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  • RDC : les 5 points à retenir du gouvernement Matata 2

    RDC : les 5 points à retenir du gouvernement Matata 2

    Matata-Après plus d’une année d’attente, le gouvernement de “cohésion nationale” a été mis en place dimanche tard dans la nuit. Outre la confiance renouvelée au Premier ministre Matata Ponyo, voici les premiers enseignements à tirer de cette nouvelle équipe gouvernementale.

    Joseph Kabila a tranché : ce sera Matata bis. Le Premier ministre congolais, aux affaires depuis mai 2012, a été maintenu, le 7 décembre, à la tête de la nouvelle équipe gouvernementale. Décidé à l’issue des “concertations nationales” de septembre et d’octobre 2013 à Kinshasa, le gouvernement de “cohésion nationale” qu’il va désormais diriger comprend à la fois des membres de la majorité au pouvoir, de l’opposition dite républicaine et de la société civile. Une recomposition de l’échiquier politique de la RDC qui peut se résumer en 5 points.

    1. Matata Ponyo a gagné la bataille

    Dès la fin des “concertations nationales”, beaucoup de candidats au poste de Premier ministre se bousculaient au portillon. Déjà, en interne, au sein même du gouvernement, le nom de Daniel Mukoko Samba, alors vice-Premier ministre en charge du Budget, était souvent cité pour remplacer Matata Ponyo à la primature. Il faut dire que le courant ne passait plus entre les deux hommes, le premier ayant déserté les réunions hebdomadaires de la “troïka stratégique” initiée par le Premier ministre, des rencontres entre le chef du gouvernement et les responsables du Budget et des Finances consacrées au “suivi de la situation économique du pays”.

    Et à l’extérieur du gouvernement, en embuscade, Léon Kengo wa Dongo attendait lui aussi son heure. “Autorité morale” de l’opposition dite “républicaine” – ce regroupement de partis et des personnalités ayant pris part aux “concertations nationales” -, le président du Sénat se présentait comme l’alternative à Matata Ponyo pour bien asseoir la “cohésion nationale” recherchée. Enfin, dans la famille politique de Joseph Kabila, des caciques de la majorité au pouvoir convoitaient aussi le poste. Au fil des mois, les noms des potentiels Premiers ministres revenaient régulièrement dans la presse kinoise. Mais au final, le chef a renouvelé sa confiance au sortant. Il s’agit donc bien d’une victoire remportée par Matata Ponyo face à ses nombreux rivaux.

    2. Adieu le ministère délégué !

    “Les députés voyaient toujours d’un mauvais œil le concept de ministre délégué”, reconnaît un conseiller de Matata Ponyo. Patrice Kitebi qui en est un dans le précédent gouvernement n’a pas été reconduit. “Il était le souffre-douleur du gouvernement pour les détracteurs de Matata. Ne pouvant pas attaquer directement le Premier ministre, ils s’acharnaient sur son ministre délégué, espérant atteindre ainsi son chef”, explique le conseiller.

    Dans Matata 2, le cabinet des Finances pour lequel Kitebi exercait une délégation de pouvoir sous le contrôle du Premier ministre lui-même, redevient un ministère à part entière. Et il est confié à un proche du président de la République. Beaucoup à Kinshasa y voient un coup dur pour Matata Ponyo qui avait jusqu’ici la mainmise dans la gestion du secteur économique au sein du gouvernement. D’autant que le ministère du Budget est attribué à Michel Bongongo, un proche de Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, lequel voulait devenir chef du gouvernement… “L’essentiel est que tout monde arrive à épouser la vision du chef de l’État telle qu’elle est mise en exécution par son Premier ministre”, tente de minimiser un proche de Matata Ponyo.

    3. Le retour en force des chefs des partis

    Dans sa première équipe gouvernementale (2012-2014), Matata Ponyo avait préféré travailler avec des “technocrates”, laissant sur le banc les chefs des partis de la majorité, à quelques exceptions près. Mais aujourd’hui, les “concertations nationales” ont changé la donne. Dans Matata 2, gouvernement de “cohésion nationale” oblige, les dirigeants des formations politiques, de la majorité comme de l’opposition, font leur rentrée en puissance. C’est le cas notamment d’Évariste Boshab, secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, principal parti de la majorité au pouvoir), nommé vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité.

    Il en est de même de Thomas Luhaka, secrétaire général et numéro un du Mouvement de libération du Congo (MLC) en l’absence de Jean-Pierre Bemba détenu à La Haye, propulsé vice-Premier ministre en charge des Postes et Télécommunications. Dans le même lot, on peut également citer Willy Makiadi, secrétaire permanent du Parti lumumbiste unifié (Palu), Michel Bongongo, secrétaire exécutif de l’Union des forces du changement (UFC) de Léon Kengo wa Dongo, Olivier Kamitatu, président de l’Alliance pour le renouveau du Congo (ARC), Elvis Mutiri, 2e vice-président de l’Alliance pour le développement et la République (ADR)…

    4. La participation aux “concertations nationales” récompensée

    Sans surprise, le gouvernement Matata 2 offre une prime aux partis et personnalités politiques qui ont pris part aux “concertations nationales”. Outre les formations politiques de la coalition au pouvoir qui obtiennent la majorité des ministères, le MLC s’en sort avec deux portefeuilles importants dont un poste de vice-Premier ministre accordé à son secrétaire général, Thomas Luhuka.

    D’autres partis qui s’étaient regroupés autour de Kengo wa Dondo au sein de “l’opposition républicaine” n’ont pas été oubliés. Ils ont hérité entre autres d’un ministère d’État accordé à Michel Bongongo. Voulant ratisser large, un député, membre du groupe parlementaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti d’Étienne Tshisekedi) et alliés a été également débauché.

    5. La majorité s’élargit, l’opposition se fragilise

    Pour marquer le coup, la plateforme “opposition républicaine” a été lancée officiellement, ce 9 décembre, à Kinshasa. Elle est placée sous la direction de Léon Kengo wa Dondo, son “autorité morale”, et du sénateur Florentin Mokonda Bonza, son “modérateur”. “C’est le regroupement politique qui a donné des ministres républicains”, s’amuse François Muamba, président de l’ADR, insistant par ailleurs sur le caractère “constructif” de la démarche des partis de cette opposition qui a fait le choix de participer à la gestion du pays avec la majorité.

    “Ce n’est pas parce que nous sommes dans une coalition que nous allons être fondus”, soutient-il. À l’en croire, il n’y aurait donc pas de fusion entre majorité au pouvoir et “opposition républicaine”. Une opinion que ne partagent pas les partis d’opposition dite “radicale” qui n’ont pas pris part aux “concertations nationales”. Ces derniers estiment qu’il existe désormais une “majorité élargie à l’opposition républicaine” et une “vraie opposition”. Déjà, au MLC, le torchon brûle. Les trois membres de la formation politique de Jean-Pierre Bemba nommés ministres ont été “radiés” par leurs camarables qui leur reprochent d’avoir “violé la ligne politique du parti”.

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    Par Trésor Kibangula

    Jeuneafrique

  • Les pays africains les plus “risqués” pour les entreprises en 2015

    Les pays africains les plus “risqués” pour les entreprises en 2015

    control-risk-carte-Le cabinet de conseil Control Risks présente l’édition 2015 de sa carte annuelle des risques sécuritaires et économiques à travers le monde. Intitulée “le nouveau désordre mondial”, cette étude estime qu’il y a un “risque politique élevé” au Sahel – de Bissau à Djibouti -, en Afrique du Nord et dans une grande partie de l’Afrique centrale. Une analyse peu nuancée.

    Le cabinet de conseil britannique Control Risks a intitulé l’édition 2015 de sa carte annuelle des risques sécuritaires, géopolitiques et économique pour les entreprises et les personnes à travers le monde, “le nouveau désordre mondial”. Le document [PDF] donne un aperçu assez sévère de l’environnement économique et sécuritaire à travers le monde.

    Selon les estimations du cabinet de conseil, les “risques politiques pour les entreprises”, mesurés en fonction des réglementations défavorables, de l’insécurité juridique, de l’exposition à la corruption, des dangers d’expropriation, de nationalisation ou de sanctions internationales, seraient “assez élevés” dans la plupart des grands pays émergents (Chine, Turquie, Inde, Russie, Brésil et Mexique notamment).

    Peu nuancé

    Qu’il s’agisse de ces “risques politiques” ou des “risques de sûreté” (tels que la fraude, la destruction de biens ou le vol d’informations par exemple), l’édition 2015 de l’étude de Control Risks peint un tableau sévère et peu nuancé de la situation des pays africains.

    S’agissant des premiers, le cabinet estime par exemple qu’il existe “un risque extrême” sur tout ou une partie du territoire de la Centrafrique et de la Somalie. Constat difficile à contester au vu des conflits frappant ces deux pays africains.

    En revanche, il est plus difficile de comprendre le regroupement dans la même catégorie – celle des zones à “risques politiques élevés” – de territoires aussi divers que la Côte d’Ivoire et la Libye, le Cameroun et le Somaliland (État non reconnu, situé dans le partie Nord de la Somalie), Madagascar et l’Érythrée, l’Algérie et la Gambie, le Burundi et le Zimbabwe, ou encore la RD Congo et l’Égypte.

     

    Bons points

    La plupart des pays d’Afrique orientale et australe s’en sortent mieux, avec un risque politique “moyen”, c’est également le cas du Rwanda, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Cameroun en Afrique centrale, du Sénégal, de la Mauritanie, de la Sierra Leone, du Ghana, du Bénin et du Togo en Afrique occidentale.

    Seuls six pays africains, le Maroc, le Cap-Vert, les Seychelles, la Namibie, Maurice et le Botswana se trouvent rangés dans la catégorie des pays à “risques politiques bas”.

    >>>> Visualisez l’intégralité de la carte ici.

    control-risk-carte

    Cliquez sur l’image.

  • LIBRE OPINION:  Mlc : l’enjeu de la gestion chaotique des ambitions

    LIBRE OPINION:  Mlc : l’enjeu de la gestion chaotique des ambitions

    MLC logo-Sur Facebook circule un kaléidoscope présentant une demi-douzaine de cadres politiques du Mlc en rupture de banc avec Jean-Pierre Bemba. Si la mémoire ne trahit pas, on en compterait plutôt une douzaine. Au nombre desquelles Alexis Thambwe Mwamba, José Endundo, Vincent Lunda Bululu, Olivier Kamitatu, José Makila, Yves Kisombe, Jean-Lucien Bussa, François Mwamba, Elvis Mutiri wa Bashala, Adam Bombole et, maintenant, Thomas Luhaka, Omer Egwake et Christian Kambinga. Les uns ont dû démissionner, les autres ont été démissionnés, tous au mois ont en partage le fait de n’avoir pas trouvé satisfaction dans la réalisation de leurs ambitions…

              Pour la petite histoire, c’est au lendemain de la clôture de la Cns (Conférence nationale souveraine) en 1992 et du Cpk (Conclave politique de Kinshasa) en 1993 – c’est-à-dire pendant la période précédant la tenue des négociations politiques  qui avait institué la 3ème voie – que la terminologie politique zaïroise s’était enrichie de la nouvelle expression ” gestion des ambitions“.

