-Le président congolais Joseph Kabila, qui arrive à la fin de son mandat en 2016, ne pourra pas se représenter à la prochaine présidentielle… à moins que la Constitution du pays ne soit modifiée. Une éventualité qu’esquissait récemment dans un livre l’un des proches du chef de l’État, Évariste Boshab. Mais de leur côté, les évêques, l’opposition politique et diverses associations tirent la sonnette d’alarme.
Joseph Kabila briguera-t-il un troisième mandat en 2016 ? En l’état actuel de la Constitution de la RDC, la réponse paraît négative. « Le nombre et la durée des mandats du président de la République [cinq ans, renouvelable une seule fois, NDRL] ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle », dit le texte. Pas évident que les proches de Joseph Kabila, réélu en 2011, l’entendent de cette oreille.
« Depuis quelques temps, les manœuvres se concoctent dans les officines des partis politiques » pour faire émerger l’hypothèse d’une révision de la Constitution pouvant permettre à Joseph Kabila de se représenter en 2016, croit savoir Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine des droits de l’homme (Asadho). Un sentiment partagé par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui s’était déjà prononcée début février contre « toute tentative de modification de l’article 220 » qui limite à deux le nombre de mandat du chef de l’État.
Mais avec la parution, à la mi-juin, de son dernier livre, Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation (Éd. Larcier, 444 pages), Évariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel, a relancé le débat. « Il s’est prononcé en sa qualité de chercheur, constitutionnaliste de surcroît et chef de département de droit public à l’Université de Kinshasa. Pas avec sa casquette de responsable politique », tente de nuancer un membre de son entourage. « Après tout, on ne peut pas empêcher un Congolais de réflechir sur l’avenir de son pays », ajoute un autre, qui préfère cependant ne pas être nommé.
Appel à la vigilance
Félicien Mwanama (Cenco) : “Toucher à la limitation du nombre et de la durée des mandats du président de la République risquerait de porter un coup dur à la cohésion nationale.”
Une démarche que la Cenco ne voit décidément pas d’un bon œil. Réunis en plénière fin juin à Kinshasa, les évêques congolais ont vite tiré la sonnette d’alarme. Les « fidèles [catholiques] et [les] hommes de bonne volonté [doivent] demeurer vigilants et prêts à faire échec à toute manœuvre éventuelle de modification de la Constitution en ses articles verrouillés », lancent-ils dans un communiqué de presse. Car, « toucher à la limitation du nombre et de la durée des mandats du président de la République, consacrée dans la loi fondamentale pour garantir l’alternance politique, risquerait de porter un coup dur à la cohésion nationale et à la stabilité politique », commente l’abbé Félicien Mwanama, secrétaire général adjoint de la Conférence épiscopale.
Même mise en garde du côté de l’opposition. Le pouvoir en place devra d’abord « marcher sur les cadavres des Congolais » avant de procéder à la révision de la Constitution, menace Vital Kamerhe, leader de l’Union pour la nation congolaise (UNC).
« C’est un procès d’intention », rétorque Sébastien Lusanga, porte-parole de la Majorité présidentielle (MP). « Pour l’heure, la question de la révision constitutionnelle n’a pas été discutée ni au PPRD [parti politique de Joseph Kabila, NDRL] ni à la MP. C’est simplement un citoyen congolais qui a décidé de dire tout haut ce qu’il pense », explique-t-il, soulignant toutefois que « toutes les Constitutions du monde, même les plus vieilles, sont sujettes à des révisions pour les adapter aux circonstances du moment ».
L’argumentaire ne passe pas à l’Asadho. Son président, Jean-Claude Katende prépare déjà une lettre ouverte pour appeler les jeunes congolais à s’opposer à toute initiative visant la modification du nombre des mandats du chef de l’État en RDC. « C’est justement pour préserver les principes démocratiques contre les aléas de la politique et les révisions intempestives que certaines dispositions constitutionnelles ont été verrouillées », rappelle-t-il.
–L’échafaudage des théories erronées se multiplie en Occident sur l’avenir de la République démocratique du Congo comme Etat dans ses 2.345.000 km². Chacun y va de son analyse, changeant constamment d’approche, en y ajoutant des subtiles améliorations en vue d’aboutir à une seule finalité : l’implosion de la RDC. Le processus d’une décentralisation soutenue à bras-le-corps par des partenaires au développement rentre dans cette stratégie. Les pièges étant tendus de partout, une vigilance tous azimuts s’impose ! Seul le peuple, mobilisé et déterminé, peut déjouer ces pièges du malin.
La théorie visant le dépeçage de la République démocratique du Congo en plusieurs Etats-nains a pris du chemin. La résistance de l’opinion congolaise face à cette poussée a découragé les initiateurs de cette théorie. Désormais, ils battent en brèche, recherchant à obtenir les mêmes résultats avec de nouvelles subtilités. Déjà, les mêmes personnes déclarent, urbi et orbi, que « Nous devons admettre que la République démocratique du Congo n’existe plus ».
La thèse, longtemps véhiculée dans les milieux scientifiques occidentaux, ne porte plus. Le somnifère administré par l’Occident visant l’implosion de la RDC a perdu de son efficacité. La pression de l’opinion publique congolaise a eu raison des prédictions des think tank occidentaux qui travaillent encore sur le sujet. Mais, ce n’est pas pour autant que les tenants de cette thèse ont désarmé. Bien au contraire, ils ont redoublé d’ardeur en imaginant d’autres concepts. La nouvelle trouvaille s’appelle la décentralisation ; concept défini dans la Constitution taillée sur mesure de 2006.
Au départ, il était prévu que la RDC passe, avec les élections générales de 2006, de 11 à 26 provinces. Les scenarii étaient clairement imaginés dans les boites à idées de l’Occident pour réussir cette mutation. Mais, c’était sans compter avec les réalités du terrain. « Chassez le naturel, il revient au galop », rappelle un adage. Finalement, le naturel a pris le dessus sur ce projet qui n’avait pour seul objectif que le démantèlement de la RDC.
Aujourd’hui, le projet paraît plus que chimérique. Même si à Kinshasa, on y croit encore. Pourtant, des analyses et des études bien documentées sont arrivées à la conclusion qu’il était impossible dans la situation actuelle de la RDC de passer à la décentralisation, alors que l’Etat congolais peine à asseoir son autorité sur l’ensemble du pays. « Comment concevoir une décentralisation en présence d’un vide étatique », a fait remarquer un politologue.
LA THEORIE DE J. PETER PHAM
J. Peter Pham, chroniqueur dans New-York Times, est de ceux qui pensent que la solution pour sauver la RDC est d’en précipiter l’implosion. Dans un forum publié dans le célèbre journal américain sous le titre : « To save Congo, Let it Fall Apart (Pour sauver la RDC, implosons-la) », l’Américain développe sa pensée qui a fini par trouver écho dans certains milieux occidentaux.
L’un des thèmes constamment vantés par les auteurs de ces théories, à l’instar de J. Peter Pham, est que le Congo est trop grand et que les dirigeants congolais sont trop incompétents pour gouverner le pays. Dans le même temps, ces auteurs imaginent que les dirigeants congolais ne veulent pas appliquer les règles de gouvernance appropriées. Comme Pham, ils suggèrent que briser le pays en morceaux est un moyen d’alléger la charge pesant sur les Nations unies et la communauté internationale qui tentent d’éveiller cet « éléphant ivre ».
Certains auteurs se sont donc saisis de cette théorie en développant une ligne de pensées où transparaît une inversion complète de la théorie typique de la science politique. Ils suggèrent une chose plus que fondamentale pour eux : la décentralisation de la RDC doit se passer maintenant, à un moment où l’Etat a du mal à garantir son autorité sur l’ensemble du pays. Dans le cas actuel de la RDC, il n’existe pas de forces de défense, aucune administration sérieuse est présente dans l’ensemble du pays. Une telle proposition revient à plaider pour la théorie de l’implosion ; seule voie idéale, pour l’Occident, de « sauver le Congo ».
Stigmatisant justement l’incompétence et l’irresponsabilité du gouvernement à garantir le fonctionnement normal de l’Etat congolais, la création d’un Congo décentralisé est tout simplement hypocrite. Car, un Etat décentralisé, efficace, nécessite par conséquent l’appui d’un gouvernement central efficace, une force de défense forte et une police bien organisée. Le gouvernement efficace est le postulat pour une décentralisation réussie, tous les autres sont des corollaires.
Essayer de faire autrement, comme c’est le cas de la décentralisation prématurée prônée par l’Occident, c’est condamner l’ensemble du pays à la perdition. C’est l’objectif visé par ceux qui soutiennent depuis 2006 la thèse de la décentralisation. La décentralisation n’est qu’un objectif apparent. Le but ultime est l’implosion de la RDC – la décentralisation n’étant qu’une des étapes de ce processus. La décentralisation ne doit pas devenir le nouvel avatar pour « sauver le Congo », comme le fait croire la Communauté internationale. Avec la décentralisation, l’Occident crée malheureusement un autre scénario où le peuple congolais sera une fois de plus le seul à être blâmé lorsque les conséquences d’un plan mal conçu se matérialiseront.
La RDC existe par la volonté du peuple du Congo. Il est assez probable que la voie de la décentralisation proposée par la communauté internationale puisse créer une structure étatique plus coûteuse et dangereuse que celle existant actuellement. Le peuple doit donc se mobiliser pour barrer la route à ce projet, hautement suicidaire pour la RDC dans le format hérité de la colonisation.
La communauté internationale a intérêt à se démarquer de ses clichés négatifs qu’elle s’est fait sur la RDC. La seule solution au problème de la RDC est d’accepter de changer de cap et d’écouter les voix de la raison du peuple congolais. Les Congolais connaissent mieux les solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés et ils ont besoin d’une véritable aide de la communauté internationale. Et non d’une solution qui n’apporte que malheur et désolation.
Contrairement à la théorie développée par J. Peter Pham, Jeffrey Herbst, Greg Mills et d’autres théoriciens de la théorie de condamnation de la RDC et relayée par une couche d’intellectuels africains de la race de ceux réunis au sein de Pole Institute, le démantèlement de la RDC apporterait des ravages dans tout le continent. La catastrophe sociologique qui s’ensuivrait est presque marginalisée. La rupture de l’équilibre que suscite la RDC dans la région et le continent générerait des vagues de pandémonium partout sur le continent ; ce qui serait très difficile à contrôler par la suite.
UNE STRATEGIE QUI NE PASSERA JAMAIS
C’est dans cette foulée que s’inscrit, en effet, la trame principale des réflexions qui ont guidé le Colloque international autour du thème « Conflits, frontières et rôle des organisations régionales en Afrique subsaharienne : cas du Mali, de la Centrafrique et de la RDC » que Pole Institute a organisé à Goma, du 24 au 28 juin 2013. Il ne faut pas être devin pour comprendre dès le départ le but poursuivi par Pole Institute en organisant cet assemblage, de mauvais goût d’ailleurs, de telles réflexions qui ne visent en fait qu’une seule chose : chercher à obtenir, à tout prix, la balkanisation de la RDC.
Malheureusement pour ce genre d’officines qui font des pieds et des mains pour arriver à la balkanisation de la RDC, jamais ils ne viendront à bout de la farouche détermination des Congolais qui tiennent à leur pays comme à la prunelle de leurs yeux. Tout ce que ces apprentis-sorciers font comme entourloupettes est voué à l’échec. C’est à ce même sort qu’est destiné un groupuscule comme Pole Institute dont les frémissements n’iront pas plus loin qu’un coup d’épée dans l’eau.
Aujourd’hui, il est vrai que les ennemis de la RDC ont trouvé une nouvelle parade à travers le concept de la décentralisation. Ils veulent se servir de ce prétexte pour imposer aux Congolais et à leur beau pays une décentralisation adaptée à leur goût. Uniquement pour servir leurs sordides intérêts. « Le Congo n’a jamais été trop grand » pour qu’ils le balkanisent. Les Congolais n’ont jamais été incompétents pour que ces ennemis puissent, en retour, s’approprier leur pays et en faire ce que ces hideux ennemis de notre Grand Congo voudront ». En tout cas, c’est le message que le peuple congolais leur assène tous les jours et de tout temps.
Patrice Emery Lumumba- lE Premier Premier Ministre de la RDC
Chers lecteurs,
Trente-huit ans après son assassinat programmé par les puissances extérieures, la personnalité mythique et légendaire du Premier ministre congolais, le panafricaniste Patrice-Emery Lumumba hante continuellement la mémoire historique et universelle. À preuve, beaucoup de zones d’ombres persistent encore aujourd’hui sur son destin exceptionnel brutalement estompé le 17 janvier 1961 à Élisabethville (Lubumbashi-Katanga) sur ordre des intérêts occidentaux et mis en œuvre par leurs agents de subordination et satrapes locaux. Force est de souligner que le fait même de citer ce nom magique gravé indélébilement dans l’inconscient collectif du peuple congolais déclenche, faut-il le souligner, fréquemment des passions tribales ou ethniques incontrôlables. Le prononcer exacerbe toujours des clivages politiques ou idéologiques aigus.
L’article ci-après de M. Joël Lévy que vous avez aujourd’hui, le loisir de lire, n’est pas en soi une œuvre d’historien. Loin de là. Bien qu’il replace certains faits dans leur contexte normal ou certains événements dans leur historicité, ce dernier ne consiste point du tout à rétablir avec une certitude géométrique une vérité dont les moyens et les ressources d’investigation font cruellement défaut. Il vise plutôt à fournir une matière brute, à livrer, aux lecteurs passionnés de la décolonisation, des outils de première nécessité dans le cadre d’un débat démocratique, libre et contradictoire que votre serviteur espère résolument vif, animé, franc, civilisé, respectueux et tolérant.
En effet, au-delà de l’envergure de bon nombre d’acteurs potentiels ou réels du drame congolais, l’essentiel n’est pas uniquement de relever des responsabilités politiques mais plutôt de ressortir, de déterminer surtout les grands enjeux internationaux du Congo dans le cadre du développement de l’Afrique, et ce au regard des événements conflictuels actuellement en cours dans la région des Grands Lacs. À cet égard, nous vous demandons de bien vouloir nous partager toutes vos réflexions et vos commentaires les plus précieux sur le statut particulier et singulier du Congo et de l’Afrique dans le nouvel ordre international du IIIè millénaire.
Votre serviteur
Le texte ci-après a été publié au mois de novembre 1998.
République démocratique du Congo
Le 30 juin 1999, la République Démocratique du Congo (RDC) commémore le trente-neuvième anniversaire de son accession à l’indépendance nationale et à la souveraineté internationale. Ces festivités nationales sont malheureusement assombries par une guerre civile qui sévit atrocement dans l’Est du pays. Cette conflagration met aux prises les forces armées congolaises (FAC) loyales au président autodésigné Laurent-Désiré Kabila et une double rébellion militaire mobutiste et tutsie banyamulenge logistiquement appuyée par une ligue de pays limitrophes (Ouganda, Rwanda et Burundi) ainsi que par bon nombre d’intérêts politiques, militaires et financiers extérieurs (belges, français, américains et sud-africains). Cette coalition armée antikabiliste nourrit l’ambition de mettre coûte que coûte la main sur toutes les ressources minières et stratégiques que regorge le sous-sol de ce géant d’Afrique centrale. Cependant, dans le contexte politique de morcellement territorial – indubitablement favorisé par la triple agression ougando-rwando-burundaise– que refuse poliment de condamner la communauté internationale, que peut bien réellement signifier, aujourd’hui, pour toutes les Congolaises et tous les Congolais, l’État, la nation, l’unité nationale, l’indépendance, la souveraineté ou l’intégrité territoriale de leur cher pays?
Le testament politique de Patrice Emery Lumumba
La vocation africaine du Congo : Acte de foi d’un nationalisme identitaire
Par Joël Lévy
En 1885, la conférence de Berlin consacre impunément sous l’impulsion du prussien Otto Von Bismarck le dépeçage systématique du continent africain. Au cours de ce sommet réunissant les différentes puissances européennes, le roi des Belges Léopold II, descendant de la famille des Saxe-Cobourg, réussit à imposer, en bon génie, au futur Congo un statut tout à fait particulier. En effet, ses homologues reconnaissent à ce territoire géant d’Afrique centrale le statut de «propriété privée du souverain de Belgique». Toutefois, celui-ci est «assorti d’une condition de préemption» dont le principal bénéficiaire est incontestablement la France au cas où le monarque génial ne saurait ou ne pourrait mettre substantiellement en valeur cet espace vital et stratégique. En raison de sa situation géographique, ce territoire majestueux et immensément riche, à la dimension d’un sous-continent, naguère sillonné d’est en ouest pour le compte du roi des Belges par le mémorable explorateur écossais, Sir Henri «JohnRowlands» Morton Stanley[i], suscite, attise déjà à cette époque on ne peut exceptionnelle des appétits mercantilistes et des convoitises internationales.
Comme le Congo est politiquement consacré propriété privée, cela implique qu’il échappe à toute juridiction publique. Ainsi, cette vaste contrée dont la superficie représente en réalité quatre-vingts fois l’étendue de la Belgique, est vouée aux gémonies de la loi privée. À cette époque où les libertés économiques et les droits sociaux sont érigés au rang de principe et de dogme en Occident, qui dit ‘‘loi privée’’, dit ‘‘entreprise privée’’. En effet, le Congo est totalement géré par de nombreux grands trusts bancaires, financiers et miniers internationaux qui gravitent autour des intérêts royaux. Cette gestion est en fait confiée à l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK)[ii] qui est une succursale de la Société Générale de Belgique (SGB). Ce holding financier dispose, en réalité, des ramifications tentaculaires dans la plupart des groupes industriels et financiers qui dominent en principe le gotha international (groupes Lazare, Oppenheimer, Rockefeller, Ryan-Guggenheim, Anglo-American).
Outre l’administration et la force publique coloniale pour réprimer violemment les populations autochtones, la gestion mentale du Congo est également confiée à la très puissante et très influente Église catholique dont l’objectif primordial est de former des « nègres dociles » éternellement à la solde du pouvoir colonial belge dont la doctrine est « pas d’élite, pas d’ennuis ». En dépit de son incontestable efficacité, cette entreprise de détournement intellectuel se heurte à la résistance d’une aile nationaliste. Celle-ci est assurément incarnée dès les années vingt par le prophète «Tata Simon Kimbangu», fondateur de l’Église autochtone kimbanguiste. C’est en s’appuyant substantiellement sur les passages et messages d’Évangiles de la Sainte Bible apportée par la civilisation occidentale dans les contrées africaines que ce dernier démonte toutes les mécaniques de l’exploitation des Noirs. Dans le but d’extirper, de neutraliser cette forme de lutte anticolonialiste fondée sur la non-violence, l’administration belge arrête le résistant nationaliste Simon Kimbangu. Elle le déporte manu militari à Élisabethville (Lubumbashi) au Katanga où il meurt loin des siens en 1956.
Juste après la mort de ce prophète noir, émerge soudainement en 1958 un certain Patrice-Emery Lumumba reconnu ‘‘immatriculé’’ – c’est-à-dire : reconnu évolué ou assimilé par l’administration belge en 1954 – mais amèrement excédé par l’arrogance de la machine coloniale et l’exploitation éhontée de ses frères. Ce leader charismatique est né le 2 juillet 1925 à Onalua, dans le territoire de Katako-Kombe (Sankuru-Kasaï-Nord). Très jeune, il est définitivement exclu, écarté des écoles chrétiennes administrées par les congrégations des missionnaires scheutistes qui le jugent moins docile et moins malléable. Par conséquent, il est directement dirigé vers le réseau scolaire protestant où il décroche finalement un diplôme d’études moyennes qui est l’équivalent du certificat de l’école primaire. Commis des postes à Stanleyville (Kisangani) en 1954, il devient syndicaliste et préside de ce fait le personnel indigène de la Province Orientale. En 1957, Patrice Emery Lumumba gagne Léopoldville (Kinshasa) pour travailler dans une brasserie. En si peu de temps, il gravite plusieurs échelons administratifs pour finalement occuper le poste de directeur. En même temps, il devient un des promoteurs incontestés et chefs de file du Mouvement national congolais (MNC) dont les cofondateurs sont en principe Albert Kalonji Ditunga et Joseph Iléo Songo Amba.
