Le retrait par étapes de la chancelière Angela Merkel de la vie politique, annoncé officiellement le 29 octobre, au lendemain de la débâcle électorale de son parti (CDU) en Hesse, s’affiche à la une de toute la presse allemande ce mardi.
“Coup de tonnerre politique à Berlin. Merkel au terme de son pouvoir”, titre Bild. Le tabloïd invite parallèlement les électeurs qui s’étaient éloignés de la CDU au profit de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite) à revenir plus au centre. C’est, explique-t-il, “une part de l’héritage d’Angela Merkel que d’avoir fait grimper l’AfD, un parti où s’affirment la banalisation de l’Holocauste et le racisme”.
“Merkel décroche”, titre plus sobrement Der Tagesspiegel, avec une photo qui remonte au tout début de la carrière politique de celle qui aura eu pour “postulat : le pragmatisme”, résume le quotidien berlinois.
La CDU à la croisée des chemins
“Où vas-tu CDU ?”,se demande Die Welt. Après avoir été présidé pendant 18 ans par Angela Merkel, estime le quotidien conservateur, il faut désormais se demander “de quelle CDU le pays a besoin. C’en est fini de l’ère sans alternative possible. Le parti devra décider de sa future orientation politique.”
À la veille du congrès, qui se tiendra les 7 et 8 décembre à Hambourg, les candidats à la présidence du parti se pressent et vont se livrer une “lutte de pouvoir pour la succession de Merkel”, met en avant le quotidien régional Neue Ruhr Zeitung.
Horizon 2021 à la chancellerie
Bien qu’elle ne se présente pas à sa propre succession à la tête du parti en décembre, Angela Merkel entend bien terminer son mandat de chancelière à la date prévue, en 2021. “Elle ne briguera plus la chancellerie [à cette date]. Mais pourra-t-elle rester si longtemps au pouvoir ?”,s’interroge la Berliner Zeitung. Les turbulences au sein de la GroKo [grande coalition] à Berlin font planer le doute sur la longévité de la coalition CDU–CSU et SPD.
Une dirigeante historique
Pour die tageszeitung (taz), c’est un vent de nostalgie qui souffle à la une. Mais même dans ce “moment fort [qui fait] entrer Angela Merkel dans l’histoire”, la taz ne se prive pas de son humour coutumier : “Elle y est arrivée. Elle décroche”, , dans une allusion transparente au tournant de la politique migratoire pris en 2015 (“Nous y arriverons !”). Et de prédire, après avoir salué cette “très grande finale” qui inspire le respect : “De manière inattendue et avec une grande dignité, la chancelière Merkel a annoncé son retrait de la vie politique. Nous aurons de quoi la regretter.”
Angela Merkel a déclaré qu’elle ne briguerait plus aucun mandat politique.
Actuellement, ces crimes et délits sont prescrits au bout de cinq à dix ans, mais l’exécutif veut durcir la loi, suivant l’exemple notamment du Royaume-Uni.
Le gouvernement socialiste espagnol a annoncé, lundi 29 octobre, une prochaine réforme du Code pénal pour en finir avec la prescription des crimes et délits sexuels commis sur des mineurs. “Ce qui les mettrait sur le même plan que les assassinats terroristes et les délits de génocide et de crimes contre l’humanité”,commente le quotidien El País.
Actuellement, en Espagne, les délais de prescription en la matière commencent à courir à partir du moment où la victime atteint 18 ans. Les délits et crimes sexuels sur mineurs sont alors prescrits au bout de cinq à quinze ans, selon la gravité des cas. “Ce qui signifie que, au maximum, le délit est prescrit quand la victime atteint l’âge de 33 ans, poursuit El País. Mais la majorité des victimes mettent des années pour assimiler les agressions et pour pouvoir les raconter, donc souvent les coupables ne sont pas inculpés.”
