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  • Moïse Katumbi a-t-il une chance d’accéder au sommet de l’Etat ?

    Moïse Katumbi a-t-il une chance d’accéder au sommet de l’Etat ?

    moise-katumbi-kabila-Moïse Katumbi a-t-il une chance d’accéder au sommet de l’Etat ?

    Dans un pays aussi vaste et divisé que la RD Congo, cela ne suffirait de toute façon pas à le porter facilement jusqu’au sommet de l’État. Certes, sa présidence du club TP Mazembe de Lubumbashi et les résultats obtenus dans sa province l’ont rendu populaire. On ignore en revanche si ce point de départ est susceptible de susciter un véritable élan en sa faveur.

    Pour avoir de bonnes chances de succès, Katumbi devra s’allier avec au moins un ténor de l’opposition

    Dans ce pays fortement divisé entre Est swahiliphone et Ouest lingalaphone, le degré d’importance du soutien dont il bénéficie à Kinshasa et dans ses environs reste flou. Pour avoir de bonnes chances de succès, Katumbi devra s’allier avec au moins un ténor de l’opposition. Or, si des discussions sont en cours depuis plusieurs semaines, aucun accord n’a encore été scellé.

    Jean-Pierre Bemba ? Il a beau être détenu par la Cour pénale internationale (CPI),ses partisans ne désespèrent pas de le voir revenir dans l’arène. Lors de l’élection présidentielle de 2011, il avait préféré rester neutre, jugeant insuffisants les nombreux appels du pied qu’on lui avait adressés. Étienne Tshisekedi ? Ces dernières semaines, l’homme d’affaires Katebe Katoto, le frère de Katumbi, l’a rencontré en Belgique, où il est en convalescence depuis près d’un an.

    Mais le vieil opposant de 82 ans est peu enclin au compromis. « Un ticket serait intéressant pour nous, à condition que Katumbi soutienne notre candidature », indique un de ses proches. Pas gagné. Reste Vital Kamerhe, apprécié dans les grandes villes de l’extrême Est. Pour beaucoup d’opposants cependant, la fiabilité de cet homme, qui fut un des plus proches collaborateurs du président Kabila, reste sujette à caution.

    Le plan de Joseph Kabila

    Évidemment, Kinshasa fera tout pour faire capoter de telles alliances. Le président Kabila garde en effet de nombreux atouts en main, à commencer par la maîtrise du temps. Et rien n’indique qu’il soit prêt à se hâter. Le fameux « glissement » redouté par une bonne partie de la classe politique – la stratégie qui consisterait à laisser le calendrier électoral prendre du retard, pour prolonger le mandat du chef de l’État – a en réalité déjà commencé. Initialement prévues pour octobre 2015, les élections locales ne seront de toute évidence pas organisées avant l’année prochaine, au mieux.

    Sans sa carapace de gouverneur, Katumbi est nu, assure Tryphon Kin-Kiey Mulumba

    Katumbi aura-t-il assez de souffle pour tenir pareil marathon ? Sa fortune, acquise avant qu’il se lance en politique, passe pour considérable. Mais, en RD Congo, une campagne présidentielle coûte cher. Très cher. Kinshasa n’hésitera pas à s’en prendre à ses intérêts, notamment dans les mines et la logistique, et menace déjà d’ouvrir certains dossiers financiers. « Sans sa carapace de gouverneur, Katumbi est nu, assure Tryphon Kin-Kiey Mulumba, le ministre des Relations avec le Parlement. Quelqu’un qui a exercé ces fonctions a forcément des choses à se reprocher. » Voilà qui promet…

    Cela étant, Katumbi a certainement pris ses précautions. Il a tout intérêt, désormais, à mettre une pression maximale sur le pouvoir afin que celui-ci respecte strictement le calendrier et la Constitution. C’est sur cet argument clé qu’il compte mobiliser l’alliance la plus large possible, des déçus de la majorité aux opposants radicaux, en passant par la société civile.

    Il a déjà commencé à l’étranger, notamment en recrutant le cabinet de lobbying Akin Gump à Washington, qui plaide sa cause auprès du département d’État. Mining company of Katanga, sa société, dirigée par Carine Katumbi, son épouse, a déboursé pour cela plusieurs centaines de milliers de dollars. En réalité, les capitales occidentales sont déjà convaincues. Les Constitutions sont de plus en plus des textes sacrés…


    Dans la famille Katumbi

    Katebe Katoto, frère et mentor de Moïse Katumbi, fera-t-il bénéficier son cadet de son expérience politique ? Tous deux hommes d’affaires, ils ont marché dans les pas de leur père, Nissim Soriano, un Grec de confession juive. Mais Katebe Katoto, qui sert d’ores et déjà d’émissaire à son frère, en sait plus long sur le monde cruel de la politique. Au tournant des années 2000, il a été un membre très influent du RCD-Goma, une rébellion à l’époque proche du Rwanda.

    Ce lien pourrait éveiller des soupçons dans l’Ouest du pays, où toute connexion réelle ou supposée avec Kigali est souvent utilisée à des fins politiciennes. Les origines burundaises de son épouse, Carine, qui a géré ses affaires tandis qu’il était gouverneur du Katanga, pourraient également être retenues contre lui. Dans une campagne où tous les coups seront permis, nul doute que son métissage lui sera également reproché. Même si Kabila lui-même est également attaqué par ses détracteurs sur ses prétendues origines rwandaises.

    Pierre Boisselet

  • Moïse Katumbi-G7 : les masques tombent et la vérité est là !

    Moïse Katumbi-G7 : les masques tombent et la vérité est là !

    Moise et G7– Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. L’adage vaut tout son pesant d’or dans le feuilleton qu’il convient d’appeler Moïse Katumbi-G7.

    La simultanéité des démissions orchestrée par ces acteurs de la scène politique, au centre de l’actualité, a poussé les plus perspicaces des analystes à conclure à une complicité agissante entre les deux camps.

    A l’avant-garde de l’information et de l’analyse, votre quotidien de chevet, Le Palmarès, avait, dès l’annonce de la démission de Moïse, stigmatisé la collusion entre ce dernier et le G7.

    Tous ceux qui sont suffisamment instruits dans les différents salons huppés du pays, savent depuis un certain temps que le G7 avait déjà trouvé son candidat pour la présidentielle de 2016. Ils avaient ainsi la mission de l’imposer à leur famille politique à défaut d’obtenir un parrainage en douceur.

    Les sociétaires du G7 avaient à ce point manœuvré à livre ouverte que tout le monde les avait vus venir trop longtemps. Et tout s’est passé comme prévu : une fois l’entreprise visant à imposer leur produit présidentiable pour 2016 avortée et ses défenseurs déboutés, le maître se devait de leur manifester publiquement leur soutien. Ainsi devait commencer le plan B du G7 et de leur mentor. Et il a déjà commencé.

    Accélérateur

    En effet, au lendemain de la démission de l’ancien Gouverneur du Katanga, les membres du G7 se sont répandus en dénégation, niant que Moïse Katumbi était l’un des leurs ou avait agi par solidarité d’action.

    On en était là lorsque, un des ténors de cette plateforme (le même) a finalement lâché le morceau.
    Intervenant sur la place publique, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a révélé que son Groupe était prêt à soutenir la candidature de Moïse à la présidentielle, si ce dernier se lançait dans la course.

    Oui, le morceau a été lâché. Et il ne pouvait en être autrement. Surtout pour un Kyungu qui a été complice de première heure dans la fronde, sur fond de boutade lâchée à Lubumbashi le mardi 24 décembre 2014.

    Ce jour-là, devant les Lushois et le monde, le président de l’Unafec en avait dit et fait plus que Moïse lui-même.

    D’autre part, le même jour, à la suite de la boutade sur le 3ème penalty, un autre membre du G7, non des moindres, s’était illustré par un Tweet plus qu’accusateur.
    En effet, Olivier Kamitatu posait : « Dès aujourd’hui, à partir de Lubumbashi, au Katanga, l’histoire s’accélère … ».

    L’histoire s’accélère tellement que le G7 est obligé de se dévoiler. Très bientôt donc, sera annoncé le grand mariage, après un long adultère dans l’ombre et sous le foyer …
    Par LP

  • La République démocratique du Congo est-elle encore un pays normal ?

    La République démocratique du Congo est-elle encore un pays normal ?