Sûr de son destin national, répondant en bon patriote à l’appel de détresse du peuple congolais, Patrice-Emery Lumumba quitte sans tarder la firme qui l’emploie pour se consacrer exclusivement à la direction du MNC. C’est effectivement au Congrès de Luluabourg (Kananga) d’avril 1959 que le futur Premier ministre du Congo définit les objectifs d’un parti national et supra-ethnique. Ses visées politiques viennent se greffer ainsi sur les idéaux tiers-mondistes véhiculés à la Conférence de Bandoeng et à l’idéologie panafricaniste diffusée à la Conférence d’Accra (Ghana) en 1958 et de Caire (Égypte). La plupart des valeurs politiques et principes idéologiques émis sur ces différentes tribunes et réunions internationales constituent véritablement, logiquement et substantiellement les grandes lignes de force du lumumbisme à la fois anticolonialiste et anti-impérialiste. Ils constituent idéologiquement la pierre angulaire de ce qu’il convient de qualifier de Nationalisme congolais.
En effet, cette doctrine politique au cœur de la République démocratique du Congo met en relief l’indépendance nationale, l’unité du Peuple (la nécessaire construction de la Nation et la défense de l’intégrité du territoire national), la sacrosainte liberté de l’Afrique (la solidarité continentale). Tous ces principes sont irrémédiablement consignés dans la pensée politique de Patrice-Emery Lumumba (Vocation africaine du Congo). À la lumière d’événements politiques qui se déroulent actuellement dans ce pays d’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs, il importe d’apprécier, bien entendu, la stratégie des autorités politiques et gouvernementales de Kinshasa afin d’honorer méticuleusement la mémoire du Martyr de l’indépendance congolaise.
L’indépendance du Congo
« Peuple congolais, mon pays et moi-même, nous reconnaissons avec joie et émotion que le Congo accède, ce 30 juin 1960, en plein accord et amitié avec la Belgique, à l’indépendance et à la souveraineté internationale ». Baudouin 1er, Roi des Belges, Parlement de Léopoldville, jeudi 30 juin 1960.
C’est en ces termes forts dont la sincérité est ultérieurement appréciée au regard du chaos congolais que le roi des Belges Baudouin 1er proclame solennellement l’indépendance nationale de ce géant d’Afrique centrale. En effet, quelques jours suivant son accession à la souveraineté internationale, le Congo entre de plein fouet dans la spirale sans fin de la violence physique dont la circonvolution ne peut être maîtrisée par les nouvelles autorités politiques. Le 5 juillet, la force publique coloniale se mutine contre la hiérarchie européenne. Les soldats autochtones n’apprécient nullement le refus d’émancipation de l’armée défendu par le commandant en chef, le général belge Janssens. Sa phrase écrite au tableau noir devant un parterre de militaires africains « Après l’indépendance = Avant l’indépendance » fait déborder la marmite.
Le 11 juillet 1960, la République du Congo emprunte le chemin de la balkanisation manipulée par les intérêts politico-financiers belges. Appuyé par l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), la province minière la plus riche du pays, le Katanga[iii], fait sécession sous l’instigation du président Moïse Kapenda Tshombe. Celui-ci proclame la naissance de l’État Indépendant du Katanga (EIK). En réaction à ce mouvement sécessionniste, le chef des guerriers balubakat[iv] Jason Sendwe, d’ailleurs allié au gouvernement central et aux autres forces lumumbistes et nationalistes, organise à son tour une sécession dans la sécession. Ce dernier extirpe le Nord-Katanga de l’emprise coloniale belge et de l’influence politico-ethnique des dignitaires politiques yeke (Godefroid Munongo), tshokwe et lunda (Tshombe) pour le rattacher définitivement à la République du Congo.
Un mois après, c’est-à-dire le 8 août 1960, les séparatistes katangais sont suivis dans leurs sombres voie et dessein sécessionniste par la Province minière du Sud-Kasaï. Cette région du centre du pays abrite d’importants gisements diamantifères mondiaux. Soutenu politiquement et financièrement par la Société internationale forestière et minière du Congo (Forminière)[v], Mulopwe Albert Kalonji Ditunga profitant ainsi des tergiversations diplomatiques du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question katangaise proclame, à son tour, la naissance de l’État minier du Sud-Kasaï[vi]. Il y a lieu de noter que tous les locaux publics et administratifs du nouvel État sécessionniste sont situés au sein des édifices appartenant à la Forminière. Cette multinationale prend également en charge toutes les dépenses des autorités politiques de facto ainsi que le budget de l’État factice de Bakwanga.
Dans un premier temps, ces événements soudent, par leur gravité et par leur ampleur, la cohésion politico-institutionnelle, la solidarité voire l’identité des vues entre le chef de l’État (Joseph Kasa-Vubu) et le Premier ministre (Patrice-Emery Lumumba), notamment en raison de l’intervention militaire belge au Katanga (9 juillet 1960). À cet égard, le chef du gouvernement congolais déclare à la Radio-Léopoldville le 22 juillet 1960 : « Entre le chef de l’État et moi-même, il y a une unité de vues, une solidarité et même pas une aiguille ne peut entrer entre nous dans nos relations (…). Cette unité entre le chef de l’État et moi, c’est cela qui fait la force du Congo indépendant». Toutefois, l’évolution rapide de l’imbroglio politique congolais tend malheureusement à affaiblir cette coalition au sommet de l’État. En effet, les divergences transparaissent effectivement au grand jour lorsque le président de la république très favorable à une solution politique et négociée de la crise congolaise ne supporte quasiment plus l’opiniâtreté et l’obsession d’un chef du gouvernement irrémédiablement tenté par l’usage systématique et automatique de la force armée afin de récupérer des pans du territoire national qui échappent à sa juridiction.
Lorsque se déroulent effectivement, le 5 septembre 1960, les abominables massacres de Bakwanga (M’Buji-Mayi) perpétrés sans états d’âme par les troupes militaires de l’ANC dirigées par le général Victor Lundula – de surcroît oncle de Patrice-Emery Lumumba – et répondant aux ordres exclusifs du Premier ministre congolais, le président Kasa-Vubu, qui vient d’avoir un entretien marathon de cinq heures avec M. Timberlake, d’ailleurs ambassadeur des États-Unis d’Amérique à Léopoldville (Kinshasa), décide de révoquer partiellement le gouvernement nationaliste sans même consulter le principal intéressé : [Patrice Lumumba][vii]. Pour démettre politiquement ce cabinet, le chef de l’État du Congo épaulé par des sherpas étrangers, assisté par une armée des conseillers belges (Pr. Jef Van Bilsen)[viii], américains (des officiels tous membres actifs de la CIA et du département d’État)[ix] et français (G. Denis) évoque « la mal gouvernance, l’incitation à la haine ethnique, la constitution d’une milice ou faction armée à des fins strictement privées, l’atteinte à la sûreté de l’État ». Par conséquent, pour avoir plongé le jeune pays dans une guerre civile atroce, Lumumba est remplacé dans la foulée par le Premier ministre Joseph Iléo, un syndicaliste élu sénateur et très proche de divers intérêts économico-financiers coloniaux et, de surcroît, membre fondateur du MNC.
Apprenant sa démission par voie de presse, Patrice-Emery Lumumba très furieux de la tournure prise les événements démet, à son tour, de toutes ses fonctions le président Joseph Kasa-Vubu pour « collusion avec l’ex-puissance coloniale belge et le lobby flamand ». Ainsi, le Congo est décapité. Il n’a plus de président à sa tête. Mais, il dispose d’un gouvernement bicéphale, à deux têtes tel un « Minotaure » (Iléo et Lumumba). Il dispose aussi de deux branches armées (ANC/Mobutu qui est le chef d’état-major officiel désigné par le président Kasa-Vubu et ANC/Lundula ou forces armées populaires congolaises – FAP – restées foncièrement fidèles aux options politiques et idéologiques du Premier ministre congolais).
Comme les gouvernements Iléo et Lumumba se disputent, à n’en pas finir, la légitimité politique et constitutionnelle, le colonel Joseph-Désiré Mobutu fort du soutien de l’armée enjoint finalement la classe politique de se réconcilier. Pendant ce temps, le nouveau Premier ministre Joseph Iléo est incapable de former un gouvernement, de réunir une majorité parlementaire autour de sa politique. De son côté, Patrice-Emery Lumumba continue à exercer ses fonctions de chef du gouvernement. À cet égard, il nomme, par décret, nombre de hauts cadres administratifs et militaires (le colonel Maurice M’Polo qui est son futur compagnon d’infortune au Katanga, est élevé au grade militaire de lieutenant-général). Il continue également à mobiliser toutes les forces politiques et populaires autour de sa personne. Pendant que la confusion règne au pays, il recueille le 13 septembre 1960 une majorité très controversée en faveur des pleins pouvoirs qu’il a sollicités. Furieux, Kasa-Vubu ajourne les travaux parlementaires et le colonel Mobutu qui vient de se faire nommer chef d’état-major de l’ANC par le chef de l’État congolais après plusieurs intrigues dont il a effectivement seul le secret, encerclent le parlement par les militaires qui lui sont fidèles.
Mais, les activités politiques du Premier ministre déchu donnent des arguments à ses opposants les plus irréductibles et aux pourfendeurs des thèses nationalistes qui décident de le mettre hors d’état de nuire – selon l’expression consacrée du ministère belge des affaires étrangères – en ouvrant une information judiciaire contre lui auprès du procureur de la république, le belge René Rom. Force est de mentionner que ce haut personnage judiciaire de la cour d’appel de Léopoldville (Kinshasa) admet plus tard devant le ministre de la justice lumumbiste Rémy Mwamba – également démis de toutes ses fonctions par le chef de l’État – qu’il est précipitamment conduit à rédiger le mandat d’amener contre le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba. C’est à la suite de fortes pressions extérieures (conseillers belges, français et américains auprès de Joseph Kasa-Vubu, faut-il entendre), conclut-il au cours de cette réunion, qu’il émet finalement au bureau du président de la république un acte d’accusation contre le leader panafricaniste nationaliste du MNC pour exercice illégal des prérogatives gouvernementales et, enfin, incitation à une insurrection populaire contre les autorités politiques constituées.
Dans cet imbroglio qui respire en fait l’impréparation de l’élite nationale enchevêtrée à l’immaturité de la classe politique, le colonel Joseph-Désiré Mobutu effectue un putsch grâce, notamment, à la collusion de l’ancienne puissance coloniale. Ce premier coup d’État militaire du chef d’état-major de l’ANC qui intervient un jour après la confiance parlementaire à Lumumba et sa nomination à ce poste stratégique au sein de l’armée, est d’ailleurs qualifié non sans morgue par son propre auteur de « coup de force ». À ce titre, il nomme le collège des commissaires généraux (CCG) composé de jeunes étudiants, de surcroît universitaires, (Mario-Philippe Cardoso Losembe Batwanyele, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, Marcel Lihau Ebua, Albert Ndele, Joseph Mbeka, Jonas Mukamba Kadiata Nzemba) et de l’élite politique et dirigeante (Albert Delvaux Mafuta Kizola, Justin-Marie Bomboko Lokumba) totalement vouée aux intérêts coloniaux de la Belgique. En proclamant « la neutralisation des institutions politiques » au profit dudit cabinet fantoche (de facto), cet ancien secrétaire général près du gouvernement interdit pratiquement toute activité publique au chef de l’État Joseph Kasa-Vubu, aux deux Premiers ministres Joseph Iléo et Patrice-Emery Lumumba.
Pour mettre un terme à la crise et aux tensions politiques qui paralysent réellement le pays, la classe politique congolaise met sur pied une commission de réconciliation [commission compromissoire] désignée par le parlement et placée sous l’égide des Nations unies. Durant le mois d’octobre 1960, cette structure arrache, au grand dam de diverses puissances colonialistes et impérialistes, un accord politique entre le président Joseph Kasa-Vubu et le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba qui devraient annoncer solennellement à la population ainsi qu’à la communauté internationale leur réconciliation. Le jour où cet accord est conclu, il est décidé que cette entente serait immédiatement annoncée à la radio nationale.
Lorsque les voitures officielles s’apprêtent effectivement à ‘‘se rendre’’ à la maison de la radio pour l’annonce de l’accord, le président de la république qui a déjà apposé officiellement sa signature au bas du document, juste à côté de celles du Premier ministre déchu (Patrice Emery Lumumba) et du président du Sénat congolais (Joseph Okito)[x], reçoit subitement un coup de téléphone. Après cette conservation on ne peut plus mystérieuse, il montre bizarrement des signes d’inquiétude et refuse finalement de s’y rendre. Au même moment où cet appel parvient au chef de l’État congolais, une réunion spéciale se tient, en réalité, depuis quelques heures entre M. Linner, le représentant de l’ONU, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, l’ambassadeur Scott du Royaume-Uni et l’ambassadeur Timberlake des États-Unis d’Amérique à Léopoldville (Kinshasa).
Selon certains experts, cet appel téléphonique mystérieux dissuadant toute réconciliation entre le dirigeant congolais et le chef du gouvernement prouve que la CIA et l’ambassadeur Timberlake – que la radio du ministre de l’information (M. Anicet Kashamura) du cabinet Lumumba dénonce comme le vrai fossoyeur de la démocratie nationale et l’artisan du rôle néfaste dans la politique congolaise – ne se contentent pas uniquement de pousser le président de la république à révoquer le Premier ministre. Ils mettent également tout en œuvre pour saborder et anéantir définitivement tout accord politique entre ces deux personnages au sommet de l’État congolais[xi].
Cette éviction politique du gouvernement nationaliste de Léopoldville qui est ultérieurement suivie de l’arrestation à Lodi (Sankuru) du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba par les soldats de l’ANC encadrés par l’inspecteur général de la sûreté nationale Gilbert Pongo – tous placéssous les ordres du colonel Joseph-Désiré Mobutu – le 2 décembre 1960[xii] et de son élimination physique par les forces extrémistes et néocolonialistes à Élisabethville (Lubumbashi) au Katanga le 17 janvier 1961[xiii], doit être idéologiquement placée dans le contexte stratégique du rachat de l’indépendance congolaise par l’ex-puissance coloniale et tutrice, la Belgique[xiv]. Elle met automatiquement en branle le processus restaurateur de l’entreprise coloniale[xv]. En effet, à cette époque trouble, dans le cadre de la souveraineté politique du Congo, la Belgique souhaite vivement « une indépendance-association » afin de garder une ferme mainmise sur le destin politique de son ex-colonie de l’Afrique centrale. Inspirée de la tradition britannique du Commonwealth, cette formule politique et administrative de « dominion » qui consacre la direction du pays par un gouverneur général nommé par Bruxelles, est rejetée d’un revers de la main par le leader nationaliste Lumumba qui y voit inexorablement une occasion de perpétuer l’asservissement du peuple congolais. À ce propos, il déclare sans ambages, dès janvier 1960, aux Amis de Présence africaine en Belgique : « Parce que nous ne concevions pas qu’un gouvernement congolais pouvait être encore présidé par un gouverneur général, nous avons compris par-là que ce n’était pas une vraie indépendance que l’on nous promettait».
Il importe de souligner que l’anarchie au Congo est provoquée par de puissants intérêts financiers belges en vue de mettre au pas le gouvernement nationaliste de Patrice-Émery Lumumba. En effet, celui-ci se propose de « nationaliser » les entreprises minières qui leur sont concédées depuis des lustres par le roi Léopold II et le gouvernement de Bruxelles. Comme le président Salvador Allende qui voudrait substantiellement procéder à la réforme foncière au Chili, Patrice Emery Lumumba est éliminé politiquement et physiquement par les forces réactionnaires (locales et étrangères) au nom de la survivance de l’entreprise coloniale. À cet égard, Charles P. Howard écrit : « L’élimination de Lumumba était une nécessité absolue si l’on voulait arracher le Congo aux mains africaines. Non seulement il devait être renversé, mais il devait être enlevé du chemin. Aussi longtemps, qu’il demeurerait sur la scène politique, il constituerait une menace pour la domination blanche au Congo et dans le reste de l’Afrique ».
Par ailleurs, il convient de relever qu’en proclamant solennellement l’indépendance congolaise, le roi Baudouin 1er désengage la Belgique en Afrique centrale au profit de l’Organisation de l’Alliance Atlantique du Nord (OTAN) dans le cadre étroit de l’ordre bipolaire de Yalta dont les États-Unis d’Amérique en tant que partenaire privilégié sont les parrains. Comme le préconise le président américain John Fitzgerald Kennedy, ce désengagement systématique implique que « l’indépendance du Congo doit impérativement se faire dans le [seul et unique] cadre de l’Occident »[xvi]. En d’autres termes, ce pays d’Afrique centrale passe immédiatement du statut de pourvoyeur des matières premières au profit du colonisateur à celui de réservoir des matières minérales et stratégiques pour la ligue des pays occidentaux et principalement pour des intérêts bancaires, financiers et industriels américains. D’ailleurs, ceux-ci pénètrent en force dès 1959 dans ce pays (Harry Oppenheimer de l’Anglo-American Corporation of South Africa[xvii], David Rockefeller of Chase Manhattan Bank[xviii], la Compagnie Ford Motor[xix], la Banque Dillon, la Banque J.H. Whitney Co, la Bank of America[xx]). À ce propos, il y a lieu de mentionner que les États-Unis d’Amérique ont effectivement fabriqué leur première bombe atomique – qui fait systématiquement de ce pays gigantesque la première puissance économique et militaire mondiale – à partir de l’uranium fortement enrichi naturellement et extrait du sous-sol de la province minière du Katanga au Congo belge.
Il appert que l’enjeu fondamental de l’indépendance congolaise demeure la capacité réelle pour ce peuple d’Afrique centrale de s’autodisposer véritablement. En l’espèce, le principe d’autodisposition signifie le contrôle véritable et effectif des Congolais sur leurs propres sol et sous-sol consacré par la loi Bakajika en 1961. Cette disposition qui a été justement reçue dans toutes les constitutions du pays, et depuis celle de Luluabourg (Kananga) de 1964, affirme « la propriété exclusive du Congo sur son sol et son sous-sol ». Mais, depuis sa consécration constitutionnelle, quel gouvernement a-t-il effectivement respecté son esprit et sa lettre ? Il faut remarquer que c’est par le biais de cette loi résolument infâme et scélérate pour les intérêts extérieurs, mais indispensable pour la souveraineté nationale que gît inexorablement le destin politique de la République démocratique du Congo dont la problématique est récemment posée crûment par la double rébellion militaire mobutiste et tutsie banyamulenge dans l’Est du pays. À cet égard, Mzee Laurent-Désiré Kabila, qui est en réalité un mercenaire rebelle et un stakhanoviste des luttes de libération nationale en Afrique, « autodésigné président de la RDC, autonommé ministre de la défense, autopromu libérateur de la nation voire autoproclamé soldat du peuple », répond catégoriquement aux satrapes et sbires néo-impérialistes que « le Congo n’est pas à vendre »[xxi].
Cette perspective de ne pas livrer le pays aux piranhas de la communauté internationale est au cœur du lumumbisme primitif et du nationalisme identitaire congolais lorsque le leader du MNC et père de l’indépendance nationale déclare : « Mais, au Congo, depuis des années, pour avoir la sympathie de l’administration et des milieux coloniaux, il nous faut toujours faire des courbettes. Il faut toujours dire amen. Il faut toujours dire oui là où il faut dire non. Mais, quand on veut défendre son pays, quand on veut défendre la cause de la liberté, immédiatement on vous affiche une étiquette : révolutionnaire, excitateur, voyou, toutes les étiquettes». Force est de constater que le président Kabila est présenté comme un marxiste-léniniste rétrograde[xxii]. Pour fins de propagande politique orchestrée par divers responsables occidentaux et automatiquement relayée par la presse internationale, le régime politique de Kinshasa est abusivement comparé à celui des camarades sanguinaires de la sinistre république démocratique et populaire du Kampuchéa ou génocideurs du Cambodge (Pol Pot, Kieu Shan Pan). D’autres voix s’élèvent même pour prétendre « qu’il n’est pas l’homme providentiel pour les Congolais » qui ont goûté pendant trente-deux ans à l’expérience macabre d’un autre homme providentiel à la solde de puissants intérêts extérieurs : le maréchal-despote Mobutu Sese Seko du Zaïre. À cet égard, il convient de souligner que le très long règne monarchique de son régime ubuesque, de son pouvoir fantoche et macabre, rentre inexorablement dans la stratégie politique et diplomatique internationale d’hypothéquer l’indépendance congolaise et le développement du continent africain dans le cadre de la guerre froide.