                Alors monseigneur, l’archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo, porté à la tête du Haut Conseil de la République (Hcr), étaient des premiers à en apprécier le sens. D’autant plus que la gestion des ambitions était devenue un facteur de déstabilisation des partis et des plateformes politiques, une épine dans le processus démocratique.

                Pour en saisir la portée, il faut partir du 24 avril 1990 avec la fin du Monopartisme d’Etat (Mpr Parti-Etat), donc la libéralisation de l’activité politique.

                Longtemps contenues par le régime et le système en place au moyen de l’étatisation de l’appareil politique ou la politisation de l’appareil étatique (au choix), les ambitions avaient du coup implosé.

                Résultat : en sept ans (1990-1997), 445 partis politiques vont se faire enregistrer aux fins de concourir à la conquête, à l’exercice et à la conservation du Pouvoir d’Etat.

                C’est à cette époque qu’apparaît le phénomène “parti politique-mallette“. Il suffit d’obtenir son agrément au ministère de l’Intérieur, d’accéder à un tout petit financement et d’avoir le bagout pour s’attirer l’attention des médias, et on devient… leader. Un premier passage à la tribune de la Cns, un deuxième à la tribune du Cpk, on se fait remarquer et on se fait passer pour un incontournable. Lors des Concertations nationales en septembre-octobre 2013, on entendra un acteur politique venu dans le cadre de la Cns en 1991 lancer à son collègue député : “Suki pembe na Palais du Peuple“. Oui, cela fait 22 ans qu’il y surfe !

                Seulement voilà : après avoir porté soi-même sa mallette, le leader réalise qu’il lui faut un porteur qui, lui-même, “témoin et acteur ” direct ou indirect de l’embonpoint du leader, finit par se découvrir les vertus auto-déterminantes. Ainsi, aux côtés du parti “Omer” naît le parti “Omer radical“, suivi du parti “Omer républicain” ou “Omer modéré“.

                Vingt cinq ans après, peut-on dire que les choses ont changé ? Pas du tout. La “wenganisation” de l’espace politique est si forte que la dernière expérience en date, nous la vivons avec deux plateformes politico-sociales dénommées “Sauvons la RDC” et “Sauvons le Congo“, alors qu’on peine encore à distinguer les groupes parlementaires “Fac” ! Ne parlons même pas de l’Udps où on a un groupe parlementaire désavoué par la direction politique du parti continue d’engager ce dernier aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

                Oui, c’est toute la problématique de la gestion des ambitions.

                Ce qui se passe au sein du Mlc ne devrait pas (nous) étonner. Au contraire, il y a là matière à interpellation pour toutes les personnes physiques en charge du leadership.

                Sur Facebook, réagissant à un statut, observation a été faite de la responsabilité que requiert le leadership.  En politique comme en culture, en affaires comme en religion, quand on accepte d’être leader, il faut savoir qu’on se met au service de la communauté et non l’inverse. On se sacrifie pour la communauté avant d’exiger de la communauté des sacrifices en votre faveur. On cultive l’art du partage.

                Le fondement culturel africain, pour ne pas dire négro-africain, est que l’égoïsme se conçoit mal. Si la culture hellène nous dit que là où il y en a pour un, il y en a aussi pour deux, la culture nègre soutient plutôt que là où il y en a pour un, il y en a surtout pour dix !

                Tant mieux : d’aucuns y trouvent matière à pauvreté, et même à corruption. Hélas !, on a le choix entre faire avec ou non.

                Déjà, en les observant, les leaders politiques qui ont des problèmes récurrents dans leurs partis ou dans leurs plateformes sont ceux qui entretiennent la paupérisation autour d’eux, ceux qui réduisent les membres à un marchepied, ceux qui se croient soit maîtres après Dieu, soit maîtres avant Dieu, soit même maitres sans Dieu. Ils sont le centre du monde. Ou, pour reprendre le poète latin Ovide dans “Métamorphoses”, ils pratiquent le narcissisme au point de ” se complaire à s’admirer soi-même“, d’”avoir la prétention de se trouver (croire) le plus beau du monde“. En psychanalyse, on y trouve “un frein à l’évolution de la personnalité“.

                Au Mlc, il est de notoriété publique que Jean-Pierre Bemba a sale caractère. En témoignent ceux qui l’ont fréquenté ou le fréquentent. On ne peut alors dire de la douzaine de personnalités politiques citées en introduction qu’elles pratiquent de gaité de coeur la transhumance.

                A l’instar de bien des leaders politiques ayant pignon sur rue, Chairman a un défaut caractériel connu : la gestion chaotique des ambitions. C’est, du reste, ce qui avait fait perdre au Mlc et à l’Un le gouvernorat de la ville de Kinshasa et de la province du Bas-Congo. Dans son milieu, il se dit qu’il n’avait voulu entendre personne, surtout aucune objection.

                Or, un leader avisé, c’est celui qui sait consulter, qui se met à l’écoute des siens. De sorte que la communauté se sente coresponsable du succès si succès il y a, mais aussi de l’échec, si échec il y a.

     

    Faites comme les Burkinabé : chassez-le du parti !

               

                De tristes événements de Bangui en 2002 aux non moins tristes événements de Kinshasa en 2008, Jean-Pierre Bemba, laisse-t-on entendre, imposait pratiquement sa volonté.

                Aussi, a-t-il connu non seulement l’exil, mais en plus le procès en cours à la Cpi. Il a ruiné, au sens propre comme au sens figuré, l’espoir des membres de son parti, des membres de sa famille biologique et de sa famille élargie, voire du personnel de son groupe industriel et commercial.

                Les militants, qui ne cotisent d’ailleurs rien pour faire fonctionner le parti, de même que les analystes et les chroniqueurs politiques peuvent qualifier les “transhumants” de traîtres, de taupes etc., mais l’évidence reste têtue : Bemba ne sait pas gérer les ambitions des siens. Il n’a jamais su le faire même quand il était à la tête de Scibe-Zaïre.

                Au final – et c’est un proche de Thomas Luhaka qui le révèle – “Fidèle Babala (prévenu devant la CPI), Alexis Lenga et Jacques Lungwana étaient tous candidats ministres, de même que la petite sœur de Jean-Pierre Bemba, la nommée Françoise Bemba. Leur colère à l’endroit du SG du MLC découlerait de leur absence de la liste du gouvernement“.

                Cet épisode n’est pas sans rappeler celui de l’Udps, l’un des partis qui souffrent terriblement de la mauvaise gestion des ambitions. Qualifiée à tort de fille aînée de l’Opposition, l’Udps a vu 33 des 41 députés élus sur sa liste oser défier Etienne Tshisekedi en s’en allant siéger à l’Assemblée nationale qualifiée d’”illégitime”, au motif que cette institution est issue des “élections frauduleuses”. Parmi les députés frondeurs se trouve, hélas !, une parente du lider maximo.

                L’enseignement à tirer est que le parti politique se crée pour conquérir, exercer et conserver le pouvoir d’Etat. Si, d’aventure, vous vous trouvez dans un parti qui ne veut pas conquérir le pouvoir ou, s’il le conquiert, il ne veut pas l’exercer, ou encore, s’il l’exerce, il ne veut pas le conserver  au profit de sa communauté, alors ne vous arrêtez à vous indigner. Faites comme les Burkinabé : chassez-le du parti !

                Si donc vous vous trouvez avec un leader qui gère mal les ambitions de son équipe, il ne vous reste qu’à faire ce que recommande la Bible : sortez de son milieu…

     

