-La famille du premier Premier ministre congolais Patrice Emery Lumumba, icône de l’indépendance du pays, a dénoncé vendredi le braquage par des militaires du domicile familial situé dans un quartier huppé de Kinshasa.
“Des militaires au nombre de cinq ont réussi à foncer la barrière de la résidence” de la famille Lumumba dans la nuit de vendredi à 1H00 du matin (23H00 GMT), lit-on dans le communiqué signé par François Lumumba, fils ainé du premier chef du gouvernement de la RDC après son indépendance de la Belgique le 30 juin 1960.
“Au cours de ce braquage, Juliana (la cadette des enfants Lumumba) qui a essayé de résister a été malheureusement frappé à la tête et les côtes avec la crosse d’un fusil”, selon ce communiqué qui indique que “les agresseurs” ont pris la fuite après lui avoir arraché “des effets personnels et une somme d’argent”.
Des braquages et des enlèvements sont devenus très courant depuis plusieurs mois dans la prestigieuse commune de la Gombe qui abrite les sièges des institutions du pays et des chancelleries étrangères, particulièrement sur le boulevard du 30 juin.
-La Ligue congolaise contre la corruption (Licoco) a saisi le Conseil supérieur de la magistrature pour mettre un terme à un système d’évitement fiscal et de corruption de juges pratiquée, selon elle, par quelque 200 entreprises dans le pays. La Licoco estime à un milliard de dollars le manque à gagner pour les caisses de l’État de la République démocratique du Congo.
La facture est lourde. « Pour l’année 2016, c’est plus de un milliard [de dollars] que nous avons calculé, par les documents sur les 220 contentieux en cours devant les tribunaux », avance Ernest Mpararo, secrétaire exécutif de la ligue congolaise de lutte contre la corruption.
La cause de cette importante perte de ressources fiscales pour l’État congolais : des entreprises privées qui, plutôt que de payer leurs impôts, lancent des recours en justice et, même, corrompent les juges. « Les entreprises se disant installées ici en RDC, lorsqu’elles doivent payer leurs impôts, contestent le montant qui leur a été demandé par l’administration fiscale », explique Ernest Mpararo, qui décrit pour RFI la méthode employée pour parvenir à cet évitement fiscal systématique.
Un système rôdé
Alors que la loi congolaise prévoit que, même en cas de contestation du montant réclamé, la société visée doit s’acquitter de 20% du montant principal, dans l’attente d’un arbitrage de la justice, « ces entreprises, au lieu de payer les 20%, corrompent les juges, et obtienne des jugements, pas pour corriger les erreurs de l’administration fiscale, mais pour bloquer le paiement des impôts jusqu’à ce qu’un jugement définitif soit rendu ».
Et ces mesures suspensives peuvent parfois se prolonger pendant plusieurs années. « Les jugements définitifs ne viennent pas pendant 5 ans, pendant 10 ans. Et c’est l’État congolais qui perd », s’indigne Ernest Mpararo.
La Licoco estime qu’en 2016, plus de 200 entreprises domiciliées en RDC ont eu recours à cette pratique. La Ligue a donc décidé de saisir le Conseil supérieur de la magistrature avec deux objectifs prioritaires : que les juges véreux soient sanctionnés et qu’une commission mixte soit créée pour obtenir le paiement de ces taxes impayées.
Le Président Joseph Kabila à l’aéroport international de N’djili à Kinshasa, le 26/07/2017. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
-Les organisations de la société civile de la RDC et certains mouvements citoyens ont signé vendredi 18 août à Paris (France) le «Manifeste du citoyen congolais.» Le document prône « des actions pacifiques et non violentes» visant à empêcher le «président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017».
«Le président Joseph Kabila, dont le mandat a expiré le 19 décembre 2016, exerce le pouvoir en violation manifeste de la constitution de la République démocratique du Congo, et est passible de l’infraction de haute trahison», soutiennent les signataires du manifeste.
Ils appellent le peuple congolais à user des moyens pacifiques et non violents pour «faire échec à la tentative du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017.»