Une réforme contestée par certains juristes
Le journal rappelle que les débats sur la prescription n’existent pas seulement en Espagne, et cite notamment le cas du Royaume-Uni, où l’imprescriptibilité existe déjà, et celui de la France “qui vient d’approuver une loi qui prolonge la prescription de vingt à trente ans”.
Mais cette future réforme est contestée par certains juristes. “Ils pensent qu’il est très compliqué de prouver des faits remontant à cinquante ans”, poursuit El País, et que cette modification du Code pénal ouvrirait la porte à d’autres exceptions, ce qui mettrait en cause le principe même de prescription, donc “l’idée que la responsabilité pénale a une limite temporelle”.
En conclusion, El País cite Borja Mapelli, professeur de droit pénal à l’université de Séville :
Pourquoi les agressions sexuelles sur mineurs et pas d’autres délits ? Ce serait une sorte de condamnation à perpétuité occulte.”
Baisses d’impôts et investissements dans le système de santé : le ministre des Finances britannique a relâché lundi la pression des politiques d’austérité mises en place depuis 2010. Un choix salué par la presse conservatrice, mais dont la presse de gauche déplore le manque d’ambition.
“Le ministère des Finances devait initialement présenter le budget mercredi 31 octobre, commence The Guardian. Jusqu’au moment où on lui a fait remarquer que c’était tendre le bâton pour se faire battre et que la presse se délecterait de titres bourrés de références à Halloween. D’autant qu’il le faut dire, le ministre ressemble un peu trop aux membres de La Famille Adams.” Au contraire, “Philip Hammond aurait sans doute préféré repousser la date de plusieurs mois, jusqu’au printemps”, poursuit le quotidien classé à gauche.
Car ce lundi, Philip Hammond a présenté le dernier budget avant la sortie de l’Union européenne, prévue le 29 mars prochain. Un exercice “digne d’un numéro d’équilibriste” en pleine période d’incertitude, note le Financial Times. Alors qu’un accord de divorce avec Bruxelles se fait toujours
Ces décisions de justice sont les premières poursuites majeures engagées dans le cadre de l’opération « Stovewood », portant sur une vaste affaire d’exploitation sexuelle de mineures dans le Yorkshire.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 20h21, mis à jour à 20h21
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Les premières condamnations tombent après la découverte, il y a quelques années, d’un scandale d’abus sexuels dans le Yorkshire. Lundi 29 octobre, sept hommes, membres d’un même gang, ont été reconnus coupables d’avoir violé et exploité sexuellement des adolescentes à Roterham, au nord de l’Angleterre.
Ces décisions de justice sont les premières poursuites majeures engagées dans le cadre de l’opération « Stovewood », une enquête de la National Crime Agency (l’agence britannique de lutte contre le crime, NCA) portant sur une vaste affaire d’exploitation sexuelle de mineures dans le Yorkshire. L’enquête avait été lancée après qu’un rapport rendu en 2014 à la suite d’une enquête publique avait révélé l’ampleur des faits, survenus entre 1997 et 2013, et l’échec de la police et des services sociaux à y mettre fin. Au total plus de 1 500 victimes ont été identifiées.
Le gang était composé d’hommes originaires du Pakistan, âgés aujourd’hui d’une trentaine d’années, qui s’en prenaient à des adolescentes « ciblées » et « dans certains cas, soumises à des actes dégradants et violents », a expliqué la procureure Michelle Colborne. Les jeunes filles étaient alcoolisées, droguées et victimes de viol collectif. Une des victimes est tombée enceinte après avoir été violée à quatorze ans par plusieurs hommes dans une forêt, qui l’ont menacée de l’y abandonner si elle refusait de se plier à leurs ordres. Ses parents l’ont ensuite forcée à avorter.