    Omer Nsongo die Lema

  • Ma part c’est combien?: la formule magique du Katanga…

    Ma part c’est combien?: la formule magique du Katanga…

    Moise-Près d’un million de tonnes de cuivre par an ! Jamais, ni durant l’époque coloniale ni sous le règne de Mobutu le Katanga n’avait atteint un tel record de production. Et cependant, dans la capitale du Katanga, l’atmosphère est morose. Faute de contournement, d’immenses semi remorques, immatriculés en Zambie, au Zimbabwe, en Afrique du Sud, traversent le centre ville et les quartiers densément peuplés dans un halo de poussière et de pollution. Ils transportent des ballots de minerais bruts, qui seront transformés hors des frontières, ou des produits chimiques hautement toxiques. « En cas d’accident, nous connaîtrons un Seveso à la puissance dix » s’inquiète un médecin expatrié qui constate aussi une explosion de cancers affectant même de enfants en bas âge. Un ophtalmologue confirme : « à cause de la poussière et de la pollution, nous assistons à un multiplication de cancers de la rétine, entre autres chez les jeunes enfants… »
    A la lisière de la ville, le site du Ruashi était autrefois le domaine des creuseurs artisanaux. Des milliers d’hommes, à mains nues, taillaient des galeries dans la terre meuble et en ramenaient des blocs striés de traînées rouges et brillantes. Aux abords de la carrière se pressaient les négociants, les femmes proposaient des brochettes, des bananes plaintain. Au milieu d’une musique assourdissante, l’argent, par petites coupures ou grosses poignées, circulait de main en main et il n’était pas rare de rencontrer des étudiants qui finançaient leurs études en devenant creuseurs à temps partiel. Ruashi aujourd’hui offre un paysage lunaire : la terre semble avoir été retournée par des mains de géants, les derniers arbres ont disparu, quelques silhouettes furtives se faufilent encore sur les collines de terre fraîchement retournées, dans l’espoir d’en ramener quelque caillou négligé par les excavatrices géantes. Des gardes sud africains défendent le site, des barbelés barrent l’horizon. Au volant de son taxi déglingué, Jacques se lamente : « les creuseurs ont été chassés et même les sites qui avaient été légalement attribués à l’exploitation artisanale ont été cédés aux grandes compagnies minières… Elles amènent leurs propres travailleurs, originaires d’Afrique australe et pour nous il n’y a rien. »
    Depuis la signature des contrats chinois en 2007 et l’irruption des géants de l’industrie minière, le Katanga connaît un boom spectaculaire, mais la population n’en bénéficie guère. Comment s’en étonner ? Le Congo est en passe d’être exclu de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives) car 25 des principales sociétés minières de la place n’ont toujours pas pu prouver qu’elles payaient des impôts !
    Certaines d’entre elles assurent qu’elles bénéficient d’exemptions aussi longtemps que leurs investissements n’ont pas été amortis, d’autres ont contourné la loi en bénéficiant de complicités politiques. « Ta kwangu ni ngapi ? », « ma part est de combien ? » Voilà une phrase que tous connaissent par cœur et qui a fini par être collée comme un surnom aux plus hautes autorités de l’Etat… Par ailleurs, le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe, ne cesse de réclamer que Kinshasa, au minimum, applique la loi qui prévoit de rétrocéder aux autorités provinciales 40% des taxes perçues dans la capitale. « L’an dernier, le Katanga a envoyé à Kinshasa trois milliards de dollars et il en a reçu trente en retour… » assure un responsable qui tient à rester discret, « c’est notre province qui finance la reconstruction du pays… Voyez les péages routiers : chaque camion qui franchit la frontière à Kasumbalesa doit payer une taxe de 300 dollars, et chaque jour, ce sont 1500 camions qui se dirigent vers la Zambie et les ports de l’Océan Indien…Faites le compte… »
    Moïse Katumbi, le gouverneur du Katanga, est un personnage paradoxal : chacun sait que sa flotte de camions, heureusement appelée « Hakuna Matata » (pas de problème) franchit, elle, les péages sans rien débourser, que l’homme politique est aussi un homme d’affaires avisé, qui possède des journaux à sa dévotion, une station de télévision et une fortune personnelle se chiffrant en dizaines de millions de dollars. Mais nul ne lui en tient rigueur, bien au contraire : « puisqu’il est déjà riche, il ne volera plus » disent les uns, tandis que d’autres soulignent combien « Moïse » est un homme charismatique, qui adore les bains de foule et sait se montrer généreux. Et tous les Lushois (habitants de Lubumbashi) de nous montrer avec fierté la route de l’aéroport, élargie et asphaltée de neuf, le robot « made in RDC » qui, comme à Kinshasa règle la circulation du centre ville, les lotissements de luxe qui, du côté du Golf ou de l’hôtel Karavia, abritent des nouveaux riches…En outre, le gouverneur est le « patron » de l’équipe de football locale, le Tout Puissant Mazembe, l’une des plus redoutables du continent. Aujourd’hui, en plus d’une aura qui dépasse largement les frontières de sa province, Moïse Katumbi apparaît comme une victime : alors qu’il séjourne à l’étranger depuis deux mois, entre autres à Londres, toutes les sources « bien informées » assurent qu’il aurait été empoisonné et que ses relations sont exécrables avec le président Kabila depuis qu’il aurait exprimé son opposition à tout changement de constitution…
    Hier membre de la majorité présidentielle à la tête de son parti, « Solidarité katangaise pour la démocratie et le développement » Me Muyambo nous reçoit dans une luxueuse villa qui domine un parking où sont alignées des Hummer et autres 4x4de luxe. Passé à l’opposition, le bâtonnier se dit « hostile à l’idée d’un troisième mandat présidentiel. Il est certain que le changement de la Constitution provoquera des troubles au Congo : la population, au Katanga comme ailleurs, dit non. » Selon lui, dans la perspectives de prochaines contestations, le pouvoir se durcit : « alors que j’avais affrété un avion privé pour pouvoir aller tenir un meeting à Mbuji Mayi, au Kasaï oriental, c’est le Ministre de l’Intérieur lui-même qui, depuis Kinshasa, a ordonné à l’appareil de faire demi-tour. »
    Le désaveu de l’avocat est partagé par l’opinion : alors que le Katanga est considéré comme le fief électoral, la « base » du président Kabila , nous n’y avons rencontré personne, ni dans la rue ni dans les milieux intellectuels, qui soutienne l’idée d’une reconduction du chef de l’Etat après 2016. Pourquoi ? Ici aussi, la formule magique revient « de combien est ma part ? » et chacun, exemples ou rumeurs à l’appui, énumère les propriétés du « chef » et de sa famille dans la province : une ferme sur la route de Kasumbalesa, l’acquisition d’un domaine de 26.000 hectares à proximité de la réserve naturelle des Kundelungu, la transformation d’Ankoro, lieu d’origine de la famille Kabila, en « petit Gbadolite » katangais doté d’un aéroport flambant neuf, des participations dans les innombrables stations service qui ponctuent chaque carrefour de Lubumbashi. Tenues par des Somaliens, elles fournissent le carburant des véhicules privés mais aussi des innombrables groupes électrogènes qui tentent de compenser les coupures d’électricité et autres délestages quotidiens.
    Le boom minier, l’abattage des arbres, la multiplication des génératrices sont en passe de modifier le climat généralement tempéré de Lubumbashi, située à 800 mètres d’altitude : en pleine saison des pluies, le thermomètre est monté à 42 degrés. Sur le plan politique, la capitale du cuivre est tout aussi chaude : chacun assure que s’il devait s’avérer que « Moïse » a bel et bien été empoisonné, les explosions de colère seront inévitables. « Le Burkina, ce sera ici », proclame un étudiant, taximan à ses heures…

    Colette Braeckman

  • OIF : les couacs du sommet de Dakar, une ombre sur la diplomatie africaine de la France

    OIF : les couacs du sommet de Dakar, une ombre sur la diplomatie africaine de la France

    francophonieProblèmes de protocole, déclarations de François Hollande jugées humiliantes par certains chefs d’État du continent et surtout, élection d’une non-Africaine à la tête de l’OIF. Retour sur un sommet qui laissera des traces dans les rapports entre l’Afrique et la France.

    Il y eut bien sûr les louanges unanimes à l’égard d’Abdou Diouf, qui a engrangé les hommages de ses pairs du début à la fin de l’événement. Mais le XVe sommet de l’OIF qui s’est tenu du 29 au 30 novembre à Dakar, a aussi engendré quelques désagréments parmi les délégations africaines, traditionnellement chouchoutées mais qui, cette année, sont reparties de Dakar non sans amertume.

    Premier impair, vis-vis de l’Union africaine (UA). Le jour de l’ouverture, alors que seize chefs d’État ou dignitaires doivent se succéder à la tribune pour y lire leur discours, le président en exercice de l’UA, le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, se trouve relégué en deuxième partie de cérémonie, derrière la directrice générale de l’Unesco, la Bulgare Irina Bokova. Froissé, il renonce à son discours.

    Mais pour les chefs d’État africains présents à Dakar, la principale fausse note du sommet est venue de trois petites phrases nichées dans le discours de François Hollande : ” […] ce qu’a fait le peuple burkinabè doit faire réfléchir ceux qui voudraient se maintenir a la tête de leur pays en violant l’ordre constitutionnel. Parce que ce sont les peuples qui décident. Ce sont les élections qui permettent de savoir qui est légitime et qui ne l’est pas.”

    Mécontentement… en coulisses

    S’ils n’en laissent rien paraître officiellement, plusieurs chefs d’État ou de délégation potentiellement visés par l’allusion ne dissimulent pas, en coulisses, leur mécontentement. Congo-Brazzaville, Djibouti, RDC, Guinée-Équatoriale, Rwanda, Tchad, Togo… Le clan des mécontents n’apprécie pas de recevoir cette leçon de gouvernance venue de Paris, a fortiori lors de la session inaugurale d’un sommet couvert par 800 journalistes venus du monde entier.

    Fidèle à son franc-parler coutumier, le Rwanda, la ministre des Affaires étrangères rwandaise, Louise Mushikiwabo, lance un pavé dans la mare dès le lendemain, dénonçant sur France 24 un procédé “inélégant”. Loin des caméras, plusieurs délégations africaines viendront lui témoigner leur soutien. “Ça fait deux fois qu’un président français vient humilier l’Afrique sur son sol, à Dakar, tempête un ministre d’Afrique centrale. De quelle légitimité peut se prévaloir un chef d’État dont la cote de popularité dans son pays ne dépasse pas 12% pour venir donner des leçons au continent?” “La réaction de votre ministre est légitime, assurent les représentants d’une autre délégation africaine à leurs homologues rwandais. Mais de notre côté, on n’a pas osé dénoncer ouvertement le discours de Hollande.”

    Le discours de François Hollande a également fait tousser l’Ivoirien Alassane Ouattarra, qui a obtenu de changer la résolution du sommet sur la crise au Burkina. “Saluons” la transition est devenu “prenons acte de” la transition. Et la mention de la “charte de la transition”, qu’il estimait dangereuse car remettant potentiellement en cause les “institutions”, a été supprimée. Quant au mouvement Y’en a marre, hier fer de lance de la fronde anti-Abdoulaye Wade lorsque l’ex-président sénégalais décidait de briguer un troisième mandat au mépris d’une Constitution qu’il avait lui-même fait adopter, il juge le discours présidentiel “déplacé”.

    “C’est une tentative de récupération des luttes de libération de la jeunesse africaine, qui, du Sénégal au Burkina, a obtenu gain de cause par ses propres moyens, sans l’aide des grandes chancelleries occidentales, estime Fadel Barro, co-fondateur du mouvement. Nous appelons les jeunes du continent à se détourner de ce genre de discours, qui rappelle celui de François Mitterrand à La Baule, pour se concentrer sur leurs propres luttes. Ce n’est pas l’Occident qui viendra nous sauver.”

    “Les jeux étaient faits”

    Enfin, parmi le clan des déçus du sommet, les délégations qui soutenaient l’un ou l’autre des quatre candidats africains en lice n’ont guère apprécié de se voir ravir le trône d’Abdou Diouf, jusque-là chasse gardée du continent, par la candidate canadienne. “La France n’a rien fait pour aider l’Afrique à parvenir à un consensus”, déplore un candidat malheureux. “Les jeux étaient faits, analyse un ministre d’Afrique centrale. Paris misait sur la division africaine, et les Africains sont tombés dans le panneau.” Alors que certains de ces pays étaient prêts à tenter leur chance au vote, le président français aura pesé de tout son poids pour reconduire une désignation par consensus qui, pour la première fois, s’est retournée contre l’Afrique. “Je trouve surprenant que la France ait laissé ce poste échapper à l’Afrique, analyse le Mauricien Jean Claude de l’Estrac. Et je ne suis pas sûr que cela soit dans son intérêt.”

    À l’arrivée, avec une quinzaine de délégations africaines sur vingt-huit froissées, contrariées, voire courroucées, le XVe sommet de l’OIF pourrait bien laisser des séquelles dans la diplomatie africaine de François Hollande.

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    Mehdi Ba, à Dakar

    Jeuneafrique.

  • “Appel à soulèvement des populations” :  F. Hollande : bavure de Dakar, bavure de trop !

