs, qui prive Tshisekedi de ressources et d’influence.

    Lors du scrutin de 2011, il change de stratégie. Quand tout le monde le dit trop âgé et malade, il revient au pays après un long séjour à Bruxelles. « On ignore ce que ses médecins lui ont donné, mais il nous a surpris en faisant campagne », confie un diplomate européen alors en poste à Kinshasa. Sauf que le pouvoir a changé les règles du jeu : l’élection n’a qu’un tour, ce qui oblige l’opposition à se rassembler pour avoir une chance de l’emporter.

    « Personne ne contestait l’hégémonie de Tshisekedi, explique un conseiller qui a participé aux pourparlers avec les autres candidats, Léon Kengo wa Dondo et Vital Kamerhe. Ils étaient prêts à se rallier, mais ils voulaient une négociation, des postes… Tshisekedi ne leur a offert aucune garantie. » Son intransigeance l’a peut-être privé d’un raz de marée électoral…

    Malgré cela, il réalise de très loin le premier score de l’opposition : 32,33 %, selon les chiffres officiels. Il serait même le véritable vainqueur du scrutin, laisse entendre Laurent Monsengwo, le cardinal de Kinshasa, qui le tient pourtant en piètre estime. Tshisekedi, lui, en est convaincu. « Je vous demande, à tous, de rechercher ce monsieur [Kabila] partout où il est sur le territoire national et de me l’amener ici vivant », lance-t-il depuis sa résidence de Limete, à Kinshasa. Le verbe est virulent ; la stratégie, absente.

    Sans véritables relais dans le système sécuritaire, les cercles du pouvoir ou les ambassades, il n’a pour lui que la ferveur de ses partisans. Il ne veut pas, non plus, exercer d’influence au Parlement. Lorsqu’il interdit à ses députés de siéger, leur chef de file, Samy Badibanga, n’obtempère pas. C’est la rupture. « Certains députés avaient vendu des biens pour financer leur campagne. Ils ont été élus, et on leur refusait le droit de percevoir leurs indemnités. C’était très dur à accepter », concède un proche de Tshisekedi.

    Que peut-il encore espérer aujourd’hui ? Pour la énième fois, son entourage annonce son retour imminent à Kinshasa. Ce serait pour début mai, et une « équipe d’avance » est déjà sur place. L’accueil qui lui sera réservé dira s’il est toujours aussi populaire. Car son parti n’avait pas vu venir les émeutes de janvier 2015 et se montre incapable, depuis, d’organiser une manifestation conséquente.

    La répression s’abat davantage sur les mouvements citoyens, signe que le pouvoir craint beaucoup moins l’UDPS… ou qu’il la ménage. « Il y a deux strates dans le soutien à Étienne Tshisekedi, se rassure son fils Félix. Les militants du parti, et les sympathisants. Ces derniers ne se mobilisent que dans des moments très particuliers, comme les élections, mais ils restent très nombreux. »

    Tout dépendra, surtout, de la santé du patriarche. « Son médecin lui interdit pour l’instant les efforts intellectuels intenses », explique son entourage pour justifier ses refus d’entretien. Un argument surprenant pour qui prétend diriger un pays de plus de 70 millions d’habitants. « Je crois plutôt que le Sphinx n’a pas encore décidé de parler, affirme une source qui l’a vu à plusieurs reprises ces derniers mois. Il a parfois des absences et se fatigue très vite. J’ai toutefois pu avoir une discussion de plus d’une heure avec lui. Il était lucide, tenait des propos cohérents et pouvait se déplacer sans aide. »

    Laurent Rebours/AP/SIPA

    « Il veut rentrer à Kinshasa dès que possible, assure Tharcisse Loseke. À Bruxelles, il s’ennuie. » Son quotidien se partage entre séances de kinésithérapie, un peu de marche et des matinées devant la télévision. Signe que son état s’améliore, il reçoit de plus en plus. À son domicile pour les intimes, parmi lesquels Raphaël Katebe Katoto, le frère aîné de Moïse Katumbi, autre poids lourd de l’opposition. Dans les hôtels Montgomery ou Marriott pour les entretiens plus formels, comme récemment avec Moïse Katumbi ou Tom Perriello, l’envoyé spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs.

    On reste loin, toutefois, de l’intensité d’une campagne dans un pays aussi vaste et dépourvu d’infrastructures que la RD Congo. Le report probable de la présidentielle, théoriquement prévue pour novembre, pourrait ne pas lui déplaire : il lui éviterait de subir une nouvelle fois cette épreuve. Peut-être pense-t-il avoir plus de chances en surfant sur un certain vide constitutionnel.

    Vers un dialogue…

    Certes, il a récemment accepté de jouer le jeu du dialogue avec le pouvoir, sous la houlette du Togolais Edem Kodjo, le facilitateur de l’UA. Il a envoyé à Kinshasa son fils Félix, le secrétaire général du parti, Bruno Mavungu, et son adjoint Bruno Tshibala. Mais pour quel objectif ? Accepter le principe d’un report du scrutin ? Entrer dans un gouvernement d’union nationale ?

    « Ces deux points sont des lignes rouges, répond Félix. Nous ne prendrons part à une transition que si Kabila quitte le pouvoir. » Difficile d’imaginer le camp présidentiel y consentir… Toutes les conditions sont donc réunies pour que ces négociations fassent à nouveau long feu.

    Reste une dernière carte : le recours, en cas de vacance du pouvoir. Ce scénario, qui pourrait faire de Tshisekedi un président de transition jusqu’à l’organisation d’élections auxquelles il ne serait pas candidat, présenterait pour lui un double avantage : correspondre à son âge et à l’image qu’il a toujours voulu se donner, celle d’un combattant de la démocratie, remettant le pouvoir au peuple, au soir de sa vie.

    Moïse Katumbi serait sans doute prêt à le soutenir dans cette aventure, qui aurait à ses yeux l’avantage de l’écarter de la course à la succession. Pour y parvenir, encore faut-il contraindre Joseph Kabila de quitter son fauteuil en décembre. Par la négociation, la diplomatie ou la force. Trois domaines dans lesquels Tshisekedi s’est rarement illustré…

    Pierre Boisselet- JA

  • Jean-Pierre Bemba déclaré coupable par la CPI

    Jean-Pierre Bemba déclaré coupable par la CPI

    jp bemba-Les juges de la Cour Pénale Internationale ont déclaré l’ancien vice-président congolais responsable des crimes commis par les troupes du Mouvement pour la libération du Congo sur le territoire centrafricain en 2002-2003.

    L’ancien vice-président congolais est coupable de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis par sa milice en Centrafrique en 2002-2003, a affirmé lundi la Cour pénale internationale.

    D’après le verdict énoncé par la juge Sylvia Steiner, “la Chambre déclare Jean Pierre Bemba Gombo coupable des crimes suivants : meurtres en tant que crime contre l’humanité, meurtres en tant que crime de guerre, viols en tant que crime contre l’humanité et pillages”.

    Jean-Pierre Bemba “agissait de fait en tant que commandant militaire et avait le contrôle effectif de ses troupes en Centrafrique pendant toute la durée de l’opération”, a affirmé la juge Sylvia Steiner, ajoutant: “il est coupable de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre”.

    Les juges de la CPI estiment, au terme d’un procès marathon marqué par des allégations de subornation de témoins, que l’ancien vice-président congolais est responsable des meurtres et viols commis par sa milice en Centrafrique en 2002-2003.

    Ancien chef rebelle du nord de la République démocratique du Congo, Jean-Pierre Bemba était poursuivi, non en tant qu’auteur ou co-auteur mais en tant que “chef militaire”, en vertu du principe de la “responsabilité du commandant”.

    Quelque 1.500 hommes en armes de l’ancien chef rebelle s’étaient rendus en Centrafrique en octobre 2002 pour soutenir le président Ange-Félix Patassé, victime d’une tentative de coup d’Etat menée par le général François Bozizé.

    Là, ils ont violé, pillé et tué, a assuré la juge, égrenant une longue liste de viols, souvent violents, commis par les troupes de Jean-Pierre Bemba.

    Aussitôt après l’énoncé du verdict à la Haye, maitre Marie Edith Douzima l’une des avocates des victimes centrafricaines, a exprimé sur VOA Afrique “un sentiment de satisfaction parce que le jugement a été rendu à l’unanimité des juges. Toutes les charges ont été retenues contre Jean Pierre Bemba qui avait toujours plaidé non-coupable maintenant c’est au juge de décider la peine qui lui sera infligée”.

    Accusé de trois crimes de guerre et de deux crimes contre l’humanité, l’accusé avait plaidé non coupable lors de l’ouverture de son procès en novembre 2010, deux ans après son arrestation à Bruxelles.

    Géraldine Mathioli, de l’association Human Rights Watch,sur VOA Afrique a ajouté que “Bemba va rester en détention. La peine n’a pas été prononcée car à la CPI, il s’agit d’une audience séparée, d’un processus séparé qui va prendre encore quelques semaines. C’est la même chose pour les réparations. A la CPI, les victimes ont la possibilité de demander réparation lorsqu’une personne est trouvée coupable. Ce processus se fera aussi dans les semaines qui vont suivre à la CPI”.

    L’ancien vice-président congolais risque jusqu’à 30 ans de détention ou la prison à perpétuité, si les juges estiment que l’”extrême gravité du crime” le justifie.