S’agissant de la guerre civile dans l’Est de l’ex-Zaïre, les factions rebelles antikabilistes regroupées politiquement autour du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), fraîchement dirigé par le Dr Émile Ilunga en remplacement immédiat du fameux Pr. Ernest Wamba dia Wamba, sont totalement favorables à l’application des programmes d’ajustement structurel (PAS). Ces politiques décidées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) commandent la privatisation de toutes les ressources minières de la République démocratique du Congo (RDC). Cette privatisation ne consiste point à les céder au secteur privé, comme le terme sous-entend. Elle consiste plutôt à les céder – ce qui signifie concrètement gestion, concession et capitalisation – aux entreprises étrangères, en l’occurrence occidentales. Comme en témoigne l’ouverture des « revolving fund » permettant à diverses banques étrangères (dont la toute-puissante Banque [belge] Bruxelles-Lambert) de libérer des fonds pour l’exploitation des carrières minières dans les secteurs conquis par la rébellion armée. En contrepartie, celles-ci se chargent de la vente ou de la commercialisation des produits extraits.
Force est de constater que la rébellion armée est artificiellement créée par les intérêts internationaux dans le but de rendre complètement inopérant l’actuel gouvernement nationaliste de Kinshasa à l’instar de son prédécesseur de 1960. En effet, le président Laurent-Désiré Kabila a révoqué les concessions minières accordées le 9 mai 1997 à Lubumbashi aux compagnies bancaires et minières anglo-saxonnes avant son accession controversée au pouvoir. Pour, ainsi, brouiller toutes les cartes politiques, ces puissances financières interviennent militairement par le truchement de trois pays voisins (le Burundi, l’Ouganda et le Rwanda). Par conséquent, toutes ces interventions consacrent en réalité la privatisation de la violence armée en Afrique, notamment par le canal des compagnies de mercenaires (la sud-africaine Executive Outcomes) et des réseaux mafieux (la mafia ukrainienne, tchétchène ou russe) qui trafiquent des armes de combat (D’après nombre de sources médiatiques autorisées, le trafic des tanks ukrainiens T 52 au profit des maquisards de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola – UNITA – encadrés par le Dr Jonas Savimbi transiterait par Kampala).
La construction de la nation
Pour le tribun Patrice-Emery Lumumba, la Nation congolaise ne renvoie pas spécifiquement à un environnement humain ou une collectivité sociale au sein de laquelle toutes les personnes membres ont expressément exprimé la volonté de vivre ensemble et lesquelles sont reliées par une géographie commune, une histoire commune. Pour le héros de l’indépendance du Congo, la Nation dépasse de loin les bornes géographiques et les contingences historiques pour fondre définitivement dans la renaissance spirituelle d’une entité humaine, dans le renouveau culturel d’un univers social. Dans le cadre congolais, d’ailleurs, écrasé par un colonialisme avilissant qui détruit, dans son for intérieur, la personnalité animique de l’être vivant, la Nation, en tant que communauté et système de valeurs, signifie intrinsèquement le fait de naître (nati en latin) des cendres de la colonisation belge. Cette naissance cristallise l’attribution d’une identité propre à l’individu afin de recouvrer toute sa dignité polluée voire vitrifiée par le système cognitif du colonisateur. Pour ce faire, l’indépendance est le vecteur, le moteur de la construction nationale, le protecteur de la dignité et de l’identité nationales quand Lumumba affirme tout go : « Poursuivant la lutte dont l’objectif primordial est de sauver la dignité de l’homme africain, le peuple congolais a choisi l’indépendance immédiate et totale».
Fondé sur la nécessaire [re]naissance nationale, ce rapide recouvrement de la personnalité animique, donc de la dignité, passe inéluctablement par la réhabilitation du système psychique et mental des citoyens congolais. En effet, pour les asservir continuellement, le colonialisme belge porté à violer la conscience et l’Esprit des autochtones les a trop longtemps accoutumés à se déprécier et, surtout, à se trahir mutuellement. À la dépréciation et à la trahison (la délation) qui sont les deux mamelles de l’exploitation négrière, Patrice-Emery Lumumba oppose la revalorisation de l’africanité et de la solidarité qui devient le ferment de l’unité nationale.
Pour le Premier ministre congolais, l’esprit solidaire qui doit animer immanquablement le peuple, devient le leitmotiv politique et le rempart idéologique de l’intégrité du territoire par le rejet aussi bien inconditionnel que systématique de la discrimination ethnique et tribale, le refus des divisions régionalistes ou des exclusions corporatistes. Bien qu’il soit membre à part entière de l’association ethnique anamongo-akutshu, le tribun et grand héros nationaliste déclare à ce propos « qu’il n’y a plus d’ethnies au Congo. Il n’y a plus de Bakongo ou de Bangala. Il n’y a plus de Wagenia. Nous n’avons qu’un peuple libre. Nous sommes tous des citoyens et nous devons sauvegarder l’unité nationale. Hier, les Européens ont voulu diviser les Bakongo et les Bangala. Ils ont voulu diviser Kasa-Vubu et Lumumba, mais nous prouverons à tous ces gens que nous sommes aujourd’hui unis, que nous allons sauvegarder notre unité nationale (…)».
Contrairement au lumumbisme qui nie catégoriquement la réalité ethnique et tribale, le mobutisme reconnaît tous azimuts ce phénomène sociologique dans toute sa stratégie politique et idéologique de construction nationale. Cependant, la Nation en tant que communauté de biens et collectivité de valeurs trouve son assise politique par l’entremise du parti unique et Parti-État, le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR). Par ailleurs, le nationalisme version mobutiste demeure autant que le lumumbisme primaire dont il emprunte la démarche idéologique une doctrine identitaire et unitariste. Par le truchement du discours de l’Authenticité, le maréchal-dictateur Mobutu Sese Seko du Zaïre crée artificiellement une Nation dont le fondement idéologique est ‘‘l’africanité’’, dont la doctrine est la tradition primordiale, d’ailleurs conjuguée à la modernité ambiante. Plus symbolique que réelle, cette communauté nationale s’articule moralement et matériellement autour des notions de l’unité (uniformisation) et de la centralisation (l’intégrité territoriale).
En assumant le destin de la République du Congo de 1960 à 1965, le président Joseph Kasa-Vubu dont bien des Congolais méconnaissent l’action politique, a également incarné une certaine idée du Congo fondamentale à la définition et à l’ancrage du nationalisme congolais. Confronté à l’anarchie et aux multiples désordres créés artificiellement, fabriqués de toutes pièces, par le colonisateur belge pour racheter l’indépendance avec la double sécession du Katanga et du Sud-Kasaï, Kasa-Vubu contribue par sa sagesse à irriguer les valeurs de la Nation. En effet, celui-ci accorde, sans hésiter et sans ménagement, ses voix à celles du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba pour condamner vertement l’interventionnisme suicidaire de la Belgique. Cet exemple éloquent démontre que le chef de l’État congolais récuse de la manière la plus ferme « l’immixtion dans les affaires internes d’un pays souverain et indépendant, a fortiori d’une ex-colonie victime des agissements déplacés de son ancienne métropole et puissance tutrice ». En joignant en fait toutes ses voix à celle de Lumumba, Kasa-Vubu est totalement favorable à l’unité nationale en cas de péril imminent de la Nation et de l’État.
Pour le président Joseph Kasa-Vubu dont l’action politique pernicieusement est édulcorée par une histoire prêt-à-consommer, l’unité nationale s’articule aussi autour d’un dialogue franc, honnête et ouvert entre les enfants d’un même pays. Cette démarche implique, en cas de belligérance armée ou politique, la conciliation véritable des vues qui doit nécessairement préfigurer à toute réconciliation nationale afin de préserver l’intégrité territoriale du Congo et l’harmonie sociale entre les différents pans de la collectivité publique. Cette optique de régler l’épineuse question de la crise congolaise compliquée par la double sécession katangaise et sud-kasaïenne constitue, en réalité, la pomme de discorde entre le chef de l’État, Kasa-Vubu, confédéraliste de l’Association des Bakongo [ABAKO] et le Premier ministre, Lumumba, leader unitariste du Mouvement national congolais [MNC]. En effet, dans le but de résoudre le conflit politique qui sévit en République démocratique au Congo, l’intransigeance excessive du gouvernement nationaliste conduit à privilégier la manière musclée, c’est-à-dire l’emploi de la violence armée et physique afin de faire revenir de gré ou de force dans le giron congolais les deux provinces séditieuses.
Force est de constater que cette vision kasavubiste de régler pacifiquement tous les conflits entre les Congolais lorsque la sécurité nationale et l’intégrité territoriale du pays sont totalement menacées, est également au cœur de l’action politique tshisekediste. En effet, le juriste Étienne Tshisekedi wa Mulumba qui assume, d’ailleurs courageusement le rôle difficile du chef de l’opposition politique, démocratique et légaliste depuis vingt ans au Congo, ne manque pas de proposer un plan de paix – rejeté par le président Kabila – prévoyant le dialogue politique autour d’une plate-forme nationale entre les factions rebelles du RCD et les autorités politiques et gouvernementales de Kinshasa. L’enjeu fondamental du « plan Tshisekedi » est d’épargner la population des affres d’une guerre civile pilotée par des forces centrifuges, de mettre un terme définitif à la mutinerie d’une partie des FAC d’autant plus qu’elle perpétue la balkanisation du pays, qu’elle justifie l’agression extérieure de la RDC par des États limitrophes.
Déjà, au plus fort de l’épopée révolutionnaire kabiliste, ce « Premier ministre » élu à la Conférence nationale souveraine (CNS) de 1992 ne manque pas de vilipender, de condamner sévèrement la présence de différentes forces armées étrangères (la coalition de conscience africaine) sur le sol du territoire national, au nom de la non-interférence dans les affaires intérieures d’un État souverain et indépendant (ce principe angulaire est au cœur du lumumbisme qui répugne d’un revers de la main l’intervention des pays étrangers et des organismes internationaux dans les questions congolaises). Ces troupes militaires africaines sont « apparemment » venues épauler le président autoproclamé Laurent-Désiré Kabila à « usurper le pouvoir politique » au détriment du maréchal-pillard Mobutu Sese Seko du Zaïre. En réalité, elles étaient venues dépecer le pays et se partager ses ressources.
Face à la liquidation tous azimuts du processus politique et démocratique par les nouveaux maîtres de la République du Congo-Kinshasa, le leader charismatique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) appelle de tous ses vœux la constitution d’une plate-forme de réconciliation nationale afin de décrisper l’atmosphère politique nationale. Au même titre que le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba qui ignore les recommandations substantielles du président Joseph Kasa-Vubu, Mzee Laurent-Désiré Kabila fait la sourde oreille. Toutefois, en demandant expressément aux factions armées et rebelles du RCD de se joindre finalement au débat national qu’il compte lui-même piloter, Kabila revient-il in extremis aux bases nationales d’Étienne Tshisekedi pour corriger toutes ces erreurs politiques et stratégiques qui lui coûtent énormément autant que Lumumba en 1960 la balkanisation du pays ?
En tant que collectivité publique et communauté politique, la Nation signifie effectivement dans l’imaginaire congolais, la paix civile, la concorde sociale, la sécurité publique garanties par les forces armées congolaises. En tant que Maison commune, elle signifie pertinemment l’unité nationale et l’intégrité du territoire. En d’autres termes, cette communauté de biens, de valeurs et de principes commande le refus de la balkanisation du territoire national. Elle inspire le rejet du démembrement de la collectivité publique. Ceci implique la consolidation de la présence de l’État, de l’emprise des pouvoirs publics sur la population et sur le cadre géographique. Par conséquent, cette affirmation de l’effectivité réelle de l’État en tant que puissance publique commande forcément la conquête ou la récupération des pans de l’espace national au moyen de la violence physique ou armée.
C’est cette conception qui prédomine dans l’attitude du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba pour récupérer les deux provinces séditieuses du Katanga et du Sud-Kasaï en 1960. Elle prédomine également dans la volonté politique du Premier ministre Moïse Kapenda Tshombe afin de réunifier en 1964 le pays démembré par les forces nationalistes, d’obédience lumumbiste (Kivu, Maniema), de tendance gizengiste (Province Orientale) voire même d’orientation muléliste (Kwilu-Kwango). Cette même volonté politique anime farouchement le maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre confronté à l’occupation armée des villes minières du Katanga (Kolwezi, Kipushi, Likasi) par les rebelles du Front national de libération du Congo (FNLC) strictement placés en 1977 et 1978 sous le commandement du général tshombiste Nathanaël M’Bumba.
Cette même énergie unificatrice du pays démembré continue de stimuler le président autoproclamé Laurent-Désiré Kabila dans le dessein de reconquérir militairement des pans entiers régionaux de la République démocratique du Congo (RDC), totalement placées par les factions rebelles du RCD sous l’égide administratif des pays limitrophes (Ouganda, Rwanda et Burundi). Vu la complexité de la situation militaire sur le terrain des hostilités armées, Kabila privilégie stratégiquement la voie politique et diplomatique pour mettre fin à l’agression extérieure et au démembrement du territoire national imposé par les forces militaires antigouvernementales et leurs alliés aussi bien régionaux qu’internationaux[xxiii]. Cette stratégie constitue indubitablement une avancée historique par rapport à ses prédécesseurs adeptes inconditionnels de la violence armée.
Si le nationalisme congolais est une maison commune, un édifice imprégné de valeurs communes, le lumumbisme constitue la fondation, les racines. Il est l’essence de l’édifice moral et idéologique de la nation congolaise. Le mobutisme constitue les murs qui soutiennent la paroi. C’est l’apparence. Il se traduit concrètement par l’identité nominale, la réhabilitation des patronymes africains. Cette démarche cristallise l’expression du nationalisme autour du chef de l’État. Les portes et les fenêtres représentent le mulélisme en tant que gardiens de la nation, à l’image des pasdarans de la révolution islamique iranienne initiée par l’Ayatollah Ruhollah Khomeyni. C’est l’idéologie de l’institution militaire qui doit fondamentalement être effectivement au cœur de la conscience nationale et au centre de la construction de l’État (la défense nationale). Comme dans toutes sociétés modernes, celle-ci est substantiellement incarnée par l’idée du péril, du danger permanent que représentent à tout jamais les forces extérieures. Pour ce faire, l’armée nationale incarne, par le biais de la défense, le patriotisme. En qualité de rempart idéologique de la collectivité publique, elle protège l’édifice national, les valeurs de la nation tout entière à l’instar des vestales qui entretiennent le foyer, le feu divin.
Le tshisekedisme symbolise la charpente. Dans la société congolaise, c’est le droit comme norme de référence doctrinale qui protège les intérêts fondamentaux de l’État et légitimes des citoyens. C’est une garantie contre l’arbitraire incarné par la dictature, le népotisme, les privilèges et la gabegie. Fondé sur le patriotisme constitutionnel, il fait de la loi la référence morale et suprême de la nation. Les décorations intérieures forment le corps idéologique du kabilisme fondé essentiellement sur le nationalisme économique. Cette démarche politique se veut en réalité le générateur de la puissance industrielle et financière de l’État par le truchement d’une classe d’opérateurs économiques et sociaux essentiellement tournés vers le développement. Par le biais de la société de consommation, elle compte à tout prix octroyer un pouvoir social (un pouvoir d’achat, un pouvoir de décision) aux citoyens (la base) afin d’assumer leur destin collectif.
Les valeurs de la nation congolaise
La construction nationale repose, selon la doctrine politique lumumbiste, sur l’humanisme. Celui-ci est substantiellement fondé sur l’égalité entre les citoyens, les droits fondamentaux de la personne humaine, la justice sociale et la liberté. En effet, Patrice-Emery Lumumba rêve d’un État unitaire et transethnique où tous les citoyens sont égaux devant la loi. De ce fait, il rejette le modèle colonial fondé sur l’arbitraire, l’ostracisme et les privilèges. Pour le père de l’indépendance nationale, l’État qui est le dépositaire de l’ordre public et de l’intérêt général, doit promouvoir la bonne entente et des rapports harmonieux entre tous les citoyens, quels qu’ils soient. Pour lui, l’égalité signifie en principe la participation de l’État, la contribution des pouvoirs publics à la paix sociale.
Au lieu d’être la gestion des antagonismes ou conflits sociaux voire un instrument idéologique au service exclusif de la classe dominante comme le définit pertinemment le philosophe allemand Karl Marx, le modèle étatique est perçu par les forces lumumbistes ou nationalistes comme la gestion de la sécurité collective des citoyens. Il est défini comme un outil politique et idéologique au service de l’intégration des plus faibles ou opprimés. En cela, le lumumbisme met idéologiquement en avant l’idée d’intérêt général qui est au cœur du phénomène sociologique de l’État en tant que pouvoir politique et autorité sociale.
Cette conception égalitariste demeure inlassablement au centre de la philosophie kabiliste lorsque le président Laurent-Désiré Kabila affirme fermement devant des barons et dignitaires mobutistes médusés totalement impliqués dans de diverses malversations financières et dans la dilapidation des biens publics sous la IIè république mobutiste de triste mémoire que « c’est la loi de la nation qui est, désormais, appliquée à tous et sans distinction ». À cet effet, le dirigeant congolais annonce sen réalité sa farouche volonté d’éradiquer le régime social des privilèges, de lutter contre la corruption et l’arbitraire érigé en système par le mobutisme. Pour Kabila, l’État existe effectivement lorsque ses normes sont applicables à tous par la justice (le principe d’égalité de tous les ressortissants devant la loi de l’État). Par conséquent, cette institution judiciaire devient nécessairement le rempart matériel contre la privatisation de l’État par une fraction de la population au détriment de la multitude.
Cet égalitarisme garanti par les dispositions légales est également au cœur des préoccupations de l’action politique et idéologique du leader de l’opposition démocratique, le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Fondée essentiellement sur un patriotisme constitutionnel ou légaliste que d’aucuns qualifient à juste titre de nationalisme démocratique, la doctrine de l’UDPS met pratiquement en relief la loi comme ferment juridique, idéologique et politique de la société. S’imposant à tous sans discrimination, cette norme sociale assure légitimement par sa force et par sa contrainte l’équilibre de la collectivité publique par le refus de l’arbitraire et de l’absolutisme.
En d’autres termes, la loi ou norme législative qui est, en principe, très largement au-dessus de la puissance publique des autorités politiques et gouvernementales chargées de l’exercer (le principe de légalité ou la conformité à l’ordonnancement juridique d’un État), est le rejet du modèle dictatorial. En effet, la dictature est la prostitution de la loi en tant que règle, référence morale et tradition de la société. C’est ce viol de la norme suprême d’un État, d’une collectivité publique par une autorité sans nul doute [il] légalement constituée qui crée inexorablement l’instabilité politique, l’insécurité sociale, la fossilisation des rapports socio-humains.
Pour le tshisekedisme, si la loi reste effectivement la norme référentielle (le légalisme juridique ou constitutionnel), c’est par l’intermédiaire de la justice et de la démocratie qu’elle assure l’équilibre et la sécurité de la collectivité publique, en tant qu’elle est l’expression de la volonté générale. En effet, la démocratie protège les libertés tandis que la justice garantit les droits des citoyens. La démocratie protège la dignité de l’individu tandis que la justice assure son intégrité et son patrimoine. À cet égard, le mobutisme militaire et triomphant en tant que système idéologique axé sur la répression et régime politique essentiellement fondé sur la prédation industrielle fournit bon nombre d’exemples pertinents durant son sinistre règne.
L’idéologie mobutienne se veut, elle aussi, théoriquement fondée sur une conception égalitaire de la société congolaise. Cette égalité qu’elle met en avant, concerne en réalité les droits fondamentaux reconnus aux citoyens. Elle vise en fait les devoirs moraux, les obligations légales de l’homme et de la femme en tant que personne humaine et sujet des droits. Force est de souligner que ce principe est politiquement sanctionné par l’octroi du droit de vote aux femmes congolaises en 1967. Elle est idéologiquement sanctionnée dans le cadre de ce qu’il convient d’appeler la politique de promotion de la condition féminine consacrée par la nomination du personnel féminin en qualité de ministre (Mme Sophie Kanza Zala Lusibu, ex-Lihau), de maire (Mme Kani à Bandalungwa), de cadre politico-administratif en 1966. Toutefois, cet égalitarisme à la mobutienne est très rapidement entamé par l’institutionnalisation des « deuxièmes bureaux ». Véritable socle de la IIè république mobutiste, cette culture sociale alambiquée, qui se situe à cheval entre la polygamie (la polygynie) et l’entretien des maîtresses prostitue, avilit complètement la femme congolaise moderne. Elle la réduit bien sûr au niveau de l’objet sexuel, du plaisir charnel. Elle réduit automatiquement et systématiquement cet être humain aux potentialités énormes à l’état d’esclavage sexuel.