    Joël Asher Lévy-Cohen *
    Joël Asher Lévy-Cohen *

    La République démocratique du Congo (RDC) a réellement la forme d’une tête humaine. Mais, les gens qui y habitent, en commençant par les dirigeants politiques et gouvernementaux, ont-ils vraiment un cerveau digne d’un être humain ? Certes, le pays est littéralement connu pour être un scandale géologique en raison d’énormes potentialités minérales et stratégiques dont regorgent abondamment ses sol et sous-sol. Toutefois, la gestion des ressources tant physiques qu’humaines dudit État laisse carrément à désirer à cause de l’absence manifeste de vision et de la navigation à vue des gouvernants. Curieusement, la population résolument réfugiée dans la prière et dans l’invocation d’un Dieu somme toute inexistant, invisible voire inatteignable se complaît dans cette misère crasseuse et infrahumaine. Résignée, elle préfère plutôt se plaindre que de trouver des solutions idoines pour améliorer son triste et macabre sort.
    Par ailleurs, la grandiose réputation de cet État au coeur du Continent voire même au centre des enjeux planétaires se trouve, de nos jours, sans nul conteste ailleurs. En effet, sa renommée a, aisément, trouvé asile dans des scandales de tous ordres. Ceux-ci sont naturellement sociaux, culturels, humanitaires, politiques, électoraux, économiques. Y compris spirituels et moraux. D’ailleurs, le dernier en date est celui d’un soi-disant chef de l’État – sans gêne – métamorphosé en informateur de la police, en indicateur de la justice.
    Force est de constater que cette pratique d’un autre âge, d’ailleurs non prévue par la fameuse constitution de Liège du 18 février 2006, n’émeut, outre-mesure, l’opinion publique nationale. Celle-ci, certes accoutumée à la distraction, est plutôt captivée par le rocambolesque feuilleton électoral et la théorique fin constitutionnelle du mandat de l’imposteur présidentiel Joseph Kabila Kabange. Alors, dans ce contexte d’absence de repère culturel et historique, politique et idéologique, sans aucun doute démocratique, il y a surtout lieu de dire pour paraphraser les Haïtiens, et pourquoi pas d’écrire : [Bienvenue au pays des ‘‘Zombies’’ et des ‘‘Hommes sans chapeau’’] !
    Profession ‘‘Mouchard de la République’’
    Les ‘‘dénonciations’’ de Kabila à la Haute Cour de Justice
    Quand l’imposteur s’ennuie à vrai dire de la présidence de la République…
    Plaisanterie de gamin lycéen ou sketch d’amateur politique ?
    ‘‘Ceux qui confondent délation et dénonciation, je les invite à regarder le dictionnaire (…). Si la délation est condamnable car se faisant au détriment de gens honnêtes, la dénonciation est un devoir républicain prévu dans la loi et permettant de lutter contre les délinquants.’’ Frédéric Lefebvre, in ‘‘UMP : La dénonciation est un devoir républicain’’, Le Nouvel Observateur, 7 février 2009.
    Par Joël Asher Lévy-Cohen *
    Profession de foi : ‘‘Délateur’’. Voici le titre d’un film d’action qui pourrait sans nul conteste attirer, au bas mot, plus d’un milliard de cinéphiles à travers la planète Terre. À vrai dire, il ne s’agit absolument pas d’un ‘‘thriller’’, ni même d’une ‘‘comédie estivale’’ entièrement scénarisée par Hollywood.
    Il s’agit plutôt de la nouvelle téléréalité made in DRC. Celle-ci est produite par ‘‘Kingakati Entertainment’’. C’est une maison de production, de montage et de réalisation des clips, publicités et films politiques et judiciaires ayant pignon sur rue à Kinshasa, la capitale des variétés et du divertissement, le coeur de la culture et des arts. À son actif, bien des chefs-d’oeuvre mémorables, tels ‘‘Commandant Hyppo’’, ‘‘Imposture’’, ‘‘Troisième faux pénalty’’, ‘‘Brutus contre César’’, ‘‘Liberté surveillée’’, ‘‘La Chance est un Miracle qui sourit à tout le monde’’, ‘‘Enfant Soldat, Guerre et Génocide’’, ‘‘Une femme violée est un butin de guerre’’, ‘‘Le Croquemort vit et réside à Maluku’’, ‘‘Mariage putatif au coeur de l’État’’, etc.
    Selon certaines indiscrétions tout à fait au parfum, cette compagnie de divertissement et variétés appartiendrait à nul autre que ‘‘Janet Kabila’’, la ‘‘soeur jumelle’’ de Joseph Kabila Kabange. Dans le but de célébrer leur gémellité, cette dernière a décidé, après consultation des autres membres de la famille, dont le très influent Zoé Kabila, de mettre en valeur les qualités intrinsèques d’acteur et de comédien de son frère jumeau. Déjà fort connu pour avoir été, dans une autre vie, successivement étudiant, chauffeur de taxi, brigand, seigneur de guerre, tyran, imposteur, celui-ci s’est, en réalité, trouvé une nouvelle vocation : ‘‘Indic de la justice’’ ou ‘‘Informateur de la Sûreté de l’État’’ pour ne plus tourner les pouces chez soi.
    Force est de rappeler que Joseph Kabila Kabange a, déjà, néanmoins joué, dans un sketch télévisé et scénarisé par le controversé artiste-musicien Kofi Olomide, le rôle de ‘‘vendeur et porteur d’oeufs’’. Cette pièce de théâtre qui fut incontestablement un grand fiasco pour avoir révélé les qualités pugilistiques du Raïs, a été réalisée par la Maison de production ‘‘Grand Mopao Entreprises’’. Celle-ci a, d’ailleurs, connu une participation de haute facture du rebelle affairiste Jean-Pierre Bemba Gombo pour ses réparties musclées.
    Comme cela est susmentionné, Joseph Kabila Kabange est bel et bien la tête d’affiche de cette nouvelle production cinématographique intitulée ‘‘Délateur’’. Celui-ci y joue avec une conviction à toute épreuve le rôle d’un indicateur de l’administration de l’État. À cet effet, il est chargé de combattre, tel ‘‘Zorro’’, la corruption qui gangrène les hautes sphères de la société, qui ronge la classe politique et gouvernementale à tous les échelons de la vie nationale.
    En tant que premier délateur de la République, Joseph Kabila Kabange qui a normalement perdu toute conscience et, surtout, toute dignité de son rang, a porté plainte à la Justice pour soi-disant dénoncer des faits relatifs à la corruption, au détournement de fonds et au
    blanchiment d’argent. Introduite auprès de la Cour suprême de justice par le canal de son directeur de cabinet chargé de la ‘‘Bonne Gouvernance’’, Emmanuel-Janvier Luzolo Bambi Lessa, cette action cible directement de gros poissons du joséphisme prévaricateur, tels les gouverneurs Moïse Katumbi Chapwe du Katanga et Alphonse Ngoyi Kasanji du Kasaï Oriental. Y compris quelques proches du Premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon.
    Par contre, cet acte d’accusation qui a nécessité l’ouverture d’une enquête criminelle de la part du procureur général de la République près la Haute Cour de Justice Flory Kabange Numbi, n’a, jusqu’à preuve du contraire, provoqué un moindre remous dans le camp de la famille politique très chère à Joseph Kabila Kabange, le PPRD. Dans le souci d’assainir coûte que coûte les moeurs publiques (administratives) et politiques (gouvernementales), celui-ci ne dit pratiquement – comme par enchantement – mot sur le comportement criminel, pourtant, avéré d’un certain nombre d’artisans et de courtisans du joséphisme. En effet, cette dénonciation qui n’est en réalité qu’une plainte judiciaire déguisée, ne dit même pas un mot sur des cas avérés de corruption, de concussion, de gabegie, de détournement de fonds et de dilapidation des deniers de l’État dont se sont certainement rendus coupables de proches membres de la famille présidentielle (Zoé Kabila, Janet Kabila). Y compris des affidés, des poids lourds du joséphisme prévaricateur et des ténors patentés de la Kabilie maffieuse. À savoir : ‘‘Évariste Boschab, Lambert Mende Omalanga, André Kimbuta Yango, Antoine Gizenga Fundji, Alphonse Muzito Fumudji, Augustin Matata Ponyo Mapon’’, etc. Comme quoi l’impunité a encore de beaux jours devant elle sous la gouverne du Raïs selon que l’on est parent de la famille biologique ou sociétaire de l’amicale politique.
    Une chose est sûre et certaine, cette plainte qui n’est que de la poudre aux yeux, soulève moult questions. D’abord, quel est, en principe, le véritable rôle d’un chef de l’État en RDC en cas de corruption ? Ensuite, le président de la République est-il un justiciable comme un autre dans un pays qui cherche encore ses repères démocratiques ? En d’autres termes, dans quelle mesure le chef de l’État peut-il attaquer en justice un Citoyen ? Dans quelles circonstances exactes peut-il ester en justice une autorité quelconque, fût-elle nationale, provinciale ou locale ? Enfin, quelles conséquences juridiques et politiques pour le dépôt de la plainte de Kabila à la Cour suprême de justice ?
    La survivance de la culture politique de la délation
    ‘‘Pour se mettre à l’abri des dénonciations, le plus expédient, c’est de prendre les devants. […] Le mouchardage fait partie des vertus civiques.’’
    André Gide, Retouches à mon retour de l’URSS, 1937.
    Désormais, il faudra inclure parmi les ‘‘chantiers’’ propres à la ‘‘révolution de la modernité’’ dont le griot incontestable et incontesté est Joseph Kabila Kabange : la ‘‘Délation’’. Cette pratique qui devient ainsi le sixième chantier en marche du joséphisme visionnaire a déjà eu, convient-il de rappeler, son heure de gloire sous la férule du Maréchal-despote Mobutu