    C’était la première affaire à la CPI, qui siège à La Haye, qui se concentrait sur l’utilisation de viols et violences sexuelles en tant qu’armes de guerre et le premier procès où un chef militaire était tenu responsable des atrocités commises par ses hommes même s’il ne les a pas ordonnées.

    C’est le quatrième jugement pour la CPI, fondée en 2002 pour juger les pires crimes commis à travers le monde et le premier contre un ancien vice-président.

    Réaction du gouvernement de la RDC

    Le ministre congolais de la justice, Alexis Thambwe Mwamba, affirme que son pays prend acte de cette condamnation.

    “Kinshasa n’a absolument joué aucun rôle dans son arrestation. Les premiers conseils de M. Bemba se sont fourvoyés en voulant faire passer Bemba comme un prisonnier de Kabila. Il n’en est strictement rien. Le président n’est pas intervenu dans ce dossier”, déclare M. Mwamba à VOA Afrique.

    voa

  • Les Léopards de la RDC victorieux des Aigles du Mali – La résurrection du Colosse aux pieds d’argile

    Les Léopards de la RDC victorieux des Aigles du Mali – La résurrection du Colosse aux pieds d’argile

    rdc 1-Les Léopards de la RDC victorieux des Aigles du Mali

    La résurrection du Colosse aux pieds d’argile

    ‘‘Interprétations’’ et ‘‘Leçons spirituelles’’ de la finale du CHAN 2016

    ‘‘La plus grande victoire, c’est la victoire sur soi’’ Platon

     

    Il existe, en réalité, deux types de rêves qu’un être humain peut normalement vivre. Ceux-ci sont d’essence tout à fait particulière. Il y a, d’une part, le rêve onirique. C’est le plus connu de tous car il est, en fait, le plus souvent expérimenté. Ce type de rêve se déroule, le plus naturellement, lors du sommeil.

    Et, d’autre part, l’être humain est très souvent confronté au rêve éveillé. Il se déroule généralement pendant que le commun des mortels est physiquement en état d’éveil. En réalité, il se déroule pendant que ce dernier est pleinement conscient de ce qu’il entoure, des éléments de son environnement immédiat. Ce type de rêve est, souvent, négligé voire même méconnu. L’humain n’en a pas toujours conscience. Pourtant, il recèle une importance capitale autant que le rêve onirique (songe).

    Derrière chaque événement vécu pendant que l’on dort ou se déroulant pendant que l’on est conscient, il y a toujours un message important à retenir. Il y a, en effet, une leçon propre sans doute destinée à l’être humain. Par conséquent, quelle que soit sa nature ou sa qualité, un rêve – qu’il soit d’essence évidemment onirique ou éveillée – mérite toujours d’être interprété. Il doit toujours être décrypté dans l’intention de mieux comprendre le message qu’il recèle et véhicule au principal intéressé.

    Cet exercice d’interprétation du rêve s’applique naturellement à la consécration des Braves Léopards de la République démocratique du Congo lors de la finale du CHAN 2016. Dans l’état physique, les amateurs du ballon rond, d’ailleurs scotchés à leurs téléviseurs, ont vécu tout à fait en direct la brillante prestation livrée par la sélection congolaise de football pour se hisser à la plus haute marche du podium aux dépens des Aigles du Mali. Cet événement footballistique continental qui réunit les équipes africaines qualifiées, s’est tenu au Rwanda, pays limitrophe de la RDC. Se déroulant à Kigali, le ‘‘siège’’ du pouvoir politique et administratif, devant les officiels rwandais, cette finale qui a vu couronner les Léopards de la RDC, recèle à vrai dire un message fort dont l’importance ne saurait être saisie qu’à l’aune des symboles manifestement mis en relief.

    Dans ce couronnement magique des ‘‘Léopards’’ de la République démocratique du Congo, y a-t-il réellement l’intervention ou la main du hasard ?

    Ce qui est sûr et certain, il y a, dans cette consécration continentale des footballeurs congolais, beaucoup de symboles. Ce qui est clair, il existe beaucoup de clins d’yeux. Il y a, en effet, beaucoup de messages subliminaux à décrypter.

    Pour ce faire, il y a lieu de relever, d’abord, le parcours insolite des Braves Léopards. En effet, au cours de ce CHAN 2016, la sélection congolaise de football a directement eu à se mesurer avec quelques Nations qui sont de loin ou de près liées à la situation dramatique de la République démocratique du Congo depuis le déclenchement de la guerre dite ‘‘d’agression’’ et ‘‘de partition’’ en 1996. Les footballeurs congolais qui n’ont point démérité, ont eu à affronter successivement et, surtout, à vaincre dans leur cheminement jusqu’en finale les Walya d’Éthiopie (les Bouquetins d’Abyssinie), les Palancas Negras (les Antilopes ou les Gazelles noires) de l’Angola et les Amavuli (Abeilles) du Rwanda. Dans cette compétition relevée, les Congolais ont, également, croisé le fer avec les fameux Lions indomptables du Cameroun et les durs Éléphants (Syli) de la Guinée-Conakry.

    Chose certaine, le CHAN 2016 peut être résumé à un conte africain mettant en relief les animaux et dont la puissance morale cache assurément un message symbolique ou subliminal. Cette compétition représente, allégoriquement parlant, un fruit dont l’intérieur est souvent garni d’une coque. Celle-ci présente cette particularité et cette singularité de cacher la graine ou de protéger le noyau symbolisant la ‘‘renaissance’’ ou la ‘‘vérité existentielle’’ à découvrir et à s’en servir pour son épanouissement.

    Chose certaine, eu égard au parcours de la sélection nationale congolaise, la victoire des Léopards sur les Bouquetins d’Éthiopie ainsi que les Abeilles du Rwanda signifie spirituellement la fin de l’agression ‘‘physique’’ rwandaise sur la RDC[i]. Le fait que le chef de l’État rwandais Paul Kagamé ait, en personne, remis à la sélection congolaise une médaille de mérite, d’ailleurs délivrée par la Confédération africaine de football (CAF), pour sa participation à la finale de Kigali, est un geste qui augure un nouveau chapitre dans la région des Grands Lacs. Cette nouvelle ère, que d’aucuns espèrent, est placée autant sous le signe de la paix et de l’harmonie que sous le sceau de la fraternité et de la solidarité. Ce qui implique logiquement une véritable coopération entre partenaires de la même sous-région, et ce à tous les niveaux.

    Par conséquent, dans un avenir plus ou moins proche, il n’est pas exclu que l’Afrique et le Monde assistent au retour de meilleurs sentiments entre ces deux États voisins. Il n’est pas exclu que la Planète Terre assiste à des rapprochements spectaculaires entre ces deux Nations africaines dont l’inimitié profonde n’est pas, à vrai dire, une vue de l’esprit. Si jamais elle se produisait, une telle dynamique serait, bien entendu, une bonne nouvelle pour la paix et la sécurité en Afrique centrale et dans la région des Grands Lacs devenue malheureusement le ventre mou du Continent en dépit de ses immenses richesses. Cela est d’autant plus vrai qu’un ‘‘tel événement dépend de la stricte volonté des acteurs en conflit’’.

    Toutefois, dans la victoire des Léopards sur les Antilopes angolaises, il faut surtout voir la chute prévisible et même programmée du régime de Joseph Kabila Kabange. Force est, d’ailleurs, de souligner que le coup d’État du 16 janvier 2001 réalisé par ce mercenaire à la solde exclusive des intérêts anticongolais et ayant emporté sous d’autres cieux Mzee Laurent-Désiré Kabila, a été favorisé par la double intervention militaire angolaise et zimbabwéenne. Donc, dans cette victoire des Léopards, il faut [entre]voir le retour tant attendu du ‘‘Géant endormi’’, donc en état d’hibernation[ii].

    Par ailleurs, ce CHAN 2016 a permis à la sélection nationale congolaise de se frotter aux équipes nationales du Cameroun et de la Guinée-Conakry. Ce qui n’est pas sans rappeler les classiques footballistiques des années soixante et soixante-dix ayant fait vibrer des générations entières. Il y a, certes, là une bonne prédiction pour l’avenir. Cela revient à dire que les Congolais connaîtraient bientôt des périodes mémorables de fastes. Comparativement aux années soixante et soixante-dix au cours desquelles le pays excellait, ceux-ci connaîtraient des moments de prospérité et de grandeur. Ils disposeraient, en fait, d’un revenu décent et d’un travail fort rémunérateur.

    Ensuite, il convient de s’attarder, quelque peu, sur la symbolique de l’Aigle, d’ailleurs présente dans cette compétition sportive africaine. L’Aigle représente la majesté, le pouvoir de domination par sa capacité à surplomber les airs et surtout à contempler le soleil sans se brûler les yeux. De ce fait, cet animal mythique  symbolise la force ou l’empire hégémonique.

    Dans un rêve, le léopard signifie la colère qui bouillonne à l’intérieur. Il est ce feu qui ne cesse point de consumer. Il est la soif inextinguible d’en découdre violemment. Cette bête féroce incarne la volonté d’en finir coûte que coûte avec un adversaire, a fortiori un gibier ou une proie totalement à sa merci. Cet animal mythique symbolise par voie de conséquence la crainte, la trouille qu’il inspire aux autres animaux de la jungle.

    Contrairement au roi lion, par nature plus pausé et plus calme, majestueux dans sa posture, qui ne tue pas par simple plaisir, qui n’attaque pas pour attaquer, le léopard suscite indéfiniment la peur dans la forêt. En effet, ce fauve opportuniste et solitaire est réputé toujours attaquer sa proie, et ce dans n’importe quelle circonstance. Qu’il ait par conséquent faim ou pas, qu’il ait vraiment mangé ou pas, il fonce directement et toujours sur la proie qui constitue son régal.