Si l’égalitarisme lumumbiste refuse le tribalisme et l’ethnicisme, il n’en demeure pas moins vrai que le nationalisme congolais promeut la justice sociale en tant que mode ou système de redistribution des richesses nationales. À cet effet, Patrice-Emery Lumumba affirme : « Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun recevra sa juste rémunération de son travail. Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté ». Pour le père de l’indépendance congolaise, la justice sociale qui est le pendant de l’égalité, consiste à doter le pays d’un système de production permettant à ceux qui le détiennent de participer au développement de la communauté nationale. Cette contribution implique l’investissement des produits tirés de l’exploitation de cet instrument, le partage des richesses nationales par l’entremise de la fiscalité, le pouvoir d’achat pour soutenir l’outillage industriel et la consommation des ménages.
Ces préoccupations de développement économique et social sont également mises en avant par la doctrine tshisekediste qui conçoit idéologiquement la démocratie comme un véritable instrument et une méthode de saine répartition des richesses nationales avec l’émergence progressive des classes moyennes qui s’entassent dans des conditions infra-humaines voire au-dessous de l’inimaginable dans les banlieues périphériques. Ces visées sont aussi cristallisées par la démarche kabiliste dont l’obsession politique est la reconstruction nationale. Pour le président congolais, la justice sociale est un instrument qui doit guider le développement national dans l’optique unique de l’intégration des pans de la population d’ailleurs exclus par la kleptocratie mobutienne. À cet effet, ce dernier évoque inlassablement le refus des égoïsmes ou du nombrilisme social quand il traite méchamment la classe politique mobutiste des « Harpagons de la IIè république ».
Si la nation signifie pour Patrice-Emery Lumumba la naissance ou le renouveau d’un peuple, sa construction doit nécessairement s’articuler autour de la liberté du groupe en vue de maintenir sa cohésion sociale et d’assurer l’adhésion de ses membres. Dans cette optique, la liberté suppose le rejet de la domination autochtone. Par conséquent, aucune ethnie ou aucun groupe tribal ne peut dominer sur la population. Ainsi, Lumumba rejette la constitution d’un État ethnique ou régional comme les Zaïrois l’ont vécu sous le mobutisme avec la (ngbandisation) de l’appareil administratif, des services publics, des institutions politiques.
Sous le nouveau régime du président Laurent-Désiré Kabila, ce réflexe épidermique de s’entourer systématiquement et automatiquement des agents politiques régionaux et de la clientèle ethnique et clanique (la katanguisation) continue malheureusement de faire légion. Pourtant, à ce niveau, le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba, qui est le chef charismatique de l’opposition légaliste (UDPS), souhaite le saupoudrage de toutes les ethnies dans le recrutement national des agents de la fonction publique et de l’appareil de l’État. Les deux gouvernements d’union nationale et de salut public qu’il a brièvement dirigés en 1991 et 1992, témoignent fermement, dans leur configuration à la fois ethnique et régionale, de cette volonté politique.
Au regard du discours politique lumumbiste et de sa philosophie nationaliste, la nation congolaise repose substantiellement sur la fraternité entre les citoyens et les différentes composantes ethniques du pays. Ceci implique théoriquement la bonne entente ou la bonne harmonie entre les divers pans sociaux. Aussi implique-t-il idéologiquement le rassemblement politique de tous les ressortissants autour d’un véritable idéal national.
Toutefois, les multiples déclarations incendiaires des autorités politiques et gouvernementales de Kinshasa à l’encontre des minorités culturelles tutsies – les Banyamulenges – dont plusieurs factions armées se sont rebellées contre le pouvoir politique de Laurent-Désiré Kabila grâce à la collusion de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, ont sensiblement refroidi les relations interethniques dans les régions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pour certaines études, cette exacerbation du sentiment antitutsi par le régime congolais est en réalité une trahison de l’idéal panafricaniste et lumumbiste. Pour d’autres, cela lui permet de mobiliser la Nation tout entière et, par conséquent, d’exclure des forces centrifuges à la solde des intérêts extérieurs.
La liberté de l’Afrique
Si la construction de la nation est indubitablement une garantie à la consolidation, au renforcement de la souveraineté internationale du Congo, cette indépendance nationale n’est pas du tout viable, ni solidifiée sans la libération de l’Afrique tout entière du joug colonial et impérialiste. À cet effet, Patrice-Emery Lumumba lie la liberté du Congo à celle du Continent tout entier lorsqu’il déclare fermement pendant de la conférence africaine de Léopoldville (Kinshasa) : «Tous ont compris que si le Congo meurt, l’Afrique bascule dans la nuit de la défaite et de la servitude». Cette phrase prémonitoire dont la force réelle ne peut pas vraiment être démentie par bon nombre d’événements physiques, s’est avérée sous le régime despotique et fantoche du maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre.
À la solde des intérêts internationaux, le pouvoir mobutiste qui a bâillonné le peuple congolais, a complètement étouffé, écrasé les aspirations politiques profondes des Nations africaines fondées sur le développement et la libération de l’exploitation coloniale. À partir du Zaïre, des puissances extérieures ont déstabilisé l’Afrique en allumant des brasiers conflictuels qui compromettent l’essor des pays de la sous-région tels que l’Angola. En effet, le Zaïre de Mobutu a servi de base arrière aux rebelles de l’UNITA afin de mettre au pas le régime marxiste-léniniste de Luanda. Ce mouvement politico-militaire qui est normalement né dans le sillage de la guerre de libération nationale, est une pure invention des services secrets portugais et des banquiers helvétiques. Dans le cadre de la guerre froide, cette organisation a continuellement reçu le support logistique des États-Unis d’Amérique (CIA) et du régime ségrégationniste de la République Sud-Africaine (RSA) par le truchement de sa force de frappe militaire et de la compagnie des mercenaires Executive Outcomes.
À partir de la base militaire de Kamina (Katanga), bien des intérêts politiques et gouvernementaux extérieurs déstabilisent, par le président Mobutu Sese Seko du Zaïre interposé, la lutte des peuples noirs d’Afrique dont le Congrès national africain (ANC) est le fer de lance. L’ombre militaire de ce dirigeant-gendarme des intérêts internationaux est réellement partout. Elle pèse pratiquement dans tous les conflits armés. Elle sert évidemment de souffleur de braise dans toutes ces guerres civiles.
Au Sud-Soudan, en Ouganda, au Rwanda, au Burundi, Mobutu Sese Seko du Zaïre aide aussi bien les régimes politiques en place que les mouvements rebelles. Réputé volage, animé par un esprit de lucre, ce geôlier des aspirations africaines fondamentales épouse assez facilement, à la manière d’une grue, toutes les causes meurtrières, en autant qu’elles lui rapportent financièrement. Son amour et son attachement viscéral à l’argent facile expliquent très souvent ses volte-face spectaculaires.
Au Sahara Occidental, le président zaïrois n’hésite point à venir à la rescousse du Shérif marocain, le Roi Hassan II, qui s’enlise dans une confrontation armée avec le Front Polisario à Tindouf. Au Tchad, il appuie ouvertement le gouvernement de N’Djaména (Hissène Habré) contre son ex-ami, le colonel Mouammar-el-Kadhafi de la Libye. À ce titre, il envoie très rapidement sur-place un fort contingent du centre d’entraînement des troupes aéroportées (CETA) conquérir militairement les villes désertiques de Faya-Largeau et d’Abéché aux dépens des factions militaires et des rebelles toubous très proches du gouvernement d’union nationale de transition (GUNT) dont le président est Goukouni Oueddei. Ces oubliés du mobutisme interventionniste combattent aujourd’hui aux côtés des forces kabilistes afin de reconquérir les secteurs occupés par les factions rebelles du RCD.
Après la mort de Mobutu, l’enjeu international du Congo demeure toujours au centre de l’actualité avec l’occupation de l’Est du pays par les forces ougandaises, rwandaises et burundaises qui agissent au nom de grandes puissances étrangères dont la volonté politique et économique est d’assujettir toute l’Afrique à leurs caprices mercantilistes. En effet, le président autoproclamé Laurent-Désiré Kabila qui a farouchement lutté contre le néocolonialisme au Congo, le colonialisme portugais en Angola, le régime militaro-dictatorial d’Idi Amin Dada en Ouganda et de Juvénal Habyarimana au Rwanda, veut, semble-t-il, « promouvoir, exporter la paix, la sécurité et le développement» au reste du continent. Toutefois, cette perspective unique ne plaît pas forcément aux intérêts internationaux qui l’ont pourtant soutenu en vue de renverser le régime vermoulu du maréchal-dictateur Mobutu.
Ces puissances souhaitent plutôt voir le chef de l’État congolais pérenniser le système pyromane mobutien, notamment vis-à-vis de la Libye du colonel-guide Mouammar-el-Kadhafi et du Soudan du général Omar Hassan-el-Bachir, deux pays d’ailleurs en mauvaise posture avec la communauté internationale. En réalité, cette optique contrarie, en réalité, la «Vocation africaine du Congo » dont les lignes de force politiques sont magistralement tracées par le nationaliste et panafricaniste Patrice-Emery Lumumba dès la conférence de Luluabourg en avril 1959. Celle-ci met en lumière le principe fondamental de solidarité entre les différents pays du continent africain en vue d’émasculer le colonialisme dont le prolongement est en fait l’impérialisme.
La Vocation africaine du Congo
Depuis la naissance de l’État congolais en 1960, la pensée politique de Patrice-Emery Lumumba demeure réellement la référence idéologique et doctrinale de ce géant d’Afrique centrale dans ses rapports internationaux. Bien qu’elle mette en avant des notions de souveraineté internationale et d’indépendance nationale pour garantir l’épanouissement de tous les ressortissants du pays, la vocation africaine du Congo repose essentiellement sur le principe cardinal de solidarité entre tous les peuples du continent-mère pour assurer leur développement commun et intégré.
À cet effet, le lumumbisme qui puise toutes ses racines historiques dans la conférence de Bandoeng, affirme le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pour ce faire, il défend la non-immixtion du pouvoir colonial ou des puissances impérialistes dans les affaires intérieures de tous pays décolonisés ou nouveaux pays libres. Au regard de la décolonisation, cette solidarité à l’échelle continentale commande logiquement et forcément une assistance tous azimuts en faveur des pays placés encore sous le joug de la colonisation (Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau) et de l’Apartheid (Afrique du Sud ou Azania, Rhodésie du Sud ou Zimbabwe, Namibie).
Ceci implique que le nationalisme congolais repose inéluctablement sur le refus de l’exploitation de l’homme par l’homme d’ailleurs injustement imposée par le colonialisme négrier (la Belgique) et le capitalisme meurtrier international (l’Occident). Aussi est-il le rejet sans concession et surtout sans ménagement de la suprématie raciale (racisme condescendant) idéologiquement véhiculée par une certaine élite mondiale, en l’occurrence les puissances occidentales, sur les peuples du Tiers-Monde. À cet égard, Patrice-Emery Lumumba affirme : « Nous sommes ici pour défendre l’Afrique, notre patrimoine, ensemble. À l’action concertée des puissances impérialistes dont les colonialistes belges ne sont que l’instrument, nous devons opposer le front uni des peuples libres et des peuples en lutte d’Afrique. Nous devons opposer aux ennemis de la liberté la coalition des hommes libres. Et notre sort commun se joue pour le moment ici au Congo. C’est ici en effet que se joue un nouvel acte de l’émancipation et de la réhabilitation de l’Afrique».
À ce propos, confronté réellement à une double rébellion armée mobutiste et tustie banyamulenge dont l’objectif est la restauration de l’entreprise néocolonialiste, le président Laurent-Désiré Kabila poursuit-il le rêve libérateur du Congo et de l’Afrique prôné par le nationalisme congolais interposé ? Force est d’admettre que celui-ci rejette le système esclavagiste international. Force est d’admettre que le président autoproclamé de la République démocratique du Congo utilise effectivement les mêmes artefacts idéologiques que le Premier ministre congolais.
La notion angulaire d’égalité raciale fonde également l’humanisme lumumbiste. Celle-ci est mise en lumière quand le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba du Congo déclare sèchement devant le roi des Belges Baudouin 1er lors des festivités de l’indépendance nationale : « Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres ». Par cette affirmation, il rejette la discrimination raciale de l’Occident comme fondement de la spoliation des peuples du monde entier.
La Vocation africaine du Congo repose également sur le respect des droits humains bafoués par le colonisateur belge. Pour le leader nationaliste congolais, le nouveau pays doit être un État de droit, un État démocratique qui assure à ses ressortissants la sécurité juridique. À ce propos, il ajoute : « Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. (…) Nous qui avons souffert de l’oppression colonialiste, nous vous le disons : tout cela est désormais fini».
Poursuivant aussi dans la même veine du respect des droits sacrés et inaliénables des individus, le Premier ministre Moïse Kapenda Tshombe qui a pourtant combattu les politiques lumumbistes et nationalistes, demande très solennellement à l’ancien colonisateur réparation de ses méfaits, sous le couvert du contentieux belgo-congolais. Dans la démarche de l’ex-chef sécessionniste katangais, la violation des droits fondamentaux d’un peuple en tant que groupe social, communauté, collectivité, nation libre par un autre État ou une autre puissance implique nécessairement un dédommagement. La réparation de ce préjudice s’impose d’autant plus qu’il y a forcément eu atteinte systématique et automatique des libertés individuelles et collectives, violation des droits de la personne humaine dans son patrimoine matériel, physique et corporel en tant qu’espèce vivante, et également dans sa dimension spirituelle, morale et intellectuelle en tant que sujet et être.
C’est, d’ailleurs, à titre de ce contentieux historique mis en avant par Tshombe que le lieutenant-général Joseph-Désiré Mobutu autopromu chef de l’État de la République démocratique du Congo et totalement acquis aux puissants intérêts politiques et économiques américains « nationalise » en 1966 la Générale congolaise des mines (Gécomines) au détriment de la Belgique et de l’UMHK. Pour la circonstance, cette compagnie est baptisée Générale des carrières et des mines (Gécamines). Force est de constater qu’en dépit de cette fameuse nationalisation, le directeur financier de la Gécamines provient du FMI ou de la Banque Mondiale. Quant à son directeur d’exploitation qui a en charge le délicat dossier de la commercialisation des matières premières, il est de nationalité belge. Ce dernier est toujours nommé en collaboration avec le gouvernement de Bruxelles.
Comme le monde est pratiquement divisé en deux blocs idéologiques (l’Est représenté par les pays du Pacte de Varsovie et l’Ouest incarné par l’OTAN), le nationalisme congolais qui s’articule autour de l’indépendance nationale et de la souveraineté internationale, refuse du revers de la main de fondre ou d’intégrer le géant d’Afrique centrale à la logique manichéenne de Yalta. En d’autres termes, le lumumbisme prône « le non-alignement ou le neutralisme positif ». Ce qui implique le fait pour la République du Congo de promouvoir la paix et la sécurité entre les nations de l’univers terrestre, de se déterminer dans les relations interétatiques en fonction de ses intérêts légitimes et sacrosaints, de respecter tous les engagements et tous les choix idéologiques de ses pairs et voisins. Ce qui exclut pertinemment l’aventurisme interventionniste mobutien au nom des supergrands ou des puissances financières.
À cet égard, sommé par le président du Sénat, Joseph Iléo de faire connaître tout son programme gouvernemental, Patrice-Emery Lumumba dépose, dès le 21 juillet 1960, le texte intégral de sa déclaration gouvernementale devant le bureau des chambres parlementaires. Exposant la ligne directrice du gouvernement de la République du Congo, le Premier ministre écrit : « Le Congo pratiquera une politique de neutralité la plus absolue. Il ne s’intégrera à aucun bloc. Il déploiera tous efforts en vue de contribuer au rétablissement de la paix dans le monde, seule condition pour permettre l’amélioration des conditions d’existence des peuples déshérités (…). Le Congo est prêt à passer des accords ou des conventions avec n’importe quel pays du monde pour autant que ceux-ci n’entraînent pas l’aliénation de la souveraineté nationale ».
Mais, en réalité, le mobutisme en tant qu’idéologie interventionniste et fabrication de l’Occident, constitue politiquement et idéologiquement un détournement de la Vocation africaine du Congo. Si le nationalisme congolais version lumumbiste repose fondamentalement sur l’anticolonialisme (la Belgique) et l’anti-impérialisme (l’Occident ou l’OTAN), l’anticolonialisme mobutiste vilipende intrinsèquement, et ce au niveau du discours, plutôt l’aristocratie politique et financière belge que le maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre a visiblement trahie au profit de puissants intérêts militaro-industriels américains. Au lieu d’être réellement dirigé contre l’Occident chrétien, l’anti-impérialisme de ce geôlier de l’Afrique indépendante et gendarme vassalisé des États étrangers vise et cible singulièrement les pays du bloc du Pacte de Varsovie (le communisme soviétique). Avec le président Laurent-Désiré Kabila, la République Démocratique du Congo revient idéologiquement à la tradition politique lumumbiste, à la vision nationaliste. Mais, son discours présente réellement cette différence fondamentale : l’anticolonialisme de l’homme fort de Kinshasa n’est pas résolument anti-belge. Celui-ci est plutôt profondément anti-français. Son anti-impérialisme est dirigé moins contre les États-Unis d’Amérique que les pays membres de l’Union européenne.
Nationalisme congolais et postlumumbisme
Avec la mondialisation des marchés qui se profile à l’orée du 21è siècle, le nationalisme congolais est appelé à se remanier, à se redéfinir complètement afin de mieux garantir au Congo et à l’Afrique la souveraineté internationale et la liberté de tous leurs ressortissants. Fondée sur le libre-échange économique, la sous-traitance par le truchement de la délocalisation industrielle et la privatisation du patrimoine national, cette internationalisation compromet sérieusement, selon certaines études, toutes les chances de développement économique des pays du Tiers-Monde. Déjà hypothéquée par une politique d’assistance technique et d’aide financière qui s’est avérée suicidaire pour leur stabilité politique, économique, sociale et culturelle, l’émergence de toutes ces contrées n’est guère assurée par la mondialisation marchande. Celle-ci exige, en réalité, le bradage systématique et automatique des entreprises desdits États aux consortiums étrangers.
Par le biais de l’Accord multilatéral sur les investissements (AMI), ces multinationales deviennent, à l’image des représentations diplomatiques, des entités extraterritoriales dans un pays souverain et indépendant qui les accueille à bras ouvert. Par conséquent, elles échappent complètement en raison de leur extraterritorialité à toutes juridictions nationales. Force est de mentionner qu’en vertu de l’AMI, toutes ces entreprises multinationales disposent de la possibilité – (du droit) – d’ester devant les juridictions des États dont elles servent loyalement les intérêts, les gouvernements des pays d’accueil en vue d’obtenir réparation des dommages par elles encourues dans l’exercice de leurs activités. Par contre, les pays d’accueil ne disposent aucunement des moyens de contrainte contre ces dernières lorsqu’elles pourraient se livrer à des activités délictueuses voire criminelles tombant vraisemblablement sous le coup de leurs législations internes.
En tant qu’héritier politique et idéologique du lumumbisme et légataire universel du mulélisme, le kabilisme rejette du revers de la main la mondialisation ou globalisation des marchés parce qu’elle repose pernicieusement sur la notion d’hégémonie, de domination et d’esclavage économique. C’est un nouveau contrat politique et social fondé sur une vassalité économique proposée aux multiples pays du Tiers-Monde. En raison de sa philosophie des zones franches économiques (zones à bas salaires), les nouveaux maîtres de la République Démocratique du Congo récusent, en définitive, cette notion d’internationalisation comme une entreprise de spoliation et d’exploitation des peuples africains.