A cet effet, le document annonce une «grande campagne d’actions pacifiques et non violentes devant mener au retour l’ordre démocratique constitutionnel», sans autres précisions.
Les signataires du manifeste citoyen exigent «une transition citoyenne, dont les animateurs seront désignés à la suite d’une concertation nationale ayant pour mission principale d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres et qui n’en seront candidats.»
Une autre exigence porte sur la libération immédiate et sans condition de prisonniers politiques et d’opinion et la réouverture des médias fermés en RDC.
-Trafic d’or, accusations contre le général « Tango four », traque des ex-M23 ou encore des FDLR… Le dernier rapport des experts de l’ONU, rendu public le 13 août, contient de nombreux détails sur les crises que traverse la RD Congo. Il a été rédigé par les collègues de Michael Sharp et Zaida Catalán, assassinés en mars alors qu’ils enquêtaient dans la province du Kasaï-central.
Qui sont les assassins de Michael Sharp et Zaida Catalán ?
« Le 12 mars 2017, [Michael Sharp et Zaida Catalán] ont quitté [la ville de] Kananga pour une mission de terrain dans la localité de Bukonde, écrivent les experts. Le groupe croit comprendre que, vers 16 heures (heure locale), Michael Sharp et Zaida Catalán ont été exécutés par un groupe hétéroclite d’individus, dont l’identité n’avait toujours pas été établie au moment de l’établissement du présent rapport ».
« À la lumière des informations disponibles, on ne saurait exclure l’implication de différents acteurs (favorables ou non au Gouvernement), les factions Kamuina Nsapu, d’autres groupes armés et les membres des services de sécurité de l’État », assurent-ils, constatant en outre « qu’en dépit des éléments de preuve disponibles, certains autres suspects clefs n’ont pas encore été arrêtés ».
« Tango four » accusé d’être impliqué dans le trafic d’or
« Le groupe a réuni des éléments de preuve de l’implication du général de division Gabriel Amisi Kumba (alias Tango Four) commandant des FARDC de la première zone de défense du pays, dans le secteur de l’or », affirme le rapport. Selon les témoignages recueillis sur place, le général posséderait « quatre dragues », bateaux extrayant de l’or au fond de la rivière Awimi, près de la ville de Bafwasende, dans la province de la Tshopo, « par l’intermédiaire d’une entreprise locale appelée La Conquête ». Or les officiers des FARDC n’ont pas le droit d’exploiter des ressources naturelles.
Par ailleurs, arguant de l’identité de leur propriétaire, les conducteurs des engins refuseraient « de payer toute taxe à l’État », selon un témoignage recueilli par le groupe.
Collaboration entre l’armée congolaise et des dissidents des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)
Les experts de l’ONU ont été témoins de contacts amicaux entre les Forces armées de RDC (FARDC) et des rebelles rwandais du Conseil national pour le renouveau et la démocratie (CNRD), un groupe armé issu d’une scission avec les FDLR. Les FDLR sont elles-mêmes issues des anciennes Forces armées rwandaises (FAR) qui ont fui au Zaïre après le génocide des Tutsis du Rwanda, en 1994, et demeurent un ennemi irréductible du gouvernement rwandais.
Les contacts dont ont été témoin les experts se sont produits en octobre 2016 dans la localité de Katsiru. « Trois éléments des FARDC ont déclaré au groupe qu’ils étaient ‘désormais avec le CNRD ici’ », écrivent les experts, qui n’ont toutefois « pas pu déterminer si et dans quelle mesure cette collaboration était approuvée par la hiérarchie des FARDC ».
Les FARDC semblent avoir fait de la lutte contre les FDLR la priorité, quitte à s’appuyer sur ces dissidents. « Des fonctionnaires des Nations Unies et des sources militaires ont confirmé que les FARDC progressaient en direction du fief des FDLR », notent les experts.
De mystérieux missiles SAM-16 repris aux FDLR
« En août 2016 les FARDC ont repris aux FDLR un système de missiles […] sol-air SAM-16 Gimlet ou 9K310 Igla-1 » à Mibirubiru, dans la province du Nord-Kivu, assure le groupe. « Le système présentait des caractéristiques similaires à celles des missiles fabriqués dans l’ex-URSS » et avait été « fabriqué en 1987 ».