    Dans cette fable africaine du CHAN 2016, il est un fait indéniable que les Léopards de la RDC ont, très brillamment, vaincu en finale les Aigles du Mali. Cependant, dans le processus de rêve éveillé manifestement vécu par les Congolais, l’Aigle dépecé par le Léopard n’est pas, à vrai dire, le Mali. En effet, cet État africain n’a visiblement pas de contentieux avec la République démocratique du Congo. Par conséquent, l’Aigle vaincu par ce félin impitoyable est, symboliquement, la Superpuissance américaine dont l’emblème est, à vrai dire, ‘‘l’Aigle royal’’.

    En effet, depuis septembre 1996, la République démocratique du Congo est l’objet d’une agression physique de son territoire. Cette attaque est fomentée par les États-Unis d’Amérique dans l’intention malveillante de réduire en charpie sa souveraineté internationale et son indépendance nationale. Aussi est-elle manigancée, orchestrée, dans le dessein de piller toutes ses richesses, de détruire sa population autochtone et de démembrer son territoire physique au profit exclusif des forces d’agression, à titre de butin de guerre.

    Donc, cette victoire symbolique du Léopard sur l’Aigle impérial, dominateur, signifie spirituellement la fin réelle de l’agression physique de la République démocratique du Congo parrainée par les États-Unis et sous-traitée par le Rwanda. Aussi signifie-t-elle le revers cuisant de la Superpuissance américaine dans sa tentative d’assujettir à son hégémonie malveillante la volonté farouche des Congolaises et des Congolais. Le fait même que cette victoire brillante et convaincante du Léopard impitoyable sur l’Aigle impérial soit acquise à Kigali est, en soi, déjà une prémonition.

    Enfin, la brillante victoire des Léopards de la RDC sur les Aigles du Mali repose, en réalité, sur quatre dimensions qu’il sied de ne pas négliger. Ces quatre paramètres sont totalement mis en lumière par le rêve éveillé certainement vécu par l’ensemble des Congolais. Donc, c’est sur ces quatre facteurs importants que repose dorénavant la force incommensurable de la RDC.

    Il s’agit, primo, de la jeunesse. C’est un paramètre dont le dynamisme doit être pris sérieusement en compte dans la construction de la Nation et de l’État. D’aucuns ne peuvent ignorer que la jeunesse congolaise est vraiment pleine d’idées et de vitalité. Il suffit simplement de lui faire confiance et de lui donner des moyens adéquats pour faire éclore tout son potentiel, toute son intelligence. Jean-Florent Ibenge Ikwange, à titre d’entraîneur, l’a très bien compris. Il a fait confiance à Elia Meschak, âgé de 18 ans. Celui-ci a su saisir la perche et, par conséquent, fait ses preuves. Ce jeune joueur est pratiquement devenu la figure de proue, l’incarnation évidente de cette jeunesse dynamique et entreprenante.

    Secundo, la République démocratique du Congo ne peut aucunement se relever sans sa diaspora. Celle-ci est une composante extérieure de la Nation sur laquelle le pays tout entier doit résolument compter. Le parfait symbole de cette vérité est, certes, l’entraîneur Jean-Florent Ibenge Ikwange qui a réellement vécu toute sa jeunesse en France, toute son adolescence et, surtout, une très bonne partie de son âge adulte à Lille (Département du Nord).

    En d’autres termes, il s’agit d’une diaspora entreprenante et responsable. Il n’est pas du tout question d’aventuriers et d’opportunistes qui viennent plutôt sucer le pays, spolier la Nation à l’image des cadres manducratiques de l’AFDL historique indexés, d’ailleurs, par Mzee Laurent-Désiré Kabila. Il est, en réalité, question d’individus qui disposent pratiquement d’une vision à long terme, laquelle permet de faire rayonner sous d’autres cieux le pays. En fait, il est question d’individus indubitablement dotés d’une démarche permettant littéralement d’inscrire le pays sur la voie du progrès et du développement, de la prospérité et de la sécurité.

    Tertio, sans ‘‘l’harmonie et la concorde’’, ‘‘la solidarité et la fraternité’’, la République démocratique du Congo demeure à tout point de vue un pays vulnérable, totalement faible. Cette vérité limpide est personnifiée par l’avant-centre des Léopards nommé Bolingi. Force est de constater que ce joueur exceptionnel a pesé de tout son poids dans les matchs décisifs. Entre autres en demi-finale contre les Éléphants (Syli) de la Guinée-Conakry et en finale contre les Aigles du Mali. Ce nom est une déclinaison de Bolingo qui signifie en lingala ‘‘Amour’’. En d’autres termes, il appartient, certes, aux Congolais de s’ouvrir franchement le cœur, de se parler sans arrière-pensée afin de ‘‘bâtir un pays plus beau qu’avant’’ comme, d’ailleurs, le recommande voire l’oblige l’hymne national qu’est le ‘‘Debout Congolais’’. Dans le cas contraire, il ne reste plus qu’à mettre la clef sous le paillasson.

    Quarto, le résultat du match obtenu par les Congolais aux dépens des Maliens est de trois buts à zéro. Spirituellement, le chiffre trois renvoie à la trinité ou à la stabilité dont le symbole ésotérique est le triangle, généralement associé à un œil représenté au milieu. Par cette forme géométrique, ce chiffre très spirituel représente la totalité (l’espace) et la permanence (le temps). Ce qui revient très naturellement à dire que le score brillamment réussi par les onze Congolais préfigure l’ordre démocratique et la stabilité politique que les Congolais appellent de tous leurs vœux.

    Par ailleurs, il importe de mentionner que cette finale de football s’est déroulée sans la présence effective du chef de l’État Joseph Kabila Kabange, d’ailleurs en porte-à-faux avec la jeunesse. Donc, cette absence consacre réellement la consommation du divorce entre un président de la République qui, chose ahurissante, menace toute la population de ne point célébrer la victoire de sa sélection et la jeunesse. Donc, en boycottant cette finale du CHAN 2016, acte s’apparentant à une réelle démission, l’imposteur Joseph Kabila Kabange qui n’a jamais, véritablement, incarné la Nation congolaise, ne s’est pas tiré une balle dans le pied. Ce plus haut dirigeant politique et gouvernemental à la tête de la République démocratique du Congo s’est, plutôt, tiré une balle en pleine tête. Il s’agit, certes, là d’un cas de suicide éminemment politique. Du jamais vu !

    Force est de constater que cette partie ultime du CHAN 2016 qui voit la consécration des Léopards de la RDC, s’est déroulée en ‘‘présence’’ du Katangais Moïse Katumbi Chapwe. Dans son déplacement à Kigali, celui-ci était accompagné de Vital Kamerhe de l’UNC. S’agit-il vraiment d’une prémonition ? En effet, le gouverneur honoraire du Katanga, dont les plus hautes ambitions à la magistrature suprême du pays sont un secret de polichinelle, a, tout à fait, redoré le blason national avec les performances sportives inégalées de la prestigieuse équipe du Tout-Puissant Englebert Mazembe sur les plans africain et mondial.

    À bon entendeur salut !

    Joël Asher Lévy-Cohen

    Journaliste indépendant

    [i] Il est à noter que l’Éthiopie a, naguère, fait partie intégrante de la fameuse coalition de conscience africaine qui a brutalement démantelé la régime de la Conférence nationale souveraine (CNS) et par conséquent fait tomber le pouvoir monarchique du Maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre. Celle-ci était composée, outre les trois États limitrophes de la RDC (le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi), de l’Angola, de la Zambie, du Zimbabwe, de l’Érythrée, de l’Éthiopie, des forces armées rebelles du SPLA (Sud-Soudan) de John Garang et des mercenaires somaliens et sud-africains.

    [ii] Commentaires de Rigobert Narcisse Kilu sur la toile Internet.

  • Football : la RDC en liesse après avoir battu le Mali à Kigali

    Football : la RDC en liesse après avoir battu le Mali à Kigali

    rdc victoire-Les Léopards congolais n’ont fait qu’une bouchée des Aigles maliens. Ils les ont battus par trois buts à zéro lors de la finale du Championnat d’Afrique des nations (Chan) qui s’est déroulée dimanche à Kigali, au Rwanda.

    « En tout cas, je sais que nous avons une grande équipe ! Moi, je savais qu’on devait gagner, mais pas au score de 3 ! Je croyais que ça pouvait être un ou deux… », lance Ignace-Marien, tout sourire à la fin du match.

    Kinshasa félicite l’équipe nationale, qui avait remporté la première édition de la Chan en 2009, avec son entraîneur, Florent Ibenge, et l’encadrement. Elle salue aussi Kigali pour la « bonne qualité de l’organisation » de la compétition et constate avec plaisir que « le stade dans son ensemble a vibré pour les Léopards », commente Lambert Mende, porte-parole du gouvernement. « Cela rapproche vraiment les peuples » de la région, instable depuis plusieurs décennies.

     

    Dans le stade de Kigali où s'est déroulé la finale du Chan, dimanche 7 février.

    En phase de poules, l’ancienne colonie belge a perdu face au Cameroun (1-3) avant de vaincre l’Angola (4-2) et l’Ethiopie (3-0). En quarts de finale, elle a battu le Rwanda (2-1). Symbolique pour plus d’un : ce pays a été impliqué dans les deux guerres du Congo, entre 1998 et 2003, et est accusé d’avoir appuyé deux rébellions aujourd’hui défaites : le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le Mouvement du 23 mars (M23).