En effet, inspirée du modèle politique et économique chinois, l’économie sociale de marché qui constitue le socle de la doctrine kabiliste, la substantifique moelle du gouvernement nationaliste de Kinshasa, vise indubitablement à doter tout le peuple d’un pouvoir d’achat suffisant pour relancer de façon significative et consommer la production intérieure. Elle vise également à promouvoir en Afrique un développement intégré entre les différentes nations. Ce qui lui permet de doter le pays d’infrastructures de production interreliées aux autres États du continent. Cette réelle perspective d’indépendance économique et sociale, par ricochet de souveraineté politique et militaire des pays, fait craindre l’émergence des États totalement autonomes dans l’arrière-cour de l’Europe dont les membres se regroupent autour de l’OTAN, sous la férule des États-Unis d’Amérique, et fusionnent sur la base du traité sur l’Union européenne de 1992. D’après certains experts et observateurs, cette situation d’autonomisation dopée par la mouvance panafricaniste explique réellement les frictions et les tensions persistantes dans la région des Grands Lacs africains et orchestrées par des intérêts extérieurs.
Force est également de constater que le tshisekedisme s’oppose, lui aussi, de façon catégorique à toute idée de bradage du patrimoine national aux intérêts étrangers. Contrairement au mobutisme et au néomobutisme (le kengisme), il privilégie très nettement la responsabilisation des opérateurs économiques et sociaux comme véritables instruments du développement national par l’entremise de l’investissement financier (la capitalisation) et la production économique (la fabrication). Ce qui nécessite pertinemment et occasionne sans aucun doute la réhabilitation des infrastructures (routes, télécommunications, ports, aéroports, voies fluviales et maritimes) susceptibles de générer l’essor national. Sur ce plan, le tshisekedisme démocratique rejoint substantiellement son contraire voire son opposé, le kabilisme, dont le credo idéologique est la “reconstruction nationale”. Il importe de souligner que cette terminologie qui est devenu le slogan politique du nouveau régime de Kinshasa, est en fait, depuis des lustres, utilisée par l’UDPS dans sa stratégie d’affaissement du mobutisme.
À la lumière des événements politiques et militaires et de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC), le nationalisme congolais ressemble en fait au lit d’un cours d’eau qui se déverse à l’océan (le panafricanisme). Sa source principale est effectivement le lumumbisme identitaire qui est à vrai dire le fleuve idéologique. En l’espèce, tous les autres courants idéologiques (unitaristes : mulélisme, mobutisme, kabilisme voire fédéralistes : kasavubisme, tshombisme, tshisekedisme) constituent ses affluents. L’on pourrait également insinuer que le nationalisme congolais ressemble à une maison dont les pièces sont les autres affluents idéologiques.
En raison de son discours identitaire dont s’abreuve le peuple congolais, le lumumbisme représente la cuisine. C’est dans cette pièce que sont effectivement préparés tous les rudiments doctrinaux du nationalisme congolais en tant que fondement de l’État. Le mobutisme représente la salle à manger où le peuple vient consommer par l’entremise du discours politique de l’Authenticité les ingrédients identitaires dont la remise en valeur du système traditionnel ou l’africanité primordiale. Le salon ou la salle de séjour symbolise en réalité le tshisekedisme. C’est la conformité rigoureuse à la loi qui assure la paix et l’harmonie à la collectivité publique. Les chambres à coucher où le peuple se retire pour se reposer, constituent les piliers fondamentaux du mulélisme en tant qu’idéologie militaire au cœur de la défense nationale. S’il faut substantiellement se référer au fameux discours idéologique du gouvernement nationaliste de Kinshasa sur la reconstruction de l’État et le développement du cadre national, le kabilisme représente, à n’en point douter, le bureau (le centre névralgique de la nation). À cet égard, il incarne véritablement la force productive, l’énergie motrice du pays en vue d’assurer le bien-être économique et social à la population tout entière. Toutefois, les autorités politiques et gouvernementales de la RDC en ont-elles vraiment conscience au regard des décisions qu’elles prennent au titre de l’intérêt public ou général ?
Déclarations du chef de l’État Joseph Kasa-Vubu et du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba qui se révoquent mutuellement de leurs fonctions le 5 septembre 1960.
La République démocratique du Congo (RDC) demeure très continuellement un grand enjeu des convoitises internationales. Son destin est-il définitivement scellé par les puissances étrangères ? Toutefois, la tragédie que vit ce pays d’Afrique centrale tient à ces deux déclarations incendiaires du chef de l’État Joseph Kasa-Vubu et du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba qui se révoquent mutuellement le 5 septembre 1960 à 20 h 10. Terriblement peiné et choqué par les massacres de Bakwanga (M’Buji-Mayi) commis par des forces militaires de l’ANC commandées par le général Victor Lundula (héros de la guerre de Birmanie contre les soldats japonais lors de la seconde guerre mondiale) – révoqué également par le président de la république – Kasa-Vubu informe immédiatement le peuple congolais de sa décision politique de démettre le gouvernement Lumumba : “J’ai une nouvelle extrêmement importante à vous annoncer. Le Premier bourgmestre (Premier ministre) qui avait été nommé par le Roi des Belges selon les dispositions de la Loi fondamentale provisoire, a trahi la tâche qui lui a été confiée. Il a recouru à des mesures arbitraires qui ont provoqué la discorde au sein du gouvernement et du peuple. Il a gouverné arbitrairement. Il a privé de nombreux citoyens des libertés fondamentales et maintenant encore, il est en train de jeter le pays dans une guerre civile atroce. C’est pourquoi j’ai jugé nécessaire de révoquer immédiatement le gouvernement (…)”.
Prenant le même micro, le mythique Premier ministre congolais déchu riposte à quelques minutes d’intervalle (21h 05). Il répond sèchement au président de la république qui vient de le limoger : “Le gouvernement populaire reste à son poste. À partir d’aujourd’hui, je proclame que Kasa-Vubu qui a trahi la nation, qui a trahi le peuple pour avoir collaboré avec les Belges et les Flamands, n’est plus chef de l’État”. Mais, auparavant, il explique la gravité de la crise politique aux Congolais et à la communauté internationale à qui il sert une sérieuse mise en garde quant à son intervention dans les affaires intérieures d’un État pourtant libre, souverain et indépendant. Pour le trente-neuvième anniversaire de l’indépendance nationale que commémore la RDC sur fond de guerre civile dans l’Est du pays, il convient nécessairement de méditer sur cette réalité historique d’ailleurs décisive à l’émergence rapide de la dictature mobutiste qui a été fort préjudiciable à toute l’Afrique en général et au Congo en particulier!
À cet effet, nous vous livrons ci-après la quasi-intégralité de la déclaration politique du chef du gouvernement Patrice-Emery Lumumba qui démet irrémédiablement le chef de l’État Joseph Kasa-Vubu de toutes ses charges présidentielles : “La radio vient de diffuser une déclaration de M. Kasa-Vubu aux termes de laquelle le gouvernement est révoqué. Au nom du gouvernement, au nom de la nation tout entière, je démens cette information. Le président de la république et moi-même n’avons aucun entretien à ce sujet. Le gouvernement a été élu démocratiquement par le peuple. Il a la confiance du peuple. Il ne peut être révoqué que par le peuple. Personne, pas même le président de la république, n’a le droit de révoquer un gouvernement élu par le peuple, sauf le peuple. Le gouvernement reste au pouvoir et continue sa mission : défendre le peuple et l’unité du pays, l’intégrité du territoire. C’est nous qui avons élu M. Kasa-Vubu, qui n’a plus la confiance du peuple. Nous pouvons user du même droit que lui : lui retirer cette confiance et dire qu’il n’est plus aujourd’hui chef de l’État. C’est à vous, peuple, de juger aujourd’hui, de choisir entre un homme qui joue le jeu des impérialistes et un gouvernement qui travaille nuit et jour à la défense du peuple (…).
Le Premier ministre déchu poursuit : “Je vous annonce qu’un conseil des ministres se tiendra ce soir pour examiner la situation qui vient de se créer ce soir par la déclaration inattendue de M. Joseph Kasa-Vubu qui a publiquement trahi la nation. Je n’ai pas été consulté par M. Kasa-Vubu. La démocratie exige qu’un gouvernement ne puisse régner que s’il est élu par le peuple et s’il a la confiance du peuple (…).
Et Lumumba d’ajouter : “Nous avons prouvé au peuple et au monde entier que le gouvernement national et populaire que vous avez librement élu pour défendre vos intérêts, votre patrimoine national, que ce gouvernement a travaillé jusqu’ici dans l’intérêt supérieur de la nation. Nous n’avons jamais ménagé un effort, nous travaillons 24 heures sur 24 pour défendre le peuple, qui a longtemps souffert de l’oppression coloniale. Notre seul objectif est de vous servir, de vous défendre. C’est le gouvernement qui assume pleinement les prérogatives de notre République. Nous allons prendre ce soir les mesures nécessaires pour assurer votre protection et notre intégrité territoriale, conformément à la résolution qui a été votée par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous allons convoquer la réunion du Parlement ce soir qui est bafoué, qui est insulté par M. Kasa-Vubu. Le parlement prendra position. Je demande aux Nations Unies de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’État congolais, de ne se faire complices d’une manœuvre belge – parce que c’est une manœuvre qui vient de se faire par M. Kasa-Vubu, un complot tramé par les impérialistes belges et français. Quand je me rendais au bureau de M. Kasa-Vubu, j’y trouvais toujours ces hommes. Ce sont eux qui ont monté tout ce plan. Les affaires intérieures de l’État sont les affaires intérieures de l’État et je demande aux Nations Unies de ne pas s’écarter de leur mission, de ne pas s’immiscer dans le différend qui oppose aujourd’hui le gouvernement à M. Kasa-Vubu – nous allons le régler nous-même par des voies démocratiques, au sein de notre Parlement, dans le cadre de nos institutions nationales – de ne pas compliquer la situation et de laisser le peuple congolais lui-même résoudre souverainement ses problèmes. Frères, restez unis, marchez la main dans la main, la victoire est à nous” !
Ordonnance du 5 septembre 1960 révoquant le Premier ministre Lumumba et certains membres du gouvernement de la République du Congo
Nous, Joseph Kasa-Vubu, chef de l’État, vu la Loi fondamentale du 19 mai 1960, spécialement en son article 22, ordonnons :
Article 1er : Monsieur Lumumba Patrice, membre de la chambre des représentants, est révoqué de ses fonctions de Premier ministre et de toutes ses fonctions ministérielles (ministre de la défense).
Article 2 : Messieurs Mwamba Rémy, Gbenye Christophe, Kashamura Anicet, Bolamba Antoine, Gizenga Antoine et Lumbala Jacques, sont révoqués de leurs fonctions respectivement de Ministre de la Justice, Ministre de l’Intérieur, Ministre de l’Information, Secrétaire d’État à l’Information, Vice-Premier ministre et Secrétaire d’État à la Présidence du conseil des ministres.
Article 3 : Monsieur Iléo Joseph, sénateur, est nommé Premier ministre, Ministre de la défense et Ministre de la Justice.
Article 4 : Notre Premier ministre, Monsieur Iléo Joseph, est chargé de l’application de la présente ordonnance qui entre en vigueur immédiatement.
Donné à Léopoldville, le lundi 5 septembre 1960.
Joseph Kasa-Vubu
Par le chef de l’État,
Le Ministre des Affaires étrangères
Justin-Marie Bomboko
Le Ministre résident
Albert Delvaux
Injonction du Premier ministre, Ministre de la Défense et de la Justice Joseph Iléo au procureur général de la république près la cour d’appel de Léopoldville (le belge René Rom) afin de procéder à l’arrestation de Patrice-Emery Lumumba.
Léopoldville, le 6 septembre 1960
Monsieur le Procureur général près la Cour d’appel de et à Léopoldville.
Monsieur le Procureur général,
J’ai l’honneur, par la présente, de vous donner l’ordre de procéder à l’arrestation immédiate de M. Lumumba Patrice, membre de la chambre des représentants sur base de la prévention suivante :
Après avoir été démis de ses fonctions de Premier ministre le 5 septembre 1960 par arrêté du chef de l’État contresigné par les ministres Delvaux Albert et Bomboko Justin, avoir le même jour, de 21 heures jusqu’à 22 heures, prononcé à la Radiodiffusion Nationale Congolaise des discours publics et violents, incitant la population à renverser les pouvoirs établis et le régime légal instauré par la Loi fondamentale du 19 mai 1960.
Le Premier ministre et Ministre de la Justice
Joseph Iléo
La dernière lettre de Patrice-Emery Lumumba, prisonnier au camp militaire Hardy de Thysville (Mbanza-Ngungu), à sa femme Pauline
Ma compagne chérie,
Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront, et si je serais en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de ma cause sacrée, à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restriction, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux ne l’ont jamais voulu (…).
Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrais-je dire d’autre ? Que mort, vivant libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi reste inébranlable. Je sais et sens au fond de moi-même que tôt ou tard, mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au colonialisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur (…).
(…) Nous ne sommes pas seuls, l’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront aux côtés des millions de Congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus ni colonisateurs ni leurs mercenaires dans notre pays. À mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstitution de notre indépendance et de notre souveraineté. Car, sans dignité, il n’y aura pas de liberté, sans justice, il n’y aura pas de dignité, et sans indépendance, il n’y a pas d’hommes libres (…).
(…) Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes assurés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseigne à Bruxelles, Paris, Washington ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera, au nord et au sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité (…).
(…) Ne me pleure pas ma compagne. Moi, je sais que mon pays qui souffre tant saura défendre son indépendance et sa liberté. Vive le Congo ! Vive l’Afrique.
Patrice
Télégramme du 30 septembre 1960 adressé par le président Joseph Kasa-Vubu au chef de l’État ghanéen Osagyefo Dr Francis Kofie Kwame N’Krumah qui reconnaît en Patrice-Emery Lumumba l’unique autorité légitime au Congo.
“Informez-vous sur le terrorisme et le banditisme créés sur l’impulsion de Lumumba. Informez-vous sur la situation sociale au Congo par le trop grand nombre de chômeurs, de malheureux, provoquée en deux mois de temps par l’action téméraire de Lumumba et ce malgré mes conseils réitérés. Informez-vous sur les massacres des dizaines de milliers de femmes, hommes et enfants du Kasaï”.
Chefs d’accusation contre le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba retenus par les autorités gouvernementales et judiciaires du Congo (réponse du président de la république Joseph Kasa-Vubu au secrétaire général de l’ONU en date du 7 décembre 1960).
En vertu du mandat d’amener, datant du mois de septembre 1960 et délivré par le procureur général de la république, le belge René Rom, près la cour d’appel de Léopoldville (Kinshasa), Patrice-Emery Lumumba est inculpé et écroué pour les motifs suivants :
1. usurpation de fonctions publiques (article 123 du code pénal)
2. attentats à la liberté individuelle avec tortures corporelles (article 67 du code pénal)
3. atteintes à la sûreté de l’État (article 186 du code pénal)
4. organisation de bandes hostiles dans le but de porter la dévastation, le massacre ou le pillage (articles 193 à 197 du code pénal)
5. incitation de militaires à commettre des infractions (article 202 du code pénal)
Déclarations des personnalités politiques et militaires congolaises sur le sort du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba.
Le président Joseph Kasa-Vubu du Congo : “Ce sera notre principal souci de demain de veiller à ce que le pouvoir judiciaire puisse mener le procès suivant les règles en vigueur dans tous les pays civilisés”. (7 décembre 1960).
Le colonel Joseph-Désiré Mobutu, chef d’état-major interarmes de l’Armée nationale congolaise (ANC) : “Lumumba bénéficiera des sauvegardes judiciaires normales quand Songolo et les autres auront été libérés”. (2 décembre 1960).
Le président sécessionniste du Katanga, Moïse Kapenda Tshombe : “Lumumba devrait être traduit devant une Haute Cour de Justice pour répondre des crimes qu’il a perpétrés”. (6 septembre 1960).
Mulopwe Albert Kalonji Ditunga, président-empereur du Sud-Kasaï : “Lumumba doit être jugé et passer plusieurs années en prison pour avoir plongé le pays dans le chaos”. (25 décembre 1960).
Jean Bolikango, leader du Parti de l’Unité Nationale (PUNA), arrêté par le gouvernement nationaliste de Léopoldville sous l’inculpation du complot pour avoir publiquement émis une opinion très favorable au retour des techniciens étrangers et belges : “Lumumba sera jugé le plus vite. Toutes les garanties lui seront accordées”. (13 septembre 1960).
M. H. Rajeshwar Dayal, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies et chef de l’opération de l’ONU au Congo, M. Dag Hammarskjöld, écrit de Léopoldville : “Les troupes de l’Organisation des Nations Unies au Congo (ONUC) à Thysville ont indiqué que M. Lumumba est détenu au camp Hardy. On dit qu’il souffre de graves blessures reçues avant son arrivée. Il a été tondu et on lui laisse les mains liées. On le tient en cellule dans des conditions inhumaines, dit-on, pour ce qui est de la santé et de l’hygiène”.
Cette information des autorités de l’ONU contrarie celle du colonel Mobutu qui déclare le 6 décembre 1960 à la presse : “Lumumba à Thysville a 3 boys à sa disposition. Il couche dans un bon lit. L’armée nationale dépense mille francs par jour pour lui et ses compagnons. Deux médecins sont venus le voir. Les soldats du camp ne voulaient pas le laisser entrer car ils s’indignaient que l’on fasse tant pour Lumumba (…). M. Hammarskjöld croit-il que Lumumba aurait fait cela, s’il m’avait fait prisonnier ?”
Une lettre attribuée à Patrice-Emery Lumumba datée du 4 janvier 1961 et destinée à M. Dayal fut remise à la commission de conciliation de l’ONUC le 17 janvier par Cléophas Kamitatu, président de l’assemblée provinciale de Léopoldville et dirigeant du Parti solidaire africain (PSA). Dans ce courrier, le prisonnier décrit sa détention arbitraire comme suit : “Nous vivons dans des conditions absolument impossibles et contraires à la loi (…). La nourriture que nous recevons, est mauvaise et insuffisante et il m’arrive souvent de ne manger qu’une banane pendant trois ou quatre jours. J’ai demandé de pouvoir acheter des fruits avec mon argent personnel (…) mais le garde militaire a refusé. Je vous prie de faire connaître ma situation au Secrétaire général des Nations Unies, que je remercie pour son intervention en ma faveur”.
[i]Journaliste au service du New York Herald (1867), il est envoyé en Afrique à la recherche de l’explorateur et missionnaire protestant britannique David Livingstone, qu’il retrouve en 1871. Au cours d’un deuxième voyage (1874-1877), il traverse l’Afrique équatoriale d’est en ouest, découvrant le cours du fleuve Congo. En 1879, il se met au service du roi des Belges Léopold II, créant pour lui l’État indépendant du Congo (EIC) en 1885.
[ii]L’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK) est en réalité fondée en 1906 par Émile Franqui, un lieutenant de l’armée belge au service exclusif du roi Léopold II, avec un capital de 200,000 dollars. En compagnie du géologue Jules Cornet, il dirige en 1892 – cinq semaines après la mort du roi yeke M’Siri – une expédition financée par le souverain belge pour répertorier les fabuleuses richesses du Katanga. En 1959, une année avant l’indépendance de la République du Congo, le capital de cette société minière représente 160 millions de dollars et ses profits bruts annuels s’élèvent à 70 millions de dollars. Celui-ci est divisé en 1 240 000 parts sociales dont 45,6 % sont concentrées entre les mains de quatre grands groupes financiers. Le reste est disséminé entre des banques de moindre importance ou chez des particuliers. Les quatre groupes financiers prédominants sont : la Tanganyika Concessions Limited (14,5 % des parts sociales); le Comité spécial du Katanga (CSK) (25,1 % des parts), la Compagnie du Katanga (1,5 % des parts); la Société Générale de Belgique (SGB) (4,5 % des parts). La Tanganyika Concessions Limited est une société anglaise. Près de la moitié de ses actions sont détenues par quatre grandes banques britanniques : la Midland Bank, la Barclay’s, la Baring et la Rothschild. La Midland Bank et la Baring possèdent des intérêts importants dans les compagnies minières Roan Antelope Copper Mines Limited, Chibuluma Mines Limited, Ndola Copper Refineries Limited, Mufulira Copper Mines Limited. Quant à la Barclay’s et la Rothschild, ces deux institutions financent ensemble le Rhodesian Selection Trust Limited. La Compagnie du Katanga est la société de charte qui octroie des concessions et exerce des droits de souveraineté (maintien de l’ordre et levée des impôts) dans les limites de la Province du même nom. Lorsque le roi des Belges Léopold II tente effectivement de reprendre les privilèges accordés aux sociétés de charte au Congo, celles-ci s’opposent violemment à cette opération. Par conséquent, un compromis est trouvé entre les deux parties. Il aboutit à la constitution du Comité spécial du Katanga. Cet organisme sui generis est habilité à octroyer des concessions minières. C’est de lui que l’Union minière reçoit sa concession du Katanga. Les deux tiers de ses parts appartiennent en réalité à l’État du Congo. L’autre tiers est détenu par le Comité du Katanga, entre les mains de la Société Générale de Belgique. La SGB est la banque la plus influente de Belgique et l’une de dix institutions bancaires les plus puissantes du monde. Grâce aux parts financières qu’elle contrôle, soit directement, soit indirectement par le truchement de la Compagnie du Katanga, elle-même actionnaire du CSK, la SGB est en fait, avec la Tanganyika Concessions Limited, l’un de deux principaux actionnaires de l’Union minière.