    Sese Seko du Zaïre. À cette époque tyrannique, elle servait uniquement à écarter des personnalités qui oeuvraient, sans aucun doute, pour le bien-être du pays tout entier. Pour ladite circonstance, celles-ci étaient sans autre forme de procès qualifiées de traîtres à la fameuse révolution du développement et du progrès. Celle, bien entendu, initiée par le MPR, parti unique et Parti-État.
    En effet, les victimes de cette pratique dont l’origine remonte certes à la colonisation belge proposaient le changement démocratique comme mode opératoire du virage politique et idéologique à négocier, à tout prix, en vue de la responsabilité et de la dignité, de la liberté et du progrès, du développement et de la prospérité, de la justice et de la sécurité. Parmi les personnages politiques de cette ère foncièrement tyrannique à avoir malheureusement goûté à cette expérience, figurent les fameux ex-Treize parlementaires du Parti-État. Ceux-ci ont, en effet, été dénoncés par leurs propres collègues aux services de renseignement mobutistes et au chef de la police politique du Tyran répondant au nom évocateur de Jean Seti Yale.
    Mouchardage oblige dans les rangs du MPR, des représentants fayots avaient dénoncé ce groupe de députés intrépides au Maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre pour lui avoir écrit une Lettre ouverte plaidant, pourtant, en faveur de la nécessaire libéralisation des moeurs politiques, de l’irréversible démocratisation du régime en vigueur. Pour sa transmission au destinataire présidentiel, celle-ci requérait, en principe, la signature de la majorité, si pas de l’ensemble de la députation nationale. Ce qui permettait, bien entendu, de lui conférer une dimension politique plus cohérente, plus consistante voire même plus large.
    Comme cette missive provocante pour les affidés du pouvoir tyrannique circulait librement dans l’enceinte parlementaire de l’Assemblée nationale, des fuites ont été organisées pour réserver au dictateur macabre une copie. Ceci quand bien même les véritables rédacteurs et, a fortiori principaux signataires, avaient pris solennellement l’engagement de remettre en mains propres au chef de l’État atrabilaire une copie certifiée de cette Lettre, d’ailleurs, accompagnée de la liste des signataires. C’est de cette manière que la confiance des ex-Treize parlementaires du parti [inique] a été ignoblement trahie par leurs propres collègues craignant assurément, à cet égard, une riposte fulgurante et foudroyante du Maréchal-despote de triste mémoire.
    En effet, l’humanité de Mobutu Sese Seko n’avait d’égale que l’élimination physique de ses concurrents et opposants politiques. À ce propos, dès 1966, il avait brutalement menacé de représailles musclées tout adversaire résolument tenté de renverser ou de changer son régime fondé sur l’ordre et la discipline. Pour, ainsi, lier la parole à l’acte, il avait envoyé à la potence – faut-il rappeler – les Conjurés de la Pentecôte. Pour rappel historique, il s’agit de quatre acteurs politiques de la Ie république – Jérôme Anani, Emmanuel Bamba, Évariste Kimba, Alexandre Mahamba – d’ailleurs piégés par des militaires de haut rang – le général de brigade Alphonse Bangala Oto wa Ngama et le major Pierre Efomi Efek’En’Aonga – obéissant strictement à ses commandements dans le but d’asseoir par la terreur répressive
    le nouveau pouvoir politique et militaire, d’ailleurs qualifié avec une profonde démagogie de nouveau régime voire même de IIe République. Ainsi cette pendaison publique avait-elle indubitablement révélé la véritable nature despotique et macabre de cette présidence mobutienne. Ainsi l’exécution de cette ‘‘peine capitale’’ par le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu avait-elle contribué à traumatiser psychologiquement le Citoyen congolais devenu logiquement et forcément ‘‘tétanisé’’.
    Tout comme pour le Maréchal-tyran Mobutu Sese Seko du Zaïre, la pratique de la délation version Joseph Kabila Kabange obéit indéniablement à la même logique. Celle d’inspirer la peur traumatisante dans la société en déployant littéralement des méthodes de répression dignes du totalitarisme stalinien. Aussi sert-elle à bâillonner des concurrents susceptibles de lui faire ombrage politiquement. C’est assurément l’exemple du gouverneur du Katanga Moïse D’Agnano, dit ‘‘Katumbi Chapwe’’ opposant clairement affiché au troisième mandat de Kabila.
    Il sied de relever que cet homme issu du milieu des affaires et du monde sportif est, à n’en pas douter, très apprécié de ses commettants et, surtout, de la population en général. Son aura nationale et son audience internationale pourraient davantage lui permettre de se porter candidat à la magistrature suprême. Ce qui n’est pas forcément du goût [amer] de Joseph Kabila Kabange. D’autant plus que celui-ci compte – [toujours] – absolument garder la haute main sur l’appareil de l’État, sur les manettes de la République, quels que soient les cas de figure. C’est-à-dire : ‘‘les circonstances déterminées par les enjeux nationaux et internationaux de la RDC’’.
    La délation en tant qu’arme de distraction massive
    Les détournements de fonds publics font partie intégrante des ‘‘chromosomes’’ du régime de Joseph Kabila Kabange. Y compris la pratique de la corruption sous sa présidence. Celle-ci est, à vrai dire, un puissant marqueur de son ADN. Par conséquent, toute la question est de savoir pourquoi le jeune tyrannosaure choisit réellement de dénoncer maintenant ces deux phénomènes qui témoignent sans ambiguïté de la mal gouvernance du système dont il est, à n’en point douter, à la fois le Maître de l’ouvrage et le Maître d’oeuvre, d’une part. En d’autres termes, à qui profite-t-il réellement le crime ? D’autre part, existe-t-il vraiment une volonté à toute épreuve pour éradiquer ces pathologies d’administration publique en RDC ?
    Il importe de reconnaître que, sous le despotisme éclairé du démiurge de l’Authenticité, la dénonciation de la corruption et de la dilapidation des biens publics servait plutôt à amuser la galerie. Les fautifs n’étaient jamais poursuivis ni inquiétés par le pouvoir tyrannique qui s’accommodait allègrement de ces maux administratifs. C’était le règne de l’impunité. En effet, le MPR avait décidé de fermer les deux yeux – plutôt de plonger la tête dans le sable et donc de jouer, à cet égard, la politique de l’autruche – pour la simple et bonne raison que
    ces deux pathologies administratives servaient quotidiennement à financer la cassette personnelle de ses dignitaires oh ! Combien moralisateurs.
    Par contre, la grande nouveauté qu’introduit l’illustre ‘‘pensionnaire de Kingakati’’ en vue de combattre ces maux endémiques qui relèvent, évidemment, de la mal administration, est l’ouverture des boîtes à dénonciation au sein même de la présidence de la RDC. Celles-ci servent, certes, de pièces à conviction susceptibles d’enclencher une enquête judiciaire de la part de la Haute Cour de Justice. Elles ne servent même pas à une simple information judiciaire permettant de recueillir des renseignements pertinents pouvant conduire à une enquête dûment établie et pilotée par un magistrat assermenté – [le juge d’instruction] – et placé sous l’autorité du parquet. À savoir : le procureur général de la République.
    Il y a lieu de souligner qu’il existe, en effet, un monde distinct entre une enquête judiciaire et une information judiciaire. Une enquête judiciaire sert à rassembler des preuves solides et tangibles à soumettre à l’appréciation d’un tribunal certifié lors du procès, d’une part. Et, d’autre part, une information judiciaire se limite à récolter des renseignements fiables et viables – [qui résistent donc à l’épreuve du temps] – pouvant conduire subséquemment ou ultimement au déclenchement d’une enquête judiciaire.
    Le comportement du chef de l’État face à la corruption, la concussion, la dilapidation des deniers de l’État et au détournement de fonds publics
    Quand il y a corruption et détournement de fonds au sein des hautes sphères publiques et étatiques, le rôle d’un chef de l’État ne se réduit pas à dénoncer ces deux phénomènes nuisibles au développement du pays. En tant que garant de La loi fondamentale, sa mission primordiale se résume à prendre des mesures concrètes servant à endiguer l’hémorragie des finances publiques et à restaurer la moralité publique. Or, dans l’acte de dénonciation dont il se prévaut réellement près le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi, Joseph Kabila Kabange ne rétablit point les moeurs administratives et politiques – d’ailleurs sensiblement défaillantes sous son régime maffieux et moribond – et ne réhabilite encore moins le sens de l’honneur des grands ‘‘Commis de l’État’’ et des ‘‘Mandataires’’ des services publics.
