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le kasai: Le diamant des enfants du Kasaï aussi immoral que le diamant de la guerre

Le diamant des enfants du Kasaï aussi immoral que le diamant de la guerre
Par  l’ Envoyé spécial de l’ACP Norbert Tambwe Wediambulu

Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï Oriental, au centre de la République Démocratique du Congo (RDC), et ses environs sont réputés mondialement pour la production des diamants industriels. Plus de 50% de diamants exportés par la RDC proviennent des gisements de cette région. L’utilisation de plusieurs milliers d’enfants -dont certains n’ont que 9 à 11 ans- dans les mines artisanales à ciel ouvert comme creuseurs de diamant est un phénomène illégal et immoral, mais toléré par la communauté.

La plus récente enquête sur ce phénomène menée par l’Université de Mbuji-Mayi avec l’appui du Fonds des Nations pour l’Enfance (UNICEF) a dénombré 11.880(11.880) enfants travaillant dans 24(24) carrières d’exploitation artisanale de diamant sur un total de 99(99) existantes dans une région s’étendant sur 9.000 à 10.000 km², englobant administrativement le chef-lieu du Kasaï Oriental et le territoire de Tshilenge.

Un univers cruel et impitoyable pour les enfants

Une descente effectuée récemment sur le terrain par l’Agence Congolaise de Presse (ACP) a permis de découvrir l’univers cruel et impitoyable dans lequel évolue ces enfants vulnérables chassés de leurs familles par l’extrême pauvreté de leurs parents. Les conditions de travail, de séjour et d’hébergement dans les carrières sont précaires et à plusieurs égards pathogènes et mortifères. En effet, l’exploitation de diamant se fait sans aucune mesure de sécurité.

C’est ce qui explique la survenue de plusieurs accidents parfois graves (fractures diverses) et mortels (décès des creuseurs dont des enfants) par ensevelissement dans les mines artisanales. Selon les résultats de l’enquête menée par l’Université de Mbuji-Mayi, dans les carrières où plus de 80%(80%) d’enfants travaillent depuis au moins un an, ceux-ci s’adonnent à plusieurs tâches, principalement au tamisage de graviers et au creusage pour les garçons ainsi qu’au transport d’eau et de graviers, au petit commerce et à la prostitution pour les filles.

Au centre d’apprentissage professionnel « Wa Mbaya » dans la commune de Diulu, au cœur de Mbuji-Mayi, capitale provinciale du Kasaï Oriental et capitale mondiale du diamant industriel, nous abordons Augustin Ntumba Babola, 18 ans, ancien creuseur devenu menuisier. A 15 ans, il travaille dans une carrière minière artisanale de Bakwa Tshimuna, un site minier situé à 17 km de Mbuji-Mayi. Cet enfant quitte ses parents à Lusambo, chef-lieu du district du Sankuru, au nord de Mbuji-Mayi, pour fuir la misère. Il marche à pied sur une distance de plus de 200(200) km pour atteindre Mbuji-Mayi où il espère trouver son oncle maternel. Lorsqu’il arrive dans cette ville, il apprend que son oncle vit à Bakwa Tshimuna où il le rejoint. Ce dernier le reçoit et l’héberge, mais le jeune Ntumba se rend compte qu’il retrouve la même misère qu’il a fuie à Lusambo. Il décide alors d’aller à la carrière de Bakwa Tshimuna pour creuser le diamant et survivre. Il reconnait que c’est un travail très dur et « un monde cruel et impitoyable ». Augustin n’était pas creuseur proprement dit car il avait à descendre à 20 à 30 mètres de profondeur. Il était chargé de tirer par les cordes les graviers. Il explique : « Je ne suis allé en profondeur dans une mine que deux fois seulement dont une fois j’y ai passé la nuit. J’ai eu peur d’y retourner pour deux raisons.

 La première est qu’on oblige les enfants qui descendent dans la mine à se droguer au moyen du chanvre soit disant pour ôter la peur et augmenter la capacité de travail. La seconde raison est que j’ai vu des creuseurs, dont des enfants, mourir lorsqu’ils ont été ensevelis par la terre dans la mine ou lorsqu’ils ont reçu des balles tirées par les gardes de la MIBA (Société Minière de Bakwanga – ancienne appellation de la capitale diamantifère) qui sont autorisées à abattre généralement sans sommation, toute personne qui franchit les limites de cette société.

 Cet enfant ne recevait cependant, que 1.500 à 2000 francs congolais (1,6 à 2 dollars us) par jour de la part des trafiquants qui l’utilisaient. Augustin est un des 100 (100)enfants bénéficiaires du « Projet de protection et de réinsertion socioprofessionnell e des enfants travaillant dans les mines de Mbuji-Mayi et de ses environs » mis en œuvre en 2008 par l’ONG internationale « Save The Children » avec un financement du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF).

Luamuela est une cité minière de plus ou moins 80.000 (80.000) habitants située à 20(20) km de Mbuji-Mayi, dans le territoire de Tshilenge. Nous y avons rencontré 4(4) filles qui exerçaient le petit commerce à la carrière minière cette localité et qui sont également bénéficiaires du projet de Save the Children et de l’UNICEF. Elles ont reçu gratuitement des machines à coudre offertes par ces deux organismes. Mais, elles se plaignent du manque de clientèle et d’outils de confection à cause de l’extrême pauvreté de la majeure partie de la population ; et consécutive à la mévente du diamant due à la crise financière internationale de 2008.

Un plaidoyer pour le boycott des diamants des enfants

Il existe des instruments juridiques internationaux et nationaux qui protègent les enfants contre une utilisation abusive en matière de travail. Il s’agit notamment de l’article 19 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant (CDE), de l’article 15 de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’Enfant, de la Convention de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) concernant l’interdiction des pires formes de travail des Enfants ainsi que les articles 3 et 6 du Code congolais du Travail. Il est indispensable qu’un plaidoyer soit mené par les défenseurs des Droits des Enfants auprès des Etats et des industriels du diamant pour que les diamants produits par les enfants soient boycottés comme il en est le cas avec les diamants produits dans les zones de conflits armés pour financer les mouvements rebelles.