    Lors de la finale, dans un petit bar populaire, l’hostilité se faisait sentir dès que le président rwandais Paul Kagamé apparaissait à l’écran. « La coupe a été remise par Kagamé lui-même, quelle bonne gifle ! », se réjouit dans un autre quartier Nina, mordue de football. « RDC championne. Le quatrième but sera la remise du prix par le président Paul Kagamé en personne du trophée aux Léopards », ironise pour sa part un internaute sur Twitter.

    La RDC a gagné son ticket pour la finale battant la Guinée aux tirs aux buts (5-4). D’une victoire d’étape à l’autre, les Congolais des grandesvilles – dont Goma (Est), frontalière du Rwanda – étaient de plus en plus nombreux à coloniser les rues pour crier leur fierté. Les voitures et motos-taxis faisaient des appels de phares en signe de joie, tandis que des cris déchiraient l’air, accompagnés de pas de danse, de concerts de klaxons et de casseroles.

    Une finale devenue affaire d’Etat

    Dimanche soir, la ferveur était décuplée. Les cris frôlaient l’hystérie. Des groupes d’hommes, de femmes et d’enfants trottinaient dans les rues en chantant. Certains couraient même avec en main une fausse coupe dorée. « On a gagné la coupe avec 3-0… On a remporté la coupe, il n’y a plus rien à dire ! », lance Thessy, un tee-shirt de la RDC sur le dos, et les joues ornées, comme beaucoup, des couleurs bleu, rouge et jaune de son pays.

    La finale était devenue une affaire d’Etat. Un avion de la compagnie nationale Congo Airways a été affrété pour emmener des supporters au pays des Milles Collines. En outre, alors que les coupures de courant font rage dans des quartiers, Kinshasa a déployé une vingtaine d’écrans géants dans la ville. Plus généralement, l’engouement était fort dans le pays, comme en témoignent ces milliers d’habitants de Goma qui se sont rués au Rwanda.

     

    Un supporter congolais dans le stade de Kigali où s'est déroulé la finale du Chan, dimanche 7 février.

    Représenté au Rwanda par le ministre des sports, Denis Kambayi, le président Joseph Kabila, au pouvoir en 2001, doit recevoir le onze national à son retour, dans un climat qui risque d’être à la fois euphorique et tendu : selon la Constitution, il ne peut pas briguer un troisième quinquennat lors de la présidentielle prévue en novembre 2016, mais l’opposition l’accuse de vouloir s’accrocher à son poste.

    Juste avant la finale, sur la chaîne publique, le chef de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, mis en garde contre tout désordre. Dans la soirée, « il y a eu quelques tentatives de pillage vers [l’avenue] 24 Novembre et [la commune de] Bandal », dans le nord de la capitale, et la police a fait « usage de gaz lacrymogène », commente le chef de la police du pays, le général Charles Bisengimana, actuellement en Egypte.

    Certaines sources indiquent que ce sont des chants anti-Kabila qui ont provoqué la riposte. Le général Bisengimana affirme ne pas être au courant. Lambert Mende, lui, dément : « Tout le monde est content dans le pays ! (…) Tout le monde est content du président qui a donné tout de qu’il fallait : envoyer un avion, la prime aux Léopards (…) Je ne vois pas qui pourrait envoyer des slogans contre le président. Ça n’a aucun sens ! »

  • Quinze ans après sa mort, quel est l’héritage de Kabila père

    Quinze ans après sa mort, quel est l’héritage de Kabila père

    L. Kabila-Il y a 15 ans jour pour jour, les Congolais apprenaient la mort de Laurent-Désiré Kabila, assassiné, le 16 janvier 2001 par l’un de ses gardes rapprochés. Le choc est tel que les autorités mettent deux jours à confirmer officiellement la nouvelle. Son arrivée à la tête du Zaïre, 4 ans plus tôt avec l’aide du voisin rwandais, avait soulevé un immense espoir. Il était alors vu comme le « tombeur » du dictateur Mobutu Sese Seko. Aussitôt, il change d’ailleurs l’hymne national et redonne au pays son nom de République démocratique du Congo comme pour refermer symboliquement la longue parenthèse mobutiste. Mais finalement, quinze ans plus tard, que reste-t-il de son héritage ?

    Il se faisait appeler « le soldat du peuple » et aujourd’hui encore une partie des Congolais se souvient de Laurent-Désiré Kabila comme d’un « libérateur », celui qui a débarrassé le Congo du joug de la dictature de Mobutu d’abord puis s’est ensuite battu pour l’intégrité du pays. Un « nationaliste » dont la devise est encore visible dans les rues de Kinshasa, placardée sur des affiches à son effigie : « Ne jamais trahir le Congo ».

    « Dans toutes ses attitudes, tous ses discours, tous ses actes », se souvient un habitant de Kinshasa, « on sentait bien qu’il voulait vraiment que le Congolais soit indépendant et libre ». Libre, et aussi responsable de son destin renchérit cet autre habitant. « C’était un apôtre de l’auto-prise en charge du Congolais. Le Congolais doit se prendre en charge, ne pas attendre que son bien-être lui soit apporté par l’extérieur. Nous avons tout ici pour nous développer », reprend le kinois.

    Quinze ans plus tard, le kabilisme de Laurent-Désiré est toujours présent à travers le parti PK, les Patriotes kabilistes, mais il pèse peu sur l’échiquier politique. Le PK n’est pas représenté à l’Assemblée et n’est présent que dans 5 provinces sur 11. Quant à son président, Mwenze Kongolo, ex-ministre de la Justice sous Laurent-Désiré Kabila, il milite désormais dans l’opposition – il a récemment rejoint le Front citoyen – car il reproche à l’actuel président Joseph Kabila de n’avoir pas su entretenir « l’espoir qui était né » de son arrivée au pouvoir ni préserver ses réalisations, par exemple « le service national », qui était, selon lui, « un service très important parce qu’il donnait de l’espoir aux jeunes gens désœuvrés ». Ou encore, « le projet des cantines populaires, (dans lequel) le gouvernement vendait (de la nourriture) moins cher. Tout ça, déplore-t-il, n’a pas été entretenu du tout. Tout cela a été cassé. C’est ça notre lutte ».

    Bilan mitigé

    Pourtant, lorsque l’on interroge les historiens, le bilan qu’ils dressent des quatre petites années que Laurent-Désiré Kabila passe à la tête du pays est plus que mitigé. Filip Reyntens, professeur à l’université d’Anvers en Belgique, parle même d’un héritage « désastreux ». Et c’est peu dire à l’en croire que les espoirs de changement soulevés par le départ de Mobutu ont été rapidement déçus : « Le système qui a été mis en place était un profondément anti-démocratique, peu transparent et je pense que le système l’est resté jusqu’à aujourd’hui ».

    « Il est vrai, nuance Filip Reyntens, qu’à son arrivée au pouvoir en 1997, Laurent-Désiré Kabila trouve un Etat déliquescent, mais il n’a pas su commencer à reconstruire un minimum d’Etat. C’est peut-être compréhensible, poursuit-il, compte tenu de son passé. Un passé au maquis. Il n’a jamais pendant ce passé géré un Etat, ne savait probablement pas comment fonctionne un Etat et il a géré le Congo comme son maquis, tel qu’il l’a pratiqué fin des années 60 et début des années 70 ».

    Résultat : économiquement aussi bien que politiquement, pendant les 4 années où Laurent-Désiré Kabila est au pouvoir, la situation n’a fait qu’« empirer ».

    Avant la deuxième guerre du Congo

    En arrivant, il avait pourtant de bonnes intentions, estime le chercheur en sciences sociales Anicet Mobe. Il est imprégné d’idéaux marxistes, mais très vite, explique-t-il, il se heurte à l’appétit de ses parrains, autrement dit des pays qui lui ont permis de prendre les rênes du pays. « Les conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir ont d’emblée hypothéqué à la fois son engagement nationaliste et aussi ses choix économiques, estime Anicet Mobe parce que dès le départ, il a été obligé des contrats faramineux avec certaines sociétés minières anglo-saxonnes. Et surtout, par rapport à des pays comme le Rwanda et l’Ouganda ce n’était pas tellement des contrats en bonne et due forme, mais c’était surtout, le pillage systématique des ressources économiques au Congo ».

    Paradoxalement, Laurent-Désiré Kabila reste pourtant dans le cœur des Congolais comme celui qui a finalement dit « non » à la tutelle du voisin rwandais. Un revirement, qui, pensent certains, lui aurait peut-être coûté la vie. Et qui en tout cas a été l’élément déclencheur de la deuxième guerre du Congo. Une guerre dévastatrice, qui déstabilise profondément et pour longtemps l’est de la RDC et qui n’empêche pas, bien au contraire, le pillage des ressources du pays par ses voisins de se poursuivre par l’intermédiaire de nombreux groupes armés dont une partie sévit encore aujourd’hui.

  • Est-ce la diaspora qui sauvera le Congo ou l’inverse ?

    Est-ce la diaspora qui sauvera le Congo ou l’inverse ?

    Kinshasa-« Ah, mais c’est très bien, vous êtes rentré au pays. C’est courageux de votre part. La diaspora sauvera le Congo, j’en suis convaincu. Avec des gens comme vous ! ». Depuis des mois, j’entends des phrases de ce type.