    Pour être absolument pris au sérieux dans ses prétentions de lutter farouchement contre la corruption et le détournement de fonds publics, Joseph Kabila Kabange, en sa qualité de chef de l’État, aurait dû normalement sanctionner sévèrement les contrevenants dans ces deux hypothèses. À cet effet, il aurait dû solliciter les assemblées provinciales de ces deux provinces en vue de suspendre Alphonse Ngoyi Kasanji du Kasaï Oriental et Moïse Katumbi Chapwe du Katanga. Pour faire toute la lumière sur ces deux affaires, il aurait pu actionner une véritable instruction judiciaire dont la mission consisterait plutôt à collecter, à recenser à leurs dépens des preuves accablantes. Ce qui n’est pas vraiment le cas. Les propos de la
    pie du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, pour minimiser le geste de Kabila auprès de l’opinion nationale font foi, à ce niveau, surtout lorsqu’il déclare péremptoirement dans son entrevue avec la presse que ‘‘personne n’est certes accusé de quoi que ce soit’’. D’où la question de vraiment savoir s’il ne s’agit absolument pas d’une distraction politique de plus et dont ce dernier a toujours seul le secret voire même la manie…
    Toutefois, une kyrielle d’écueils se présentent, certes, sur le chemin mouvant de l’enquête et le terrain glissant de la sanction, – fût-elle judiciaire, politique ou administrative –, contre les contrevenants qui sont pour la plupart des élus du peuple souverain. C’est-à-dire : des personnages désignés par leurs pairs aux plus hauts postes administratifs qu’ils occupent. Ce qui n’est pas forcément du tout une mince affaire. Autant la question peut être réglée assez aisément dans le cas d’un fonctionnaire public d’ailleurs agissant exclusivement pour le compte de l’État, autant cela requiert en principe, dans le cas des autorités provinciales, beaucoup de tact du fait de leur mode de désignation populaire.
    Pour ce qui est de Moïse D’Agnano, dit ‘‘Katumbi Chapwe’’, du Katanga et Alphonse Ngoyi Kasanji du Kasaï oriental, le chef de l’État ne peut pas personnellement les ester en justice en tant que partie au procès, sous quelque motif que ce soit. Même pas pour les faits qui leur sont néanmoins reprochés. À cet effet, la Constitution du 18 février 2006 ne lui donne pas personnellement voire même institutionnellement ce mandat. Quand bien même cet édifice constitutionnel (article 198, alinéa 2) lui reconnaît la prérogative d’investir par voie décrétale lesdites autorités provinciales. Par voie de conséquence, quelles que soient donc les récriminations portées à leur charge, le président de la République se doit, d’abord et avant tout, de s’adresser directement au gouvernement réuni en conseil des ministres.
    Cela est d’autant plus vrai que c’est le gouvernement et non le chef de l’État qui engage l’État et la Nation. Il appartient, alors, au gouvernement saisi sur requête du président de la République de débattre de l’opportunité d’engager des poursuites criminelles ou civiles à l’encontre desdites autorités politiques provinciales. Par conséquent, après avoir évalué, apprécié à leur juste valeur les faits leur reprochés, le gouvernement nettement convaincu de la pertinence de l’action judiciaire à entreprendre dans la mesure où il estime que l’État a été manifestement lésé et floué par leurs agissements répréhensibles au regard de la loi, délibère en conseil des ministres.
    À cet égard, le gouvernement prend en bonne et due forme un décret autorisant la saisine immédiate des autorités judiciaires. Au regard des enjeux politiques et nationaux, pour être conforme à la loi, ce décret doit être préalablement signé par le Premier ministre pour engager l’État et la Nation. Aussi cet acte doit-il être contresigné par le ministre de la justice – [Garde des sceaux] – puisqu’il est, en fait, question de mobiliser les ressources judiciaires. Aussi doit-il être contresigné par celui de l’intérieur dont dépendent directement la police et la gendarmerie nationales aux fins d’enquête et de détention administrative et, surtout, les Collectivités publiques régionales et locales pour l’organisation administrative de l’État.
    Une fois délibéré en conseil des ministres, ledit décret est publié dans la gazette officielle de la RDC pour être naturellement doté de force réglementaire, revêtu de toute légalité. Après l’acte de publication dans le journal officiel, le gouvernement, d’ailleurs représenté par le Premier ministre, doit saisir en procédure d’urgence les assemblées provinciales du Katanga et du Kasaï Oriental dont sont, respectivement, membres les deux personnalités. À travers cette démarche à caractère purement politique, il doit leur exiger de prendre sans atermoiement et sans tarder des mesures appropriées en vue de faire face à ce qu’il considère comme une forfaiture grave puisque menaçant directement l’ordre public dont il est le garant. C’est-à-dire : ‘‘la paix publique et la sécurité nationale’’.
    En fonction de la missive reçue du gouvernement, le président de l’assemblée provinciale convoque une réunion extraordinaire des députés pour la création d’une Commission ad hoc chargée de juger s’il y a, sûrement, lieu de lever l’immunité politique du gouverneur. C’est-à-dire : ‘‘recommander la destitution du gouverneur par ses pairs de l’assemblée et ouvrir, par conséquent, la voie à une éventuelle inculpation judiciaire’’. Pour ce faire, – par souci de transparence politique et d’équité démocratique –, celle-ci doit mener sa propre enquête sur le terrain, parallèlement à celle diligentée sur le plan national.
    Cette opération politico-judiciaire doit être conduite en fonction des éléments pertinents fournis par le gouvernement central pour s’assurer de la justesse de la procédure. D’autant plus que la province, en tant qu’entité publique, est, à ce niveau de haute administration publique et politique, certes dotée, par définition, de toute une série de mécanismes de contrôle et de vérification. Ceux-ci sont en effet chargés de passer au crible et, surtout, au peigne fin la gestion administrative et financière de la province. À cet égard, elle organise – pourrait-on affirmer – [assez régulièrement] des ‘‘audits’’.
    Force est de souligner que la procédure susmentionnée relève du bon sens politique et démocratique. Celle-ci n’est pas décrite dans la Constitution. Elle peut être adoptée à titre de pratique afin d’éviter des malentendus et des suspicions. Elle permet, surtout, d’éviter des conflits politiques inutiles entre une Province déterminée et l’État central d’autant plus que le gouverneur est, d’abord et avant, tout un élu du peuple de la province qu’il dirige. Il a été désigné à ce poste politico-administratif par ses pairs en vue d’incarner les intérêts vitaux de son entité régionale.
    Au moins, une telle démarche de la part du chef de l’État a le mérite, à la fois politique et démocratique, d’associer étroitement la province à toutes les étapes de l’affaire judiciaire impliquant un de ses plus grands commis. Qu’il s’agisse de l’instruction, du jugement voire de la poursuite, la province doit collaborer et participer activement au cheminement du dossier, jusqu’à son aboutissement. C’est-à-dire : ‘‘le prononcé du verdict et de la sentence par le juge voire l’abandon par le parquet des poursuites pénales ou civiles’’.
    Il est un fait établi que toutes ces procédures légales et démocratiques élémentaires sont complètement inconnues de Joseph Kabila Kabange. Celles-ci sont complètement ignorées
    dans la mesure où l’imposteur gère en réalité la RDC comme sa propre boutique. En effet, Joseph Kabila Kabange gère cet immense et richissime pays au coeur de l’Afrique comme un bien familial et clanique pour mieux l’achever, telle une vieille carcasse abandonnée par les fauves dans la jungle. Cette attitude teintée d’arrogance le pousse à décider n’importe quelle action à mener sans considération minimale des règles du jeu démocratique sensées pourtant régir l’univers politique et administratif.
    Par conséquent, par cet acte hâtif de saisir immédiatement le procureur général près la Cour Suprême de Justice afin d’en découdre virilement avec les gouverneurs de province, Joseph Kabila Kabange démontre-t-il qu’il est un fin stratège politique ? Celui-ci démontre-t-il qu’il est politiquement habile ? En effet, avant d’entreprendre une démarche judiciaire d’une telle ampleur politique, il y a certes lieu d’associer à tout prix l’opinion tant nationale que provinciale dans le but d’éviter des amalgames et des quiproquos. Car il y va de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale. À preuve, les menaces de plus en plus brandies par les partisans d’Oliveira da Silva, autrement désigné Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, à propos du couperet joséphiste qui pèse, désormais, sur la tête de Moïse D’Agnano, alias ‘‘Katumbi Chapwe’’.
    En d’autres termes, même si le mobile pour lequel il agit, peut être considéré légitime au regard de la loi, Joseph Kabila Kabange éprouve-t-il par son empressement à saisir la justice un quelconque respect pour les Institutions de la République ainsi que leurs animateurs ? Éprouve-t-il un quelconque respect voire une quelconque considération pour sa plus haute fonction étatique ? En effet, ce que l’opinion nationale et même internationale attend d’un chef de l’État est qu’il agisse vite en cas de corruption avérée et de détournement de fonds publics établi par des faits tangibles dans la mesure où ces phénomènes criminels freinent le développement. Pour ce faire, il doit agir avec doigté et équité dans le but de préserver la paix, la sérénité et l’harmonie entre l’État central et ses collectivités régionales.