    “Appel à soulèvement des populations” :  F. Hollande : bavure de Dakar, bavure de trop !

    joseph-kabila-abdou-diouf-francois-hollande-et-alassane-ouatara-Seule l’histoire dira si l’instruction – car c’en est une – donnée aux populations africaines de s’inspirer de l’exemple burkinabé pour en finir avec leurs “Blaise Compaoré” figurait dans le texte originel de son discours ou s’il s’agit d’une improvisation dans l’envolée oratoire observée lors de la cérémonie d’ouverture du XV° Sommet de l’Oif à Dakar le samedi 29 novembre 2014. Car, après le sommet de Kinshasa où il s’est montré insolent à l’égard du chef d’Etat hôte, le président français a crevé cette fois-ci les limites de la bienséance en mettant à mal Macky Sall, d’autant plus qu’il atteint dans leur dignité les invités de son homologue sénégalais. Pour rappel, ce n’est pas l’Oif qui invite les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres. C’est le Chef de l’Etat hôte. En plus, la “préférence” portée à Michaël Jean au poste de secrétaire général de l’institution francophone, au grand dam des Africains, est de nature à refroidir les relations Afrique-France. Le XVI° sommet prévu à Madagascar pourrait même en faire les frais. On ne voit pas des têtes couronnées africaines y participer si François Hollande s’y présentait. A moins de recourir encore à la sagesse d’Abdou Diouf…

                 Avec 13 % dans le sondage – baisse de popularité jamais enregistrée dans l’histoire de la Vème République pour un chef d’Etat français – F. Hollande peut se réjouir d’avoir accru son audience auprès de certaines forces politiques et sociales d’Afrique, en même temps qu’il dresse contre lui d’autres forces politiques et sociales, mécontentes de sa façon d’aborder les questions sensibles du continent noir.

                On le savait cassant (même pour ses proches du Parti socialiste), mais sa “sortie” de Dakar s’est révélé une bavure. Une grosse bavure. Simplement parce que la tradition veut qu’à l’occasion d’un sommet comme celui-là, il soit prévu deux rencontres. La publique pour arrondir les angles, la privée, pour les aiguiser.

                Or, à Dakar hier, comme à Kinshasa avant-hier, François Hollande s’est présenté en “préfet de discipline”. Résultat : plusieurs chefs d’Etat – même parmi ceux qui lui sont proches – ont quitté le Sénégal précipitamment. Bon nombre n’ont pris part ni à la désignation du nouveau secrétaire général de l’Oif, ni à la cérémonie de clôture du sommet. Même s’il ne l’a pas manifesté ouvertement, Macky Sall n’a certainement pas apprécié cette prestation. Tournant quasiment en dérision Blaise Compaoré, François Hollande a sûrement choqué son homologue sénégalais, tout comme Alassane Ouattara qui sera parmi les premiers à repartir à Abidjan. ” Les Africains n’ont pas de leçons à recevoir“, a-t-il déclaré. Autre fait significatif : Macky Sall a dû se déplacer seul avec François Hollande au cimetière des tirailleurs sénégalais massacrés à Dakar en 1944 alors que, de retour de France après la 2ème Guerre mondiale, ces soldats réclamaient leurs droits. Au nombre de ces tirailleurs, relèvent les Historiens, des Africains originaires de plusieurs pays subsahariens. Autre fait tout aussi significatif : la réaction d’Alpha Condé, président guinéen pourtant proche de Hollande. Dans une interview à Rfi lundi 1er décembre 2014, il n’a voulu commenté ni le cas Blaise Comparaoré, ni la révision constitutionnelle, ni la position de Denis Sassou Nguesso après l’élimination du candidat Henri Lopes. Même Alain Juppé, interviewé le mardi 2 décembre, a déploré la “formulation” utilisée.   

     

    Et si Kinshasa, Brazza, Luanda, Kigali, Kampala brûlaient instantanément ?

     

                Quelle mouche a alors piqué le chef de l’Etat français pour en arriver à pareil gâchis ? Serait-ce le retour sur la scène politique d’un certain Nicolas Sarkozy, porté la veille du sommet de Dakar à la présidence de l’Ump et, de ce fait, candidat potentiel à la présidentielle 2017, prêt à lui rappeler son “Moi, Président…“?

                Ce qui est au moins prévisible, c’est qu’ayant peu de chances de s’offrir un second mandat (d’ailleurs bon nombre de membres de son parti préfèrent ne pas le voir rempiler), il découvre dans l’Afrique le seul continent où il peut “investir” pour sa survie politique. Il entend se créer, lui aussi, son “réseau” avec personnalités politiques dont il sera le parrain. Et réputée terre de tous les opportunismes (donc de tous les opportunistes), la RDC s’y prête. On le voit avec les “félicitations” envoyées à Hollande-Le-Téméraire. On espère, à Kinshasa, que si jamais ça barde, l’Elysée fera exactement ce qu’il fait au Mali et en Rca.

                Seulement voilà : on ne voit raisonnablement pas comment l’Elysée s’en sortirait en cas d’un mouvement spontané brûlant à la fois Kinshasa, Brazzaville, Luanda, Kigali et Kampala, sous l’effet du fameux “printemps africain” parti d’Ouagadougou. Il faut plutôt admettre qu’au final, c’est la carte de la région inflammable des Grands-Lacs qui serait redessinée, avec comme première victime la RDC, pays sur lequel continue de peser (lisez exercer) le fameux droit de préemption reconnu en France à Berlin 1885.

     

    Ce n’est pas une “prophétie”, mais…

     

                Croisons alors les doigts pour (nous) éviter ce sort. Car le sort qui guette l’Oif est, désormais, celui d’un désamour qui ne pourrait que plaire aux Américains (ils en rêvent depuis l’aube des indépendances africaines) et les Chinois (qui accroissent des conquêtes).

                En clair, sous François Hollande, la France – qui perd déjà de gros investissements en terre africaine – risque d’en perdre davantage d’autant plus qu’ils ne se laisseront pas marcher sur les pieds, les chefs d’Etat et de gouvernement dont les populations sont visées directement ou indirectement par ASD (Appel à Soulèvement de Dakar).

                Ce n’est pas une “prophétie”, mais on assistera de moins en moins, d’ici à 2017, à des visites de chefs d’Etat africains à Paris. L’un des signaux forts, on le vivra à l’occasion du sommet sur le Climat prévu en 2015 dans la capitale française. François Hollande risque de compter sur les doigts de la main des collègues africains qui feront ce déplacement. A moins d’avoir la sagesse de réactiver, sur ces entrefaites, les bons offices d’un certain Abdou Diouf,  pas du tout content non plus d’avoir vu sa fête de retraite gâchée par un ex-collègue, entré dans l’Histoire comme ordonnateur des soulèvements populaires. 

                La bavure de Dakar – il faut bien l’admettre – est celle de trop !

               

    Omer Nsongo die Lema

  • RDC : une société malade de ses politiciens et de son élite

    RDC : une société malade de ses politiciens et de son élite

    Les Parlemenataires Congolais en plein debat pour adoption
    Les Parlemenataires Congolais en plein debat pour adoption

    -Freddy Matungulu Mbuyamu Ilankir a été ministre de l’Économie, des Finances, et du Budget de la République démocratique du Congo (avril 2001-février 2003).

    J’accuse et je crie ma révolte, au nom de tous les congolais de la majorité silencieuse; de ces compatriotes méritants, indignés et déçus, qui ne comprennent plus ce qui se passe chez nous en République démocratique du Congo et sont à la recherche légitime de nouvelles façons d’être, d’agir, et d’exister. Tous ces nombreux congolais du nord au sud, de l’est à l’ouest, ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur, qui pensent que la dignité, l’excellence et la démocratie peuvent aussi être congolais. Ma révolte entend honorer la mémoire de toutes les victimes de la tragédie congolaise, de même que la bravoure de ces compatriotes de grande référence, d’hier et d’aujourd’hui, qui ont excellé dans leurs domaines professionnels ou ont dit non à la compromission pour que vive la nation congolaise de Kasumbalesa à Gbadolite, et de Boma à Aru, en passant par Kinshasa et Goma.

    La société congolaise est malade ; malade de ses politiciens, malade de son élite, malade de ses antivaleurs. Le Congo plus beau qu’avant dont nous rêvons devient chaque jour plus lointain qu’avant. Je dénonce notre société si avariée qui ne crée finalement plus que de la corruption, de la méfiance, de l’hostilité mutuelle et de la misère. Je dénonce la destruction de notre nation par ceux qui transforment l’homme congolais en être passif, malléable et corvéable à souhait, privé du sentiment d’avoir de la valeur.

    Après chaque victoire décisive sur l’ennemi, les plus vaillants de nos officiers militaires, nos héros, sont systématiquement et impunément éliminés, fauchés comme de l’herbe inutile. Au nom de tous les sans voix, je dénonce ces forfaitures !

    Je dénonce ce débat faux et anachronique sur la révision et le référendum constitutionnels

    Je dénonce cette ‘’élite’’ intellectuelle et politique qui affectionne les titres d’Honorable et d’Excellence, mais qui chaque jour se déshonore en excellant dans toutes les vilénies, absolument toutes, pour parvenir au sommet d’une hiérarchie sociale devenue nauséabonde ou s’y maintenir à tout prix, en entretenant la détresse et la déshumanisation de notre société désemparée.

    Je dénonce ces dirigeants politiques qui, après avoir exclu le peuple du processus de désignation de ses représentants, mettent toute leur énergie à vanter une croissance économique sans pain pour l’homme de la rue, dont ils sont en réalité les seuls vrais bénéficiaires visibles.

    Je dénonce ce débat faux et anachronique sur la révision et le référendum constitutionnels ; référendum que leurs Excellences n’auraient jamais osé envisager si le principe d’un scrutin transparent et équitable était acquis.

    J’appelle la majorité silencieuse de notre peuple et l’ensemble de la communauté internationale au nécessaire sursaut en faveur de la République. À la jeunesse congolaise, à juste titre si frustrée, je rappelle que, comme l’a démontré celle du Burkina Faso, chaque génération a le choix entre trahir et accomplir sa mission, et que si celui qui lutte peut perdre, celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !

    En tant que peuple, nous, congolais, avons la responsabilité collective de forger le chemin qui nous mènera à ce Congo plus beau qu’avant,  pourvoyeur d’harmonie et de prospérité pour la majorité désireuse de travailler dans le respect des lois de la République. Ce chemin ne nous sera pas donné. Notre devoir sacré est de le tailler, au besoin dans la pierre, en  levant nos fronts longtemps courbés !
    Jeuneafrique

  • Portrait: les mille et une facettes de Blaise Compaoré

    Portrait: les mille et une facettes de Blaise Compaoré

    blaise-compaore--Alors que son pays se remet lentement des journées de braise de fin octobre/début novembre, l’ancien président burkinabè a posé ses valises à Yamoussoukro. Retour sur quelques-unes des facettes méconnues du dernier « baobab » d’Afrique de l’Ouest.

    De Yamoussoukro, où il a trouvé refuge après son départ précipité de Ouagadougou, Blaise Compaoré doit se mordre les doigts ! Faute d’avoir écouté ceux qui, comme certains de ses proches et même son épouse ivoirienne, Chantal Terrasson de Fougères, lui conseillaient d’abandonner son projet fou de révision constitutionnelle, il est tombé, comme une mangue mûre. Avec une foule en colère massée aux abords de son palais, il a préféré fuir avant d’être exfiltré en Côte d’Ivoire – suprême injure pour un ex-officier révolutionnaire au nationalisme chevillé au corps – à bord d’aéronefs français. Pitoyable sortie de scène d’un homme naguère sûr de son fait, calculateur et cynique, que rien, ni les tentatives de putsch, ni les mutineries, encore moins les manifestations de rue, ne semblait jusque-là pouvoir ébranler.