Il lui « manquait notamment la batterie, la poignée de commande et l’alimentation ».
« Le groupe avait déjà signalé que les FDLR détenaient ce type de matériel et qu’en 1998 l’armée pour la libération du Rwanda, prédécesseur de fait des FDLR, s’en était emparé auprès du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma au Mont Goma lors d’un affrontement. Trois sources des FARDC et d’anciens hauts dirigeants des FDLR ont chacun confirmé cette information au groupe », écrivent-ils encore.
Comment la « guerre civile » burundaise se poursuit sur le territoire congolais
Plusieurs rébellions burundaises, opposées au gouvernement de Bujumbura, se trouvent dans la province congolaise frontalière du Sud-Kivu. Le groupe d’experts de l’ONU affirme ainsi que « les FOREBU [Forces républicaines du Burundi] qui ne prônent pas d’idéologie particulière autre que celle de s’opposer au gouvernement burundais, sont devenues, au milieu de l’année 2017, le groupe armé burundais le plus important opérant en République démocratique du Congo ». Il comptait « entre 300 et 500 combattants en mai 2017 », estiment les experts.
Face à cette menace, l’armée burundaise mène, selon eux, la lutte en utilisant parfois des moyens illégaux. Ils dévoilent notamment l’existence d’un réseau de trafic d’armes entre « des membres de l’armée burundaise, des intermédiaires et des groupes armés congolais. »
Ce réseau a notamment permis d’alimenter les milices d’autodéfense congolaises « Maï-Maï Mwenyemali, les Maï-Maï Bigaya, les Maï-Maï Nyerere et les Maï-Maï Karakara ». « Des sources ont expliqué au groupe d’experts que ces transferts viseraient à contrer les menaces à la sécurité que faisaient peser sur le Gouvernement burundais les groupes comme la Red-Tabara et les Forebu, en soutenant des groupes armés congolais qui pourraient à terme agir pour leur compte ».
« Des témoins lui ont fait état d’un transfert de 10 fusils et de six boîtes de munitions à Katogota, d’un autre de 15 fusils d’assaut de type AK-47 et d’un sac de munitions à Luberizi, et d’un troisième de deux mitrailleuses légères, deux lance-grenades, deux pistolets, cinq fusils d’assaut de type AK-47 et plusieurs caisses de munitions à Sange », poursuit le rapport.
Par ailleurs, le rapport revient sur une incursion de l’armée burundaise en territoire congolais à Kiliba Ondes le 21 décembre 2016, vraisemblablement pour y traquer des rebelles burundais. « Le groupe sait que les FDN [l’armée burundaise] franchissent régulièrement la frontière pour mener des patrouilles conjointes avec les FARDC » affirment les experts.
« Cinq témoins ont indiqué aux experts avoir vu des soldats des FDN entrer en République démocratique du Congo près du poste frontière de Vugizo autour de 7 heures. Peu de temps après avoir entamé leur progression vers le secteur 6 à Kiliba, ils ont ouvert le feu. Selon certains témoins, les FDN comptaient peut-être s’en prendre aux combattants des FNL-Nzabampema mais le bataillon des FARDC, stationné dans les environs, a riposté aux coups de feu des FDN. »
« Au cours des affrontements, un agriculteur et un soldat des FARDC ont été blessés. Si les déclarations sur le nombre de victimes divergent, une dizaine de témoins s’accordent pour dire qu’au moins trois soldats des FDN ont été tués, puis emmenés à la morgue de l’hôpital général d’Uvira. »
L’ex-Mouvement du 23 mars lessivé
Il fut un temps ou le Mouvement du 23 mars (M23), rébellion congolaise rwandophone menée par Sultani Makenga, faisait trembler l’Est de la RD Congo. Cette rébellion avait notamment pris le contrôle de la grande ville de Goma, en novembre 2012. À lire le rapport, ce temps est révolu. « Depuis la mi-janvier 2017, quelques 200 combattants de l’ex-M23 sont revenus en République démocratique du Congo, sous la direction du « général de brigade » Sultani Makenga ». Mais « il s’agit là d’une tentative éphémère et infructueuse » jugent les experts qui disent encore n’avoir pu trouver « aucune indication d’un appui extérieur pour ces incursions ».