    Toutefois, tenant compte de la procédure ci-dessus évoquée, des questions demeurent en suspens. Y prête indéniablement le contexte actuel de la création de nouvelles collectivités provinciales dans le cadre de réformes administratives et structurelles, d’ailleurs, prévues par la Constitution de Liège du 18 février 2006. Étant donné que les provinces originelles du Kasaï Oriental et du Katanga disparaissent, en réalité, pour laisser finalement place à de nouvelles entités publiques, quelles commissions ‘‘ad hoc’’ pourraient-elles véritablement enquêter sur les malversations desdits gouverneurs, d’une part ?
    D’autre part, les assemblées desdites provinces qui sont, en fait, des institutions politiques et administratives de l’État, ont certes fonctionné, l’équivalent d’une législature complète, soit cinq ans, dans l’irrégularité permanente puisqu’elles n’ont jamais été renouvelées par le suffrage populaire depuis 2011. À ce titre, quelle autorité publique est-elle, légalement, fondée à se substituer à leur ‘‘volonté politique’’ d’actionner ou pas en justice un ancien gouverneur d’une province fantôme ? D’autant plus que bien des archives administratives,
    financières desdites provinces fantômes susceptibles d’éclairer la gestion d’ailleurs décriée des gouverneurs en cause peuvent disparaître du jour au lendemain…
    La Cour suprême de justice et les malversations des autorités politiques provinciales
    Dans la mouture constitutionnelle présente, la Haute Cour de Justice est normalement juge du droit. Sur le plan national, cet organe judiciaire est également juge du contentieux électoral. En réalité, son rôle consiste, en tant que cour de cassation, à examiner en dernier recours la stricte observance du droit par les juges des degrés inférieurs faisant partie des juridictions de l’ordre judiciaire. C’est-à-dire : sa mission consiste à évaluer et à sanctionner les jugements des tribunaux inférieurs que sont, en fait, les cours d’appel, les tribunaux de grande instance ou d’instance.
    Concernant toutes les actions accomplies par Alphonse Ngoyi Kasanji du Kasaï Oriental et Moïse Katumbi Chapwe du Katanga dans l’exercice de leurs fonctions de gouvernorat, la juridiction normalement compétente pour apprécier leur comportement administratif est, au regard de l’article 153 de la Constitution du 18 février 2006, la Cour Suprême de Justice basée à Kinshasa. Toutefois, par souci d’équité judiciaire, une commission rogatoire peut délester les compétences de la Haute Cour de Justice à la Cour d’Appel des provinces pour une telle hypothèse. Dans le cas d’espèce, ce serait la Cour d’Appel dont le siège social et judiciaire est situé dans leurs chefs-lieux respectifs : soit Lubumbashi pour Katanga, soit Mbuji-Mayi pour Kasaï Oriental. Une telle procédure permet d’éviter, coûte que coûte, qu’une même juridiction soit à la fois juge des faits et juge du droit. Cette situation de fait pourrait, jusqu’à un certain point voire même jusqu’à un certain degré, compromettre rien que moins l’équité et l’autorité – [l’objectivité et l’indépendance] – de la Justice.
    En revanche, dans l’hypothèse du délestage, c’est le procureur de la République près les cours d’appel de ces deux provinces qui doit ouvrir une information judiciaire. Lorsque les témoignages recueillis sur le terrain relativement aux faits incriminés sont suffisamment concordants, fiables et, par voie de conséquence, probants, il lui incombe éventuellement de diligenter une enquête judiciaire à l’encontre des personnalités politiques précitées. À ce niveau, le rôle effectif et actif des autorités judiciaires de la Cour Suprême de Justice consisterait, plutôt, à connaître en dernier ressort les décisions des cours d’appel. Une telle démarche éviterait d’accréditer la thèse de la chasse aux sorcières permettant d’éliminer les concurrences politiques.
    Toutefois, la disparition effective desdites provinces entraîne ipso facto dans leur sillage la disparition systématique et automatique des territoires juridictionnels sûrement rattachés à des tribunaux et cours d’appel siégeant dans leurs chefs-lieux respectifs. Par conséquent, quelle juridiction pourrait-elle prendre le relais si jamais cette démarche démocratique ou cette procédure judiciaire de délestage était retenue en vue de mieux garantir l’équité et
    la justice ? Quelle autorité judiciaire serait-elle, à vrai dire, compétente pour connaître des litiges civils et administratifs impliquant, bien sûr, les deux gouverneurs susmentionnés ? Cette question s’impose crûment dans la mesure où l’installation des cours et tribunaux d’appel de nouvelles provinces ne se fera pas réalistement du jour au lendemain…
    C’est donc maintenant que les véritables questions se posent avec acuité. Pour ainsi dire, est-ce en vérité le bon moment choisi par Joseph Kabila Kabange afin d’attaquer en justice des gouverneurs à la tête des entités publiques provinciales, certes, réputées inexistantes sur le plan juridique ? Est-ce le meilleur moment d’engager des procédures à l’encontre des personnalités politiques ayant effectivement siégé au sommet des provinces fantômes sans un minimum de transparence procédurale en matière de justice démocratique ? En fait, quelles garanties juridiques et légales Kabila offre-t-il très sérieusement en matière de protection des droits fondamentaux et des libertés reconnues aux personnes en cause ?
    En tout état de cause, il n’est point question de défendre l’impunité. C’est le pire service à rendre à la Collectivité étatique ou la Communauté nationale. À l’heure actuelle où tous les repères socioculturels sont ébranlés, où la moralité publique est pratiquement foulée aux pieds par les autorités politiques et gouvernementales, l’interpellation des dirigeants compromettants en matière de gestion administrative et financière doit demeurer la règle fondamentale. Celle-ci doit demeurer la pierre angulaire de la politique de répression et de réhabilitation des moeurs publiques. D’autant plus que les actes de mégestion relevés dans le chef des dirigeants régnant à la tête des entités régionales ou locales sont de nature à bloquer tous azimuts le développement économique de la Nation et le progrès social de la population.
    Par contre, toute mise à l’index ou mise hors cadre des autorités, fussent-elles provinciales, ne doit, sous aucun prétexte, ignorer les principes d’équité et de justice dans les actions menées par les pouvoirs publics. D’autant plus que ces deux vertus cardinales sont, par essence, les deux mamelles de la démocratie en vue de préserver la paix sociale, la sérénité et l’harmonie dans la Collectivité étatique. Elles sont à vrai dire sensées prévenir en amont la dislocation de la Nation.
    Certes, Joseph Kabila Kabange a décidé d’entreprendre sérieusement une lutte sans merci contre la mésadministration symbolisée naturellement par la corruption, la concussion, la mégestion, la gabegie et la dilapidation des biens publics. Ce qui est, vraiment, tout à son honneur. Cependant, pour alimenter le débat démocratique et républicain, des questions portant sur son implication personnelle dans des actes publics relevant de l’immoralité ou de l’amoralité s’imposent outre-mesure.
    À cet effet, comment Joseph Kabila Kabange interprète-t-il, à son niveau, les confessions de l’homme d’affaires Adam Bombole Intole, selon lesquelles ‘‘il lui a certes remis en mains propres la bagatelle somme de huit cents mille dollars US pour participer à la présidentielle de 2011 et, ainsi, grappiller – égratigner – les voix électorales du Dr Étienne Tshisekedi wa
    Mulumba dans la province de l’Équateur’’ ? Comment juge-t-il, en tant que chef de l’État, à plus forte raison garant de la constitution du 18 février 2006, les déclarations sur honneur du mécène et député honoraire Adam Bombole Intole, surnommé ‘‘Le Grand Saoudien’’ ou ‘‘l’homme qui affronte la conjoncture’’, selon lesquelles ‘‘il a offert trois millions de dollars au vice-président de la CENI, Pr Jacques Djoli Eseng’Ekeli, dans le but de tripatouiller les fichiers électoraux et, surtout, falsifier les procès-verbaux de l’élection présidentielle du lundi 28 novembre 2011’’ ? Somme, d’ailleurs, remise à l’intéressé en deux tranches pour la réalisation et la réussite de chaque opération antidémocratique.
    Face aux affirmations opportunes de l’ex-candidat à la présidentielle Adam Bombole Intole qu’il n’a jamais, d’ailleurs, démenties de quelque façon que ce soit, Joseph Kabila Kabange, en tant que premier ‘‘Mouchard’’ assermenté de la RDC, est-il, véritablement, l’homme de la situation ? Face à ses propres actes répréhensibles, condamnables, est-il moralement l’homme idéalement indiqué pour combattre efficacement la corruption, la concussion, la gabegie financière, le détournement de fonds et la dilapidation des deniers de l’État ?
    Joël Asher Lévy-Cohen
    Journaliste indépendant