[iii]Dans l’histoire politique congolaise, le Katanga est une province qui a toujours eu un statut spécifique. D’abord, dès la création du Congo par le roi Léopold II, cette région est considérée comme un territoire autonome. Ce n’est qu’en 1892, après la prospection dirigée par Émile Franqui et Jules Cornet pour le compte du monarque belge que le Katanga devient la sixième province de l’État indépendant du Congo (EIC) – État colonial – fondé en 1885 dans le sillage de la Conférence de Berlin qui partage l’Afrique entre les différentes puissances européennes. Malgré son intégration au Congo, le Katanga connaît un régime particulier. Au lieu d’être soumis à l’autorité du gouverneur général de Léopoldville (Kinshasa), il dépend directement du ministère des colonies à Bruxelles par l’entremise du vice-gouverneur général qui siège à Élisabethville (Lubumbashi). Ensuite, en 1936, son statut spécifique est aboli. À partir de ce moment, il est directement administré par le gouverneur général du Congo et du Rwanda-Urundi.
[iv]Balubakat signifie Baluba du Katanga. Cette communauté ethnique importante du Katanga-Nord dont fait partie le président autodésigné Laurent-Désiré Kabila de la RDC, joue un rôle extrêmement actif dans l’histoire politique congolaise depuis l’accession de ce pays à la souveraineté internationale. Force est de souligner que Kabila est aux lendemains de l’indépendance le président de la jeunesse balubakat.
[v]La Forminière est en réalité la sœur jumelle de l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK). Des capitaux américains (Ryan et Guggenheim) interviennent à hauteur de 25 % dans sa constitution. Fondées en 1906 sur l’initiative du roi des Belges Léopold II, ces deux entreprises (UMHK et Forminière) sont automatiquement placées depuis l’origine sous l’égide de la Société Générale de Belgique (SGB). Elles avaient, d’ailleurs, un président du conseil d’administration commun à la SGB, le célèbre Jadot en l’honneur de qui la Ville de Likasi – un grand centre minier du Congo belge – fut baptisée Jadotville.
[vi]Les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï sont dictées par les impératifs internationaux dans le seul but de compromettre insidieusement l’indépendance du Congo, de marginaliser le courant nationaliste voire panafricaniste incarné par Patrice-Emery Lumumba et, par conséquent, de maintenir ce pays d’Afrique centrale dans le giron exclusif de l’Occident. Force est de constater que leurs initiateurs (Moïse Kapenda Tshombe pour le Katanga et Mulopwe Albert Kalonji pour le Sud-Kasaï) sont à plusieurs reprises reçus à Washington par les autorités fédérales et divers intérêts politico-financiers américains.
[vii]Lorsque les stratèges étrangers qui l’entourent, lui suggèrent l’idée de démettre illico presto le gouvernement nationaliste de Léopoldville, le président congolais Joseph Kasa-Vubu n’est nullement convaincu de la légalité de cette révocation du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba sans le vote majoritaire du parlement. C’est sous la pression des représentants des missions diplomatiques américaine, britannique, belge et française soucieuses de mettre au pas voire hors d’état de nuire les forces progressistes du MNC que ce dernier cède finalement.
[viii]Le Pr. Jef Van Bilsen est conseiller de l’ABAKO du président Joseph Kasa-Vubu à la Table ronde de Bruxelles décisive à l’indépendance du Congo. Il est également l’auteur d’un plan de décolonisation qui doit retarder de trente ans l’indépendance de ce territoire majestueux sis au cœur du continent africain. Enseignant aux États-Unis d’Amérique, ce dernier a, néanmoins, gardé des liens très étroits avec le Département d’État américain.
[x]Ce haut personnage de l’État congolais proche culturellement et politiquement du Premier ministre Patrice-Emery Lumumba sera son compagnon d’infortune et lâchement assassiné le même jour que lui et à ses côtés à Élisabethville (Katanga).
[xi]Conor Cruise O’Brien, To Katanga and Back, p. 93; Charles P. Howard, in Katanga and The Congo Betrayal, Freedom Ways Spring 1962, p. 146.
[xii]Patrice-Emery Lumumba est arrêté à Lodi – aux larges de l’affluent du majestueux fleuve Congo, Sankuru – par les forces militaires de l’ANC/Mobutu qui bénéficient au cours de cette opération de l’appui logistique et massif des intérêts américains, belges et français. L’Ambassade des États-Unis d’Amérique au Congo-Léopoldville met automatiquement à la disposition exclusive du chef d’état-major de l’ANC, le colonel-major Joseph-Désiré Mobutu, des fonds spéciaux, des experts policiers (Gilbert Pongo : ce membre actif de l’ABAKO du chef de l’État Kasa-Vubu est un anticommuniste et un antilumumbiste primaire. À cette époque, il est inspecteur de la sûreté nationale), des chiens pisteurs et un hélicoptère.
[xiii]Plusieurs sources confirment sans l’ombre d’un doute que le Premier ministre congolais Patrice-Emery Lumumba aurait été abattu par le ministre de l’intérieur du Katanga, Godefroid Mwenda Munongo Shombeka. D’autres déclarent qu’il aurait été achevé moins par des agents autochtones que par des officiers belges. Elles attribuent précisément cette mission macabre aux commandants Weber ou Julien Gat très proches des sécessionnistes du Katanga et des intérêts colonialistes.
[xiv]À cette époque, Patrice-Emery Lumumba est totalement favorable à la liberté de culte ou de religion (il affirme le principe angulaire de la laïcité de l’État congolais) et à la nationalisation des pans sectoriels et stratégiques de l’économie nationale. Ce qui contrarie substantiellement la vision coloniale belge strictement fondée sur le monopole de la religion catholique et des trusts bancaires, financiers et industriels.
[xv]Le néocolonialisme est idéologiquement une entreprise politique voire un acte consistant de la part d’un État ou territoire indépendant (Katanga) voire d’un gouvernement fantoche ou de facto (le collège des commissaires généraux au Congo) ou des mercenaires fabriqués de toutes pièces par de puissants intérêts du grand capital monopolistique international (les putschistes haïtiens dont le lieutenant-général Raoul Cédras, le général Matt Biambi, le colonel Joseph Michel François, le président sécessionniste Moïse Kapenda Tshombe du Katanga, le colonel Joseph-Désiré Mobutu de l’ANC) à rétrocéder au profit des sociétés multinationales étrangères la force du travail ainsi que toutes les ressources stratégiques d’un pays indépendant. Celles-ci sont préalablement arrachées aux intérêts internationaux par le biais d’une lutte de libération nationale. Cette rétrocession est garantie voire consolidée par le truchement de ces appareils de contrainte qui pratiquent impunément dans le cadre de leurs activités politiques et criminelles un terrorisme d’État (l’élimination physique des opposants politiques par l’assassinat, la torture et la disparition). Au nom de puissants intérêts du grand capital monopolistique, ces divers rouleaux compresseurs utilisent de manière excessive, démesurée, la violence sanguinaire, la répression aveugle (l’Argentine du général Videla, le Chili du général Augusto Pinochet Ugarte, les Philippines de Ferdinand Marcos, l’Indonésie du général Suharto, l’Haïti de François Duvalier et de Jean-Claude Duvalier, le Paraguay du général Stroessner, le Nicaragua du général Somoza). Dans le but de maintenir en l’état le monopole du grand capital international sur les richesses de leurs pays respectifs, ils détruisent l’idéal national ou continental (le maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre) et démantèlent systématiquement des pans entiers structurels d’un État décolonisé (les maquisards de l’UNITA encadrés par Dr Jonas Savimbi en Angola). Jean Ziegler, Main basse sur l’Afrique, Seuil, Paris, 1978, p. 290.
[xvi]M. Edward (Ted) Kennedy, frère de John Fitzgerald Kennedy, futur président américain, va accompagner en 1960 une délégation de sénateurs (Franck Church, Franck Moss) et d’hommes d’affaires américains au Katanga sécessionniste de Moïse Kapenda Tshombe.
[xvii]M. Harry Oppenheimer est président du conseil d’administration de la Rhodesian anglo-american et de la Tanganyika concessions, elle-même fondatrice et grosse actionnaire de l’Union Minière du Haut-Katanga (UMHK), succursale de la Société Générale de Belgique (SGB) qui administre le Congo sous la colonisation belge.
[xviii]Ce banquier s’intéresse particulièrement au site d’Inga prévu pour la construction du grand barrage hydroélectrique. Son groupe financier prend une importante participation à la Société de Recherche et d’Exploitation de bauxite au Congo (Bauxicongo). Il achète des parts estimées à 65 millions de dollars US à la Compagnie du Congo pour le Commerce et l’Industrie.
[xix] La compagnie de Detroit Ford Motor Corporation crée en 1959 une filiale à Léopoldville (Kinshasa) : la ‘‘Ford Motor Congo’’. À la suite de la prospection de son associé John Ganshof Van der Meersch, cette multinationale alliée aux Banques Dillon et J.H. Whitney Co fonde une société d’investissement au Congo, “American Eurafrican Fund”, pour placer des capitaux et des fonds américains dans l’ancienne colonie belge.
[xx] Cette institution bancaire américaine s’adjuge 20 % de parts à la Société congolaise de banque (Socobanque), filiale de l’importante Banque belge Lambert.
[xxi]Aux yeux de la communauté financière internationale, le plus grave péché du président autodésigné Laurent-Désiré Kabila de la République Démocratique du Congo est de servir singulièrement les intérêts sacro-saints de son État. C’est de mettre son régime, son pouvoir, toutes les ressources naturelles et minérales, précieuses et stratégiques de son pays au service exclusif de son peuple, de sa nation, et ce au détriment du capitalisme meurtrier international. En effaçant d’un trait de plume le portrait néocolonialiste du régime mobutien dont il doit, pourtant, assumer de manière impérative, pour le compte spécifique des intérêts du grand capital monopolistique, l’héritage politico-idéologique, la communauté financière internationale lui impose gratuitement une guerre civile atroce aux prétentions idéologiques visiblement étriquées voire farfelues par l’entremise de pays limitrophes (Ouganda, Rwanda et Burundi). Ces trois États voisins de la RDC opposés au gouvernement nationaliste de Kinshasa sont logistiquement assistés par l’Afrique du Sud post-apartheid ou postségrégationniste sous la direction du premier président noir démocratiquement élu Nelson Mandela en vue de rétablir l’empire néocolonialiste en Afrique centrale dont ces derniers ont pourtant, ironie du sort, sérieusement souffert sous le règne dictatorial et macabre du maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre.
[xxii]La résistance nationaliste incarnée au Congo belge par le prophète Tata Simon Kimbangu, fondateur spirituel de l’Église kimbanguiste, a duré trente-six ans (1920-1956). C’est exactement à cet âge que meurt atrocement le Premier ministre Patrice-Emery Lumumba froidement exécuté sur ordre des intérêts politiques, militaires et financiers extérieurs (1925-1961). Force est également de constater que les Congolais ont attendu trente-six ans (1961-1997) pour voir le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila renverser le régime néocolonialiste de Kinshasa successivement incarné par le Premier ministre pro-américain Cyrille Adoula (1961-1964), par le Premier ministre et président sécessionniste du Katanga Moïse Kapenda Tshombe (1964-1965) et par le maréchal-prédateur de Kinshasa Mobutu Sese Seko (1965-1997). Par cette victoire, ils retournent ainsi idéologiquement aux sources profondes de l’indépendance nationale (nationalisme revendicateur de la liberté et de la dignité) et du lumumbisme historique.
[xxiii]À ce niveau, les stratégies nationalistes de Patrice-Emery Lumumba et de Laurent-Désiré Kabila ne croisent aucunement les prétentions pseudo-nationalistes de Moïse Kapenda Tshombe et de Mobutu Sese Seko. Pour les forces politiques lumumbistes et kabilistes, le fait de recouvrer l’intégrité complète du pays et de garantir l’unité nationale est une affirmation de la souveraineté internationale et de l’indépendance nationale contre les intérêts colonialistes belges et les puissances impérialistes occidentales qui prônent idéologiquement la sujétion et l’avilissement du Congo. Pour les forces mobutistes et tshombistes, conquérir des pans du territoire national au détriment des sécessionnistes nationalistes est une manière de prévenir le danger communiste et de préserver l’Afrique centrale de l’influence soviétique dans le strict cadre de la guerre froide et de l’ordre de Yalta. En d’autres termes, c’est rattacher l’indépendance nationale et la souveraineté internationale de la République du Congo aux stratégies militaires et politiques des puissances extérieures (l’Occident) et principalement des États-Unis d’Amérique.
-On aurait eu tort de croire que leurs actions sont sporadiques, les Maï-Maï ” Kata-Katanga ” qui défraient la chronique dans la province minière du Katanga. Que non ! Ces miliciens opèrent de manière systématique dans la ville de Lubumbashi et au Nord-Katanga. Ce ne sont pas des actions ponctuelles. La preuve c’est que le week-end dernier, dans la nuit de samedi à dimanche, les ” Kata-Katanga ” ont de nouveau tenté d’investir la prison centrale de la Kasapa à Lubumbashi comme ils l’avaient fait en novembre 2011 lorsqu’ils avaient réussi à faire évader un tueur froid qui symbolisait la terreur au Nord-Katanga : Gédéon Kyungu Mukange.
Avec lui, une centaine de ses complices, tous condamnés par la justice militaire pour des crimes odieux comme par exemple la décapitation de leurs victimes au Nord-Katanga. Les ” Kata-Katanga ” ont cette fois-ci attaqué la prison de la Kasapa pour essayer de libérer par la force un capitaine des Fardc qui serait considéré comme la plaque tournante du trafic d’armes au profit des groupes armés du Nord-Katanga.
L’attaque a tourné court, la police ayant réussi à repousser les assaillants. Aucun détenu n’a donc traversé l’enclos du pénitencier. Il s’agit tout de même d’un affront envers les forces de sécurité exactement comme c’était le cas avec l’occupation de la ville de Lubumbashi en mars dernier par les mêmes ” Kata-Katanga” pendant 4 heures.
Ces miliciens sont parvenus à quitter le coin de Lubumbashi où ils sont positionnés et à faire mouvement vers la prison de Kasapa sans être repérés même s’il est vrai que ce lieu est isolé de la ville. La prison doit disposer des avant-postes devant détecter tout mouvement suspect en sa direction. Se pose à nouveau la question des complicités dont doivent bénéficier les Maï-Maï ” Kata-Katanga ” dans les arcanes sécuritaires pour opérer avec une facilité aussi déconcertante au point d’atteindre la prison d’où ils ont failli faire évader ce capitaine des Fardc.
Mais c’est la deuxième fois que les ” Kata-Katanga ” attaquent la même prison de la Kasapa. Quelles dispositions avaient été prises après celle de novembre afin qu’elle ne puisse plusse reproduire ? Apparemment rien sinon ils n’auraient jamais réussi à atteindre leur cible, ils en seraient stoppés loin.
A cette allure, comment ne pas s’empêcher d’affirmer que les ” Kata-Katanga ” peuvent encore rééditer leur exploit du centre-ville de Lubumbashi pour qu’après coup, on ne repose la même question : quelles dispositions avaient été prises pour les en empêcher ? Au Katanga même, alors que l’on s’attendait à voir les autorités provinciales mettre tous les moyens en œuvre pour venir à bout du phénomène ” Kata-Katanga ” qui est perçu comme une défiance à l’autorité de l’Etat, on assiste dans la classe politique à un spectacle manichéen d’accusations et contre-accusations de soutien au “Kata-Katanga “.
Ces tirades n’ont pourtant aucun effet sur les actions de ces ” Maï-Maï “. Ces derniers ont du reste mis le Nord-Katanga à feu et à sang. C’est à Sange, territoire de Manono qu’ils ont frappé. A Sange il n’y a plus âme qui vit à ce jour après les affrontements entre les ” Kata-Katanga et des groupes d’auto-défense populaire. Ceux-ci qui ont décidé de défendre leurs villages en l’absence des soldats des Fardc et des policiers. La société civile de Manono parle d’hécatombe à Sange.
Toute la population s’est réfugiée en brousse, avec des conséquences sur le plan humanitaire. Ils se sentent abandonnés. Aucune autorité n’est venue à leur secours. Au Nord-Katanga, l’enfer instauré par les miliciens Maï-Maï devient le lot quotidien des habitants. Par le passé Gédéon Kyungu Mukange leur a fait connaître de pires atrocités. Kyungu égorge ses victimes et boit leur sang ou décapite en morceaux leurs cadavres sous l’œil apeuré de la population contrainte par la force des armes d’assister à ces scènes diaboliques.
C’est ce personnage que les ” Kata-Katanga ” avaient fait évader de la prison de la Kasapa où il était condamné pour ces faits et qui se retrouve aujourd’hui dans le secteur. En tout cas le gouvernement central est appelé à trouver urgemment la réponse à la problématique “Kata-Katanga ” qui met à rude épreuve la population de la ville de Lubumbashi et celle du Nord-Katanga.
Qui est derrière ces ” Kata-Katanga ” pour faciliter toutes leurs attaques au point de les rendre spectaculaires surtout dans la ville de Lubumbashi avec un nombre aussi impressionnant des forces de défense en cantonnement. C’est ce que le pouvoir central doit découvrir et qui est la clé des opérations des Maï-Maï “Kata-Katanga “. Kandolo M.
-Au vu de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la province du Nord-Kivu, la représentante du CICR à Kinshasa, Annick Bouvier, lance un appel aux groupes armés, entre autres les mutins du Mouvement du 23 mars (M23) et les miliciens Maï-Maï, : « Epargnez les populations civiles ! ». La province du Katanga (sud de la RDC) est également menacée.
« Epargnez les populations civiles ! ». C’est le message de la représentante du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) à Kinshasa, Annick Bouvier, lancé aux groupes armés, entre autres les mutins du Mouvement du 23 mars (M23) et les miliciens Maï-Maï, qui sévissent actuellement dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la province du Nord-Kivu, ainsi que dans la province du Katanga, dans le sud de la RDC.
Et pour cause, « le sort de milliers de familles dans les provinces touchées par les conflits armés demeure tributaire du comportement des forces et groupes armés en présence », indique RFI.
Depuis mai 2012, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) affrontent les mutins du Mouvement du 23 mars au Nord-Kivu. Un conflit qui a provoqué le déplacement de plus de 500 000 personnes. Le bilan meurtrier n’est pas encore établi.
Quant aux miliciens Maï-Maï, ils ne cessent les offensives aussi bien dans le Nord-Kivu que dans le Katanga : « Selon des sources locales cité par Radio Okapi, ces miliciens Maï-Maï, ont pris les villages de Mbene, Kauli Lac et Muramba, à environ 110 km au sud est de la ville de Butembo, sans aucun combat. Les miliciens imposent leur loi et des taxes aux villageois. Ils auraient également pris le contrôle de la position des gardes-parc de l’Institut congolais de conservation de la nature de Muramba », signale 45enord.ca.
Déploiement de la brigade de l’ONU
Le déploiement de la brigade d’intervention de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) a débuté. Les contingents tanzanien et sud-africain sont déjà arrivés à Goma. D’après le porte-parole militaire de la brigade d’intervention de la Monusco, Abdoulaye Diaye, « 75% des effectifs devant composer la brigade sont déjà arrivés » dans la capitale du Nord-Kivu, rapporte Radio Okapi.