« Mal équipés avec une dizaine de fusils seulement », ils auraient subi plusieurs défaites face aux FARDC.
Une église pentecôtiste impliquée dans le trafic de minerais
Les experts affirment qu’un site minier « non-homologué », celui de « Mpafu/Nyakoba » dans le territoire de Walikale, province du Nord-Kivu, était « exploité par l’Église de la pentecôte pour l’évangélisation du monde (EPEM) ». « Des minerais étaient stockés dans un entrepôt se trouvant sur le site de l’EPEM ». Ce minerai illégal serait ensuite blanchi au moyen d’étiquettes « provenant de sites homologués, moyennant 3 dollars par sac ». Le trafic d’étiquettes est malheureusement encore très courant, assurent les experts dans d’autres parties du rapport.
Plus de 150 kilogrammes d’or transportés par avion dans des bagages à main
« Le groupe a mené une enquête sur une Congolaise, Mme Élysée Kanini Chibalonza, explique le rapport. En octobre 2016, les agents des douanes de Dubaï ont découvert 150 kilogrammes d’or non déclarés dans ses bagages. Madame Chibalonza venant de Lubumbashi par un vol d’Ethiopian Airlines ».
Au cours de l’or actuel, ce seul chargement aurait une valeur d’approximativement 5 millions d’euros. Un chiffre extravaguant, d’autant plus si on le compare aux « 244,42 kilogrammes d’or » officiellement exportés par le pays sur toute l’année 2016.
Mais par quel miracle une seule personne a-t-elle pu transporter autant d’or dans ses seuls bagages à main lors d’un seul voyage en avion ? « Un volume d’un litre d’or pèse un peu moins de 20 kilogrammes. Suivant les normes appliquées par la plupart des compagnies aériennes, un bagage à main a un volume d’environ 15 litres. Par conséquent, un passager pourrait théoriquement voyager avec une quantité de 300 kilogrammes d’or placée dans un seul bagage à main ». « Aux dires de quatre personnes ayant des activités dans le secteur de l’or, il est courant que les contrebandiers achètent des sièges supplémentaires, vides, afin de pouvoir transporter le plus d’or possible en un seul voyage », note encore le rapport.
Selon les experts, une grande partie de l’or exporté illégalement de RD Congo transiterait notamment par l’Ouganda, « plaque tournante pour l’or produit dans d’autres pays ».
-L’homme d’affaires congolais et gendre du président angolais José Eduardo dos Santos lance, ce jeudi, un « mouvement citoyen » pour « sauver la RDC en 2017 ».
Il apparaît sur fond blanc, et avec une musique allant crescendo. Avec une vidéo de deux minutes taillée pour les réseaux sociaux, l’homme d’affaires congolais Sindika Dokolo a lancé ce jeudi 10 août un « mouvement citoyen » baptisé « Les Congolais debout », pour « l’alternance en 2017 ». « Si, comme nous, vous pensez que la RDC souffre d’avoir été trahie par ses dirigeants, devenez un Congolais debout », clame-t-il encore.
« L’objectif est de créer un mouvement non-violent capable de conscientiser les Congolais, explique Cédric Mala, un de ses coordonnateurs, qui apparaît dans la vidéo. À terme, nous organiserons des manifestations pacifiques et des sit-in à Kinshasa ». Le mouvement a mis en ligne une plateforme pour recueillir les adhésions. « Nous comptons nous appuyer sur notre maîtrise des nouvelles technologies et du marketing en ligne », ajoute Cédric Mala.
Ce mouvement se veut ouvert aux membres de tous les partis politiques et à toutes les organisations de la société civile. Sur la vidéo de lancement, on peut notamment reconnaître le député d’opposition André-Claudel Lubaya ou encore l’abbé Joseph Lukelu.