    Tout à ses rêves d’omnipotence régionale et à sa quête frénétique du prix Nobel de la paix, il en a oublié ses propres ouailles, l’usure du temps, le ras-le-bol grandissant tout comme l’aspiration irrépressible des nouvelles générations à davantage de liberté. Tel un bateau ivre, le règne de celui qui était encore, il y a peu, le champion toutes catégories des chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest pour le nombre d’années passées au pouvoir, a sombré.

    Défait par la génération internet et les rastas

    Vingt-sept ans de pouvoir, c’est, après tout, un bail ! Lorsqu’il accéda de manière tonitruante à la tête de son pays, le 15 octobre 1987, Ronald Reagan était encore aux affaires. Depuis, George H. Bush, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama se sont succédé à la Maison Blanche. Comme si le temps s’était figé au « pays des hommes intègres », le locataire du palais de Kosyam est resté le même. Il a fallu la détermination de la jeunesse urbaine précédée d’un travail de fourmi de l’opposition pour abattre le dernier baobab ouest-africain et mettre un terme à son entêtement de réviser la Constitution pour s’installer durablement au pouvoir. La génération internet, les geeks, les rappeurs et autres rastas, notamment du « Balai citoyen », ont réussi là où bien des politiques et des mutins ont échoué ces dernières années.

    Curieux destin que celui de ce sexagénaire ayant subtilement troqué le treillis contre un costume européen, au point de faire oublier son corps d’origine. Si l’essentiel de sa carrière militaire et politique et les règlements de comptes sanglants et autres assassinats qui ont accompagné son ascension au pouvoir et émaillé son règne sont connus, les multiples facettes et casquettes du personnage le sont moins.

    Tous les journalistes qui l’ont rencontré un jour vous le diront : Blaise Compaoré ne répondait jamais à une question ou même à une banale interpellation en public sans marquer un temps d’arrêt. Dans son regard, l’on devinait alors qu’il retournait la question dans sa tête, sans doute pour en extirper les pièges éventuels. Constamment sur le qui-vive, le tombeur de Thomas Sankara flairait le guet-apens en tout et partout.

    Une coterie de journalistes à sa dévotion

    A son actif, un côté « gros bosseur » qui lui valait l’admiration même de certains de ses adversaires. Aussi, un bon carnet d’adresses et une connaissance surprenante des rouages complexes de l’économie et des finances ouest-africaines.

    Sérieux, ponctuel, il pouvait donner un rendez-vous deux mois à l’avance et le respecter, à un quart d’heure près. Sur la géopolitique régionale, il n’y avait pas meilleur expert, tout comme d’ailleurs sur les péripéties de la politique intérieure française. Il entretenait de solides réseaux où se croisaient, parfois sans se rencontrer, des officiers, des élus de droite comme de gauche, des notables francs-maçons et des universitaires français conquis par son calme, une certaine rigueur martiale, une bonne connaissance des dossiers, une discrétion à toute épreuve et, ce qui ne gâchait rien, une générosité à la mesure des finances de son pays.

    Après des débuts calamiteux, en termes d’image, le tombeur de Thomas Sankara avait, sur les conseils d’un ami journaliste, appris à utiliser le téléprompteur lors de ses prestations télévisées. Il avait mis en place, en Afrique et bien au-delà, une coterie de journalistes, bien souvent de la gent féminine, qu’il alimentait régulièrement en informations, et qui, en retour, étaient autant d’informateurs appréciés. On l’aura compris : Blaise Compaoré savait se faire du bien en faisant du bien. Et c’est bien ce que lui reprochent ses contempteurs.

    « Un monstre froid ». Ainsi le qualifia un jour, en privé, une dame envoyée au Burkina par une maison d’édition pour nouer un premier contact en vue de rédiger une biographie à sa gloire. Sans doute pour l’impressionner, Blaise Compaoré emmena la visiteuse dans son domaine de Ziniaré, à 35 kilomètres au nord-est de Ouagadougou, où le maître de céans vit entouré d’animaux sauvages. Commentaires de cette dernière, après avoir observé son hôte contemplant d’un regard jouissif un fauve du domaine dévorant une biche prise au piège : « Cet homme n’a pas peur du sang. Pire, cela l’excite. C’est un monstre froid ».

    Surnom : Ravaillac

    « Blaise Compaoré a un sérieux problème avec le sommeil », analyse par ailleurs au téléphone le docteur Mamadou Mbodji, psychologue à Dakar. Surnommé « Ravaillac », du nom de l’assassin du roi de France Henri IV, par ses camarades de lycée, Compaoré eut en effet cette réponse désarmante lorsqu’on lui demanda en octobre 1987 de s’expliquer sur la liquidation de Sankara qu’il considérait, la veille encore, comme « son frère » : « Je ne sais pas ce qui s’est passé, je dormais », lâcha-t-il.

    Lorsque, deux ans plus tard, deux autres de ses frères d’armes et proches compagnons, le commandant Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo, furent sommairement exécutés, Blaise Compaoré se trouvait de nouveau dans les bras de Morphée. « Comment est-ce possible qu’un tribunal révolutionnaire condamne à mort et fasse exécuter les numéros 2 et 3 du régime sans que l’on ne réveille le numéro 1 pour prendre son avis préalable ? », risqua, à l’époque, un journaliste. « Ce sont des jeunes qui assument parfaitement leurs responsabilités », s’entendit répondre l’intéressé. Nouvelle question : « Dans ce cas, ils peuvent bien se lever un matin, se saisir du numéro 1, le juger et le faire exécuter ». Réplique du président du Faso : « Ah non ! Ce sont des jeunes éveillés et responsables… »

    « L’invocation du sommeil permet à Blaise Compaoré de dégager sa propre responsabilité, de se défausser sur autrui, en l’espèce sur sa garde rapprochée, comme si celle-ci pouvait agir à sa guise et à son insu, poursuit le psychologue dakarois Mamadou Mbodji. Mais quand il a fallu modifier la Constitution ou lorsqu’il a fallu prendre la poudre d’escampette, il a curieusement oublié de dormir. »

    La hantise des autres chefs d’Etat

    Redouté au pays, « Ravaillac » donnait des sueurs froides à nombre de ses pairs d’Afrique qui en étaient arrivés à considérer le Burkina comme un sanctuaire de la subversion. Si Kadhafi tenait Compaoré en haute estime, le Béninois Thomas Yayi Boni s’en méfiait comme de la peste. Tout comme les présidents malien, Ibrahim Boubacar Keïta, et nigérien, Mahamadou Issoufou qui critiquaient mezza voce sa duplicité dans la crise au Sahel. Le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz voyait sa main (et celle du très redouté conseiller officieux de Compaoré, Moustapha Chaffi) derrière les multiples tentatives de putsch dans son pays. Le Congolais Denis Sassou Nguesso le tenait à distance depuis l’assassinat de Sankara.

    Depuis sa prison néerlandaise, où il attend d’être jugé, l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo tient pour le principal responsable de ses malheurs un homme qui, à ses yeux, poussait le cynisme jusqu’à proposer ses services après avoir lui-même allumé l’incendie : « J’ai largement versé la dîme pour avoir la paix, mais cela n’a semble-t-il pas suffi », confia Gbagbo à l’auteur de ces lignes lors d’un entretien en juin 2013 à La Haye. Le Guinéen Alpha Condé faisait ami-ami avec Blaise Compaoré tout en maintenant constamment un œil ouvert.

    Il était aussi la bête noire des dirigeants successifs du Nigeria, le « géant » de l’Afrique de l’Ouest, à cause de son activisme dans le conflit libérien et de son soutien avéré au chef de guerre Charles Taylor. Et, même Alassane Ouattara, son généreux hôte du moment qui lui doit en partie son pouvoir, a failli, au début des années 1990, faire les frais d’un coup fourré de ce grand cynique. C’est, du moins, ce que racontait en privé, il y a quelques années encore, l’ancien président ivoirien Henri Konan Bédié, héraut de l’idéologie « ivoiritaire » et longtemps pourfendeur de Ouattara, avant de rallier ce dernier sur le tard.

    Bédié rapporte ainsi qu’avant de nommer Ouattara aux postes de « coordonnateur de l’action gouvernementale », puis de Premier ministre de la Côte d’Ivoire, en 1990, Houphouët envoya des émissaires à Ouagadougou pour s’enquérir de l’avis de Blaise Compaoré. Laconique et énigmatique, comme à son habitude, le Burkinabè demanda alors aux missi dominici si le président Houphouët-Boigny connaissait suffisamment Ouattara pour lui confier de telles responsabilités. De retour à Abidjan, les envoyés spéciaux auraient résumé au « Vieux » l’avis de Compaoré en ces termes : « Il pense que vous devriez vous en méfier ».

    Depuis la chute de leur ténébreux et belliqueux voisin, inutile de dire que, de Cotonou à Nouakchott, en passant par Accra, Niamey, Conakry et Bamako, on a poussé un « ouf » de soulagement. Seuls Alassane Ouattara et le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, qui ont offert l’asile à Compaoré, semblent porter le deuil. Loin des riches lambris et dorures du palais de Kosyam, le cercle des amis, réels ou supposés, a commencé à se rétrécir.


    A Ouaga, comme naguère à Dakar ?

    Beaucoup d’analystes ont comparé, ces derniers temps, les événements du Burkina Faso à la situation qui prévalait au Sénégal avant la présidentielle de 2012. Le raccourci est quelque peu rapide.

    Certes, il y a quelques similitudes. La première se trouve dans la manière dont la population, à Dakar comme à Ouagadougou, s’est soulevée contre des projets jugés périlleux pour la démocratie.

    En 2011, les Sénégalais se sont ainsi opposés à une transmission dynastique du pouvoir entre le président Abdoulaye Wade et son fils, Karim Wade. Devant la furie populaire, le projet a été abandonné.

    Au Burkina, Blaise Compaoré a, un moment, caressé le rêve d’une succession adelphique (d’un frère à un autre) au profit de son jeune frère, François Compaoré. Face à une forte opposition, y compris dans sa propre famille politique, le projet a été enterré.

    Là s’arrêtent les similitudes

    Wade a été démocratiquement élu en mars 2000 face au sortant, Abdou Diouf. On peut certes contester la décision, mais, douze ans plus tard, sa candidature a été bel et bien validée par le Conseil constitutionnel. Et ce sont les électeurs qui, en mars 2012, lui ont indiqué la porte de sortie en élisant Macky Sall. Ce n’est pas la rue qui l’a fait partir.

    Compaoré, lui, est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’état. Il l’a perdu, vingt-sept ans plus tard, après un soulèvement populaire au terme duquel l’armée s’est emparée du pouvoir.

    F.K.