  • Le nègre de la Maison Blanche

    Le nègre de la Maison Blanche

    obama dubbing-C ‘est un mot de six lettres, symboliquement l’un des plus violents, des plus chargés, des plus haïssables et sans doute le plus raciste de la langue anglaise.

    Il aurait pu en choisir un autre, « negro », par exemple, aussi ambigu, connoté et méprisant que l’adjectif « nègre » en français, mais à qui Marcus Garvey et Martin Luther King donnèrent aussi un sens identitaire, comme le firent Senghor et Césaire pour son équivalent francophone. Parce qu’il estimait que lui, le premier président noir de l’histoire des États-Unis, pouvait se le permettre, Barack Obama a donc prononcé l’impensable lors d’une interview sur une radio de Los Angeles, le 22 juin : « nigger ». Phrase exacte : « Nous ne sommes pas guéris du racisme. Il ne s’agit pas seulement de ne plus dire « nigger » en public parce que c’est impoli ; ce n’est pas à celà que l’on mesure si le racisme existe toujours ou pas. »

    Buzz garanti : au pays du politiquement correct, tous les médias ont repris le mot tabou sans toutefois oser le dire. CNN l’a remplacé sur ses écrans par son initiale, le « N-word » (« le mot N »), Fox News l’a carrément bipé. Même si Obama, au cours du même entretien, est allé encore plus loin en affirmant que le racisme « fait toujours parti de notre ADN », les Américains n’ont retenu que ce mot-là, les plus outrés étant les conservateurs – ceux-là mêmes qui, en privé, ne se gênent pas pour user de cette insulte – comme si le déni valait tous les exorcismes.

    « Nigger ». Un mot qui renvoie directement à l’esclavage, au fouet des plantations, au Ku Klux Klan et aux lois Jim Crow sur la ségrégation raciale. L’équivalent du « kaffir » des maîtres blancs de l’apartheid. Un mot que les militants des Black Panthers et quelques rappeurs du ghetto comme Tupac Shakur se sont approprié pour prôner la violence révolutionnaire. Un mot qu’aucun président des États-Unis n’avait jamais osé prononcer en public depuis Abraham Lincoln, même si l’on sait qu’un Nixon ou un Johnson l’éructaient parfois dans l’intimité du Bureau ovale. Pire qu’un mot interdit : le cauchemar de l’Amérique.

    Si l’on en croit Valérie Jarrett, l’intime du couple, sa plus proche conseillère, la « sœur » de Michelle, avec qui elle partage une conscience aiguë des inégalités raciales aux États-Unis, cette provocation de Barack Obama a été parfaitement calculée et réfléchie. Cinq jours après le massacre de Charleston et dans un contexte national marqué par la multiplication des bavures policières contre des jeunes de la communauté noire, le président a voulu faire comprendre, quitte à choquer, qu’un Dylann Roof n’est pas seulement un être malade mais le produit de toute une mouvance suprémaciste aussi habile que les jihadistes de Daesh à infecter l’internet.

    Au-delà, le mot « nigger » correspond exactement aux clichés qui hantent l’esprit de millions d’Américains blancs tout droit sortis des romans de William Faulkner, ceux pour qui l’arrivée, en 2008, d’une famille noire à la Maison Blanche fut un traumatisme majeur et le révélateur d’un sentiment d’impuissance et de victimisation dont ils ne se sont toujours pas remis. C’est à eux qu’Obama s’adressait dans son interview et, quatre jours plus tard, lors de l’éloge funèbre qu’il a prononcé aux funérailles du pasteur Pinckney, l’une des neuf victimes de ce petit Blanc chômeur, déscolarisé et introverti, qui arborait sur son blouson les écussons de l’Afrique du Sud de Johannes Vorster et de la Rhodésie de Ian Smith.

    À moins d’une année et demie de la fin de son dernier mandat, il a fallu le drame de Charleston pour que Barack Obama, d’ordinaire si prudent sur le sujet, retrouve les accents de son formidable discours de Philadelphie, en 2008 (édité en français sous le titre De la race en Amérique) et l’inspiration des Rêves de mon père, ces Mémoires dans lesquelles, pour retracer l’ambiance de sa jeunesse, il cite à dix-neuf reprises le mot « nigger ». Pendant près de sept ans, le fait d’être à la fois le porteur de tant d’espoirs et le réceptacle de tant de haines avait paralysé le fils du Kényan Barack Hussein Obama Sr et de l’Américaine Ann Dunham. En osant enfin violer le tabou sémantique pour expliquer à ses compatriotes le chemin qu’il leur reste à parcourir avant de prétendre donner au monde des leçons d’égalité et de fraternité, c’est un peu de lui-même qu’il a aussi libéré.

    François Soudan

    par François Soudan

    François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

  • RDC : découper pour gouverner

    RDC : découper pour gouverner

    La-fontaine-de-la-place-Moise-Chombe-à-Lubumbashi-Pour ses détracteurs – et ils sont nombreux -, la cause est entendue : le nouveau découpage de la RDC en 26 provinces censé entrer en vigueur le 30 juin est une mauvaise action politique.

    Précipitée, improvisée et par-dessus tout suspecte car destinée essentiellement à réduire, si ce n’est annihiler, l’influence grandissante d’une poignée de politiciens locaux – et, par conséquent, à y rétablir celle du président Kabila – dans cet État dans l’État qu’était devenue la plus riche de toutes : le Katanga. Diviser pour mieux régner, en quelque sorte, voilà à quoi se résumerait le démembrement de l’ex-Shaba de Mobutu en quatre baronnies distinctes. Développé non sans arguments dans les pages qui suivent, ce réquisitoire mérite cependant d’être fortement nuancé.

    Techniquement, ce découpage n’est pas le premier. La RD Congo en a déjà connu quatre depuis 1924, passant de 4 à 6 provinces en 1935, à 21 en 1963, puis à 8 en 1966 et, enfin, à 11 « régions » en 1988 (qui reprirent le nom de « provinces » en 1997). La Conférence nationale souveraine du début des années 1990 avait même un moment caressé une option à… 46 provinces, avant de l’abandonner. À l’époque, comme lors de la commission constitutionnelle de Luluabourg, en 1964, sous la houlette du tandem Kasavubu-Tshombé, l’idée était la même qu’aujourd’hui : déléguer le pouvoir décisionnel au pays profond et faciliter la participation des populations rurales à la gouvernance du pays.

    Pas de surprise

    Rien de très nouveau sous le soleil, donc. Encore moins d’effet de surprise : l’actuel découpage figure en toutes lettres dans la Constitution adoptée par référendum en décembre 2005, il y a près de dix ans, et les circonscriptions électorales des sénateurs élus en 2007 sont directement issues des 26 nouvelles provinces, lesquelles existent donc déjà de jure si ce n’est de facto.

    Enfin, l’accélération du programme de décentralisation est l’une des recommandations clés de l’accord-cadre d’Addis-Abeba de février 2013, dont toute la classe politique congolaise réclame l’application. Quant au déficit d’infrastructures d’accueil pour les nouvelles autorités provinciales, c’est à la fois un problème réel et un faux problème. Lors du redécoupage du Kivu en trois entités il y a vingt-sept ans, la même question s’était posée, et le mouvement s’est, depuis, fait en marchant.

    Reste l’argument de fond, celui qui veut que le Katanga et son très emblématiqueex-gouverneur Moïse Katumbi soient la cible unique et inavouée de ce grand déménagement. Lequel, soit dit en passant, concerne d’autres poids lourds comme l’Équateur, la Province-Orientale, les deux Kasaïs et le Bandundu, sans pour autant déclencher les mêmes cris d’orfraie.

    S’il n’est pas exclu, loin de là, que la mise en place du découpage serve les intérêts de ceux pour qui Katumbi tendait à devenir une sorte d’ovni incontrôlable – saisir les opportunités n’est pas la moindre des manœuvres en politique -, prétendre que le ver était dans le fruit dès l’origine ne résiste pas à l’examen des faits. En décembre 2005, lors du référendum constitutionnel approuvé par 84 % des Congolais et décisif pour l’adoption du projet des 26 provinces, Moïse Katumbi fut l’un des fervents propagandistes du « oui », et nul n’imaginait encore qu’il allait être, treize mois plus tard, élu gouverneur. Ici comme ailleurs, l’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats…

    François Soudan

  • RDC : des ONG s’interrogent après la plainte déposée par Joseph Kabila

    RDC : des ONG s’interrogent après la plainte déposée par Joseph Kabila

    Marteau-de-Justice-En République démocratique du Congo, des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’homme s’interrogent après la plainte deposée par le président. Joseph Kabila a remis un document, cette semaine, au procureur de la République. Il demande une enquête sur des faits de fraude, corruption et blanchiment d’argent. Plusieurs hauts fonctionnaires seraient concernés ainsi que des gouverneurs de province dont celui du Katanga, Moise Katumbi. A l’approche de l’élection présidentielle, ces ONG craignent que cette action en justice ait un objectif politique.

    Une quinzaine d’associations semblent ne pas avoir compris le réveil tardif des autorités pour lancer, aujourd’hui, la lutte contre la corruption, la fraude et le blanchiment des capitaux.

    Le moment choisi, à dix mois de l’élection présidentielle, rend cette action « suspecte », selon ces mêmes associations qui affirment que le parquet général de la République s’était montré « inerte » dans plusieurs dossiers de corruption, de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux qui lui avaient été soumis les années précédentes.

