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Vers une victoire de Joseph Kabila aux présidentielles de novembre

Par Marie-France Cros

-La mésentente de l’opposition trace au Président sortant une voie royale vers le renouvellement de son mandat.

Le lancement en décembre, dans la course à la présidence, de deux grosses pointures de l’opposition, le “vieux de la vieille” Etienne Tshisekedi et l’ex-président de l’assemblée nationale Vital Kamerhe, avait, on s’en souvient, précipité un changement constitutionnel, bouclé en quelques jours. Le 15 janvier, étaient adoptés divers amendements constitutionnels renforçant la centralisation du pays et les pouvoirs du chef de l’Etat. L’un d’eux réduisait de deux tours à un tour l’élection présidentielle attendue en novembre, ce qui facilite la réélection du chef d’Etat sortant puisque l’opposition n’a désormais de chance de le vaincre qu’en ne présentant qu’un seul candidat contre lui.

Apparemment, c’est déjà raté.

Alors que plusieurs ténors de l’opposition tentent de se mettre d’accord sur les bases d’une candidature unique, Etienne Tshisekedi les a pris de vitesse, cette semaine, en déclarant à Radio France Internationale (RFI): “Je n’ai pas lutté pendant 30 ans pour laisser ma place à un autre! ” Pas question, donc, pour lui, de se concerter avec le reste de l’opposition sur un programme ou un candidat unique. “Celui qui n’est pas d’accord avec le programme de l’UDPS est libre de faire ce qu’il veut. On n’est pas obligé de faire une plateforme avec l’UDPS, mais l’UDPS est préparée à se présenter aux élections et à les gagner. S’il y a quelqu’un d’autre qui veut que ce soit sa candidature qui passe, cela ne peut pas se faire !”

L’optimisme du septuagénaire sur la victoire de sa candidature n’est cependant pas partagé par grand monde en dehors de ses militants. Absent du pays pour maladie pendant trois ans, le vieil homme se rend apparemment mal compte de l’état dans lequel sa gouvernance autoritaire a laissé l’UDPS.

Cette dernière n’est en effet plus la grande formation nationale de l’époque de gloire de Tshisekedi, dans les années 80-90. Népotisme et tribalisme l’ont peu à peu resserrée sur une base essentiellement kasaïrenne, région natale de Tshisekedi, et surtout de sa tribu, les Lubas. Trompé par la foule immense de Kinois – parmi lesquels figurent nombre d’habitants d’origine luba – venue l’accueillir à l’aéroport lors de son retour de Belgique, en décembre dernier, Etienne Tshisekedi ne se rend pas compte qu’il est loin d’être aussi populaire en dehors de la capitale et du Kasaï. Or Kinshasa et les deux Kasaï ne comptaient, en 2006, que pour un total de 7 millions d’électeurs sur 25; et les Kasaï oriental (dont est originaire sa femme) et occidental (où il est né) n’avaient respecté qu’à 57 et 49 % son mot d’ordre de boycott des élections.

En outre, l’électorat UDPS est divisé par… les divisions du parti. Ce dernier est en effet partagé en deux ailes : alors que l’organe suprême du parti est le Collège des cinq fondateurs, quatre de ces derniers sont regroupés dans l’aile Belchika (du nom de son animateur principal) ou Righini (du nom de la rue où elle se réunit); l’autre est l’aile Tshisekedi. Une tentative de rapprochement a été tentée par la première à l’occasion d’un congrès tenu en décembre à Kinshasa (“le premier” en 28 ans d’existence du parti selon l’aile Tshisekedi, “le second ” selon l’aile Righini, qui en avait déjà tenu un en 2009), mais s’est heurtée à une fin de non-recevoir de celui qui se fait appeler “le lider maximo “.

Ce congrès, en définitive, n’a servi qu’à confirmer Etienne Tshisekedi comme président du parti et candidat à la présidence. Il n’avait pas eu le temps (il en avait perdu beaucoup à cause des disputes internes) de s’occuper de la “modernisation” du parti et l’élaboration d’“un nouveau projet de société”, ainsi que la révision des statuts et du règlement d’ordre intérieur, qui avaient donc été confiées à une commission, qui avait dix jours pour s’exécuter. On attend toujours ses conclusions.

On sait cependant que, peu au courant des statuts, qui semblent donner le poids de la légalité à l’aile Belchika, l’électorat UDPS connaît surtout Etienne Tshisekedi. Mais l’âge, 78 ans, et le mauvais état de santé de ce dernier ne seront pas des atouts dans la campagne électorale à mener dans un pays immense, aux mauvaises voies de communication, où voyager est toujours difficile.

Sans compter que l’obstination du vieil homme à se présenter au scrutin sans chercher de candidature unique de l’opposition a encouragé tous les politiciens qui se croient un destin à l’imiter – sans compter ceux qui seront payés pour se lancer dans la course et diviser l’électorat d’opposition. On compte ainsi déjà une demi-douzaine d’opposants ayant fait annoncer qu’ils seraient candidats, sans que l’on connaisse leurs programmes ni qu’ils se soucient de se différencier de leurs concurrents autrement que par leur nom et l’éventuelle popularité tribalo-régionale qu’ils espèrent.

On voit mal, dans ces conditions, comment le Président sortant pourrait perdre le scrutin, même si en 2006 il était minoritaire à l’ouest du pays et que sa base électorale, à l’est, s’est notoirement beaucoup rétrécie, sous son mandat. Il faut y voir l’effet du peu de progrès des conditions de vie enregistrés dans cette zone du Congo et de la popularité qu’y connaît Vital Kamerhe – qui en est originaire et y avait fait campagne pour Kabila, avec un succès important, en 2006.