    On me les assène à longueur de temps, à tous propos. Je n’ai jamais su comment réagir tant cette assertion est gênante. Elle me met et m’a toujours mis mal-à-l’aise. À force, j’ai commencé à y penser, y réfléchir et chercher l’origine de cette gêne. Congolais de la diaspora, qu’ai-je réellement à apporter à ce pays qui soit si flagrant ? En méditant cette question finalement mal posée, une idée renversant son postulat m’est simplement venue – véritablement évidente, elle : c’est le Congo qui m’apporte quelque chose. Esquissé à gros traits, ce pays m’offre ce que je n’ai encore jamais eu : une histoire commune, une aventure collective, une appartenance, une identité, un clan, des racines profondes, une place, du sens.

    On me parle du Congo depuis ma naissance. On me l’a expliqué en long et en large, décrit, raconté. On m’a dit que j’étais un fils du Kongo. Ce pays, je l’ai imaginé avec un affect sentimental extrêmement puissant. Ces graines semées depuis ma plus prime jeunesse dans le tréfonds de mon âme germent, éclosent et s’épanouissent depuis mon retour. C’est une seconde naissance, consciente celle-ci. En ce sens, j’ai toujours cultivé une profonde humilité à l’égard de ce pays, de sa population si diverse et, dès lors, n’ai aucunement la prétention de donner de leçons ni d’avoir grand-chose à apporter en propre.

    Cette diaspora congolaise qui rentre chez elle, je la fréquente.

    Fabien, 29 ans : « J’ai grandi à Paris. Je suis rentré pour mon père. Mon frère travaille à New-York et n’a pas l’intention de vivre en Afrique. Ma mère et ma sœur vivent au Canada et viennent ici en vacances. Mes parents sont séparés. J’étais le seul à pouvoir continuer les affaires de mon père qui s’est remarié. Je m’ennuyais à Paname. Et toi, c’est quoi ton histoire ? » ; Apolline, 30 ans : « Je bossais à Londres et suis sortie avec un mec qui voulait rentrer travailler au Congo. Je l’ai suivi. Je ne sais pas ce que je ferai les prochaines années mais je rentrerai vivre en Belgique à un moment. Et toi, c’est quoi ton histoire ? » ; Steve, 28 ans : « J’ai étudié et vécu à Londres. Je suis du Katanga utile. J’ai toujours gardé la nationalité et voulais rentrer au pays. Il y a tellement de choses à faire ici. Pourquoi pas Kin ? C’est une ville un peu agitée pour un Katangais mais comme j’ai vécu à Londres, je n’ai aucun problème. Et toi, c’est quoi ton histoire ? ».

    La diaspora est d’abord et avant tout le récit d’un déracinement, d’une coupure, d’une déchirure

    Diane, Paul, Mambo, Jean … autant d’histoires différentes mais, au fond, si proches, similaires. Elles sont les déclinaisons d’un même phénomène, le déracinement. La diaspora est d’abord et avant tout le récit d’un déracinement, d’une coupure, d’une déchirure. Ce phénomène est violent, douloureux. Qu’on l’ait choisi ou qu’on en soit le fruit. Les uns le vivent mieux que les autres. Se sentir étranger dans le pays où on est né, on a grandi, vécu ses premières émotions, ses premiers émerveillements ; connu ses premières désillusions, ses premiers chagrins ; noué ses amitiés les plus intenses est un paradoxe d’une profondeur insondable. Etre un étranger dans le pays qui vous a façonné est invinciblement incompréhensible pour qui ne l’a vécu.

    Toutes ces histoires, tous ces destins diasporiques créent certes une intimité particulière mais une rivalité aussi. Nous jouons dans la même division. Certains connaissent bien le Congo d’autres moins ou pas du tout. Ensuite, ce retour, nous le vivons chacun à sa manière. Les raisons qui nous ont poussés à rentrer sont diverses. Les uns galéraient en Europe ou en Amérique durant leurs études, ne trouvaient pas de travail ou l’avaient perdu.

    Rentrer est l’occasion de se refaire, de changer de quotidien, de fuir un continent en mal d’idéal

    Rentrer est l’occasion de se refaire, de changer de quotidien, de fuir un continent en mal d’idéal. D’autres y voient l’accomplissement d’une quête existentielle, un devoir filial, la réintégration d’une lignée ancestrale, la réappropriation d’un héritage. D’autres encore, opportunistes assumés, sautent sur l’occasion de s’en mettre plein les poches et mener grand train. Souvent, c’est un savant mélange de tout cela. Irréductibles, indéfinissables, tels sont les motifs qui président à un tel choix. Le constat est pourtant le même : comment s’intégrer, se réintégrer à cette complexe société congolaise qui, elle-même, nous considère comme des étrangers ?

    « Diaspourrie »

    Les congolais de RDC, ceux du cru, ne sont pas de fervents admirateurs de cette diaspora. Ils ne l’apprécient pas. Ils la voient revenir – pour eux arriver – et accéder plus rapidement à des postes pour lesquels, malgré leurs dix, quinze années d’expérience, on n’aurait jamais pensé à eux. Les vicissitudes du pays, la diaspora ne les a, en général, pas subies ou justement fuies. Les affres de la guerre, les pillages, les viols, les millions de morts, elle en a pris connaissance en lisant les dossiers spéciaux consacrés à la RDC du Monde diplomatique ou par la famille restée au pays. On peut comprendre qu’ils l’aient mauvaise de voir ce retour – pas si noble ou désintéressé – de cette diaspora prétendument providentielle dont on n’arrête pas de leur tympaniser les oreilles. Ce qui se construit, c’est un Congo sans ou malgré eux. Ils s’en sont juste rendu compte. Ces Congolais qui la détestent ou la jalousent, je les comprends finalement. Ils l’appellent la diaspourrie.

    Indéniablement, l’image qu’elle véhicule est celle d’une caste fermée, d’un monde vivant reclus dans la République de la Gombe, à Ma Campagne, à Mont Fleury, à UTEX. Catholique, elle fréquente les mêmes églises qui, le dimanche, rassemblent le bottin mondain de la capitale. C’est la foire aux vanités. Une arène de fauves aussi. L’apparence et un matérialisme hallucinant y règnent en maître absolu dans ce pays où une telle pauvreté a pignon sur rue. Sans filtre, cru, brut de décoffrage, le contraste violent qui en découle laisse incrédule. Arrogante, vaine, imbue d’elle-même, elle singe les Belges d’hier, les grands du monde d’aujourd’hui. Pourtant, cette indécence n’est pas l’apanage de Kinshasa ni du Congo. Cette diaspora se décline et ne peut tout uniment, indistinctement être clouée au pilori. Laissons-lui, laissez-nous le bénéfice du doute.

    Envisagés plus largement, l’uniformisation, l’abrutissement à marche forcée des différentes sociétés et cultures, finalement, c’est la diaspora – d’où qu’elle vienne – qui en est le principal vecteur. Celle-ci tient le rôle de métastases dans ce cancer mondial qui n’en finit pas de tuer les particularismes, les identités noyés dans une humanité conceptuelle bien abstraite alors qu’il existe des peuples et des hommes bien réels, eux.

    « C’est la diaspora qui sauvera le Congo » n’ont-ils de cesse d’asséner. Sans doute est-ce pour toutes ces raisons que je ne peux plus les entendre, les phrases de ce type. Elles auront cependant eu le mérite d’éclairer l’imposture dans laquelle, pour l’instant, je me trouve.

    Jeune Afrique
    (par Philippe-Alexandre Sondj Mulanza Kating )
    D’origine congolaise, Philippe-Alexandre Sondj Mulanza Kating est né et a grandi à Bruxelles. Depuis un peu plus d’une année, il a décidé de rentrer s’installer à Kinshasa où il travaille et vit désormais.
  • 2016 : Annus horribilis ou Annus mirabilis pour la République démocratique du Congo ?

    2016 : Annus horribilis ou Annus mirabilis pour la République démocratique du Congo ?