Sindika Dokolo est, depuis le début de l’année 2017, ouvertement critique envers le président Joseph Kabila, dont le dernier mandat constitutionnel a expiré en décembre 2016, sans que des élections n’aient été organisées pour lui désigner un successeur.
Initiatives citoyennes
Il est également l’époux d’Isabel dos Santos, considérée comme la femme la plus riche d’Afrique. Fille du président angolais José Eduardo dos Santos, elle dirige la société pétrolière d’Etat Sonangol. Mais Sindika Dokolo assure que son militantisme se fait indépendamment de sa famille. Il ne cache pas, en revanche, sa proximité avec l’homme d’affaire et opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle congolaise.
Ce n’est pas la première initiative du genre en RD Congo : les mouvements citoyens Lucha, fondée à Goma, et Filimbi, créé à Kinshasa, tentent déjà de mobiliser les Congolais dans une mouvance non-partisane pour mettre la pression sur le pouvoir. Confronté à la répression des autorités, ils ont pour l’instant eu un succès limité.
-L’opposition au président Joseph Kabila en République démocratique du Congo a testé mardi sa capacité de mobilisation avec une journée “ville morte” diversement suivie, première d’une série d’actions pour tenter d’obtenir le départ du chef de l’État.
A la veille de ces deux journées mardi et mercredi, les autorités ont demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de restreindre les échanges d’images sur les réseaux sociaux, alors que des violences meurtrières ont éclaté lundi à Kinshasa.
Sans être à l’arrêt total, l’activité tournait au ralenti en matinée dans la capitale où l’opposition avait invité les habitants à rester chez eux pour paralyser l’économie.
Les deux-tiers des commerces étaient fermés, de même que les banques, ont constaté des journalistes de l’AFP. La circulation dans la mégapole aux 10 millions d’habitants était plus fluide qu’un jour de semaine ordinaire, et les bus des transports publics moins bondés qu’à l’accoutumée, sous l’oeil d’une importante présence militaire et policière.
“Tout est fermé. La ville est paralysée. C’est pour que (le président de la Commission électorale) Corneille Nangaa sorte un calendrier global pour les élections”, a déclaré à l’AFP un Kinois, Kiki Kalombo.
A Lubumbashi (sud-est), capitale économique aux quatre millions d’habitants, le grand marché aux poissons était fermés après des incidents impliquant des jeunes manifestants dispersés par la police et l’armée. Dans les autres quartiers, le chef-lieu du Katanga présentait un aspect ordinaire.
“La politique des villes mortes n’a jamais donné les résultats escomptés. Mon commerce est fermé. J’ai perdu des clients. L’économie du pays est par terre”, affirme Alexandre, propriétaire d’un dépôt de poisson, qui préférerait un “homme fort” pour faire partir le président Kabila.
A Goma, capitale de la province du Nord-Kivu dans l’est du pays sous tension depuis 20 ans, un déploiement important de la police anti-émeute était visible aux grands carrefours, selon un correspondant de l’AFP. Quelques dizaines de jeunes ont tenté de barricader les rues avec des pierres.
A Kananga, principale ville du Kasaï, région qui subit des violences depuis un an et fief de l’opposition, les banques, stations-service et commerces fonctionnaient normalement, selon un autre correspondant de l’AFP. La vie était également normale à Bukavu (Sud-Kivu), Bunia et Kisangani, grande ville du nord-est.
A la veille de ces deux journées, et après les violences lundi dans la capitale, les cinq opérateurs de téléphonie mobile ont été priés de prendre des “mesures techniques préventives susceptibles de réduire au strict minimum la capacité de transmission des images” sur les réseaux sociaux.
Une lettre de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo (ARPTC) énumère 18 réseaux sociaux concernés dont Facebook, Whatsapp, Twitter, Google+, le réseau professionnel LinkedIn, le site de rencontres Badoo…”Vous recevrez, par la même voie, instruction de revenir à la normale dès que possible”, conclut le courrier.
‘Le cap est mis’
Lundi, des violences ont fait au moins douze morts par “balles perdues” dans plusieurs quartiers de Kinshasa, d’après la police qui a accusé un mouvement politico-religieux hostile au président Joseph Kabila.
