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PRESIDENTIELLE EN RD CONGO: la drôle de candidature de Bemba

Par Le Pays

 

Jean Pierre Bemba NGOMBO

-Je suis candidat, donc j’existe. Jean-pierre Bemba a aussi fait sienne cette règle que se sont donnée bien des hommes politiques africains. L’un des plus célèbres détenus de La Haye s’est ainsi rappelé au bon souvenir des Congolais en annonçant sa candidature à la présidentielle de novembre prochain. Coup d’éclat d’un prisonnier à l’avenir brisé ou stratégie bien planifiée en attendant un prochain retour ?

Ce qui est sûr, cette candidature virtuelle est très politique. Bien que se sachant potentiellement empêché, Jean-Pierre Bemba tient à montrer qu’il demeure un acteur-clé du jeu politique congolais. Et c’est vrai. Son parti, le Mouvement de libération du Congo (MLC), demeure le plus important de l’opposition. Tout en affirmant, par cette déclaration de candidature, sa présence sur la scène politique de son pays, Bemba espère convaincre les plus sceptiques de ce qu’il contrôle toujours son parti, qui le lui rend bien. Et surtout, qu’il n’est pas mort politiquement. Il s’agit donc d’un coup purement politique. Car Bemba n’ignore pas que c’est une mission quasi impossible pour lui de revenir au Congo avant la présidentielle. Et même si un tel miracle se produisait, il lui faudrait surmonter la multitude d’obstacles juridiques que lui opposerait le pouvoir.

En tout état de cause, un retour de Bemba pour la présidentielle de novembre prochain figure pour le moment dans l’ordre des rêves pour ses partisans. Ils savent bien qu’une fois entre les griffes de la justice internationale, il est difficile de s’en échapper. Le dossier Bemba traîne ainsi depuis 2008 sans que l’on en voie l’issue. L’absence de Bemba ne fait pas que des malheureux. Outre les victimes des faits dont il est accusé, un homme aimerait bien le voir rester loin du pays : Joseph Kabila. Un boulevard s’ouvre en effet pour le président sortant, Joseph Kabila, assuré d’être réélu sans trop de difficultés. Seul Bemba constituait une réelle menace pour l’actuel chef de l’Etat. Face à une opposition qui s’entredéchire et se neutralise et à l’incapacité du MLC de se choisir un autre candidat, le pouvoir en place, malgré un bilan mitigé, a toutes les chances de rallier les suffrages des Congolais. Il apparaît donc que Bemba constituait un contrepoids important pour le régime Kabila. Son absence crée donc un vide dans l’opposition, voire plus : elle provoque un déséquilibre dans le jeu démocratique au Congo. Mais la justice n’est en rien responsable de cette situation. Bemba, son parti et plus globalement la RD Congo, ne sont victimes que de leurs propres turpitudes. Et au lieu de faire de la politique politicienne, le MLC devrait encourager son champion à bien ficeler sa défense à La Haye, mais surtout à envisager sa succession à la tête du parti. Il pourrait, de ce fait, regarder du côté de la France où pour des faits moins graves, Dominique Strauss-Kahn a mis une croix sur sa candidature, préférant se concentrer d’abord sur ses problèmes judiciaires. S’il parvient à se faire laver de tout soupçon, il aura tout le temps pour revivre sa passion, la politique. L’avenir de Bemba se joue donc à la barre de La Haye plus qu’à Kin-La-Belle.