    RFI

  • La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    blaise-La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    Une révolution populaire au goût d’inachevé

    La démocratie politique est-elle un échec africain ou un échec francophone ?

    ‘‘Un fruit ne tombe que lorsqu’il est mûr. Mais, devant l’ouragan ou la tempête de l’histoire, mûr ou pas mûr, il tombe quand même’’, le Maréchal-tyran Joseph Désiré Mobutu Sese Seko du Zaïre, Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, New York, le 4 octobre 1973

    Par Joël Asher Lévy-Cohen *

    Le capitaine de Pô, Blaise Compaoré, est parti ! Qui l’eût cru ? Événement Incroyable pour certains, impensable pour d’autres, l’homme fort d’Ouagadougou est précipitamment éjecté de l’histoire. Comme il y est vraiment entré, diraient certaines mauvaises langues. Par la petite porte. En effet, Blaise Compaoré voulait, à tout prix, modifier les dispositions de l’article 37 de la Constitution qui est, pourtant, la Loi fondamentale du pays pour se représenter, à n’en plus finir, à la tête du Burkina Faso. Malheureusement, en sourd politique, celui-ci n’a pas daigné écouter sa propre population. Il n’a pas voulu prêter l’oreille aux revendications légitimes de l’ensemble de ses compatriotes qui rejetaient, contre vents et marées, l’éventualité de le voir dominer au sommet du pouvoir d’État après vingt-sept ans de règne.

    Oui, Blaise Compaoré est parti. Oui, un dinosaure de la politique africaine vient de s’effacer à jamais. La queue entre les pattes. Celui-ci n’a vraiment pu rien faire ni résister à la soif de démocratie inextinguible, bruyamment exprimée par la très grande majorité de ses Concitoyens. Ce départ on ne peut plus hâtif et surtout chaotique – son mandat aurait échu en 2015 – signifie donc que, ce jeudi 30 octobre 2014, le Continent africain a sans doute vécu un moment historique. Il a écrit ses plus belles pages d’histoire. Ceci à double titre.

    D’abord, Blaise Compaoré est le seul chef de l’État de l’ancienne Haute-Volta, ex-colonie française, qui a régné le plus longtemps. En cinquante-quatre ans d’indépendance, il sera indubitablement resté la moitié de ce temps au sommet du pouvoir. Ce qui est en soi un record absolu. Ensuite, ce dirigeant fort controversé présente cette particularité et cette singularité d’avoir renversé brutalement son propre frère d’armes : l’illustrissime capitaine ‘‘Thomas Sankara’’, dit le ‘‘Che Guevara africain’’.

    Force est de souligner que le progressiste Thomas Sankara qui a trouvé violemment la mort à la suite d’un coup d’État militaire orchestré par la France et mis en œuvre par Blaise Compaoré – aidé, à cet effet, par la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny –, est en réalité le précurseur du socialisme de type bolivarien en Afrique. Ceci bien entendu avant même l’avènement politique du Vénézuélien ‘‘Hugo Chavez de Frias’’. En effet, le ‘‘Che africain’’ avait pratiquement initié, au milieu des années quatre-vingts, une ‘‘révolution populaire’’ substantiellement fondée sur une utilisation rationnelle des ressources humaines et matérielles pour garantir un développement économique autonome – et non point intégré comme c’est le cas au sein de la Françafrique –, et surtout, asseoir un système de progrès social qui rend réellement justice aux masses laborieuses.

    Il sied de noter que la vision politique et idéologique de Thomas Sankara qui affirme une véritable indépendance des pays africains, irritait au plus haut point bon nombre de puissants intérêts étrangers dont l’Afrique s’avère incontestablement le marchepied. Pour ajouter la crainte aux inquiétudes exprimées par l’ancienne puissance coloniale, cette révolution sankariste avait très largement trouvé écho auprès d’une jeunesse africaine autant désœuvrée que déshéritée. Aussi faisait-elle littéralement peur à maints régimes fantoches de la sous-région, d’ailleurs confrontés à un public juvénile récusant le néocolonialisme et son bras armé, la tyrannie.

    Certes, le capitaine Blaise Compaoré est parti. Le peuple trésaille de joie d’autant plus qu’il a réussi historiquement un grand coup. Il a réussi un véritable coup de force en tant que souverain primaire. Celui-ci a mis fin au verrouillage de la démocratie politique par l’installation des dirigeants ou chefs d’État inamovibles. Il importe, à cet égard, de souligner que l’institutionnalisation des présidences à vie en tant que stratégie de confiscation du pouvoir est, en réalité, un vestige du parti unique, une survivance du Parti-État, d’ailleurs, globalement rejeté dans les années quatre-vingt-dix lors de la fameuse période de conférences nationales ayant pour objet la mise en place des sociétés démocratiques en Afrique.

    Toutefois, le départ précipité, hâtif de Compaoré laisse un goût sans nul conteste amer. L’amertume est telle que l’on ne peut vraiment pas s’empêcher de se poser la question de savoir si cette révolution populaire n’a pas été, sans autre forme de procès, confisquée par l’armée…

    Au Burkina Faso, ce scénario n’est pas sans rappeler les contradictions du printemps arabe en Égypte et en Tunisie. Dans ces deux États, les forces armées ont accaparé le pouvoir en lieu et place des manifestants. Il y a lieu d’admettre que la plupart des dignitaires militaires burkinabè qui ont suspendu les institutions politiques et gouvernementales, sont pratiquement tous, sans exception, des créations artificielles du même Blaise Compaoré que la population civile ne voudrait plus voir jouer un quelconque rôle politique. Imaginez alors la suite…

    À cet égard, il convient de mentionner que le Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali n’a jamais été réellement arrêté ni même inquiété. Il se la coule douce en Arabie saoudite ! En Égypte, le vieux lion Hosni Moubarak a été, certes, mis aux arrêts. Cependant, tout le monde sait très bien que le Raïs vit dans une prison dorée.

    Ce qui est sûr et certain, l’Afrique démocratique est corrompue. Elle est très malade. Celle-ci est vraiment moribonde dans les pays d’extraction francophone. Hormis les deux exemples béninois et sénégalais dans lesquels l’alternance politique est pratiquement devenue une culture et le respect de la constitution une tradition, la majorité des anciennes possessions coloniales françaises sont, à n’en pas douter, verrouillées par des systèmes qui détournent impunément le processus électoral. Ces régimes se servent des scrutins non pas pour transformer le quotidien de leurs populations respectives mais plutôt pour se recycler, se blanchir à n’en plus finir et, pourquoi pas, se perpétuer.

    Ceci est vrai du Cameroun de Paul Biya, du Tchad d’Idriss Déby Itno, de la République du Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso, du Togo de Faure Gnassingbe et du Gabon d’Ali Ben Bongo. Sans compter la République démocratique du Congo dont les dirigeants étatiques et gouvernementaux sans doute inspirés par la République populaire de Chine ne croient nullement aux vertus de la démocratie en termes de développement économique de la Collectivité publique et de progrès social du Citoyen.

    Pourtant, en Afrique anglophone, l’alternance démocratique ou le changement de garde politique s’opère généralement sans aucun problème majeur. Tout n’y est pas rose. Ce serait évidemment faux de dire que les couacs n’existent pas. À cet effet, l’exemple kenyan peut être mis en relief. Y compris celui du Lesotho en Afrique australe qui connaît de temps en temps des remous politiques. Il faut également inclure dans cette liste des moutons noirs, la Gambie du président-guérisseur Yahya Jammeh qui prétend soigner les malades ayant contracté le sida, avec une potion magique à base de banane. Toutefois, dans la très grande majorité des États qui se réclament de cette obédience linguistique, il y a au moins la volonté démocratique de respecter les suffrages populaires. C’est-à-dire : ‘‘la souveraineté du Peuple’’.

    Ceci est vrai de l’Afrique du Sud, du Botswana, de la Zambie, de la Tanzanie, du Malawi, de la Namibie, du Nigeria, de la Sierra Leone, du Ghana. Les deux seules exceptions qui confirment sans hésiter la règle démocratique d’alternance et de changement de garde politique, sont bien entendu l’Ouganda de Yoweri Kaguta Museveni dont l’élection présidentielle est souvent sujette à caution et le Zimbabwe de Robert Gabriel Mugabe qui s’accroche au pouvoir après avoir détruit tous les fondamentaux de son indépendance en commençant par la monnaie. Qui dit mieux ?

    • Joël Asher Lévy-Cohen

    Journaliste indépendant

  • Dans la tête de Joseph Kabila

    Dans la tête de Joseph Kabila

    Kabila-main-À deux ans de la présidentielle, le débat sur la réforme de la Constitution se résume à une seule question : Joseph Kabila pourra-t-il briguer un troisième mandat ? À la division de la classe politique répond le silence du président.

    Pour qui circule de jour sur le boulevard du 30-Juin, ruban triomphal de deux fois quatre voies où se croisent SUV dernier cri et autobus urbains flambant neufs importés d’Égypte, l’avenir paraît radieux. Pour qui se perd la nuit tombée dans les embouteillages de la Chine populaire, où les minicars hors d’âge bondés d’humanité s’engluent dans des hordes de piétons trompe-la-mort le long de l’axe menant à l’aéroport de Ndjili, le présent a les couleurs de la souffrance.

    Entre espoir et misère, ainsi vit Kinshasa, cette capitale-Moloch qui engloutit les hommes et les richesses d’un pays-continent dont elle concentre un septième de la population – soit dix millions d’habitants – sans rien lui rendre en retour. Pour les hommes de pouvoir, tenir Kinshasa suffit, mais jamais cette préhension n’aura paru aussi contrastée qu’en ce mois d’octobre 2014, à deux ans tout juste de la prochaine élection présidentielle.

    D’un côté, les résultats macroéconomiques affichés par la RDC ont rarement été aussi prometteurs : un taux de croissance de 7 % à 8 %, une inflation maîtrisée, des salaires régulièrement payés et bancarisés pour les fonctionnaires et les militaires, des grands travaux d’infrastructure et des projets agro-industriels à foison, une monnaie stable, des centaines d’écoles et de centres de santé en chantier et un impressionnant plan de réforme globale de la gouvernance issu de l’accord-cadre pour la paix de 2013, dont les engagements ont, en théorie, valeur impérative.

    Depuis la défaite des rebelles du M23 dans l’Est il y a un an, la situation sécuritaire s’est elle aussi globalement améliorée. Même si les sécessionnistes du chef “Gédéon” Kyungu Mutanga poursuivent leurs exactions dans le triangle de la mort de l’Est katangais et que les rebelles rwandais et ougandais sévissent toujours dans les deux Kivus, le nombre, le pouvoir d’attraction et la capacité de nuisance des milices prédatrices se sont singulièrement réduits, à mesure que s’accroît le niveau opérationnel des forces armées nationales.