Cette nouvelle force de combat sera chargée de « mener des opérations offensives ciblées » contre les rebelles qui sévissent à l’Est de la RDC, notamment le M23 et les miliciens Maï-Maï.
Au total, les forces onusiennes doivent atteindre le nombre de 3 000 soldats d’ici la fin de l’été.
PAR SÉBASTIEN BADIBANGA
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-John Numbi est sans doute l’un des personnages les plus troubles du régime de Joseph Kabila. Accusé d’être l’un des instigateurs du meurtre du célèbre défenseur des droits de l’homme, Floribert Chebeya, en juin 2010, John Numbi a rapidement été suspendu de ses fonctions de chef de la police nationale congolaise. Après avoir été placé en résidence surveillée pour les besoins d’enquête, il s’est réfugié, sans être inquiété par les autorités congolaises, dans le nord Katanga. On l’accuse aujourd’hui d’attiser le groupe armé sécessionniste “Bakata Katanga”. Clément Boursin, responsable pour l’Afrique d’ACAT-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), nous en dresse le portrait.
De milicien katangais à piètre militaire
John Numbi est né en 1962 dans le Haut-Lomami, au nord Katanga. En 1983, il décroche un diplôme en électronique à l’Institut supérieur pédagogique technique de Likasi. Sa première rencontre avec Laurent-Désiré et Joseph Kabila, le père et le fils, remonte à 1989, à Pweto, au Katanga.
John Numbi émerge sur la scène publique au début des années 90 lorsqu’il devient le chef de la milice de l’Union des fédéralistes et républicains indépendants (JUFERI), groupe de jeunes katangais aux méthodes violentes, dont le gouverneur de la province de l’époque, Gabriel Kyungu wa Kumwanza, se sert ouvertement pour terroriser ses adversaires politiques de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dont le chef – Etienne Tshisekedi – est originaire du Kasaï. Son nom est lié aux pogroms anti-kasaïens – soupçonnés de soutenir l’UDPS – de 1992-1993, qui font plusieurs centaines de mort et un demi-million de déplacés au Katanga . Des plaintes ont d’ailleurs été introduites auprès des autorités judiciaires contre John Numbi, mais elles n’ont jamais été traitées et ont depuis lors disparues. En 1992, il sympathise avec le jeune Joseph Kabila . En 1996, soupçonné d’entretenir des liens avec des adversaires politiques du Maréchal Mobutu Sese Seko, il est arrêté à Lubumbashi et envoyé en détention à Kinshasa. Il réussit toutefois à s’échapper de prison et se réfugie dans l’enclave angolaise du Cabinda, où il fait la rencontre de gendarmes katangais, qui eux aussi y ont trouvé refuge après l’échec de la sécession katangaise de 1960. En mai 1997, après la chute du régime Mobutu, John Numbi rentre à Kinshasa avec les gendarmes katangais.
Laurent-Désiré Kabila, le nouveau président de la République, fait de John Numbi – qui appartient au même groupe ethnique : les Luba du Katanga plus couramment appelés les « Lubakat » – un militaire. Il commence comme chargé de la communication dans une compagnie, puis dans une brigade. Il devient ensuite directeur des transmissions de l’armée et commandant de la 50ème brigade chargée de la sécurité de la ville de Kinshasa. Son ascendance est fulgurante. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de James Kabarebe, officier rwandais, alors chef d’État-major de l’armée congolaise.
En août 1998, il est nommé chef d’État-major opérationnel à Kindu, dans le Maniema. Préférant se livrer au commerce que de préparer la défense de la ville, il est remplacé un mois plus tard. En octobre la ville est conquise par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), groupe d’opposition armé au gouvernement Kabila. En 1999, il est nommé Brigadier général avec comme responsabilité le commandement militaire de la région n°4 du Katanga. Il travaille alors avec Joseph Kabila, alors chef de la Force terrestre. En décembre 2000, leurs hommes perdent la bataille de Pweto contre l’armée rwandaise. Le 14 janvier, John Numbi est remercié par Kabila père et envoyé au Zimbabwe pour suivre une formation militaire. Deux jours plus tard, Laurent-Désiré Kabila est assassiné à Kinshasa dans des conditions qui n’ont jusqu’à ce jour jamais été établies. Devenu président, Joseph Kabila nomme John Numbi chef d’état-major de l’armée de l’air en mars 2001. Au cours de la même année, ce dernier arme les Maï-Maï de Gédéon, à Mitwaba, en échange d’or et de pierres précieuses . Dans le même temps, il donne l’ordre aux FARDC de quitter le territoire Malemba Nkulu, au nord Katanga, et permet ainsi à son oncle Makabe, chef Maï-Maï local, de prendre le contrôle de ce territoire et de ses ressources naturelles en usant de la violence.
L’homme de confiance du président Joseph Kabila
John Numbi, après avoir été fait militaire de carrière par le père Kabila, s’installe confortablement dans le premier cercle du fils Joseph en compagnie d’autres Katangais. Il a un accès direct au chef de l’État et se voit confier les missions les plus délicates en matière de maintien de l’ordre et de sécurité du territoire. À deux reprises ses hommes font le coup de feu à Kinshasa contre les hommes de Jean-Pierre Bemba, le principal opposant du président Joseph Kabila. En août 2006, dans l’attente des résultats du premier tour des élections présidentielles, John Numbi est à la manœuvre lorsque la garde républicaine affronte à Kinshasa les gardes de Bemba dans la capitale. En mars 2007, ses hommes pilonnent la résidence de Bemba, dans la capitale, alors que des diplomates étrangers sont présents dans la demeure.
Homme de confiance de Joseph Kabila, John Numbi est également amené à gérer des dossiers secrets en ce qui concerne la situation dans l’est de la RDC. Fort de ses liens noués avec James Kabarebe à la fin des années 90, John Numbi négocie secrètement à Kigali avec le chef rebelle congolais Laurent Nkunda, en janvier 2007, afin d’intégrer les hommes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) au sein de l’armée régulière, ce qui échoue une première fois. De novembre 2008 à janvier 2009, John Numbi est de retour au Rwanda pour négocier avec les plus hautes autorités rwandaises et Bosco Ntaganda l’éviction de Laurent Nkunda du CNDP et le lancement au nord-Kivu d’une opération militaire conjointe rwando-congolaise contre les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). John Numbi prend la tête de cette opération appelée « Umoja Wetu » (notre unité en swahili) ; opération qui fera de nombreux morts au sein des populations civiles et qui ne résoudra en rien la présence des FDLR dans la sous-région.
Une responsabilité directe dans des crimes contre l’humanité au Bas-Congo
Le 11 juin 2007, trois jours après avoir fait bloquer tous les avions à l’aéroport de Kinshasa-Ndjili, dont des avions de compagnies internationales, John Numbi perd son poste de chef d’État-major de l’armée de l’air, mais récupère la tête de la police : il devient inspecteur général de la police nationale congolaise.
Un an plus tard, il doit gérer une insurrection politico-religieuse dans le Bas-Congo qui est perçue comme une humiliation par le clan Kabila. À la suite d’élections locales frauduleuses ayant permis à un membre du régime en place d’être élu en lieu et place d’un homme politique local, les adeptes du Bundu Dia Kongo (BDK) prennent le contrôle de plusieurs localités, tuant des policiers et saccageant des bâtiments administratifs. Le drapeau du BDK est même hissé à la place de celui de la RDC à certains endroits de la province. À Kinshasa, qui ne se trouve qu’à environ 200 kilomètres, les autorités préparent la riposte. Alors que le pays s’apprête à rentrer dans la période électorale en vue du premier tour des élections présidentielles de juillet 2006, le régime veut montrer à l’opinion comme à ses adversaires politiques qu’il est maître de son territoire et qu’une telle situation ne peut perdurer. Le 26 février 2008, John Numbi rencontre à Kinshasa le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume, et le président de la République, Joseph Kabila. Deux jours plus tard, 600 militaires et policiers sont envoyés dans le Bas-Congo depuis Kinshasa afin de mater le BDK. Il s’agit d’une véritable opération militaire visant à punir cette secte.
Dans un rapport de 13 pages , publié en mars 2008, l’organisation de la Voix des sans-voix (VSV) établit un bilan terrible de cette opération en termes de violations des droits de l’homme. Le bilan officiel est de 27 morts dont 3 policiers. Mais en réalité au moins 100 personnes ont été tuées d’après les Nations unies qui ont également entrepris une enquête . Plus de 150 membres du BDK sont arrêtés et la plupart torturés et plus de 200 édifices de partisans du BDK sont détruits par incendie. Selon la VSV, « des consignes auraient été données aux militaires et policiers de tout mettre en œuvre pour qu’il n’y ait pas de prisonniers ». Il fallait restaurer l’autorité de l’État bafouée par le BDK et cela au prix du sang des adeptes de cette secte et des populations civiles complices. Outre les massacres commis dans les villages reconquis et la chasse à l’homme de tout adepte ou sympathisant du BDK, il importait également d’effacer toute preuve de crimes. Les volontaires de la Croix-Rouge ne sont pas autorisés à avoir accès aux victimes. Les cadavres sont rapidement embarqués dans des véhicules militaires puis disparaissaient. Des corps éventrés – pour ne pas flotter – sont retrouvés sur les bords du fleuve Congo. Selon la VSV, les auteurs de ces crimes feraient partie de trois entités des forces de défense et de sécurité : la police d’intervention rapide (PIR) – à l’époque formée en partie par la France –, l’unité de la police intégrée (UPI) et la Garde Républicaine. Le rapport concluait : « Le massacre des adeptes du BDK constitue un acte de génocide. Les actes commis sur la population dans la province du Bas-Congo sont allés de la préméditation jusqu’à la volonté de détruire le mouvement politico-religieux du BDK à travers des tueries ciblés ». Parmi les recommandations effectuées auprès du gouvernement congolais figurait celle-ci : la nécessité de « poursuites judiciaires contre le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume Numbi, le gouverneur et le gouverneur adjoint de la province du Bas-Congo, Mbatshi Mbatshia et Déo Nkusu, les généraux Raus Chalwe et John Numbi ». Les responsables de ces crimes n’ont bien entendu jamais été poursuivis devant la justice congolaise.
Une responsabilité directe dans l’assassinat de Floribert Chebeya
Face à l’impunité persistante, le président de la VSV, Floribert Chebeya, continue ses enquêtes et se procure des documents accablants pour les autorités congolaises, notamment auprès de l’ancien président de l’assemblée nationale Vital Kamerhe, un ancien bras droit de Kabila devenu opposant.
Sur la base de ces documents, il prend contact avec un avocat en Belgique en vue de préparer une communication destinée à la Cour pénale internationale (CPI). Il devient alors un témoin gênant pour les responsables du massacre du Bas-Congo. Le 1er juin 2010, Floribert Chebeya est invité à rencontrer John Numbi à son bureau, à l’Inspection générale de la police nationale congolaise (PNC), pour un motif qui devait lui être communiqué sur place. Il s’y rend avec son chauffeur Fidèle Bazana. Le lendemain, le président de la VSV est retrouvé mort dans sa voiture et son chauffeur est porté disparu. Il ne réapparaitra plus jamais. Le 5 juin, John Numbi est suspendu de ses fonctions à titre conservatoire, par arrêté ministériel, et il est placé en résidence surveillée pour besoins d’enquête.
Malgré l’existence de sérieux soupçons quant à son implication dans ces meurtres, les autorités saisissent la Cour militaire de justice, juridiction qui n’est pas en mesure de juger John Numbi du fait de son grade supérieur à ceux des juges militaires. Seule la Haute cour militaire est compétente en la matière. John Numbi n’est donc entendu qu’en tant que « simple témoin ». Les relevés téléphoniques retracés pour les besoins de l’enquête montrent pourtant que John Numbi était en contact régulier avec l’ensemble des prévenus tout au long de l’opération ayant conduit au double assassinat. La justice impute finalement la mort des deux défenseurs des droits de l’homme à cinq officiers et sous-officiers qui travaillent sous les ordres directs de John Numbi. Le 23 juin 2011, les avocats de la partie civile interjettent appel de l’arrêt de la Cour afin que l’affaire soit jugée au niveau de la Haute cour militaire et que John Numbi puisse enfin être jugé. Un mois plus tard, une tentative d’arrestation peu médiatisée de John Numbi aurait eu lieu à Lubumbashi, au Katanga. Mais après deux jours de détention, il aurait eu une longue conversation avec Joseph Kabila et aurait été relâché .
Le 17 octobre 2012, Paul Mwilambwe, policier congolais en charge de la sécurité à l’IGPNC, condamné par contumace pour le meurtre de Chebeya, témoigne sur Radio France internationale (RFI) avoir assisté au meurtre de Floribert Chebeya. Il indique que le meurtre aurait été commandité par le président Joseph Kabila par l’entremise de John Numbi . Il s’agirait donc d’un crime d’État. Manque de chance, l’enregistrement vidéo de la caméra de surveillance qui aurait capté la scène du kidnapping de Chebeya, selon Paul Mwilambwe, a disparu peu après le drame. Aujourd’hui, en restituant le parcours de John Numbi ces dernières années, on comprend mieux pourquoi il n’a jamais été réellement inquiété dans cette affaire comme dans les précédentes. Le 23 octobre 2012, la Haute cour militaire a refusé d’examiner le rôle joué par le général John Numbi dans l’affaire Chebeya-Banzana. Quant à la plainte déposée contre John Numbi par la veuve Chebeya, elle n’a jusqu’à ce jour reçu aucune suite, ni classement, ni poursuites…
L’ombre de John Numbi au Katanga
John Numbi est donc toujours en liberté, au Katanga, où il vit dorénavant dans les « affaires » de coltan et autres minerais. Pourtant, selon plusieurs organisations de la société civile du Katanga , John Numbi serait l’un des responsables de l’insécurité qui prévaut actuellement dans la province. Selon elles, « jeudi 21 mars 2013, un groupe de Maï-Maï Kata Katanga qui s’était évadé de l’Agence nationale de renseignements (ANR) se serait réfugié dans la ferme nommée Beijing appartenant au Général John Numbi. Quelques jours plus tard, le samedi 23 mars, il y a eu assaut de la ville de Lubumbashi ». Ces Maï-Maï, armés de lance-roquettes, d’une trentaine de fusils AK47, de lances et de flèches ont brièvement affronté l’armée congolaise faisant 33 morts dont 26 Maï-Maï.
Le 8 septembre 2011, leur chef, Gédéon, avait pu s’échapper de la prison de Kasapa, à Lubumbashi, grâce à un commando armé. Il y purgeait une peine de prison à vie pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans les territoires katangais de Mitwaba, Pweto et Manono entre 2003 et 2006. Des accusations avaient été portées à cette époque contre John Numbi, parrain de Gédéon au début des années 2000.
Beaucoup considèrent John Numbi comme le premier sponsor des indépendantistes katangais ; une manière de rappeler au président Joseph Kabila sa force de nuisance au Katanga, dans le cas d’une éventuelle mise en examen dans le procès Chebeya.
Clément BOURSIN – Responsable pour l’Afrique d’ACAT-France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) www.acatfrance.fr
-Le rendez-vous électoral de 2016 qui verrait l’élection du Président de la République démocratique du Congo, livre peu à peu ses secrets. La mise en place d’une nouvelle Commission nationale électorale (CENI), sa composition et les supputations sur une possible révision de la Constitution donnent quelques indications sur l’échiquier politique de l’après 2016, et en fonction duquel les candidats devraient commencer à se positionner. Mais quelle que soit l’évolution des enjeux électoraux d’ici à 2016, la question fondamentale qui devrait se poser est celle de la survie du Congo en tant que nation.
Enjeux électoraux
Soucieux de se maintenir au pouvoir à tout prix, les fidèles du Président Kabila pourraient être tentés de modifier la Constitution, c’est-à-dire calibrer les « règles du jeu » en fonction des intérêts d’un seul camp. C’est une manœuvre déloyale qui fausserait l’esprit de compétition.
Si la Constitution est modifiée pour permettre au Président sortant de rempiler pour un troisième mandat, il en sera quasiment fini du suspens. En effet, pour reprendre une formule d’Herman Cohen, « En Afrique, pour qu’un Président sortant perde une élection, il faut qu’il ait envie de la perdre ». En tout cas, dans le cas d’une troisième candidature de Joseph Kabila, l’enjeu électoral ne devrait tourner qu’autour de sa personne. Il est peu probable que l’opposition, même rassemblée, l’emporte, le pouvoir disposant d’un autre atout : la violence armée et la fraude électorale, comme en 2011.
Au-delà du pouvoir, de l’opposition et des électeurs, il faut compter avec un autre acteur : la « communauté internationale ». Il s’agit essentiellement des Etats-Unis, la France, l’Union Européenne[1], le Royaume-Uni, la Belgique,… et même le Rwanda[2] dans le cas du Congo. Ce sont des « agents » tapis dans l’ombre mais extrêmement entreprenants. Ils détiennent la clé du scrutin. Ils opèrent en amont (choix de « leurs » candidats) et en aval (approbation des résultats, même frauduleux) pour légitimer le pouvoir du vainqueur préalablement choisi, parfois en usant de gros moyens (intervention de la force européenne, l’Eufor, au Congo en 2006[3] ?).
En effet, dans la logique des grandes puissances, la « démocratie congolaise » n’est pas encore assez mature, assez « autonome ». Les élections sont pilotées et financées de l’extérieur (élections de 2006 financées à 80% par l’Union Européenne[4]), ce qui accroit le pouvoir d’influer sur l’issue du scrutin suivant la formule : « qui paie décide ».
Pour le scrutin de 2016, quelques signes sont à surveiller. Si la majorité présidentielle parvient à faire réviser la Constitution permettant au Président de se présenter à un troisième mandat, nul doute que celui-ci aura été choisi en coulisse par la « communauté internationale », Rwanda et Ouganda inclus[5]. Il ne faudra pas se fier aux condamnations verbales des politiciens, des ONG, des journalistes, des diplomates,… Ces condamnations verbales relèvent d’un jeu de rôle, la décision qui compte véritablement ayant été le choix du candidat des grandes puissances.
Et si la modification de la Constitution supprime la limitation du nombre des mandats (article 70), le Congo sera bien parti pour une forme de « néo-mobutisme » (Président à vie). Le péril immédiat serait la résurgence des dinosaures (les indéboulonnables barons du régime). Dans la foulée affluent des profiteurs et une clientèle politique toujours plus dispendieuse, à la charge du pays. Ainsi vint l’oubli complet de la population du temps de Mobutu[6] dès qu’il obtint la possibilité de modifier la Constitution à sa guise. Impossible d’engraisser les dinosaures et payer en même temps les fonctionnaires décemment. Le pays tombe inévitablement en ruine.
Dans le cas de Joseph Kabila, le péril semble déjà en cours. La classe politique absorbe des sommes colossales, officiellement (salaires faramineux) et officieusement (corruption ?) pendant que le peuple congolais pointe à la toute dernière place du classement mondial de la pauvreté[7]. Des millions d’« invisibles » croupissent dans des taudis à Kinshasa tandis que d’autres « crèvent » dans des camps de déplacés du Kivu devenus des mouroirs. Les politiciens eux parlent des élections et refusent d’assumer la responsabilité qui leur revient de se tenir auprès de ces malheureux « compatriotes » laissés à la charge des églises et des ONG.
Le contraste ne peut que s’aggraver avec la reconduction du régime actuel. Parce que la longévité au pouvoir finit par gommer les idéaux de départ et nuire à l’efficacité de l’homme politique.
Dans l’opposition, passé le moment de frustration, il faudra se résigner au fait que tout changement de majorités au Congo n’est plus possible par des moyens démocratiques. Pour un opposant, la seule chance d’obtenir un jour des responsabilités publiques consisterait à se renier et à rejoindre l’entourage du Président. Le banquet. Les autres opposants devront reprendre le chemin de croix et endurer les épreuves de la lutte pour les idéaux sur l’exemple d’Etienne Tshisekedi (opposant à vie ?).
Mais on n’en est pas encore là. Les Congolais doivent surtout s’inscrire dans le temps sur la question de la démocratie et des élections démocratiques. Selon certains politologues, il faudrait trois ou quatre scrutins avant d’être sur la bonne voie[8], ce qui n’exclut pas de s’appliquer dès à présent dans la perspective de 2016.