    On risque d’assister à des procès spectaculaires qui, en réalité, viseraient des opposants, des concurrents ou autres adversaires politiques, parmi lesquels le gouverneur du Katanga,Moïse Katumbi Chapwe. Resté opposé à un éventuel troisième mandat du président Kabila, il figure, en effet, sur la liste des accusés.

    Pour plus d’équité, Oscar Rachidi, de la Ligue contre la corruption et la fraude, demande au procureur général de la République de s’intéresser également au cas de détournement des fonds de la Société nationale d’électricité qui avait impliqué, il y a quelques années, un ancien membre du cabinet du président de la République. Il se réfère également à la fraude douanière au Katanga, au Bas Congo et au Nord-Kivu, sans oublier de mentionner les secteurs minier, pétrolier et forestier.

    RFI

  • Halte à la manipulation: Le dialogue a été initié par l’Onu !

    Halte à la manipulation: Le dialogue a été initié par l’Onu !

    bemba-kamerhe-felix* Dans sa feuille de route dite “plan de sortie de crise”, Tshisekedi verse dans la Mp les Badibanga, Kamerhe, Bemba, Fayulu, Makila, Diongo…

     A l’analyse de la controverse observée autour de son initiative, la communauté internationale est certainement en train de se demander pourquoi a-t-elle préconisé l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République Démocratique du Congo et la Région et la Résolution 2098, datés l’un du 24 février, l’autre du 28 mars 2013. La particularité de la Résolution est l’intégration, dans ses annexes A et B, des engagements pris pour la RDC et les Etats de la région des Grands Lacs dans l’Accord-cadre cosignés par des témoins Ban Ki-moon pour l’Onu, Nkosazana D. Zuma pour l’Ua, Armando E. Guebuza pour la Sadc et Edward Kiwanuka pour la Cirgl. En d’autres termes, le dialogue qui agite la scène politique n’est pas l’initiative du Président Joseph Kabila, comme tentent de l’insinuer, voire de l’affirmer plusieurs acteurs de l’Opposition…

                 Etienne Tshisekedi, Vital Kamerhe et toutes les forces politiques et sociales qu’ils tractent le savent. Et avec eux tous les médias et tous les analystes qui disposent dans leur documentation des déclarations politiques y afférentes.

                La preuve est qu’à l’issue de son conclave du 6 au 11 juillet 2013 au centre Mama Mobutu de Limete, conclave boudé par l’Udps, l’Opposition politique avait posé les préalables formulés en ces termes : 

    1. Les parties prenantes devraient être invitées à discuter lors d’un ‘Dialogue Politique’ transparent et sans exclusive que le Président de la République aura à convoquer le plus diligemment possible ‘et non pas à créer’. Ce forum se réunira à Kinshasa, siège des institutions de l’Etat.

    2. Le Dialogue Politique devrait se tenir sous l’égide des Nations Unies. A cette fin, l’Envoyée spéciale du Secrétaire Général pour la Région des Grands Lacs, Madame Mary Robinson aura à accompagner les travaux à titre de témoin pour leur aboutissement  heureux. Le Président de la République du Congo, M. Denis Sassou N’Guesso, cosignataire de l’Accord-cadre et Président en exercice de la Conférence Internationale sur la Région des Grands  Lacs (CIRGL), devrait jouer l’indispensable rôle de facilitateur.

    3. Le Dialogue Politique aura pour mission de débattre : – les problèmes sociaux des Congolais; – le problème des violations massives de droits de  l’homme, de la violence fait à la femme, de l’enrôlement des enfants soldats, du pillage et du bradage des ressources naturelles, de la désorganisation de l’armée nationale, de la légitimité des Institutions, de l’enrichissement sans cause, des biens mal acquis; – les matières faisant l’objet des engagements auxquels le Président de la République Démocratique du Congo a librement  souscrits en signant l’Accord-cadre d’Addis-Abeba“.

                Les matières auxquelles allusion est faite consistent à “Continuer et approfondir la réforme du secteur de la sécurité, en particulier en ce qui concerne l’armée et la police; Consolider l’autorité de l’Etat, en particulier à l’est de la République démocratique du Congo, y compris en empêchant les groupes armés de déstabiliser les pays voisins; Effectuer des progrès en ce qui concerne la décentralisation; Promouvoir le développement économique, y compris au sujet de l’expansion des infrastructures et de la fourniture de services sociaux de base; Promouvoir la réforme structurelle des institutions de l’Etat, y compris la réforme des finances” et ” Promouvoir les objectifs de réconciliation nationale, de tolérance, et de démocratisation“.

                Plus d’une fois, il nous est arrivé de trouver dans cet engagement un programme de gouvernement qui ne dit pas son nom.

                Comme pour y apporter sa contribution, l’Unc va aller plus loin en proposant dans son cahier des charges publié le 16 octobre 2013, soit 9 jours après la clôture des Concertations nationales, les termes de référence dont voici l’extrait essentiel :”1. Mettre fin à la guerre ; 2. Refaire la cohésion nationale ; 3. Parachever le processus électoral ; 4. Instaurer la bonne gouvernance pour répondre aux besoins sociaux de notre peuple ; 5. Jeter les bases d’une justice distributive ; 6. Mettre en place la Commission de Droit de l’homme et celle de la lutte contre la corruption;  7. Élaborer un modèle de la coopération régionale et internationale et faire des belligérants actuels des véritables partenaires économiques pour le développement de la sous-région et le bien être de nos populations respectives” et ” 8. Mettre sur pied une armée véritablement républicaine socle de l’État de droit“.

                L’Udps va se singulariser par une navigation à vue. Ce parti attendra le 25 novembre 2014, soit plus d’une année, pour se prononcer sur le dialogue. Son secrétaire général, Bruno Mavungu, signera à cette date pour les Forces politiques et sociales la déclaration ayant tout d’un cahier des charges pour programme de gouvernement. Les termes de références sont du reste les suivants :“1. résoudre la crise de légitimité au sommet de l’Etat; 2. mettre fin aux conflits armés;  3. impulser une véritable réconciliation nationale; 4. restaurer l’Etat de droit; 5. booster la bonne gouvernance;  6. éradiquer les antivaleurs (corruption, concussion, détournement des deniers publics, pillage des ressources naturelles” et “7. remettre le pays dans la voie de la vraie démocratie“.

                Sauf mauvaise foi, l’Unc et l’Udps savent qu’avec un tel programme exécutable à partir de 2013 ou de 2014, il faut compter presqu’un quinquennat pour l’achever, avec tout ce que cela implique comme conséquences politiques et juridiques.

    Plan de crise porteur de germes de crise

                Et voilà que le 15 décembre 2014, alors que Vital Kamerhe se rétracte en rejetant tout dialogue (après l’avoir ardemment réclamé), Etienne Tshisekedi adresse à Martin Koblër une lettre pour convoquer le forum sur base de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, muet sur la question. Car le dialogue est évoqué plutôt dans la Résolution 2098 !

                Qu’à cela ne tienne ! Le 26 février 2015, Bruno Mavungu rend publique la feuille de route de son président en soins de santé en Belgique. Il ressort d’emblée de ce plan un facteur de blocage volontaire : la bipolarisation des participants. Comme sous Mobutu entre 1990 et 1997. Voici l’argumentation développée : … le contentieux électoral de 2011 se trouve être la cause essentielle de la crise politique actuelle en République Démocratique du Congo. Il va sans dire qu’un dialogue pourra mettre autour d’une table :

    – Monsieur Etienne Tshisekedi et ses alliés pour le camp du changement ;

    – Monsieur Kabila et les siens pour le camp du statut quo ;

    – La modération sera assurée par l’Envoyé spécial du SG des Nations unies en RDC et chef de la Monusco, conformément à la Résolution 2147 du Conseil de sécurité de l’Onu…“.

                Ainsi, le plan de sortie de crise porte déjà les germes d’une nouvelle crise. Car, personne ne peut comprendre que l’Opposition institutionnelle, au sein de laquelle évoluent les Badibanga, Kamerhe (par son groupe parlementaire Unc et Alliés), Bemba (par le sien), Fayulu, Olenghankoyi, Makila, Bussa, Diongo et autres Mvuemba (pour ne citer que les plus politico-médiatiques) soit versée dans le camp du statu quo, donc de Kabila, et surtout personne de sensé ne peut un seul instant imaginer le Conseil de sécurité de l’Onu donner à Martin Koblër le go pour une telle aventure…

                En fait, on retrouve-là la marque déposée de Tshisekedi : ouverture-blocage !

     

    Le Chef de l’Etat a rempli sa part…

     

                Au-delà cependant des préoccupations protocolaires, surgit une interpellation.  Les documents évoqués dans cette chronique (Accord-cadre d’Addis-Abeba, Résolution 2098, Rapport final du conclave de l’Opposition au centre féminin Mama Mobutu, Cahier des charges de l’Unc, Cahier des charges des Forces politiques et sociales pour l’unité dans l’action) prouvent à suffisance que le dialogue a été initié par l’Onu.