     


    Le boulevard du 30-Juin, à Kinshasa.
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    C’est ce côté plein de la bouteille congolaise que met systématiquement en valeur la promotion gouvernementale, tout en reconnaissant, y compris au plus haut niveau, qu’il est impossible de cacher le côté vide : un déficit social encore béant et un climat d’apnée politique, dont la première conséquence est de tétaniser les opérateurs privés, tout en gelant les investissements extérieurs.

     

    Vers une quatrième République congolaise?

    Cette impression d’attente quelque peu paralysante provient de deux facteurs qui s’emboîtent l’un dans l’autre comme une poupée russe. Le premier, c’est ce fameux gouvernement de cohésion aux allures d’Arlésienne, attendu depuis la clôture des concertations nationales il y a un an.

    Conforme à la configuration de l’espace politique congolais, où aucune formation n’est en mesure de détenir seule la majorité absolue au Parlement, il est censé regrouper partis du pouvoir et de l’opposition modérée afin de préparer une séquence électorale apaisée, débouchant sur la présidentielle de 2016.

    Annoncé pour le 15 septembre, il ne sort toujours pas car sa configuration est liée à la fois à la publication d’un agenda précis des multiples consultations à venir – depuis les communales, les provinciales et les sénatoriales jusqu’aux législatives et à la présidentielle à tour unique – et à l’omniprésence d’un second facteur, capital, envahissant, celui de l’éventuelle réforme de la Constitution.

    Le Tout-Kinshasa politique retient son souffle, car nul n’ignore qu’au-delà d’aménagements techniques relativement mineurs et peu sujets à polémique – tels la nationalité ou le mode de scrutin – c’est bien la possibilité ou non pour le président Joseph Kabila de se représenter pour un troisième mandat de cinq ans qui est en jeu. Parmi les proches du chef de l’État, la suppression de l’article 220 de la loi fondamentale adoptée par référendum en décembre 2005 n’est plus un dossier tabou.

    Argument de fond : afin que la RD Congo puisse poursuivre son développement, préserver son intégrité territoriale et renforcer sa sécurité, le fils du Mzee doit pouvoir rester aux commandes au-delà de la prescription des “deux mandats et puis s’en va”, considérée comme verrouillée par la Constitution. Fruit d’une situation d’exception (les accords de Sun City mettant fin à la guerre civile), cette dernière a d’ailleurs vocation à être remplacée, via un référendum populaire, par une autre, donnant naissance à la quatrième République congolaise.

    Si la trame est identique, chacun joue ici sa partition. Le ministre des Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, estime, dans une tribune publiée sur le site jeuneafrique.com qu’”il n’est pas intellectuellement honnête d’affirmer que la possibilité pour un dirigeant de solliciter plus de deux mandats serait assimilable ipso facto à l’avènement d’un système non démocratique”.


    Évariste Boshab, secrétaire général du PPRD
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    Secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), leader de la majorité présidentielle – lequel revendique deux millions de militants -, Évariste Boshab assure de son côté que le souverain primaire qui a décidé de verrouiller l’article 220 “peut aussi bien le déverrouiller”. “À moins de croire, ajoute-t-il, que le peuple n’est pas suffisamment éclairé pour opérer des choix conséquents, autant s’en tenir à sa sanction que de décider à sa place.”

    “S’ingérer en RD Congo, c’est ouvrir la boîte de Pandore”

    Président de l’Assemblée nationale, originaire du Bandundu, le juriste Aubin Minaku insiste de son côté sur le fait que Joseph Kabila est le seul à maîtriser l’équilibre d’un pays toujours volatil, alors que le sécurocrate Kalev Mutond, patron de l’Agence nationale de renseignements, met en avant les piètres résultats de la communauté internationale chaque fois qu’elle a prétendu imposer ses propres règles dans les pays du Sud : “S’ingérer en RD Congo, c’est ouvrir la boîte de Pandore.”

     


    Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    Très à l’aise enfin dans son rôle de voltigeur de pointe, le patron de presse Tryphon Kin-Kiey Mulumba, fondateur du Soft, ministre des Télécoms et des Nouvelles Technologies, se veut encore plus explicite. Il a créé le club de réflexion Kabila Désir, dont le message s’adresse aussi bien à une diaspora traditionnellement favorable à l’opposition qu’aux Congolais de l’intérieur et dont l’antienne interprétée en lingala sur un rythme de rumba par la star Tshala Muana est sans équivoque : “Nous ne sommes pas encore rassasiés de toi Kabila, notre envie de toi n’est pas encore passée.”

    Le registre sur lequel opère la garde rapprochée du chef emprunte largement à une récurrence de l’histoire du Congo indépendant : le nationalisme, la volonté d’être enfin maître de son destin, de combattre l’impuissance et la mésestime de soi, de sortir une fois pour toutes de cette culture débilitante de la prise en charge par le monde extérieur des maux qui minent le pays. Un peu à part, mais à part entière dans le carré des gardiens du temple kabiliste, se tient Augustin Matata Ponyo, 50 ans, Premier ministre depuis 2012. En sursis certes, car nul n’ignore que le futur gouvernement de cohésion nationale finira par se faire sans lui, mais toujours droit dans ses bottes.


    Le Premier ministre actuel, Augustin Matata Ponyo
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    Dans le jardin qu’il a fait aménager en face de la primature, le long du fleuve, cet ancien cadre de la Banque centrale, originaire du Maniema, économiste passé par le ministère des Finances, a fait ériger les bustes de tous ses prédécesseurs depuis les gouverneurs généraux belges jusqu’à lui-même, en passant par Lumumba, dont l’effigie trône également dans son propre bureau. Mais il a, d’ores et déjà, réservé pour son successeur un socle surmonté… d’un point d’interrogation.

    Sa partition à lui, c’est celle de l’excellence et de l’élitisme. Au bureau avant l’aube, il convoque ses visiteurs dès 6 heures du matin et ne déteste pas que cela se sache, fait évaluer les performances des membres de son cabinet par les experts français de KPMG (“ceux qui ont moins de 55 % de taux de satisfaction sont écartés”), porte invariablement une cravate rouge, a refusé de se faire élire député “pour ne pas avoir à siéger dans une telle assemblée” et n’hésite pas à s’opposer aux généraux ou à tel ou tel membre de la famille présidentielle, en délicatesse avec les règles de la bonne gouvernance.

    Les bailleurs de fonds attribuent volontiers à Matata, survivant du crash de l’avion qui coûta la vie à l’éminence grise Augustin Katumba Mwanke en février 2012, la paternité des bons résultats macroéconomiques de la RD Congo – en oubliant un peu vite que ce technocrate, qui ne cache guère le mépris que lui inspirent les jeux politiciens, n’est là que par la seule volonté du président (ce qu’il reconnaît d’ailleurs volontiers).


    Vital Kamerhe, ancien proche collaborateur du président
    © Vincent Fournier / Pour J.A

    La politique, une défense d’intérêts particuliers

    Les a-t-il trop laissé dire ? C’est possible, car le Premier ministre n’a pas que des amis, surtout dans son propre camp. Et comme à Kinshasa tout se retrouve instantanément dans la rue, il est de notoriété publique que Matata et le ministre du Budget Daniel Mukoko Samba ne se parlent plus – ce dernier est d’ailleurs banni des réunions de cabinet à la primature – et qu’un conflit sérieux l’oppose au président du Parlement, Aubin Minaku.

    Lorsque ce dernier a vu à la télévision un film sur les grands chantiers, dans lequel son rival semblait tirer un peu trop la couverture à lui, il en a aussitôt fait part à Joseph Kabila. Lequel a dû convoquer le 7 octobre une réunion du bureau politique de la majorité présidentielle dans sa ferme de Kingakati, à 80 km de la capitale, au cours de laquelle chacun a vidé son sac.

    Pour l’occasion, face à des hommes tous plus âgés que lui, le fils du Mzee s’est mué en mwalimu (“instituteur”), gourmandant les uns et calmant les autres. Ce n’est un secret pour personne en effet que les fortes personnalités de l’entourage du chef ne s’entendent guère entre elles, le cas le plus étrange étant celui de son propre conseiller spécial en matière de sécurité, Pierre Lumbi, dont le parti, pourtant membre de la majorité présidentielle, s’oppose à toute révision de la Constitution.

    Rien de nouveau dans ce constat certes, mais un impératif : remettre de l’ordre dans la perspective de 2016. Face à Joseph Kabila, dont le score au précédent scrutin présidentiel n’a pas atteint la barre des 50 %, se dresse l’autre moitié du Congo, celle qui vote pour une opposition composite, divisée, mais déterminée. Dans ce maquis de formations scissipares dont les leaders, de par leur comportement et leur positionnement changeants, rappellent chaque jour aux Congolais que la politique ici est d’abord la défense d’intérêts particuliers, se distinguent deux grands pôles : celui qui s’est résolu à collaborer avec le régime en espérant qu’il tire pour lui les marrons du feu et celui dont l’obsession est de s’installer à sa place. Ancien Premier ministre de Mobutu dans les années 1980 et 1990, Léon Kengo wa Dondo, 79 ans, est la figure référente du premier pôle.

    L’actuel président du Sénat, qui s’impatiente de voir ses poulains intégrer le haras du gouvernement de cohésion nationale, prône une opposition “républicaine” et modérée, avec un oeil sur sa propre candidature à la présidentielle – une perspective qu’il juge “prématurée”, manière de signifier qu’il ne l’exclut pas. Sa position dans le débat sur la Constitution est toute en nuances : “Je suis contre une révision du texte en vigueur, en particulier de l’article 220″, explique celui qu’un dazibao accroché au mur de son salon qualifie d’”icône”. “Maintenant, si le camp présidentiel veut une autre Constitution, qu’il le dise clairement, nous en discuterons.” Toujours laisser une porte ouverte à double battant, côté pouvoir comme côté opposition, ainsi est Kengo.

    Interrogé sur un éventuel glissement du calendrier électoral, hypothèse de rechange fréquemment évoquée à Kinshasa et qui aurait pour conséquence de repousser l’échéance suprême à 2018, voire au-delà, le natif de Libenge, sur les rives de l’Oubangui, répond à sa manière : “Le préalable impératif à toute élection, c’est un recensement sur la base duquel sera élaboré un nouveau fichier électoral incontesté.” Dans un pays de 2,3 millions de km², peuplé de 70 millions d’habitants, une telle opération pourrait prendre deux, voire trois ans et être achevée à temps, à condition de la démarrer immédiatement et d’en trouver le financement.

    Autant dire que, sans l’avouer, le très consensuel Kengo wa Dondo n’est fermé à aucune éventualité. rupture totale. Cette notion, finalement très bantoue, de la convivialité n’est en rien partagée au sein de l’autre pôle, celui d’une opposition radicale en totale rupture avec le pouvoir. Difficile de s’y retrouver dans l’entrelacs mouvant des sigles et appellations de ceux dont le but essentiel est de “dégager” Joseph Kabila.