Plusieurs condamnations en octobre
« Les filles étaient fascinées par des hommes asiatiques plus âgés, des hommes qui avaient une voiture », a déclaré la procureure. « Elles pensaient qu’ils menaient la grande vie » et « aucune n’avait la maturité de réaliser qu’elles étaient manipulées et exploitées ». Pour Robin Pearson, responsable des enquêtes de la NCA pour l’opération « Stovewood », les accusés sont des « prédateurs » ; « aucun n’avait exprimé de remords. »
Depuis le début du mois d’octobre, une vingtaine d’hommes ont également été condamnés pour viols et agressions sexuelles graves sur des mineurs. Quatre hommes ont été condamnés le 8 octobre par le tribunal de Leeds pour de multiples agressions contre des jeunes filles dans la région d’Huddersfield, dans le Yorkshire de l’Ouest, au nord de l’Angleterre, entre 2004 et 2011.
Seize autres hommes avaient précédemment été condamnés par le même tribunal lors de deux précédents procès. Le chef du groupe, Amere Singh Dhaliwal, un père de famille de 35 ans, a été condamné à la prison à vie avec une période de sûreté de 18 ans. Il a été reconnu coupable de 54 infractions, dont 22 viols envers onze adolescentes.
« Ces hommes ont délibérément pris pour cible des victimes vulnérables, les manipulant et les exploitant pour leur propre satisfaction sexuelle », a déclaré Michael Quinn, du Crown Prosecution Service (CPS), service chargé de l’accusation au Royaume-Uni, cité dans un communiqué.
Angela Merkel, 64 ans, dont treize au pouvoir en Allemagne, a longtemps paru indétrônable. Mais des crises à répétition au sein de sa coalition et les critiques contre sa politique migratoire ont fini par fragiliser irrémédiablement la chancelière allemande.
Quelques heures plus tôt, la plus ancienne dirigeante européenne en exercice avait annoncé à ses troupes qu’elle quitterait en décembre la présidence du parti conservateur, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU). Un premier pas vers la fin de sa carrière politique. Retour sur les trois années qui ont isolé politiquement la chancelière allemande.
Automne 2015 : Merkel accueille près de 900 000 demandeurs d’asile
C’est à l’automne 2015 que tout a basculé. A la tête de l’Allemagne depuis dix ans, Angela Merkel décide d’ouvrir son pays à 890 000 demandeurs d’asile fuyant la guerre en Syrie ou la pauvreté. Malgré les inquiétudes de l’opinion, elle promet de les intégrer et de les protéger. « Wir schaffen das » (nous y arriverons), assure-t-elle au plus fort de la crise des réfugiés.
Cette décision historique, prise sans avoir véritablement consulté ses partenaires européens, divise autant au sein de l’Union européenne que les Allemands eux-mêmes. Fin 2015, celle qui fut un temps dépeinte en nazie en Grèce pour son inflexibilité financière face à Athènes, est ironiquement surnommée « Mère Angela », en référence à mère Teresa, par le magazine Der Spiegel.
Septembre 2016 : battue dans sa circonscription par l’extrême droite
Sa politique d’ouverture lui vaut d’être qualifiée « chancelière du monde libre » par le Time en décembre 2015. Un an plus tard, après le séisme Donald Trump, Angela Merkel apparaît à certains observateurs comme un antidote à la montée des populismes. Mais la crise migratoire inquiète, la peur de l’islamisme et des attentats djihadistes s’installent, et l’électorat conservateur allemand se détourne en partie vers l’extrême droite.
Le 4 septembre 2016, lors d’élections régionales du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le parti anti-immigration Alternative pour l’Allemagne (AfD) devance la CDU de la chancelière allemande dans son fief électoral. La claque est brutale pour Mme Merkel. Cette année-là, l’Allemagne accueillera 280 000 demandeurs d’asile.
Septembre 2017 : l’AfD fait son entrée au Bundestag
Le 24 septembre 2017, c’est un tabou de l’après-guerre qui tombe. Avec 94 élus, la formation d’extrême droite fait une entrée historique au Parlement à la faveur des élections législatives.