    joel-1-Depuis le mois de septembre 1996, la République démocratique du Congo est assujettie, d’ailleurs contre son propre gré, à un régime de violence armée indicible, effroyable. Cette crise imposée est totalement destructrice aussi bien pour sa population que ses ressources physiques et matérielles. Artificiellement provoquée par des tenants du nouvel ordre international ou [nouveau désordre planétaire], celle-ci vise primordialement à disloquer son majestueux territoire national et, surtout, à spolier l’ensemble de ses richesses matérielles.
    Bien que cet État géant et richissime de l’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs se soit, dans le but de sortir définitivement du guêpier, réellement conformé aux exigences contraignantes et aux nécessités impérieuses des pourparlers politiques d’ailleurs placés sous le haut patronage de la Communauté internationale et pilotés pour la circonstance par la République Sud-Africaine (RSA) en 2002 et 2003, la violence qui a, pratiquement, pris multiples formes ou plusieurs visages, ne recule absolument point. En d’autres termes, les horizons de paix pour le pays et de sécurité pour ses ressortissants se sont irrémédiablement éloignés. Ils sont, donc, complètement et manifestement bouchés.
    Depuis des lustres, la population qui n’est, à vrai dire, plus à l’abri d’une moindre catastrophe, fût-elle naturelle ou humaine, ne voit concrètement point le bout du tunnel, pourtant promis à maintes reprises par les acteurs de tous bords, aussi bien nationaux qu’internationaux. Par conséquent, les années se suivent, justement à leur rythme, sans précipitation et sans décélération, et – cela n’étonne guère personne – se ressemblent. Malheureusement, comme deux gouttes d’eau, dirait-on !
    Condamnés à toucher du bois, les Congolaises et Congolais complètement meurtris et désabusés, totalement désillusionnés, se posent, très clairement et très nettement, la question de savoir sous quels auspices voire sous quel signe sera effectivement placée l’année 2016. Que leur réservera-t-elle certes ? Sera-t-elle, véritablement, à l’image désastreuse des 18 précédentes résolument marquées par la folie de démantèlement de la Communauté nationale ou l’esprit de destruction de la Collectivité publique ?
    Force est, d’ailleurs, de souligner, d’une part, que cette morbidité a, sans aucun doute, eu raison de la souveraineté internationale et de l’indépendance nationale de la République démocratique du Congo. En effet, cet État promis hier à un avenir de plus brillant, donc de plus prometteur, n’est plus que l’ombre de lui-même. Celui-ci est visiblement incapable de déployer son autorité publique et administrative sur l’ensemble de son vaste territoire national dont l’intégrité physique ne relève plus jamais que du domaine de l’esprit.
    Aussi cette morbidité a-t-elle, concrètement, eu raison de son unité nationale d’autant plus que le langage discriminatoire, le discours haineux et l’intolérance ethnico-tribale supplantent, désormais, les sentiments de fraternité et de solidarité qui doivent prévaloir au sein de la Collectivité publique. Ils supplantent, très fortement, les sentiments d’harmonie et de concorde qui doivent normalement régner dans la Communauté nationale. Rendant, ainsi, pratiquement impossible toute idée de paix ou toute démarche de réconciliation nationale.
    Et, d’autre part, leur toxicité ou nocivité a complètement trucidé la moralité publique en raison de l’inconscience et de l’incompétence des gouvernants. En effet, ces dirigeants ‘‘nouveaux’’ ont pour seul et unique modèle de référence en matière de gouvernance politique et administrative le régime défunt de feu Maréchal-despote Mobutu Sese Seko du Zaïre. Aussi cette toxicité ou nocivité a-t-elle trucidé la productivité nationale, bien entendu, en raison de la navigation à vue ou de la très courte vision des autorités politiques et nationales. En réalité, celles-ci ne favorisent guère l’esprit de libre entreprise et, par voie de conséquence, ne libèrent guère l’initiative privée. Elles freinent, tous azimuts, les initiatives locales pourtant fortement salutaires et asphyxient l’investissement du profit économique.

    Glissement ou Glissade ?

    De l’Art de provoquer une crise politique et institutionnelle sans issue
    365 jours pour échouer lamentablement

    ‘‘Il n’y a crise d’obéissance qu’après qu’il y ait eu crise d’autorité’’
    Christian Bonnet, homme politique français

    Par Joël Asher Lévy-Cohen *
    La ‘‘Créativité’’ qui relève, certainement, du plan mental, c’est-à-dire de l’esprit, est sans aucun doute une qualité intrinsèque du Peuple de la République démocratique du Congo. C’est, à en croire nombre de spécialistes, une de ses marques distinctives. Entre autres dans le domaine théâtral de l’action politique. En effet, dans ce secteur réputé déployer la puissance mentale, l’élite dirigeante de cet État africain, dont l’ingéniosité n’est, à vrai dire, jamais à bout de souffle, est passée ‘‘maître’’ dans l’art de fabriquer de toutes pièces, de provoquer artificiellement, des crises politiques interminables.
    En d’autres termes, les Congolais savent inventer des crises sans solution. Ceux-ci savent engendrer des conflits sans issue alors que, par définition, et pour reprendre, à cet effet, la saillie très chère à Victoria Principal, ‘‘une crise est une chance’’. Elle s’avère normalement une chance parce qu’elle aide réellement à grandir, à s’édifier’’.
    Ainsi en est-il, immanquablement, de l’actuelle crispation politique engendrée en République démocratique du Congo. Celle-ci se cristallise autour de l’achèvement de la mandature de Joseph Kabila Kabange. En effet, ce chef de l’État encore en exercice jusque pratiquement le 19 novembre 2016, dont l’imposture politique et électorale est évidemment devenue, au fil des scrutins nationaux, une vraie marque déposée, ne peut en aucune manière briguer un troisième mandat présidentiel. Tout ceci, conformément à l’esprit et la lettre de la Constitution dite ‘‘de Liège’’ du 18 février 2006.

    Partira ou partira pas ?