                L’interpellation se situe à ce niveau : qu’adviendrait-il de tout accord ou de toute résolution qui engagerait demain la RDC dès lors que la classe politique fait exprès de tourner en dérision les partenaires extérieurs pour une initiative n’émanant pas des Congolais !

                On peut aujourd’hui tout reprocher au Président Joseph Kabila, sauf d’avoir fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il a à son actif d’abord la tenue des Concertations nationales – dont la cérémonie de clôture le 7 octobre 2013 avait d’ailleurs  été rehaussée de la présence du Conseil de sécurité de l’Onu (preuve, si besoin est, que ce forum avait obtenu la caution de son initiateur originel), ensuite la mission confiée à son émissaire de prendre langue avec les forces politiques et sociales qui ont continué de réclamer le dialogue dans le format protocolaire de la Résolution 2098.

                L’Histoire retiendra alors cette évidence : le Chef de l’Etat a rempli, de son côté, sa part d’obligations vis-à-vis des partenaires pour ce qu’ils avaient demandé à la RDC tandis que du sien, l’Opposition a fait le choix délibéré de rejeter cette initiative.

                Peut-être a-t-elle déjà adhéré à l’option d’International crisis group figurant au point 19 de son récent rapport du 5 mai 2015. Icg demande à la communauté internationale, en cas ” d’importants retards et de violation flagrante du principe des deux mandats“, d’envisager la révision (lisez suspension) de la coopération structurelle et la révision du mandat de la Monusco (lisez mise sous tutelle de la RDC).

     

    Omer Nsongo die Lema

     

  • RDC: nécessité d’une coopération entre armée et Casques bleus suite au massacre à Beni

    RDC: nécessité d’une coopération entre armée et Casques bleus suite au massacre à Beni

    Casque Bleu- MONUC– Le massacre qui s’est déroulé vendredi près de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, souligne la nécessité de la coopération entre l’armée congolaise et les Casques bleus pour assurer la sécurité de la population, a déclaré la Mission de l’ONU (Monusco).

    La collaboration entre la Monusco et l’armée est freinée depuis que Kinshasa a nommé – pour combattre les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), actifs dans l’est – deux officiers que l’ONU soupçonne de graves violations des droits de l’homme.

    Cette tuerie nous interpelle sur la nécessité de la coopération entre FARDC (armée congolaise) et la Monusco pour sécuriser les civils du territoire de Beni, théâtre d’une série de massacres qui a fait depuis octobre plus de 300 morts, déclare sur Twitter Martin Kobler, chef de la Monusco.

    Il a ajouté que cette tuerie renforce la détermination de la Monusco à remplir son mandat de protection des civils et qu’elle renforce notre détermination à soutenir le gouvernement de la RDC pour traquer les auteurs et les traduire en justice.

    Sept personnes ont été assassinées à l’arme blanche dans la nuit de vendredi à Matembo, à une dizaine de kilomètres du centre de Beni, grand carrefour commercial situé dans le nord de la province troublée du Nord-Kivu.

    Le drame s’est déroulé non loin d’une base de l’armée congolaise et de la Monusco, chargée de lutter contre les dizaines de groupés armés locaux et étrangers qui sévissent, parfois depuis vingt ans, dans l’est de la RDC.

    Il est plus que temps, pour le gouvernement (…), de se concentrer sur les aspects sécuritaires et qu’il mette en place des mécanismes de mobilisation des moyens humains, matériels, intellectuels et financiers pour stopper le cycle de violence de la même manière qu’il a réussi à freiner l’inflation, a indiqué dimanche dans une déclaration Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu.

    Les assassinats, dont les auteurs restent indéterminés, se sont produits alors que la sécurité se dégrade au Nord-Kivu.

    Mardi, deux Casques bleus et deux civils ont été tués dans une embuscade tendue par de présumés rebelles musulmans ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF). Après cette attaque, la Monusco a renforcé ses positions et promis des opérations offensives robustes.

    Les rebelles de l’ADF sont présents depuis 1995 dans une région montagneuse du territoire de Beni, où ils sont accusés de commettre de graves exactions contre les civils (meurtres, enrôlements d’enfants, pillages…) et de se livrer à un trafic de bois très lucratif.

    Depuis octobre, ces rebelles sont accusés d’une série de massacres qui ont fait plus de 300 morts, essentiellement dans le territoire de Beni.

    L’armée congolaise a affirmé qu’elle avait éliminé fin avril Kasada Karume, numéro trois des ADF. Toujours en avril, le chef de cette rébellion, Jamil Mukulu, a été arrêté en Tanzanie.

    (AFP)

  • Faudrait-il s’inquiéter du papotage entre sujets dominés, que les uns nomment par ignorance « dialogue » et « élections » ? 

    Faudrait-il s’inquiéter du papotage entre sujets dominés, que les uns nomment par ignorance « dialogue » et « élections » ? 

    Interview de M. Tshiyoyo Mufoncol sur la liberation de la RD Congo!-Le « MLC », l’ « UDPS », pour ne citer que ces deux partis politiques, et aussi la partie « adverse », qui se définit comme étant le « pouvoir » de Kinshasa, parlent tous, et je dis libre à eux, de l’éventualité d’un « dialogue » qui engagerait des sujets qui, par nature, sont dominés, c’est-à-dire des « forces » qui ne seraient pas à l’origine du conflit qui est supposé leur opposer. Je vois mal comment ces « partis » politiques congolais, qui sont en effet des instruments dont la principale fonction est de nourrir le « conflit » importé, peuvent, et ce par le moyen de leur supposé dialogue, qui ne saurait ses causes, y mettre fin sans que ne soit au préalable remis en question leur statut du dominé ou d’instrument ? Des dominés qui se rencontrent, et non pas pour parler de la nature de leur domination à laquelle leur état les soumet, confirment leur état d’esclaves. Ces bavardages n’auront aucun effet sur leurs conditions ou leur nature respective.

     

    Et au-delà, les partis politiques congolais susmentionnés ne peuvent se prévaloir d’une science nouvelle dès lors que l’opinion sait que leur dernière participation au bavardage du même genre a produit la monstruosité ou le fameux « 1+4 », et qui a fini par la fin à exclure l’UDPS de la gestion du pouvoir-os et à envoyer Jean Pierre Bemba en prison à la Haye malgré son désormais et légendaire expression : « j’ai accepté l’inacceptable ».  Que vont- ils aujourd’hui nous dire, que vont- ils dire aux mêmes peuples qui pourtant étaient rassurés par la présence du Vieux Tshisekedi à Sun City et aussi de Jean Pierre Bemba. Et je parle à peine du rôle de Vital Kamerhe à Sun City. Mais c’est quoi l’UDPS n’apprend pas ou ne veut pas apprendre quand l’opinion sait outre Sun –City, il y a eu Kengo (UDI-URD) et Monsengwo au Palais du peuple, ce après l’échec de la CNS…  Et aujourd’hui, le même UDPS revient comme un chien à ce qu’il aurait vomi en s’accoquinant au nom du réalisme udépssien et du dialogue éternel à la congolaise, c’est-à-dire inutile et sans effet sur le cours de l’histoire de la RD-Congo. Même si c’est avec Jean Pierre Bemba (de l’hôtel Cascade) et avec le même Kamerhe de Sun-City, qui se retrouvent tous par la magie de la volonté extérieure dans un même camp.

     

    En effet, de quoi seraient-ils en conflit ces gens ? Leurs partisans respectifs diront « Kabila » a triché aux élections et se maintient au pouvoir par voies illégales ». Mais ils oublient de préciser que les irrégularités dont la bande à « Joseph Kabila », Mende et autres sont accusés, participent des techniques que la communauté dite internationale, en particulier les Anglo-saxons et autres ont eu à recourir pour asseoir leur pouvoir par le biais de « Joseph Kabila » à la tête de la RD-Congo. Et de cette version, il n’en sera jamais question parce que trop sensible et voire « radicale ».

     

     

    Et si aujourd’hui le dialogue apparait pour Kabila comme un dernier recours, ce que les mêmes mobutistes à qui l’UDPS a eu faire hier et qui aujourd’hui forment la première ceinture de la Kabilie se sont assurés de leur repositionnement en oubliant que les négociations politiques du Palais du peuple ont précédés de quelques années la chute du régime de Mobutu. Jamais un sans deux et deux sans trois, l’histoire se reproduira en RD-Congo, ce faute de lumière et de luminosité.

     

    Le peuple congolais est appelé à se servir des mêmes instruments, sous une nouvelle pédagogie de lutte à inventer, pour espérer renverser et le rapport de forces et l’ensemble du système qui institue le règne du « pouvoir-os » en Afrique et en RD-Congo en particulier.

     

    Désolé que nous ne soyons pas là tous à faire le même combat et surtout à le saisir de la même façon.

     

    Likambo ya mabele Likambo ya makila

     

    Mufoncol Tshiyoyo  

    Le Président National du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC. R.A.P-en sigle Mouvement Politico-militaire,
    mufoncol_tshiyoyo@yahoo.com,
    004745007236, Facebook : Mufoncol Tshiyoyo