    À moins d’être initié, l’éventail formé par sa soixantaine de partis ou associations de la société civile est en effet indéchiffrable. Mieux vaut donc s’attacher aux personnes, chaque parti ou front étant en l’occurrence un regroupement régional, voire familial, autour d’un entrepreneur politique. Jean-Pierre Bemba et Étienne Tshisekedi durablement hors-jeu, le premier pour crimes de guerre dans une cellule de la Cour pénale internationale et le second pour cause de grand âge et de maladie dans un appartement bruxellois, place à la nouvelle génération des anti-Kabila irréductibles.

    >>> Lire auss: l’interview de Félix Tshisekedi


    Félix Tshisekedi qui fait partie du camp de l’opposition
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    Du vibrionnant Vital Kamerhe, ancien “attaquant de pointe” polyglotte de Joseph Kabila passé par la présidence de l’Assemblée nationale avant de couper le cordon ombilical, au fils à papa Félix Tshisekedi que sa maman aimerait tant voir succéder au “líder máximo” à la tête de l’historique Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), en passant par un autre “fils de”, Nzanga Mobutu, sans oublier l’homme d’affaires et ancien collaborateur du groupe pétrolier ExxonMobil Martin Fayulu et une dizaine d’autres leaders, cette opposition-là ne communie que dans l’intransigeance : on ne touche pas à la Constitution et Joseph Kabila Kabange – considéré comme “illégitime” depuis la présidentielle de 2011 – est prié de faire ses valises dans deux ans.

    Destination, si l’on suit dans sa démarche passablement surréaliste le trio Tshisekedi-Kamerhe-Fayalu, qui a adressé en juillet une demande en ce sens au Conseil de sécurité de l’ONU : la Cour pénale internationale (CPI), pour “crimes contre l’humanité”, rien de moins. Tous, évidemment, ne sont pas d’accord avec cette guerre à outrance : Samy Badibanga, qui préside le groupe des députés UDPS au Parlement (une participation aux institutions qui lui vaut d’être quasi excommunié par le clan Tshisekedi) juge ainsi “aberrant” ce recours à la CPI et insiste au contraire pour qu’après son départ du pouvoir Joseph Kabila soit nommé sénateur à vie et entouré de toutes les garanties d’immunité nécessaires.


    Le cardinal Monsengwo
    © Gwenn Dubourthoumieu / Pour J.A

    Cet opérateur privé, qui a monté une belle affaire d’import-export entre Bruxelles et Kinshasa, plaide également pour une direction collégiale de son parti, seule à même de recoller les pièces du puzzle UDPS après l’effacement de son fondateur. Compliqué… cénacle. Pour fédérer cette opposition au sein de laquelle on retrouve tout et son contraire – patriotisme, xénophobie, népotisme, démocratie, tribalisme, violence et non-violence – une autorité morale est apparue ces derniers mois, à la fois masquée et omniprésente : le cardinal Laurent Monsengwo. Ce prélat de 75 ans, originaire du Bandundu et membre du cénacle fermé des conseillers du pape François chargé de réformer la Curie romaine, a toujours été une éminence très politique.

    L’archevêque de Kisangani qui présida la Conférence nationale puis le Haut Conseil de transition au cours des années 1990, l’homme qui fit plier Mobutu, a conservé de cette période la nostalgie des faiseurs de rois et une défiance à l’égard de tout pouvoir qui n’aurait pas la bénédiction de l’Église. Contrairement à Kengo wa Dondo puis à Jean-Pierre Bemba, qui tous deux eurent les faveurs du prélat, Joseph Kabila n’est pas catholique, mais fidèle de l’Église du Christ au Congo, d’obédience protestante, et son épouse, Olive, fréquente les Églises du Réveil.


    Olive Lembe Kabila, lors d’une marche pour les droits des femmes, en 2010.
    © Gwenn Dubourthoumieu / AFP

    Le couple n’est donc pas de ses ouailles, au point qu’il a pris le risque à la mi-septembre de faire publier depuis Rome, via la conférence épiscopale nationale du Congo, une lettre cinglante de défiance à l’encontre de tout projet de réforme de la Constitution, lue à travers toutes les églises du pays. Un risque, car en déplaçant ainsi la chapelle du centre du village, le cardinal a fait ressurgir le vieux clivage est-ouest parmi les quelque 28 millions de catholiques du Congo : au Katanga, au Maniema, dans les deux Kivus et dans une partie de l’Oriental, les évêques et les fidèles grognent.

    “Monsengwo est en rupture avec tout ce qui, de près ou de loin, apparaît comme lié à Kabila”, commente un diplomate en poste à Kinshasa. “Il entretient ainsi des rapports exécrables avec le président de la Commission électorale nationale indépendante, l’abbé Malu Malu, pourtant son subordonné et qui le lui rend bien. En réalité, le principal opposant au président, c’est lui. Mais son parti, l’Église, n’est pas uni.” Une médiation entre les deux hommes est-elle encore possible ? Le président congolais Denis Sassou Nguesso, dont le cardinal est très proche, serait dit-on disponible pour la mener. Joseph Kabila est, comme on l’imagine, demandeur.

    Mais celui qui fut en son temps le premier Africain docteur en écritures saintes à Rome et dont le frère, François Kaniki, sénateur proche de Kengo wa Dondo, est un homme d’affaires prospère de la capitale, est un personnage altier et parfois immodeste qui, il y a dix ans, déclarait que son pouvoir ecclésiastique était “mille fois supérieur au pouvoir politique”. Il n’était alors qu’archevêque. Désormais revêtu de la pourpre cardinalice, Laurent Monsengwo Pasinya, l’enfant de Mongobelé, a dû multiplier ce chiffre par dix…


    Joseph Kibula et John Kerry, secrétaire d’Etat américain, au Palais de la nation, en mai 2014.
    © Saul Loeb / AFP

     

    La communauté internationale sur la même ligne que l’opposition congolaise

    Reste, bien sûr, la communauté internationale, acteur majeur en RD Congo depuis l’indépendance, pour le meilleur comme pour le pire. À y voir de loin, elle est sur la même ligne que l’opposition : on ne touche pas à la Constitution. À y regarder de plus près, les choses sont moins simples. Certes, les Américains et en particulier l’envoyé spécial de Barack Obama pour la région des Grands Lacs, Russ Feingold, ancien sénateur et archétype de l’aile gauche du parti démocrate, ne cachent pas leur détermination de voir Joseph Kabila se retirer du pouvoir à l’issue de la prochaine élection.

    Les Britanniques et les Belges estiment eux aussi qu’on ne change pas les règles du jeu au milieu de la partie, mais ils y mettent les formes et se refusent à faire de la RD Congo un cas d’école. Les Français, eux, ne disent rien publiquement, même s’ils partagent en off un souci identique. “Le président Hollande n’évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l’abordent en premier”, confie-t-on à l’Élysée.

    Résultat : lors de la dernière visite de Kabila à Paris en mai, il a été question de Total, d’Air France, d’Orange ou de GDF-Suez beaucoup plus que de politique. Confortés par la position de non-ingérence de la Chine, de l’Inde et du Brésil, encouragés par l’amorce d’un “front du refus” aux injonctions occidentales mené par l’Afrique du Sud, l’Angola et l’Union africaine, les dirigeants congolais savent très bien que les immenses richesses de leur pays interféreront toujours avec les discours des étrangers, y compris les plus radicaux.

    Ambassadeur itinérant très proche de Kabila, dont il est un peu le sherpa à l’international, Séraphin Ngwej vit presque quotidiennement cette étrange schizophrénie diplomatique : “Ce que nos interlocuteurs disent le jour, ils ne le répètent pas la nuit. Une fois les micros débranchés, le discours n’est plus le même.”

    Il apparaît ainsi de plus en plus évident que les partenaires occidentaux de la RD Congo pourraient s’accommoder d’un glissement du calendrier démocratique, le temps d’établir un nouveau recensement, le temps aussi de réunir les quelque 750 millions de dollars (plus de 590 millions d’euros) nécessaires au financement de la séquence électorale.

    En ce mercredi 8 octobre, après avoir inauguré une nouvelle aile du mythique Grand Hôtel, Joseph Kabila décide de rentrer à pied chez lui. Située à quelques centaines de mètres de là, sur une petite presqu’île noyée de verdure et léchée par les eaux du fleuve nourricier, sa résidence n’a rien du palais qu’habitait Mobutu. Un court de tennis, une piscine, quelques jeux de plein air pour Laurent-Désiré, 6 ans, le cadet de la famille et un dispositif de sécurité somme toute léger par les temps qui courent.

    Joseph Kabila en route vers 2016

    À quoi pense-t-il, cet homme de 43 ans, alors qu’il marche sur le ruban de goudron ensoleillé, entouré de ses gardes du corps ? À la prédiction du prophète Simon Kimbangu, “l’envoyé du Dieu tout-puissant”, le pape de Nkamba, réduit au silence par les colons et qui affirma un jour de la fin des années 1940 que le quatrième président du Congo libéré serait un homme jeune et qu’il accomplirait des miracles ?

    À l’impossibilité de gouverner un pays-continent gangrené par des décennies de mégestion érigée au niveau des beaux-arts et où, toujours, quelque part, il se passe quelque chose de répréhensible que les ONG et les “nokos” blancs ne manqueront pas de relever, eux dont les convoitises ont fait tant de mal ? Ou, plus prosaïquement, est-il en train de calculer les prochains épisodes de la stratégie combinatoire qui le conduira vers 2016 et peut-être au-delà ?

    Il y a quelque chose d’asiatique autant que d’africain derrière le masque impénétrable de celui qui pratique la politique à la manière d’un joueur de go. L’adversaire n’est pas pour lui un ennemi que l’on écrase, mais une force que l’on encercle, que l’on paralyse, que l’on étouffe. La gestion du temps et du silence joue ici un rôle capital, et tant mieux si celui qui vous fait face de l’autre côté du tablier vous sous-estime – ce qui a longtemps été le cas.

    Quels que soient les signes avant-coureurs donnés par ses partisans dans le sens d’une candidature annoncée, laquelle pourrait être rendue possible dès l’année prochaine via un référendum sur la Constitution, que le camp présidentiel n’envisage pas un instant de perdre, Joseph Kabila ne se prononcera donc sur ses propres intentions qu’au dernier moment – sans doute pas avant juin 2016, soit à six mois de l’échéance officielle.

    À moins que tout bouge encore pour que rien ne change et que le calendrier dérape. Une seule chose est sûre, en réalité : rien ne pourra se faire contre cet homme qui tient l’armée “utile”, contrôle les provinces – y compris le riche Katanga dont le gouverneur, Moïse Katumbi, a un pied de part et d’autre de l’échiquier politique – et commence à se constituer un bilan présentable tout en étant le seul à pouvoir réunir les 30 millions de dollars (minimum) requis pour mener en RD Congo une campagne électorale digne de ce nom. Rien sans lui, certes. Avec lui ? C’est une autre histoire, dont seuls les génies du fleuve détiennent la clé.

    Par François Soudan
    Jeuneafrique