    À vrai dire, ‘‘Joseph Kabila Kabange n’a pas l’intention de quitter le pouvoir’’. Du moins pour l’instant. Car, le pouvoir et ses fastes l’ont, en fait, corrompu voire même totalement enivré. Donc, celui-ci n’est plus maître du pouvoir. Il est devenu otage du pouvoir. Toutefois, ce chef de l’État atypique, évidemment placé en orbite par des puissants intérêts extérieurs, changera-t-il forcément et logiquement d’avis sous le poids incommensurable des événements et l’énorme pression des acteurs engagés ? C’est une autre paire de manche !
    Pour l’instant, telle n’est pas du tout sa volonté d’autant plus qu’aucun signe, même codé, ne vient, à coup sûr, l’attester. Une chose est sûre et certaine, ce président de la République doublement mal élu par ses pairs et mal aimé de la population ne s’est jamais vraiment prononcé, publiquement, officiellement, sur son avenir politique à la tête de l’État. Ce qui ne peut rassurer aussi bien l’ensemble de ses Compatriotes que tous ses adversaires politiques, d’ailleurs tenus au respect dans l’antichambre du pouvoir. Ce qui, par ricochet, ne peut véritablement pas rassurer la communauté des partenaires extérieurs, à plus forte raison bailleurs de fonds internationaux sur ses réelles intentions.
    Par conséquent, actualité politique nationale oblige, les supputations vont dans tous les sens. Les nerfs lâchent. La nervosité gagne progressivement du terrain. D’abord, au sein de l’Opposition politique qui n’a véritablement jamais digéré le fameux hold-up électoral du lundi 28 novembre 2011. Cette fraction importante de l’opinion nationale veut, coûte que coûte, faire payer au tristement célèbre imposteur Joseph Kabila Kabange sa mauvaise foi et son arrogance politique.
    Ensuite, cette crise des nerfs qui s’apparente fort bien à une crise d’adolescence, est évidemment perceptible au sein de la Majorité présidentielle, d’ailleurs accoutumée à la logique de cueillette ou culture propre aux arrivistes. Celle-ci voit d’un mauvais œil le départ précipité ou retardé de l’imposteur Joseph Kabila Kabange car elle aura sûrement des comptes à rendre aussi bien à la population qu’au nouveau pouvoir émergeant immédiatement de la chute ‘‘programmée’’ du régime honni. Donc, cette élite compradore est, fortement, angoissée voire agitée par la certitude de perdre tous ses privilèges indus.
    Raison pour laquelle, dans le camp présidentiel visiblement suspendu au couperet du destin, moult voix émanant ostensiblement – et principalement – de cerveaux humains scotchés au tube digestif, dont l’idéologie dominante est la ‘‘Manducation’’, donc la ‘‘Manducratie’’, s’élèvent de toutes parts en vue de demander ouvertement à Joseph Kabila Kabange de rempiler pour un troisième mandat. Une telle initiative est, sans conteste, une entorse à la Constitution. Elle contrevient naturellement au texte fondamental qui limite explicitement dans le temps et la manière sa ‘‘funeste’’ carrière présidentielle. Force est d’admettre que celle-ci n’a vraiment jamais été, – si absolument mérite il y a –, à sa hauteur.
    Il convient de rappeler que la Constitution de Liège du 18 février 2006 a été adoptée dans la controverse lors du ‘‘référendum’’ des 17, 18 et 19 décembre 2005, sous la Transition politico-militaro-maffieuse directement issue du processus dévastateur pour la Nation entière de Pretoria de 2002 et de Sun City de 2003. Ce texte juridique promulgué par l’imposteur sous la forte pression de la Communauté internationale a été littéralement approuvé, au bas mot, par moins de 30 % du corps électoral qui s’était réellement déplacé pour voter. Ce qui en fait forcément et logiquement un texte ‘‘illégitime’’ à tous égards puisqu’il n’est pas du tout l’émanation de la volonté populaire. Comme par enchantement, par miracle, c’est justement sur ce texte qui contribue manifestement à l’affaissement de la souveraineté internationale et à la prostitution de l’indépendance nationale que Majorité présidentielle et Opposition politique, toutes deux confondues, s’arc-boutent en vue de conserver définitivement le pouvoir pour l’une ou, pour l’autre, de renverser sans concession le régime honni !
    Il y a lieu de relever que cette fameuse Constitution de Liège du 18 février 2006 a été charcutée à maintes reprises voire même déchirée sous la présidence liberticide et démocraticide de Joseph Kabila Kabange. Les violations récursives touchant ce texte fondamental censé pourtant régir les activités publiques de l’État, régenter les institutions politiques, se sont bien opérées sans que la Communauté internationale devenue de nos jours, comme par émerveillement, le grand chantre du respect de la Constitution ne s’en émeuve outre-mesure, ne pipe mot. Pour ainsi dire, cette ligue des puissances étatiques qui gèrent, comme bon lui semble, les affaires de la planète tout entière, est certes comptable des frustrations qui s’emparent vivement autant de la classe politique en particulier que de la population, en général.
    C’est donc, dans ce contexte acrimonieux de tensions et de menaces où les uns les autres se regardent en chiens de faïence, se lancent des peaux de banane et se font des crocs-en-jambe, qu’émerge spontanément une crise politique, d’ailleurs, voulue à dessein, sans doute orchestrée. À vrai dire, ce conflit est manipulé aussi bien par le régime tricheur que l’Opposition. Il est, en fait, orchestré et manipulé par le pouvoir imposteur de Joseph Kabila Kabange qui a réellement tout intérêt à ce que le chaos s’installe définitivement afin de justifier sa pérennité aux manettes de l’État. En fait, il cherche à en profiter dans le but de redistribuer les cartes politiques, de continuer à saigner à blanc une république bananière déjà exsangue et, surtout, à siphonner les finances publiques.
    Comme son objectif primordial consiste, en fait, à bâillonner tous azimuts les forces de changement politique et démocratique, le régime décrié de l’imposteur Joseph Kabila Kabange voudrait provoquer une dynamique politique consistant à intégrer dans l’espace institutionnel les entreprises partisanes marginalisées dans la foulée des élections frauduleuses du lundi 28 novembre 2011. Ainsi espère-t-il mieux les contrôler pour mieux les manipuler à sa guise. Ainsi espère-t-il les abattre au finish avec l’aide précieuse de quelques puissants intérêts anticongolais.
    Aussi cette crise politique est-elle orchestrée, manipulée et même exacerbée par une certaine Opposition alimentaire. Celle-ci se veut institutionnelle puisqu’elle siège au sein des institutions politiques. En effet, cette fraction de l’opinion nationale est très soucieuse d’accéder pleinement à la mangeoire publique. Elle ne veut plus du tout se contenter des miettes que lui lance sur la figure, avec un air moqueur et une humeur dédaigneuse, la présidence manducratique de Joseph Kabila Kabange.
    Afin de marginaliser les actuels tenants de l’imperium politique et gouvernemental, cette Opposition parlementaire factice compte engager avec le pouvoir en place un bras de fer duquel jailliront le chaos et l’anarchie susceptibles d’emporter le régime renégat, lequel la placera ipso facto, sans détour, dans l’orbite du pouvoir en cas de partage des postes. Ainsi espère-t-elle susciter à l’encontre de ce pouvoir agonisant une vive réprobation internationale et un net désaveu national à la suite logique des erreurs politiques, dont la répression féroce appréhendée par tous, qu’il serait tenté de commettre en vue de demeurer à tout prix aux commandes de l’État.
    C’est dans ce contexte de méfiance viscérale et réciproque, de débat acrimonieux entre un pouvoir totalement finissant et une Opposition désorientée qu’est inventé le terme politique ‘‘Glissement’’. Surgissant pratiquement de nulle part, il entre par effraction dans le vocabulaire national en 2015. Repris en chœur par l’élite politique aussi bien que la classe journalistique, il veut, en fait, dire dans le jargon purement national : ‘‘le fait de proroger astucieusement un mandat politique et électoral au-delà de son terme légal en contournant de manière cavalière les règles de jeu préalablement établies par voie consensuelle’’.
    Il importe d’admettre que ce terme, très fortement disputé dans l’arène politique, s’applique indéniablement à la situation particulièrement et singulièrement fragile de l’imposteur Joseph Kabila Kabange. Auteur de deux putschs électoraux (2006 et 2011) qualifiés par des experts de hold-up politiques, ce plus haut personnage de l’État gouverne par défi la République démocratique du Congo qui l’a complètement ‘‘vomi’’. Par voie de conséquence, demeurer coûte que coûte au pouvoir politique et gouvernemental est, forcément et logiquement, devenu une obsession de vie ou de mort, un cas de survie politique, une vraie police d’assurance pour le tyrannosaure.
    Cela est d’autant plus vrai que le mercenaire Joseph Kabila Kabange, personnage de surcroît peu disert, taciturne, cachotier a énormément déçu ses parrains et tuteurs internationaux. En effet, celui-ci a, en réalité, ouvert le très lucratif marché congolais aux intérêts économiques et financiers du grand Empire du Milieu au détriment des puissances occidentales – États-Unis d’Amérique (USA) et Union européenne (UE) –. Ces deux piliers de la Communauté occidentale l’avaient, pourtant, adoubé le 26 janvier 2001 afin de recadrer, de réorienter la trajectoire de la révolution du 17 mai 1997. Ceux-ci l’avaient soutenu dans le but de corriger la tangente de la Libération du peuple ayant, par les armes, porté à la tête du pays, son beau-père – [et non moins tombeur du Maréchal-tyran usé Mobutu Sese Seko du Zaïre] –, le Mythique guérillero ? Laurent-Désiré Kabila.
    Aussi Joseph Kabila Kabange a-t-il énormément déçu ses Compatriotes pour avoir naturellement promis d’engager le pays, sous le couvert de la fameuse révolution de la modernité, sur la voie salutaire du développement économique et du progrès social. D’éradiquer les fléaux dévastateurs de la corruption et de la mégestion, ainsi que le cancer du chômage. D’être un véritable artisan de la paix et de la sécurité, un défenseur inconditionnel de l’intégrité territoriale de l’État. Nenni.
    Au lieu d’honorer toutes ses promesses, le peuple de la République démocratique du Congo n’a, en vérité, obtenu pour seule et unique ‘‘récompense politique’’ que les violations criardes des droits fondamentaux de la personne humaine. En fait, tous ces gains victorieux se traduisent matériellement pour la population congolaise par des massacres à large échelle, des indices de développement et de progrès somme toute catastrophiques. Ce qui place, par conséquent, cet État africain à la remorque des États du monde.
    Au lieu de concrétiser ces bonnes intentions, la République démocratique du Congo est sempiternellement l’objet d’abattage de sa souveraineté internationale. Elle est continuellement l’objet d’agression physique de son immense territoire. D’ailleurs, à l’heure actuelle, celui-ci est investi par une multitude de forces négatives étrangères – y compris des factions armées locales – pour un ultime dépeçage, démembrement, qui ne dit évidemment et pratiquement plus son nom.
    C’est, en réalité, dans ce contexte de tensions permanentes, savamment entretenues qu’émergent et même pullulent dans le paysage national des cartels politiques de tous ordres. Ces plateformes qui sont par nature des fourre-tout, poussent vaille que vaille. Celles-ci poussent comme des champignons toxiques sur un terrain sans nul doute glissant, que d’aucuns diraient sur du sable mouvant. Il y a fort à parier que ces regroupements présentement en vogue, d’ailleurs nés de l’humeur du moment, disparaîtront aussi vite qu’ils ne sont apparus pour la simple et bonne raison que le Congolais ne respecte aisément ni sa parole ni sa signature alors qu’elles témoignent d’un engagement moral et solennel.
    Parmi les cartels politiques en vogue, qui ont le vent en poupe, il faut citer d’abord et avant tout le fameux G7 . Cette plateforme est, d’ailleurs, composée exclusivement de courtisans et artisans du joséphisme prévaricateur. Après avoir porté à bout de bras le régime politique de Joseph Kabila Kabange, pendant des années, ceux-ci se déclarent, non sans morgue, Opposants politiques. Force est de mentionner en toute dernière minute. La mission leur assignée par de puissants soutiens internationaux consiste à démanteler un système maffieux, un régime affairiste qu’ils ont, toutefois, contribué à consolider avant que celui-ci ne rende, en réalité, le dernier soupir.
    Il y a, ensuite, le Front Citoyen 2016. Cette plateforme est littéralement un attelage d’opérateurs politiques et d’acteurs de la société civile. Ce regroupement est mis sur pied dans la foulée de la réunion de l’Ile Gorée, aux larges du Sénégal. Son objectif primordial est, en fait, de préparer aussi bien l’alternative politique que l’alternance démocratique. L’atteinte de ce but se fera naturellement avec la très précieuse aide occidentale en République démocratique du Congo. Un Pays d’ailleurs sérieusement en proie au phénomène subversif de coup d’État à la fois politique, constitutionnel et électoral.
    Il y a, enfin, le Front des démocrates pour soi-disant accompagner Joseph Kabila Kabange au Musée de l’Histoire. Ce regroupement politique est en réalité composé d’apprentis sorciers et d’improvisateurs qui veulent sans doute se frayer un chemin dans le roc. La plupart des animateurs de ce cartel proviennent essentiellement du sérail de l’ancien régime mobutiste, de l’ancien pouvoir kabiliste et de l’Opposition tshisekediste.
    Quant à elle, la Dynamique de l’Opposition s’avère une plateforme, par définition, transversale. Elle regroupe, en réalité, des entreprises politiques qui font déjà partie intégrante d’autres cartels ou plateformes. C’est, bien entendu, le cas de l’ÉCIDÉ de Martin Fayulu, de l’UNC de Vital Kamerhe ou du MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo. Ces organisations politiques sont membres à part entière du Front Citoyen 2016.
    S’il y a, concrètement, une idée qui unit pratiquement ces regroupements politiques et ces mouvements socioculturels épars, c’est bien entendu le départ de l’imposteur présidentiel. Moyennant respect scrupuleux de la Constitution. Cependant, aucune idéologie de fond, pourrait-on affirmer avec force, ne les soude véritablement ni ne les fédère justement, fermement. Ce qui est, déjà, en soi un ‘‘mauvais présage’’ !
    En effet une éventuelle guerre des égos pourrait, d’ailleurs, éclater brutalement, au grand jour, entre les divers ténors antijoséphistes appâtés par le régime agonisant, le pouvoir évanescent. À vrai dire, ce cas de figure peut se produire à tout moment. Si jamais cela arrive, – et ce n’est pas du tout exclu –, un tel conflit, inutile à maints égards, risquerait de miner à jamais la salutaire lutte de libération nationale contre le despotisme supposément menée par toutes ces entités. Ce qui ouvrirait largement la voix à la pérennité de Joseph Kabila, ainsi bénéficiant dans les circonstances de la désillusion d’une population excédée par la trahison de son élite politique.