Au pouvoir depuis 2001, le président Kabila doit selon l’actuelle Constitution quitter le pouvoir après son deuxième mandat qui pris fin le 20 décembre 2016.
Des élections devaient avoir lieu d’ici fin 2017, d’après un accord pouvoir-opposition du 31 décembre 2016. Le Premier ministre Bruno Tshibala a déclaré samedi que le “cap est mis” sur les élections, sans préciser de date. La Commission électorale (Céni) a indiqué que les violences au Kasaï retardent le recensement complet des quelque 45 millions d’électeurs potentiels.
Les deux journées “ville morte” ont été organisées par le Rassemblement de l’opposition, qui prévoit aussi des réunions publiques le 20 août et des appels à la désobéissance civile à partir du 1er octobre.
L’instabilité politique en RDC, géant au coeur de l’Afrique (70 millions d’habitants, 2,3 millions de km2, neuf frontières), inquiète la communauté internationale.
Un haut responsable de l’ONU a rencontré lundi à Kinshasa une délégation du gouvernement. Les Nations unies étudient avec Kinshasa les moyens d’aller rapidement vers des élections, selon ce haut responsable, le sous-secrétaire aux opérations de maintien de la paix, El Ghassim Wane, cité sur le site de la radio onusienne Okapi.
Des dizaines de personnes, dont des journalistes, avaient été interpellées le 31 juillet lors d’une journée de mobilisation à l’appel notamment du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), qui s’était traduit par des rassemblements de quelques dizaines de personnes.
-Douze personnes ont été tuées lundi par des “balles perdues” dans une vague de violences à Kinshasa, a indiqué un porte-parole de la police nationale.
“Au titre de bilan provisoire, il a malheureusement été déploré à ce stade quelques pertes en vies humaines, douze personnes fauchées par balles perdues”, a déclaré Pierrot Rombaut Mwanamputu dans un flash interrompant les émissions de la télévision publique.
Des tirs ont été entendus près de la prison de Makala, cible d’une attaque qui avait conduit à l’évasion de plus de 4.000 détenus en mai, ainsi que dans les communes de Matete et Ndjili vers l’aéroport de la mégapole de 10 millions d’habitants, selon ces témoignages.
Selon une source de VOA Afrique sur place, le calme est revenu dans certaines communes, mais à Selembao, des tirs sont encore entendus.
“Depuis environ une heure, ça tire autour de la prison de Makala, il n’y a plus de circulation, les avenues sont vides ici à Selembao”, le quartier de la prison, a déclaré en début de matinée Emmanuel Cole, un militant des droits des prisonniers.
Au moins sept policiers et deux assaillants morts
Une source de la société civile a fait état d’”au moins sept policiers” tués et de “deux assaillants tués à bout portant par les PM (police militaire). Leurs corps ont été emportés”. “J’ai vu un autre corps”, sur une autre avenue du quartier de Selembao, a indiqué cette source.
“Ça tire à l’arme légère (…), le marché est fermé”, a témoigné un habitant de Selembao, Philemon Mboko, selon lequel le commandant de la police aurait été tué.
“Il se passe quelque chose du côté de Selembao. Nous cherchons à comprendre ce qui se passe exactement”, a déclaré à l’AFP le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police vers 09h00 GMT, sans autre précision depuis malgré des relances téléphoniques.
Des coups de feu ont également été entendu dans les quartiers populaires de Matete (centre est) et de Ndjili vers l’aéroport, selon des témoignages qui évoquent au moins cinq morts dans cette dernière commune.
“J’ai vu la Croix-Rouge transporter un corps ensanglanté vers l’hôpital Biamba Marie-Mutombo alors que je me rendais vers l’aéroport de Ndjili”, a témoigné à l’AFP le caricaturiste Tembo Cash, qui a souligné qu’une importante présence militaire était visible sur la route de l’aéroport international.
Des violences auraient aussi éclaté du côté de l’Université pédagogique nationale (UPN) dans la commune de Ngaliema.