La percée de l’AfD a été permise par l’effondrement des deux grands partis traditionnels. La CDU (conservateurs) et le SPD (sociaux-démocrates) ne totalisent à eux deux que 399 sièges au Bundestag, soit 56 % du Parlement. Il faut remonter à 1949, où ils ne détenaient que 67 % des sièges (avec 277 députés sur 410), pour retrouver un score aussi faible.
Mais la recette du compromis permanent concoctée sous l’égide de la chancelière a fini par lasser les électeurs dans un monde politique allemand atomisé et électrisé par l’irruption du discours antimigrant porté par l’extrême droite . En conflit répété sur la politique d’asile avec son ministre de l’intérieur et patron de la droite bavaroise, Horst Seehofer, Mme Merkel voit son étoile pâlir.
La chancelière lutte aujourd’hui pour le maintien de sa coalition avec le Parti social-démocrate, mais celle-ci apparaît au bord de l’implosion à la suite des échecs électoraux des deux partis en Hesse et en Bavière. Un départ du SPD de la coalition signerait la fin du gouvernement actuel et probablement celle de la carrière politique d’Angela Merkel.
Même si, en général, elle ne doute guère de « l’envie » du président Bouteflika et de son entourage « d’aller » au cinquième mandat, cette classe politique préfère attendre une annonce formelle de l’intéressé, tant il est compliqué de décrypter ce qui se passe au sein du pouvoir avec la vague d’incarcérations de généraux et l’épisode du débarquement du président de l’Assemblée nationale la semaine passée.
Aucun candidat sérieux ne s’est déclaré
L’annonce de Djamel Ould-Abbès n’a rien de nouveau. Celui-ci s’était déjà engagé en avril à « transmettre au président de la République les souhaits et le désir des militants de le voir poursuivre son œuvre ». Les partis dits de « l’allégeance », le FLN et le Rassemblement national démocratique (RND) notamment, ainsi que le patronat (Forum des chefs d’entreprise) et l’ex-syndicat unique (UGTA) ont multiplié les appels au chef de l’Etat. La campagne « pour la continuité » s’est intensifiée au cours des derniers mois.
Pour beaucoup d’observateurs, la cause est entendue. Au point qu’à six mois de l’élection présidentielle, aucun autre candidat sérieux ne s’est déclaré. L’expérience d’Ali Benflis, ancien chef de gouvernement qui a joué à deux reprises – malgré lui sans doute – le rôle de « lièvre » de Bouteflika reste très dissuasive.
La perspective d’un cinquième mandat est si forte qu’elle a poussé le général à la retraite Rachid Benyelles à publier, le 18 octobre, dans les colonnes du Quotidien d’Oran une nouvelle « Lettre à ceux qui détiennent le pouvoir ». Estimant que l’Algérie est devenue « l’homme malade de l’Afrique », l’ancien général a exhorté « ceux qui détiennent le pouvoir […] de se démarquer par rapport au projet absolument insensé de reconduire un grand malade octogénaire pour un cinquième mandat ». Sa supplique a cependant peu de chances d’être entendue par les hauts dirigeants de l’armée, à qui le message est d’évidence adressé.
D’autant que l’absence physique du président Bouteflika est palliée par des cérémonies surréalistes organisées autour de ses portraits. Tendance relevée dès avril par le HuffPost Algérie qui constatait que ce « nouvel exercice de l’allégeance au portrait du président Abdelaziz Bouteflika [qui] n’est énoncé par aucun protocole […] commence en réalité à prendre les allures d’un culte rituel ».
« Nous ne sommes pas tenus de participer à leur cirque »
La résistance à un cinquième mandat ne vient pour l’instant que d’un mouvement, non agréé, Mouwatana (« citoyenneté »), qui tente difficilement de faireentendre sa voix. Le jeune groupe, rassemblant des militants politiques et des membres de la société civile, veut « hâter » la fin du régime et « préparer les conditions d’une transition pacifique ». Il a lancé, le 26 mai, un appel solennel au président Bouteflika à renoncer à un cinquième mandat.