    Glissement ou Glissade ?

    Une chose est sûre et certaine, l’incertitude plane sur la tenue de véritables élections en République démocratique du Congo pour 2016. Il se pourrait même qu’un trait soit définitivement tiré pour cette année de tous les dangers. En effet, des retards ont été délibérément accumulés par le pouvoir qui a, sérieusement, peur de céder le tablier. Tout le monde connaît cette vérité. Alors, pourquoi se voiler en réalité la face ? Il s’agit d’un mépris à l’égard du Peuple congolais. La Communauté internationale le sait pertinemment. Elle sait également que cette situation ne contentera pas une population fortement ‘‘décidée’’ d’en découdre avec un régime tortionnaire qui l’a si longtemps méprisée, donc souventes fois ignorée en tant que souverain primaire.
    Pourtant, ce serait même aventureux d’y aller, de surcroît suicidaire d’y participer. Cela est d’autant plus vrai qu’un scrutin ayant inéluctablement une portée nationale suppose, réellement, la parfaite maîtrise de nombreux paramètres dont le budget, la logistique matérielle et humaine, le consensus sur l’organisation, la connaissance du corps électoral découlant du recensement de la population, le découpage équitable des circonscriptions électorales, etc. Par conséquent, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la République démocratique du Congo risque, en fait, de connaître les mêmes travers déconcertants, ainsi que les mêmes revers cuisants, qu’en 2006 et en 2011.
    Cette fois-ci, une crise beaucoup plus grave voire beaucoup plus complexe jaillira. Personne ne pourrait vraiment la circonscrire à cause de débordements excessifs. D’où la nécessité impérieuse de trouver un compromis engageant irréversiblement la classe politique. ‘‘Sagesse oblige !’’ Cela ne peut se faire qu’à travers un processus de dialogue politique ‘‘franc’’ et ‘‘constructif’’.
    Sinon, la ‘‘Glissade’’ ou le chaos tant redouté par tous prendra très vite le relais avec son cortège de difficultés et de malheurs. Sinon, à force de s’entêter à organiser des élections non maîtrisées, entièrement bâclées et, surtout, de vouloir participer à des scrutins aux contours flous, il y aura, certes, des coûts fâcheux pour la Collectivité publique. Par conséquent, qui est vraiment prêt à les assumer ? Ce ne sera sûrement pas la Communauté internationale. Disposant d’un agenda sans doute caché, celle-ci pousse sciemment, consciemment, les Congolaises et Congolais à œuvrer dans cette direction périlleuse. Pourquoi ?
    Glissement ou Glissade ? L’avenir dévoilera très bientôt ses cartes de prédiction. Ce faisant, il convient de consulter rapidement la boule de cristal afin de connaître les dessous des événements qui se profilent, lentement mais sûrement, à l’horizon.
    Joël Asher Lévy-Cohen
    Journaliste indépendant

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  • RDC : faut-il réduire l’effectif de la Monusco?

    RDC : faut-il réduire l’effectif de la Monusco?

    Monusco-Faut-il réduire l’effectif de la mission de l’ONU en République démocratique du Congo ? Et de combien de Casques bleus ? Dans une période préélectorale tendue, le débat est ouvert, non sans arrière-pensées politiciennes…

    C’est classique après les réveillons de fin d’année : l’obsession est au dégraissage. Cette année, la diète ne semble pas concerner la seule surcharge pondérale. Elle pourrait s’appliquer aux missions de maintien de la paix, comme la Monusco, la Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo. S’il y a débat entre New York et Kinshasa, ce n’est peut-être pas tant sur le principe de la réduction de l’effectif des Casques bleus que sur son ampleur. Faites vos jeux…

    Mardi 5 janvier, le secrétaire général des Nations unies suggérait dans un rapport le départ de 1 700 hommes en mission pour la Monusco, après le retrait, en mars dernier, de 2 000 soldats onusiens. Évoquant, sur un ton pessimiste, l’augmentation du nombre d’incidents sécuritaires et des violations des droits de l’homme en RDC, Ban Ki-moon ne s’en dit pas moins convaincu qu’une Monusco dégraissée aura la capacité d’accomplir sa mission.

    Dans cette perspective – laquelle sera discutée d’ici le renouvellement, en mars, du mandat de la mission –, les autorités congolaises se sentiraient-elles dépouillées, voire abandonnées ? Pas le moins du monde. C’est au contraire une diète plus radicale que demande Kinshasa, avec un retrait progressif de la force onusienne, en commençant par le départ d’un tiers des Casques bleus de son territoire, soit 6000 à 7000 hommes…

    Le torchon brûle

    C’est que le torchon brûle entre le gouvernement de la RDC et une bonne partie de la frange occidentale de la communauté internationale. La pomme de discorde ? Les conditions de l’organisation de la prochaine élection présidentielle, avec en toile de fond de la toile de fond, la candidature éventuelle du sortant. Or, Ban Ki-moon propose, à l’occasion de la réduction d’effectif, de réorienter la Monusco vers davantage de tâches de police dédiées à la tenue du scrutin. Joseph Kabilapréférerait-il laver le linge politique sale à l’abri des regards onusiens ? Comme pour faire diversion, les pourfendeurs de la mission de maintien de la paix ont beau jeu de dire qu’elle (la mission) ne la maintient guère (la paix)…

    Mais qui peut dire si la situation n’aurait pas été plus tragique en l’absence de la Monusco, cette force arrivée en RDC il y a 15 ans sous le sigle de Monuc ?

    Selon de mauvaises langues, donc, Ban Ki-moon aurait dû dire que la réduction des effectifs de la Monusco ne l’empêchera pas de… ne pas accomplir sa mission. Malgré le renforcement du mandat de la force de l’ONU, en 2013 – mandat devenu « offensif » –, celle-ci peine à empêcher les violences, notamment dans l’Est où continuent de sévir certains groupes armés comme les rebelles ougandais de l’ADF.

    Mais en réalité qui peut dire si la situation n’aurait pas été plus tragique en l’absence de la Monusco, cette force arrivée en RDC il y a 15 ans sous le sigle de Monuc ? Ban Ki-moon doit composer avec des impératifs budgétaires, des humeurs politiciennes et des incompréhensions populaires, quand surgissent des accusations d’abus sexuels perpétrés par des « soldats de la paix », comme en République centrafricaine…

    Pour l’heure, et peut-être pour rassurer ces opinions qui s’entendent dire que les forces internationales sont trop intrusives, l’heure est à l’africanisation de la Monusco. C’est le général sud-africain Derrick Mbuyiselo Mgwebi qui va reprendre le commandement des troupes de l’ONU en République démocratique du Congo, en remplacement du Brésilien Carlos Alberto dos Santos Cruz. Mais Joseph Kabila ne préférerait-il pas, sans doute, qu’il soit congolais ?…

    Jeune Afrique

    Damien Glez

  • Joseph Kabila : 2016 ne se fera pas sans lui

    Joseph Kabila : 2016 ne se fera pas sans lui

    kabila 1-Dresser la liste des personnalités qui marqueront l’Afrique en cette année qui débute est un exercice périlleux, même si les élections, les crises dont l’épilogue se fait attendre ou les événements sportifs et culturels mettront certainement en avant des protagonistes bien connus. Jeune Afrique vous propose une liste non-exhaustive. Parmi eux, Joseph Kabila, président de la RDC.

    « Une énigme enveloppée de mystère », disait de lui Jacques Chirac. À 44 ans, Joseph Kabila cultive plus que jamais sa nature profonde : secrète, imprévisible, déroutante – impénétrable, y compris pour son proche entourage. Où sera-t-il, que fera-t-il dans un an, au terme d’une année 2016 perçue comme celle de tous les dangers dans ce pays-continent de 80 millions d’habitants ? Pour ses opposants, qui n’ont en commun que l’impatience de le voir rendre le pouvoir, en novembre prochain, comme pour la communauté internationale, dont l’unique antienne est le respect des échéances constitutionnelles, il va de soi que le fils du Mzee aura rejoint le rayon des jeunes retraités de l’Histoire.

    Reste que le processus électoral est en panne : calendrier global dépassé, fichier corrompu, insuffisance des moyens financiers, résidus d’insécurité préoccupants dans l’Est et au nord du Katanga – autant de raisons objectives pour souscrire à ce « dialogue national politique inclusif » que Kabila appelle de ses vœux. Regroupés au sein du Front citoyen 2016, les leaders de l’opposition s’y refusent et menacent de recourir à la désobéissance civile – autant dire à l’épreuve de force – pour conjurer tout « glissement » du calendrier. Joseph Kabila, lui, joue la carte du nationalisme, des grands travaux, des forces de sécurité qui lui sont très largement acquises et des Églises du réveil, sans rien dévoiler de ses intentions. Persuadé que, quelle que soit l’issue de l’année qui s’ouvre, elle ne s’écrira pas sans lui, ni contre lui.

    François Soudan

  • «Ils feront l’Afrique en 2016»

    «Ils feront l’Afrique en 2016»

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