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Panique à l’Université de Kinshasa !Trois années académiques déclarées blanches

Par Le Potentiel

Sur décision du ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire, trois années académiques – de 2005 à 2008 – sont déclarées blanches. Victimes désignées : trois promotions des récipiendaires du diplôme délivré par la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa. Le ministre remet opportunément sur le tapis l’épineuse question de la qualité des enseignements et des conditions de travail sur les campus. Sa décision, elle, irrite professeurs, lauréats et parents. Au gouvernement de trancher dans l’équité.

Coup de massue. C’est celui que vient d’infliger le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Mashako Mamba, à la Faculté de médecine de l’Université de Kinshasa (Unikin) en décrétant « années académiques blanches », à la surprise générale, les promotions 2005-2006, 2006-2007 et 2007-2008.

Logiquement, la décision ministérielle fait des victimes. Au-delà des professeurs qui ont tant bien que mal assuré leurs enseignements, elle affecte les jeunes Congolais qui ont obtenu leur diplôme de médecin au campus du Mont Amba durant les trois années académiques ciblées. Et, tout naturellement, les parents des victimes se disent les grands perdants.

La décision annoncée personnellement par le ministre de l’ESU, jeudi 20 août 2009 à l’issue d’une séance de travail avec les responsables de l’Université et les délégués des étudiants, a-t-elle l’air d’une fuite en avant ?

Mashako Mamba a des convictions. Il est prêt à couper court à toute spéculation. « J’ai, dit-il, pris cette décision pour éviter la contestation des diplômes et normaliser les années académiques au sein de la Faculté de médecine de l’Unikin ». Dont acte..

Retour en arrière pour comprendre le pourquoi de la séance de travail ‘ministre-professeur s-étudiants’ du jeudi. Des informations concordantes expliquent qu’elle a eu lieu à la suite d’un mémorandum que les étudiants en médecine avaient récemment adressé au chef de l’Etat, avec copie aux responsables de différentes institutions de la République.

DYSFONCTIONNEMENT ET ABERRATION

Les étudiants, est-il révélé, dénoncent « les dysfonctionnements » au sein de la Faculté de médecine. Ainsi que « le chevauchement des années académiques 2005-2006, 2006-2007 et 2007-2008 ». Y compris l’année 2008-2009 qui pénalise les étudiants stagiaires des 2ème et 3ème doctorats. Sur base de ces éléments, le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire a-t-il parfaitement raison de décréter « blanches » les trois années académiques visées par sa décision ? Parole aux parents, dont certains sont professeurs.

« C’est un non sens que de condamner a posteriori les enfants qui ont officiellement terminé leur cursus universitaire il y a deux ou trois ans. Ils ont suivi les cours, se sont soumis aux tests d’évaluation, ont obtenu leur diplôme et ont été proclamés médecins. Aujourd’hui, ils sont théoriquement médecins stagiaires. Au regard de la décision du ministre, ils n’auraient pas qualité d’exercer et devraient être retournés à l’Université pour reprendre les cours et les années. C’est une aberration ! » Une maman s’indigne : « Si le ministre constate des anomalies dans la formation de ces enfants quatre ans après leur diplôme, à qui la faute ? Aux étudiants ? Et qu’a fait le gouvernement pour corriger l’erreur, si erreur il y avait ? Que dire du principe des avantages acquis, dont doivent bénéficier les médecins des trois promotions en cause ? »

Un haut cadre d’entreprise n’y va pas par le dos de la cuillère : « C’est un non sens que d’annuler des années académiques consommées. Cet exploit inouï n’est possible qu’en République démocratique du Congo. Mais, après cette première réaction, je ne nie pas qu’il existe du ‘potopoto’ à l’Unikin. Ni les parents, ni les étudiants, personne ne sait quand commence ou quand se termine une année académique. C’est comme si, à l’Unikin, ils ont toute l’éternité devant eux. Dommage. Cela dure depuis l’aube des années ‘90 ».

Des problèmes ? L’Unikin en a plus que des universités confessionnelles. Davantage que les institutions d’enseignement supérieur privées. La décision prise par le ministre de l’ESU, annoncée voici deux jours à un aréopage select au campus de Kinshasa, en indique la hauteur et la profondeur.

TEMOIGNAGE ET CONTESTATION

Témoignage d’un prof d’université émérite : « L’élasticité des années académiques à l’Unikin a, entre autres causes, la précarité du corps enseignant. Quand on voit que les universités confessionnelles font, en principe, payer aux étudiants en médecine une unique tranche (entre 360 et 600 dollars) de contribution, et qu’à l’opposé, l’Unikin échelonne sa perception (entre 150 et 200 dollars) sur toute l’année, sachant que les étudiants des années montantes (sauf les 1ers graduats) préfèrent s’en acquitter à la veille de la session, on imagine les conséquences sur la trésorerie du rectorat ».

Derrière ce témoignage, il peut être réalisé que les institutions qui perçoivent en totalité leur dû, en une tranche, sont à même de programmer les enseignements, de motiver les enseignants et de rendre plus consciencieux les étudiants dont la population est maîtrisée. Cela n’est pas le cas à l’Unikin. D’où l’élasticité de l’année académique, la non maîtrise des effectifs estudiantins par promotion et l’opacité involontaire du plan de trésorerie général.

Pis, les conditions de vie des professeurs. La plupart viennent de l’Unikin et sont sollicités pour encadrer les étudiants des autres universités. Ils y sont bien rémunérés, à temps et juste, au prorata de leur charge horaire. Ce que leur refuse l’Etat à travers l’Unikin. Voilà qui sur-motive ces professeurs provenant du vivier du Mont Amba.

Paradoxalement, comme toute médaille a un revers, ne trouvent pas leur compte dans ces extra muros les professeurs des sciences exactes. Ils sont oubliés parce que les universités privées n’organisent pas les filières qui auraient dû faire appel à leur expertise. Cette discrimination a naturellement des répercussions sur leur standing. Un mal à corriger par l’Etat-employeur.

Pour tout dire, la décision du ministre de l’ESU a jeté un pavé dans la mare. Et semé la panique sur le campus et dans les familles. Elle ne va pas échapper à la contestation. Le gouvernement a intérêt à s’y pencher le plus rapidement possible.

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