Skip to content

Makolo Digital Tele- LAVDCONGO

Winnie Mandela : “Nelson Mandela nous a laissés tomber”-Les propos de Winnie Mandela, tenus lors d’un entretien en juin 2009

Les propos de Winnie Mandela, tenus lors d’un entretien en juin 2009, publié lundi dans le London Evening Standard défrayent la chronique en Afrique du Sud

Par Redaction Grioo.com

Nelson-and-Winnie-Mandela-en-1990

L’African National Congress (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud et parti historique de Nelson Mandela, Walter Sisulu, Oliver Tambo, Thabo Mbeki et beaucoup d’autres, a demandé des explications à Winnie Mandela. Dans un article publié lundi 8 mars dans le London Evening Standard (issu d’un entretien datant de juin 2009 entre Nadira Naipaul, épouse du prix Nobel de littérature V.S Naipaul et Winnie NDLR), la « mère de la Nation » tient des propos extrêmement critiques à l’égard de son ex-mari, Nelson Mandela. Selon elle, il aurait accepté un « mauvais accord pour les Noirs » lorsqu’il négociait la transition dans les années 90.

Winnie Mandela déclare dans l’article : « je ne peux pas lui pardonner d’être allé recevoir le prix Nobel avec son ex-bourreau De Klerk. Main dans la main. Croyez-vous que De Klerk l’a libéré par pure bonté ? Il était obligé de le libérer. C’était l’époque qui le dictait, le monde avait changé, notre combat n’était pas un feu de paille, il a été sanglant, pour utiliser un euphémisme, et nous avons versé beaucoup de sang. J’ai maintenu le combat en vie avec tous les moyens à ma disposition. »

Pour Winnie Mandela, son ex-époux n’était que l’ombre de la figure révolutionnaire qu’il était lorsqu’il est entré en prison : « Ce nom Mandela est comme un albatross sur le cou de ma famille. Nous devons tous réaliser que Mandela n’est pas le seul qui a souffert. il y en a eu beaucoup d’autres, des centaines, qui se sont morfondus en prison, et qui sont morts. Beaucoup de héros inconnus de la lutte. Il y a eu d’autres leaders, comme le pauvre Steve Biko qui est mort après avoir été torturé, de façon horrible, tout seul. Mandela est allé en prison et il y est entré en étant un jeune révolutionnaire enflammé. Mais regardez celui qui en est sorti».

Je ne suis pas désolée. Je ne serai jamais désolée. Je referais tout ce que j’ai fait si c’était à refaire.

Winnie Mandela critiquait aussi la relation actuelle entre l’ANC et Nelson Mandela, qui aurait été mis de côté par le parti qui le garde simplement comme figure symbolique pour l’apparence : “Regardez ce qu’ils lui font faire. Au grand Mandela. Il n’a plus aucun contrôle, ni mot à dire. Ils ont installé cette grande statue de lui au milieu du quartier blanc le plus riche de Johannesburg. Pas ici où nous avons versé notre sang et où tout a commencé.”

Au sujet de la fondation Nelson Mandela, Winnie a ironisé : “Nelson Mandela est maintenant une fondation d’entreprise. Il est promené mondialement en chaise roulante pour collecter de l’argent et est content de le faire”. La bureaucratie règnerait dans l’entourage de Nelson Mandela au point que ses deux filles, Zenani et Zindzi (51 et 50 ans), issues de son mariage avec Winnie, auraient du mal à l’approcher et à lui parler.

Pour Winnie Mandela, la transition politique qui a signifié la fin de l’apartheid a été mal négociée : “Mandela nous a laissés tomber. Il a accepté un mauvais accord pour les Noirs. Economiquement, nous sommes toujours à la marge. L’économie est très blanche, il y a quelques Noirs pour le symbole, mais il y a tellement de gens qui ont donné leur vie qui sont morts sans être récompensés”.

Desmond Tutu en prend également pour son grade, puisque Winnie Mandela le qualifiait de “crétin” pour avoir accepté de présider la “commission vérité et réconciliation” : “Regardez la farce qu’a été la commission vérité et réconciliation. Il n’aurait jamais du l’accepter. Cet archevêque Tutu qui a tourné tout cela en cirque religieux est venu ici. Il a eu l’audace de me demander d’apparaître devant la commission. Je lui ai dit quelques vérités bien senties. Je lui ai dit que lui et les autres crétins dans son genre étaient là à cause de notre lutte, et grâce à moi”.

Dans l’article originel publié dans L’evening Standard, intitulé “comment Nelson Mandela nous a trahis dit son ex-épouse”, Nadira Naipaul soulignait bien la complexité du personnage Winnie Mandela, rappelant que cette dernière était elle même controversée, et liée par exemple au meurtre de Stompie Moeketsi, un jeune garçon noir de 14 ans. Soupçonné d’être un indic de la police sud-africaine, il fut torturé et battu à mort par les gardes du corps de Winnie.

Nadira Naipaul précise que Winnie Mandela, à la suite des supplications de Desmond Tutu qui la pressait d’admettre que “les choses avaient horriblement mal tourné”, a finalement fait une apparition devant la commission vérité et réconciliation, qui avait conclu qu’elle était coupable de graves violations des droits humains (comprendre liée à des meurtres) : Winnie s’était finalement excusée auprès de la mère de Stompie et auprès de la famille de son ex-médecin personnel dont elle est soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat parcequ’il avait refuser de couvrir le meurtre de Stompie.

Winnie Mandela, qui se trouve actuellement en voyage aux Etats-Unis, où, n’en doutons pas, la polémique va la rattraper, n’a pas encore réagi à la publication des propos qui lui sont attribués. L’archevêque Desmond Tutu, qui séjourne actuellement à New York, a été informé de la parution de l’article et de son contenu. Son porte-parole, Tamu Matose, a fait savoir qu’il réagirait “bientôt”.

Jackson Mthembu, porte-parole de l’ANC, a déclaré mardi : “nous avons été choqués par le contenu de cet article. Mais nous ne pouvons pas en dire plus avant que nous n’ayons parlé à Mama”. Un autre porte-parole de l’ANC a affirmé que le parti essayait de localiser Winnie Mandela pour savoir si les propos qui lui étaient attribués étaient bien les siens, mais a démenti l’information selon laquelle elle serait convoquée la semaine prochaine lors du prochain comité national exécutif du parti.

Les médias sud-africains ont tenté de joindre l’auteure de l’article, Nadira Naipaul, en vain. La question que l’on peut se poser est de savoir pourquoi l’article qui fait suite à un entretien, réalisé il y a plus de huit mois, n’a été publié que maintenant ? L’actualité, avec la célébration le 11 février dernier des 20 ans de la libération de Nelson Mandela, ainsi que le discours prononcé à cette occasion, le 11 février 2010, par Winnie Mandela y sont certainement pour beaucoup : les propos qu’elle a tenus à cette occasion contrastent en effet totalement avec ceux tenus dans l’article publié par l’Evening Standard. Winnie Mandela n’avait par exemple pas manqué de souligner “l’engagement inébranlable” de son ex-époux dans la lutte contre l’apartheid.

Dans son article, Nadira Naipaul raconte comment Winnie Mandela en est arrivée à dire ce qu’elle pensait vraiment : “je lui ai demandé si elle était heureuse de la façon dont les choses avaient tourné en Afrique du Sud. Winnie a regardé mon mari [VS Naipaul NDLR]. Est ce qu’il voulait la vérité ? Elle avait entendu parler de lui. Il a répondu qu’il souhaitait la vérité ou s’en approcher le plus possible. Non elle n’était pas heureuse et avait ses raisons (…)”