Affaiblis et sans marge dans un jeu politique verrouillé, les partis d’opposition classiques attendent, eux, avec résignation et fatalisme que le président affiche ses intentions. Pour l’heure, face à la multiplication des prises de parole des partis de « l’allégeance », ils refusent de s’emballer. « Djamel Ould-Abbès a fait une déclaration du FLN, nous ne sommes pas tenus de réagir et de participer à leur cirque. On attendra qu’il [se déclare] lui-même », nous a indiqué un député de l’opposition en relevant que le mois d’avril 2019 est « encore loin ».
Le dispositif de reconduction du président Bouteflika, en poste depuis avril 1999, est bien en place. La seule incertitude planant sur ce possible cinquième mandat est l’état de santé du chef de l’Etat. Le site Tout sur l’Algérie (TSA) le rappelle : « Si la volonté d’Abdelaziz Bouteflika et de son entourage de rester aux affaires pour cinq années de plus est presque une lapalissade, l’évolution de l’état de santé du président demeure la grande inconnue qui échappe à tout le monde, à commencer par ceux qui, depuis sept mois, rivalisent de formules et de rhétorique pour le supplier de ne pas quitter le navire. »
Alors que le vote est obligatoire au Brésil, plus d’un électeur sur cinq (21,3 %) ne s’est pas déplacé, dimanche 28 octobre, pour voter à l’élection présidentielle, qui a conduit à la victoire du candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro face au candidat de gauche Fernando Haddad.
Si ce taux d’abstention n’est pas exceptionnel – il s’est établi, lors des six dernières élections entre 16,8 % en 2006 et 21,5 % en 1998 –, il reste haut et interroge sur la mise en œuvre concrète de l’obligation du vote.
Instauré en 1932, le vote obligatoire a été renforcé en 1988 dans la nouvelle Constitution brésilienne, encore en vigueur actuellement. Concrètement, la Constitution oblige tout citoyen brésilien, entre 18 et 70 ans, à voter pour l’ensemble des élections, quelle qu’en soit l’échelle (locale ou nationale). Les expatriés brésiliens ne bénéficient d’aucune dispense pour les élections nationales.
En revanche, les Brésiliens ayant entre 16 et 18 ans (le vote au Brésil étant permis à partir de 16 ans), ainsi que ceux âgés de plus de 70 ans, les soldats et les illettrés, quel que soit leur âge, n’ont, eux, aucune obligation de vote.
Dispenses et sanctions
Au-delà de ces exceptions, il reste possible pour les électeurs de s’abstenir, s’ils parviennent à le justifier auprès du tribunal régional électoral (TRE) dans un délai de soixante jours. Le taux d’abstention connu au lendemain des élections mélange des abstentionnistes volontaires et des abstentionnistes qui ont eu une réelle impossibilité de se déplacer.
Si le TRE juge leur excuse invalide, ou s’ils n’ont pas fait cette démarche de justification à temps, ils peuvent être assujettis à deux types de sanctions, l’une monétaire, l’autre administrative.
D’une amende de deux euros au retrait de carte électorale
La sanction monétaire est la plus légère : les abstentionnistes doivent généralement payer une amende équivalant à deux euros. La sanction administrative est, elle, très lourde. Si une personne n’a pas voté à trois élections consécutives (chacun des tours d’une élection compte pour un) et qu’elle n’a pas pu justifier son absence, elle se voit retirer sa carte électorale. Or, sans carte électorale, les Brésiliens ne peuvent pas passer d’examen pour devenir fonctionnaires, recevoir d’argent de l’Etat, obtenir un passeport ou encore un crédit dans une banque étatique.
Il est donc possible pour les Brésiliens de « manquer » une élection. Mais ils doivent veiller à ne pas en faire une habitude, sous peine de sanctions administratives importantes. Selon un sondage publié par l’institut de sondages Datafolha en 2014, 57 % des citoyens obligés de voter ne se déplaceraient pas si le vote n’était pas obligatoire (contre entre 16 et 21 % des électeurs, selon les chiffres d’abstention lors des élections de ces vingt dernières années).
En 2014, le journal Estado de São Pauloavançait une autre raison pour expliquer l’abstention malgré le caractère obligatoire du vote. Cette année-là, les Brésiliens étaient également appelés à voter pour leur chef d’Etat. A São Paulo, environ 20 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés. Après avoir effectué une étude statistique, le journal avait affirmé qu’une partie de l’abstention pourrait être expliquée par le manque de mise à jour des listes d’électeurs, celles-ci comportant encore… des personnes décédées.
Le journal avait noté que dans les villes où les listes électorales avaient été complètement mises à jour – cette dernière imposant aux votants inscrits de présenter leurs empreintes digitales à la cour électorale –, le taux d’abstention était plus bas. Les électeurs décédés avaient ainsi été retirés des listes électorales… et donc du décompte des abstentionnistes.
Avec Jair Bolsonaro, les Brésiliens ont choisi pour président, dimanche 28 octobre, un nostalgique de la dictature militaire, adepte des provocations racistes, misogynes et homophobes. Partisan de la libéralisation des armes, autoproclamé anti-système, le candidat d’extrême droite a tiré profit du sentiment d’insécurité et de l’écœurement des Brésiliens envers leurs élites politiques.
Claire Gatinois, correspondante du « Monde » au Brésil, a répondu à vos questions et décrypté la situation au lendemain du scrutin.
Lucas : Bonjour, sur quels thèmes Jair Bolsonaro a-t-il gagné ?
Claire Gatinois : Bonjour. Le discours sur la sécurité a été déterminant ainsi que celui sur les « valeurs » de la famille. Mais c’est surtout en fustigeant la gauche, le Parti des travailleurs taxé de « communiste » et en se présentant comme le remède à la corruption que Bolsonaro a séduit les foules.
Didier Lejeune : Que dire de l’influence de l’armée pour l’élection, et surtout après ?
Elle a eu une influence primordiale. Jair Bolsonaro s’est entouré de généraux. Ce sont eux qui l’auraient incité à axer son discours sur les valeurs familiales et la sécurité. L’après-élection reste un mystère : le général Mourao, désormais vice-président, dit que Jair Bolsonaro et lui ne sont plus des militaires mais des citoyens. A suivre…
Cosette : Que va t-il arriver aux opposants de Bolsonaro ?
Une partie du pays est effrayée, d’autant qu’il a récusé toute responsabilité dans les agressions commises par certains de ses partisans durant la campagne. Les plus inquiets sont les militants du mouvement des sans-terre, que Bolsonaro compte qualifier de « terroristes ». Il faut espérer que les institutions joueront leur rôle.
Zed : Quel est son plan d’action pour le rétablissement de l’ordre et de la sécurité, notamment dans les favelas abandonnées par le gouvernement précédent ?
Pour les favelas en particulier, il n’a pas de message. Jair Bolsonaro compte investir dans les forces armées et mettre plus de cohérence entre les différentes polices. Mais son principal message est la fermeté. Il entend supprimer les aménagements de peines, amnistier les crimes de policiers, et autoriser plus largement la détention d’armes à feu.
Ce dernier point est l’une des priorités du gouvernement. le président de la Chambre des députés actuel, Rodrigo Maia, envisage déjà de la mettre à l’agenda du Congrès. Mais cet assouplissement sera probablement moins large que prévu, n’autorisant le port d’armes qu’à quelques professions, comme les agriculteurs qui se plaignent d’être sans défense dans des campagnes isolées.
JeanElsass : Quelle politique économique et sociale va-t-il conduire ?
Jair Bolsonaro admet régulièrement qu’il n’y connaît rien en économie. Il a confié le dossier à son conseiller Paulo Guedes, un financier libéral qui entend lancer un vaste chantier de privatisations, réformer les retraites et réduire les dépenses de l’Etat. Son objectif est de ramener le déficit public à zéro en un an. Sur le social, Jair Bolsonaro, après avoir critiqué la « bolsa familia », une sorte de RMI, a promis qu’il maintiendrait l’équivalent d’un tel programme.
Curieuse : Quelles seront les conséquences de son élection sur l’environnement ?
Désastreuses à priori. Jair Bolsonaro est allié à la « bancada ruralista », le lobby des grands propriétaires terriens, cultivateurs de soja, de maïs et de canne à sucre. Il compte fusionner les ministères de l’agriculture et de l’environnement, et mettre le holà sur les actions de l’Ibama, l’Agence de protection de l’environnement. Enfin, son propos disant qu’une fois élu, « les Indiens [n’auraient] plus un centimètre carré de terre » fait froid dans le dos.
SImanovici : Sur quelle majorité pourra-t-il s’appuyer au Congrès ?
C’est le point le plus complexe de l’équation du prochain gouvernement. Le parti de Bolsonaro, le Parti social libéral, est en position de force mais il a face à lui le PT, qui va mener l’opposition. Bolsonaro devra donc chercher des alliés au sein de la kyrielle de petits partis. Une gageure, pour un homme qui ne semble ni diplomate ni négociateur.
Grayson : Quelles conséquences ce virage politique pourrait avoir sur les relations avec la France, l’Europe, le Monde ?
Jair Bolsonaro est un nationaliste, mais son conseiller économique le pousse au libéralisme et à l’ouverture internationale. Aux Etats-Unis, les relations promettent d’être bonnes avec Donald Trump, qui l’a félicité.
Futur Expat : Comment est accueillie l’élection par les expatriés ?
Ils sont mitigés. Certains sont affolés, d’autres satisfaits comme les milieux d’affaires brésiliens. Ces derniers sont persuadés que Bolsonaro pourra redresser l’économie et minimisent le danger qu’il représente, pensant qu’il sera neutralisé par son entourage et le Congrès. Il n’y a pour l’heure aucune restriction prévue en termes d’immigration. Bolsonaro, contrairement à l’extrême droite européenne, n’a pas un discours xénophobe.
Clément : Comment expliquer le vote pour Bolsonaro de la classe moyenne ?
Les classes les plus pauvres, souvent de confession évangélique, ont été touchées par le discours sur la famille, les valeurs. Les classes moyennes qui vivent dans des villes périphériques touchées par l’insécurité ont apprécié sa position de fermeté contre le crime. Ces classes moyennes ont aussi nourri une rancœur vis-à-vis de la gauche au moment de la crise de 2015, tout comme la petite bourgeoisie. Le thème de la « corruption » qui frappe le PT a permis de galvaniser ce ressentiment.
Cosette : Doit-on s’attendre une diaspora brésilienne ? Notamment des minorités LGBT ?
Certains Brésiliens parlent de départ mais il s’agit essentiellement des classes aisées qui l’ont envisagé avant même l’élection, du fait de la crise et de l’insécurité. La communauté LGBT est angoissée mais il est trop tôt pour savoir si cela se traduira par un exil.
Jair Bolsonaro a tenté dimanche soir de calmer les inquiétudes à ce sujet en affirmant qu’il gouvernerait pour tous les Brésiliens. Il semble aussi délicat de revenir sur le mariage homosexuel, qui a été autorisé par la Cour suprême s’appuyant sur la Constitution de 1988.
Jenny : La démocratie est-elle solide au Brésil ? Si Bolsonaro commet des dérives, la Cour suprême peut-elle les empêcher ?
Le Brésil est une jeune démocratie, cette présidence pourrait être un test. Les attaques de l’un des fils de Jair Bolsonaro, assurant qu’il pourrait fermer la Cour suprême avec « un soldat et un caporal », ont fait frémir. La Cour suprême a réagi et Bolsonaro a rappelé son fils à l’ordre.
Sysy : Peut-on imaginer que l’explosion de l’endettement public et la dégradation de l’économie sont dues au Mondial de football en 2014 et aux JO deux ans après ?
L’endettement est le résultat de plusieurs facteurs. Les dépenses des grandes cérémonies en sont un, mais il y a aussi la crise liée la chute des prix des matières premières, le gaspillage des moyens de l’Etat, la corruption et le régime des retraites qui doit faire face au vieillissement de la population.
Vivacapito : Quel impact a eu l’agression au couteau de M. Bolsonaro, pendant la campagne, sur son élection ?
Il a été victimisé et a été épargné par ses adversaires. Surtout, elle lui a offert un prétexte pour se dispenser de débats télévisés. Au final la campagne a très peu parlé de son programme. Un programme flou, dont la partie économique est très impopulaire.
Huit mois après l’assassinat du journaliste slovaque et de sa compagne, des récentes perquisitions menées entre les villes hongroises de Budapest, Zebegény et Kecskemét alimentent la thèse d’une arme du crime importée du territoire magyar.
Depuis trois semaines, la mort du journaliste Ján Kuciak et de sa compagne Martina Kusnirova, abattus de sang-froid le 21 février à leur domicile de Velka Maca, en Slovaquie, prend des dimensions inattendues en Hongrie. Début octobre, les autorités slovaques confirmaient devant la presse leurs soupçons concernant Tamás Szabó et Zoltán Andruskó, issus tous deux de la minorité magyare de Slovaquie. Le premier aurait tiré les balles mortelles et le second joué les intermédiaires. Ils ont été entendus par les enquêteurs slovaques.
Les témoignages recueillis orientent l’instruction sur la piste d’un habitant de la ville hongroise de Zebegény, dans la région de Budapest, un certain L. K., qui aurait fourni un pistolet neuf millimètres à Szabó contre 3 000 euros, selon les informations d’Europol relayées par l’hebdomadaire HVG.“Les policiers ont perquisitionné le domicile de L. K. ainsi que celui d’un certain R. I. K., résidant à Kecskemét et ayant échangé par téléphone avec L. K juste après le meurtre. Les deux hommes ont été longuement entendus puis relâchés jusqu’à nouvel ordre”, poursuit le portail. La police hongroise ne peut aller plus loin, faute de preuves suffisantes.
Tamás Szabó et Zoltán Andruskó, les deux responsables slovaques présumés, auraient chacun, en plus du pistolet magyar et de plusieurs téléphones prépayés, perçu 10 000 euros en billets de 500 euros, emballés dans des serviettes de table, pour éliminer Kuciak après plusieurs reconnaissances minutieuses des lieux du drame.
Le risque d’une disparition des preuves
“Argent transmis sous le manteau, revolver, téléphones jetables, passages multiples devant le domicile de la cible, ce scénario digne d’un véritable roman policier s’est pourtant déroulé en réalité”,commente le portail slovaque en langue hongroise Bumm.“Les suspects ont exigé et obtenu une augmentation compte tenu de l’énorme médiatisation de l’affaire, mais aussi afin de quitter le pays au plus vite et d’éviter les vingt-cinq années de privation de liberté qui les guettent désormais”, développe le site d’actualités.
L’examen des téléphones, des ordinateurs et du disque dur externe retrouvés au cours des perquisitions hongroises pourrait prouver l’implication dans les meurtres des deux citoyens magyars auditionnés en Hongrie. Les autorités hongroises avaient par ailleurs déjà procédé à des écoutes téléphoniques fin septembre à la demande de la Slovaquie et travaillent main dans la main avec Bratislava. En attendant les suites de l’instruction, Budapest déclare rester “extrêmement vigilant” face au danger d’anéantissement des preuves.
Sommet après sommet, crise après crise, les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne piétinent. Les appels à la démission de Theresa May, la Première ministre britannique, contestée de toutes parts, se multiplient. À Londres comme à Bruxelles, Theresa May marche sur des œufs, prise en permanence entre des forces contradictoires. Son gouvernement risque de chuter au moindre faux pas, ce qui rend sa position dans les négociations quasi intenable.