Personne n’a revendiqué ces attaques qui interviennent à la veille de deux journées “ville morte” à l’appel de l’opposition.
Outre la prison de Makala, les commissariats de police de Limete, Matete et Kalamu ainsi que le marché central de Kinshasa, ont été aussi attaqués ces dernières semaines.
Ces attaques ont lieu au moment où la RDC se trouve dans une impasse politique liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a échu le 20 décembre. L’opposition demande son départ et des élections.
-L’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo ont signé un accord portant sur les visas de leurs diplomates en début de semaine. Cet accord, qui doit permettre de renforcer les liens entre les deux pays, a été signé par la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, et par Emmanuel Ramazani Shadari, le ministre congolais de l’Intérieur.
En signant un accord d’exemption de visa pour leurs diplomates, l’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo affichent « leurs bonnes relations diplomatiques et politiques ».
La rencontre entre le président Jacob Zuma et Joseph Kabila au mois de juin a permis d’accélérer l’entrée en vigueur de cet accord bilatéral, qui vise à faciliter la circulation des fonctionnaires entre les deux pays.
La ministre sud-africaine des Affaires étrangères a indiqué que cette signature va dans le sens de l’intégration panafricaine inscrite à l’agenda de l’Union africaine pour 2063.
Elle a également rappelé que la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’est engagée à « faciliter les déplacements pour élargir le commerce et la coopération » entre les pays africains.
De son côté, le ministre congolais de l’Intérieur a estimé que « la libre circulation des fonctionnaires va faciliter la mise en œuvre des différents accords existant entre les deux pays ». L’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo en ont signé 24.
Pour l’instant, cet accord ne concerne que les diplomates en mission, mais la ministre sud-africaine des Affaires étrangères affirme déjà qu’il pourrait être progressivement étendu à d’autres voyageurs.
-La police nationale congolaise (PNC) a présenté vendredi une quinzaine de personnes comme auteurs présumés de cinq attaques contre une prison de Kinshasa, trois commissariats de police et la marché central de Kinshasa.
« Ces quinze assaillants, dont deux venus de Kananga pour assurer les rites initiatiques Kamuina Nsapu, sont des présumés responsables des attaques qui ont endeuillé la ville de Kinshasa, ciblant les prisons et cachots, les commissariats de la police nationale et le grand marché de Kinshasa », a déclaré le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu.
Parmi eux figurent des membres du parti historique d’opposition l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), des membres présumés du mouvement Kamuina Nsapu engagé dans des violences meurtrières au Kasaï dans le centre de la RDC avec les forces de sécurité, selon le colonel Mwanamputu.
« Provocation pure et simple », selon l’UDPS
L’UDPS a démenti toute implication. « C’est de la provocation pure et simple que d’impliquer l’UDPS dans ces montages. L’UDPS a toujours prôné les méthodes pacifiques. Ces déclarations de la police sont l’oeuvre de la famille politique » du président Kabila, a réagi auprès de l’AFP Augustin Kabuya, porte-parole du parti.
Les présumés assaillants présentés « ont été remis » au parquet pour la suite de la procédure jusqu’à des procès, selon l’officier.
Entre mai et juillet la série d’attaques et des évasions à Kinshasa a touché la prison de Makala, la grande prison de Kinshasa, et plus de 4.000 détenus en avaient profité pour s’évader. Les commissariats de police de Limeté, Matete et Kalamu ainsi que le marché central de Kinshasa ont été aussi attaqués.
Ces différentes attaques et évasions sont intervenues alors que la République démocratique du Congo est minée par une crise politique profonde liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a échu le 20 décembre dernier.
Âgé de 46 ans, M. Kabila a succédé à son père en janvier 2001. Élu président en 2006, il a été réélu en 2011, lors d’un scrutin entaché de fraudes massives.
Son mandat s’est achevé en décembre et la Constitution lui interdit de se représenter, mais il se maintient à la tête du pays en vertu d’un arrêt controversé de la Cour constitutionnelle, entérinée par un accord signé le 31 décembre 2016 entre la majorité et l’opposition.