Parallèlement aux préoccupations d’ordre électoral, un débat beaucoup plus vital devrait être abordé, quels que soient les enjeux de 2016. Il s’agit de la survie du Congo en tant que nation.
Le défi de la survie d’une nation
Le Principal défi auquel le Congo est aujourd’hui confronté, en tant que nation, est celui de sa survie. Survie du peuple congolais victime de massacres, de viols à grande échelle, de déplacements meurtriers des populations, d’entassement dans des camps « mouroir », bref, un peuple victime d’un génocide caché par l’omerta des instances internationales, informées, mais paralysées par le profit tiré du pillage des ressources minières du Congo. C’est aux dirigeants congolais, pas seulement au gouvernement, de prendre la mesure du péril de l’extermination des populations congolaises, surtout dans la région du Kivu.
Le gouvernement peut déclencher une enquête internationale pour que la lumière soit faite sur la mort des six millions de Congolais. Il peut aussi militer pour que soit créé un tribunal pénal spécial pour juger les responsables de cet holocauste. Il est toutefois peu probable que le régime actuel de Kinshasa, empêtré dans une alliance contre-nature avec le Rwanda et l’Ouganda envisage une telle démarche, pourtant relevant de ses prérogatives en matière de protection de sa propre population.
La notion de survie s’applique également au territoire national que le pouvoir de Kinshasa contrôle de moins en moins. L’irruption des miliciens Mai-Mai dans la ville de Lubumbashi, capitale de la province stratégique du Katanga, le 23 mars dernier, a renvoyé dans l’opinion la réalité crue et brutale d’un Etat qui ne contrôle pas son territoire, pas seulement les zones aujourd’hui occupés par le Rwanda sous couvert du M23. Pas non plus les territoires que Kinshasa n’ose plus évoquer face à l’imposant « voisin » angolais.
Comment en-est-on arrivé là ?
Se tromper d’allié
Dès la fin de la première guerre du Congo (mai 1997), Kinshasa s’est fié au Rwanda au titre de principal allié militaire. Des officiers rwandais et des hommes de troupe étaient envoyés en masse par Kigali, officieusement sous l’appellation de « tutsis congolais », un gros mensonge d’Etat, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus grave. Tous les Etats mentent. Le plus grave est que ces soldats rwandais et leurs officiers se sont révélés d’une loyauté extrêmement faible à la Patrie de Lumumba. Deux généraux, sûrement les plus emblématiques, ont eu un parcours qui suffit à démontrer que l’alliance militaire entre le Congo et le Rwanda fut une erreur monumentale.
L’actuel ministre rwandais de la défense, le général James Kabarebe déclencha la deuxième guerre du Congo (1998) après avoir servi au titre de chef d’état-major de l’armée congolaise. Non seulement la deuxième guerre du Congo. Son nom est cité dans un rapport des experts de l’ONU comme étant le principal chef militaire du M23[9] (Rapport S/2012/843, pages 3 et 13).
L’autre officier de l’armée rwandaise, le général Bosco Ntaganda, inculpé pour crimes de guerre par la CPI est dans une cellule de La Haye après avoir meurtri le Congo davantage qu’il aurait dû le servir. Né Rwandais, il combat au sein du Front Patriotique Rwandais et entre au Congo en tant que soldat rwandais durant la première guerre du Congo (1996). Il reprend les armes contre le Congo lorsqu’éclate la deuxième guerre du Congo (1998). En 2003, Il reprend les armes contre le Congo dans les rangs de la milice de l’UPC dirigé par Thomas Lubanga, le premier condamné de la Cour Pénale Internationale. En 2004, Bosco Ntaganda obtient malgré tout une nomination de « général » de l’armée congolaise. En dépit de cette haute distinction, il reprend à nouveau les armes, en 2006, contre le Congo lorsqu’éclate la guerre du CNDP (2006-2009). Il est réintégré, pour la troisième fois, dans l’armée congolaise malgré un parcours aussi peu rassurant. Comme il fallait s’y attendre, Bosco Ntaganda prend la tête des mutins du M23 lorsqu’éclate la guerre en cours[10].
Il y a quelque chose de surréaliste dans les décisions des autorités congolaises capables de légèreté à ce point. Impossible d’imaginer qu’on puisse réintégrer dans l’armée, en trois reprises, des individus aussi notoirement dangereux pour la République, le personnel de l’armée et la population.
-Ainsi la carrière au Congo des généraux « rwandais » (James Kabarebe, Bosco Ntaganda,…) suffit à persuader que le Rwanda peut difficilement être un allié fiable et qu’il faudrait envisager la protection des populations congolaises en recourant à d’autres partenaires.
Quant aux casques bleus, ils sont à l’image des tiraillements des grandes puissances siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU. Une armée dont l’état-major est paralysé par d’interminables disputes entre généraux. Le soldat sur terrain baisse les bras et bat en retraite. La population de Goma n’aurait jamais subi le traumatisme d’une nouvelle occupation rwandaise en novembre 2012 si un contingent de l’une des cinq armées (française, américaine, britannique, russe ou chinoise, peu importe) avait pris position dans le Kivu.
Redresser la barre et viser plus haut
Bien entendu, un travail national de réforme de l’armée est à faire. Sur le plan international, le Congo doit s’appuyer sur un allié stratégique de taille. Les Maliens risquaient de subir le même sort que celui des Congolais lorsque la France est intervenue pour sauver Bamako et reprendre le contrôle du territoire national. La Syrie de Bachar Al-Assad tient tête grâce à l’appui de la Russie. Le Zaïre de Mobutu réussit à repousser les incursions communistes en Afrique centrale. La France et les Etats-Unis veillaient.
C’est sûrement dans ces termes qu’il faut envisager l’enjeu de la survie du Congo en tant que nation. Evidemment, l’idéal aurait été que le Congo fût laissé tranquille et que sa population profitât de ses richesses naturelles. Mais il faut voir le monde tel qu’il est. Un pays avec autant de ressources convoitées peut difficilement survivre en baissant la garde.
-Le dernier classement établi par le Conseil international des aéroports (Airport Council International – ACI) ne signale aucun aéroport de la République démocratique du Congo (RDC) parmi les 50 meilleurs aéroports d’Afrique en 2012.
Les 10 premiers sont respectivement OR Tambo de Johannesburg (Afrique du Sud, 18,8 millions de passagers), Cairo International (Egypte, 14,8 millions de passagers), Cap Town International (Afrique du Sud, 8,5 millions), Murtala Muhammed à Lagos (Nigeria, 7,2 millions), Mohammed V à Casablanca (Maroc, 7,2 millions), Hurghada International (Egypte, 7,1 millions), Sharm El Sheikh International (Egypte, 6,6 millions), Jomo Kenyatta à Nairobi (Kenya, 6,3 millions), Houari Boumédiène à Alger (Algérie, 5,4 millions) et Tunis Carthage (Tunisie, 5,3 millions).
« Johannesburg continue de dominer la liste, avec 18,8 millions de passagers en 2012, malgré un petit tassement de 1,1% pendant l’année. Les aéroports d’Afrique du Nord redécollent progressivement, en particulier celui du Caire, dont le trafic a progressé de 14% cette année. Une performance qui lui permet de dépasser les 14 millions de passagers, son niveau d’avant la révolution », rapporte Jeune Afrique.
Le magazine note qu’« au nord du continent, les villes qui dépendent davantage du tourisme sont plus fragiles : Marrakech a accueilli 1% de touristes en moins qu’en 2011. Quant à Sharm El Sheik ou Hurghada, qui ont bien progressé, leurs performances restent en deçà de ce qu’ils réalisaient avant la crise politique égyptienne ».
En Afrique centrale, l’aéroport de Brazzaville (Congo, 957.472 passagers) est à la 30ème place tandis que celui de Libreville (Gabon, 839.571 passagers) occupe le 33ème rang.
-L’ordonnancement actuel du monde, imposé par les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale, et particulièrement par les Anglo-saxons, s’éteint. Des signes précurseurs, bien qu’encore imperceptibles », sous le regard énigmatique de quelques aveugles soumis, et qui ne cessent de nous vanter des bienfaits d’un ordre décadent, surgissent sur les feux de la lumière. Mais ce qui semble certain, véridique, est que les Anglo-saxons, qui en furent ses initiateurs, ne paraissent plus être en mesure, et suivez bien ma formulation, pour éviter d’être traité de « radical », comme souvent c’est malheureusement le cas, d’ « administrer » et seuls, comme par le passé, toutes ces institutions, instruments de leur puissance, notamment celles de Bretton Woods et l’ONU, ce « machin » tel que De Gaulle aimait bien la qualifier. Hier encore, Ils venaient de lâcher la direction de l’OMC. . Et du coup, comme dans l’accoutumée, les «médias mensonges » se prennent à déclarer l’OMC d’institution caduque.
Les rapports de force ont changé d’abord au sein de l’Europe, entre les États européens et ensuite dans le monde. L’Europe actuelle présente une similarité avec celle d’antan, de 1945, où la force de l’Allemagne seule régentait le reste de l’Europe. Mon propos, ici, n’est pas de faire de comparaison chiffrée mais je constate, comme beaucoup d’ailleurs, que la France, bien que restant ’un peu « décomplexée » face à l’Allemagne, pèse aujourd’hui moins dans la balance avec l’Allemagne. Sa situation actuelle face à l’Allemagne ressemble fort bien, peut-être que j’exagère, à celle datant de l’époque de son occupation par Hitler et ses Allemands. Pour ce qui est, elle est instrumentalisée et demeure sous les bottes des USA. Et l’Allemagne qui fut le grand vaincu d’hier, divisée, humiliée et régentée à son tour par les Anglo-saxons, se régale, cinquante ans après, d’une suprématie bien chèrement reconquise. Même si elle reste, elle-aussi, mais pour combien de temps encore, sous la gestion de l’Amérique. L’Allemagne a recouvré son unité, sa dignité, sa place et a de nouveau forgé son « histoire » dans le concert des nations. Ce peuple serait-il grand face aux Anglo-saxons ? Les Européens ainsi que les Américains savent du moins ce que leur technologie doit et aux Allemands et au savoir allemand après la deuxième guerre mondiale. Néanmoins, il reste aux peuples allemands, qui en possèdent certes les moyens,- mais le voudrait-il, et à quel prix, pour quelles raisons stratégiques- de s’émanciper totalement de l’emprise anglo-saxonne ?
L’ordre du monde infligé par les vainqueurs en 1945 est mort. Poutine, le lion, en portant secours à Assad, le renard « arabe », démontre à travers ce geste ce qui en reste de ce rêve. Le soutien de Poutine à Assad rejoint un modèle de l’expression de la théorie de l’alliance du lion et du renard pour éviter d’être victimes des Loups. Dans ses nouveaux habits, qui lui siéent à merveille, le tsar Poutine, qui reste aux aguets, séduit et apparait comme l’irréductible l’héritier de Staline, l’un des créateurs de l’ONU, l’Organisation des Nations Unies..
La structure actuelle de l’ONU, qui non seulement a placé le Congo-RDC sous sa tutelle mais également le dirige, ne concorde à la réalité des rapports de force dans le monde aujourd’hui. L’absence de l’Allemagne ou encore de l’Inde au sein de son Conseil de Sécurité la rend et ses jugements d’aucune utilité. Je ne saurais me leurrer longtemps, car les relations entre les hommes et les nations entre-elles demeurent à jamais une relation de pouvoir de domination. L’ONU restera à jamais un instrument de puissance au service des plus forts ou de la force. Qu’à cela ne tienne, sa refonte totale est plus qu’une exigence à l’instant même. Et la même règle s’impose également sur le contrôle et la gestion des institutions de Bretton Woods. Cette option est la même que celle défend l’’ambassadeur singapourien, Kishore Mahbubani, auteur du livre “The Irresistible Shift of Global Power to the East ». Lehmann le cite dans son article paru sur le site de Réseau Voltaire en date du 02.09.2008 et qui est intitulé « Déclin de l’Occident et montée de l’Orient ». Kishore Mahbubani affirme, haut et fort, que: « Le monde […] a perdu pour l’essentiel sa confiance dans les cinq États nucléaires. C’est cette incapacité à exercer convenablement un leadership qui fait que l’Occident est aujourd’hui davantage le problème que la solution. [Ensuite, il admet que] les pays d’Asie ne sont pas encore prêts à intervenir. Il en va de même des institutions financières internationales. [Il émet un doute, en se basant sur des raisons évidentes] qu’aucune des trois plus importantes – la Banque mondiale, le FMI et l’OMC – ne subsistera jusqu’à la prochaine décennie, [D’où] il est d’une importance capitale de les conserver. Mais, bien entendu, il faut les transformer et les désoccidentaliser. Il ne faut plus que les postes de directeur de la Banque mondiale et du FMI soient attribués automatiquement à des États-uniens ou à des Européens, comme si c’était écrit dans l’Évangile ; ils doivent être globalement ouverts à des talents du monde entier. Il est également important que la Banque mondiale n’ait plus son siège à Washington DC et dissémine ses employés dans les pays où elle opère. L’esprit internationaliste tel qu’il s’incarne dans la Charte des Nations unies doit donc être maintenu, voire revivifié ».
La fin de l’empire est inévitable. Le pape Polonais Jean Paul II l’aurait prophétisé également si on en croit à l’auteur du livre « Sa Sainteté. Jean Paul II et l’Histoire de notre époque », qui rapporte que, le jour de vendredi saint, Jean Paul II, « transportant sa croix sur ses épaules,[…] [et] s’arrêtant devant « le Colisée- symbole de l’impérialisme criminel de la Rome antique- et, désignant l’horrible édifice, a déclaré, [ en rapport avec le début de l’attaque contre l’Irak et qui coïncidait avec le Pâque chrétien] : « Même l’Empire romain a fini par s’effondrer », cité par Luciano Canfora, in « La Nature du Pouvoir » paru aux éditions, Les Belles Lettres, en 2010, p.86.
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L’Afrique semble être absente du débat et de la lutte du positionnement qui est en gestation alors que ce trouble d’accouchement pose le jalon d’un énième « désordre mondial » en construction. Et comme toujours, les supposés faibles ou les « absents » resteront sur le pavé faute d’avoir tout simplement osé. Et pourtant, l’Afrique possède les moyens de son devenir, de sa prise de parole pour la faire entendre et respecter. Son seul handicap, d’après moi, et j’ose cette option, réside dans le fait qu’elle se laisse distraire à prendre part à une course effrénée que l’Occident et l’élite africaine qui épouse cette vision unilatérale de la notion de développement infligent à l’Afrique. Un modèle de « développement –mensonge-appât » dont seul l’Occident et aujourd’hui la Chine détiendraient le secret et les manèges. En longueur des journées, j’entends toujours ces « savants » africains et « nègres » crier à tue-tête, et comme des condamnés à morts : « développement, développement ». Le terme développement tel qu’entendu et compris par ceux qui le défendent exprime l’occidentalisation du monde. L’existence d’un seul paradigme dans le monde alors que ce que le concept « paradigme » admet « la possibilité de différentes explications également vraies pour une même réalité. ».
La guerre qui est menée, affirme Colette Braeckman dans son livre « Les Nouveaux prédateurs, Politique des puissances en Afrique centrale », , est « d’abord avec les idées. Les concepts précèdent les hostilités, et les préparent. Étiquettes collées à la hâte sur la réalité mouvante, ils permettent souvent d’aller au combat le cœur léger. Les Américains excellent à ce jeu ! ». Voilà comment ces « intellos » s’engouffrent dans le piège mains et pieds liés en train de répéter comme des perroquets, et ce après leurs maitres à penser, des expressions qui font plaisir à leurs créateurs comme « démocratie », « gouvernance », « guerres de basses intensités », « Zéro morts », le « terrorisme », la « non-violence », la « faillite de l’État », un « État faible ». ect..
Faut-il entreprendre une guerre juste pour rattraper celui qui vous l’impose, qui en a fixé les modalités, sa ligne d’arrivée alors qu’il s’est envolé depuis de lustre ? En plus, en quoi consiste ce modèle qui, pour survivre, confinerait uniquement l’Afrique comme pourvoyeur des matières premières et énergétiques et grenier d’une main-d’œuvre moins chère et exploitable. En se soumettant à ce jeu de dupes, l’Afrique limite ses potentialités en ramenant ses besoins au niveau des conditions animales : la bouche, le ventre et le sommeil, alors que son besoin le plus pressant aujourd’hui, de l’Afrique, reste plus que jamais de nature identitaire, « to be or not to be », avant d’être économique.
Loin de moi l’idée de lancer un appel à l’union de l’Afrique, par crainte de la soumettre sous d’autres secousses, sous d’autres formes de domination du genre de grands peuples comme les Zoulou, les Ashanti et autres, ou encore dans le débat imposé des Nilotiques et des Bantu, un danger « divisionniste » qui fait le lit des loups se trouvant déjà dans la bergerie. Ce qui aura comme conséquences immédiates d’amoindrir ses atouts face aux grands ensembles demain, géostratégiques et démographiques comme la Chine, l’Inde, l’Europe politique en construction, la Russie et les USA. C’est dans ce jeu qu’il faut inscrire la RDC-Congo. Et non nous ressasser tout le temps de Paul Kagamé ou de la « Kabilie », parce qu’ils existent à peine sous les manettes de ceux qui les pilotent.
L’Afrique a un peuple. Et ce peuple a une histoire, un passé et un présent. Son peuple est créateur. Au lieu de laisser notre jeunesse s’envoler vers des recoins où elle sert plus d’esclaves et de main-d’œuvre « bon marché », l’Afrique ferait mieux d’offrir des possibilités de rêve notamment dans le domaine d’Art comme la pensée et la force de la parole de l’Occident s’éteignent. « L’état d’exception dans lequel nous vivons est la règle, reconnait (Homi Bhabha dans son livre Les Lieux de la Culture / une théorie postcoloniale), il nous faut en venir à une conception de l’histoire qui corresponde à cet état ». La seule force de la France dans le monde reposait hier sur artistes et autres grands écrivains et non sur son économie. Les Congolais en sont capables. .
Je comprends pourquoi « ceux-d’ ici », des Congolais, ont livré Lumumba à la mort. L’erreur des gens comme Lumumba est de vivre un siècle avant leur peuple.
Likambo ya mabele, ezali likambo ya makila
Mufoncol Tshiyoyo
Président du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC
« C’est une injure pour le peuple congolais », crie l’opposition. « Cela nous importe peu », dit de son côté le gouvernement de la RDC. Ces réactions font suite aux propos tenus vendredi 24 mai par la ministre de la Défense sud-africaine Nosoviwe Mapisa-Nqakula. Celle-ci avait déclaré que les soldats sud-africains allaient « baby-sitter » les Congolais dans le cadre de la brigade onusienne qui doit être déployée dans le pays.
C’est le gouvernement et sa gestion de l’armée congolaise qui sont critiqués, mais c’est l’opposition qui monte au créneau. Les propos de la ministre de la Défense sud-africaine passent mal auprès d’une partie de la classe politique. Il en va de la fierté du pays, estime Jean-Joseph Mukendi, ancien conseiller politique d’Etienne Tshisekedi.
« C’est une injure pour le peuple congolais, tonne ce dernier, parce que ce sont les Sud-Africains qui sont à la base de cette désorganisation puisque au dialogue inter-congolais, il était question de réformer cette armée. Il y avait lieu de faire une armée réellement nationale. Et au contraire, ce sont eux qui ont encouragé ce clientélisme dans l’armée. Ce qui fait que maintenant, notre armée est un peu la risée du monde. »
« Des problèmes très sérieux »
Du côté du gouvernement, pas question de s’offusquer. L’Afrique du Sud doit contribuer largement à la nouvelle brigade d’intervention de l’ONU chargée de lutter contre les groupes armés au Nord-Kivu. Un allié précieux qu’il faut ménager.
« Si on considère cela comme du baby-sitting, de l’accompagnement ou de l’encadrement, ça nous importe peu », déclare Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement. Et d’ajouter : « Si nous nous suffisions à nous-mêmes, soyez rassuré, nous n’aurions pas appelé nos amis à la rescousse. Nous reconnaissons nous-mêmes qu’il y a des problèmes très sérieux. Ce ne sont pas des commentaires désabusés come ça qui vont nous décourager ».
Dans les rangs de la société civile de Goma, on est moins nuancé. Selon certains de ces responsables, la ministre sud-africaine aurait finalement dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas.