Author: Don Kayembe

  • Le pape François arrive aux Etats-Unis entre espoirs et soupçons

    Le pape François arrive aux Etats-Unis entre espoirs et soupçons

    pape-usa-Venu de Cuba, le pape François doit atterrir mardi après-midi aux Etats-Unis pour un voyage délicat, accueilli dans un geste inédit par le couple Obama, entouré d’espoirs d’une majorité d’Américains mais aussi des réserves d’une minorité.

    Le premier pape latino de l’Histoire posera le pied sur le sol des Etats-Unis pour la première fois de sa vie à 16H00 heures locale (22H00 GMT) à la base militaire Andrews, près de Washington.

    Le président américain Barack Obama, un protestant qui ne cache pas son admiration pour ce “pape des pauvres”, et sa femme Michelle, l’accueilleront à sa sortie de l’avion.

    Les médias américains, fortement présents dans l’avion papal, ont accordé une grande importance au voyage d’un pape argentin plébiscité par deux tiers des Américains.

    Mais son radicalisme social lui vaut aussi de très vives inimitiés chez les conservateurs et les milieux économiques libéraux, de Wall Street au Tea party jusque dans les rangs des Républicains.

    Le fait qu’il vienne de Cuba, où il a évité de critiquer fortement le président Raul Castro, ne fait qu’irriter un peu plus ceux qui jugent que ce pape est un marxiste déguisé ou un traître à la foi catholique, qui serait trop souple sur la doctrine.

    Outre sa rencontre avec le président Obama à la Maison Blanche mercredi, François est particulièrement attendu jeudi devant le Congrès, et vendredi à la tribune des Nations unies, sur des thèmes hautement explosifs.

    Parmi ces sujets, mentionnés dans ses écrits, figurent la protection et l’accueil des immigrés; la défense de l’environnement, avec un plaidoyer ferme pour une révolution énergétique radicale et la décroissance; la critique des dictatures de la technologie et de la finance; la dénonciation des responsabilités des vendeurs d’armes et des grandes puissances dans “la troisième guerre mondiale par morceaux” qu’il dénonce sans cesse.

    Le pape jésuite, connu pour son habilité et sa détermination, a préparé soigneusement pendant l’été les discours qu’il prononcera à Washington et New York.

    Et, s’il n’est pas anti-américain selon la plupart des experts, il est critique d’un certain dévoiement de l’idéal américain de liberté par les ultralibéraux.

    Sa visite aura lieu sous très haute sécurité, la police américaine voulant parer tout risque d’attentat contre un pape qui tient à se déplacer en voiture découverte pour être en contact avec les fidèles.

    Plusieurs rencontres avec les défavorisés de la société américaine, immigrés, sans logis, détenus, sont également programmés.

    Il a aussi prévu de présider à New York une cérémonie interreligieuse sur le site du World Trade Center, contre le terrorisme et pour le respect entre religions.

    Une autre cérémonie à Philadelphie avec la communauté hispanique exaltera les valeurs fondatrices de l’Amérique comme la liberté religieuse.

    A Philadelphie, il doit présider samedi et dimanche la fin d’une rencontre mondiale des familles catholiques, en présence d’un million et demi de personnes attendues. Là aussi sous très haute sécurité.

    Le souverain pontife doit quitter mardi vers 12H30 (16H30 GMT) une île en plein rapprochement avec les Etats-Unis, grâce au rôle de facilitateur du Vatican et du pape argentin.

    A 78 ans, il est apparu à Cuba éprouvé par la chaleur et un programme très chargé, jalonné de multiples contacts direct avec les foules.

    C’est à Santiago de Cuba, grand port de l’est de l’île, qui a vu naître la Révolution cubaine non loin de la base américaine de Guantanamo, que le pape argentin a terminé son étape cubaine.

    Dans la matinée, il a célébré sa dernière messe au sanctuaire de la Vierge de la charité “del Cobre”, niché dans les collines verdoyantes près de la ville où, la veille, il avait adressé une prière pour l’avenir le peuple cubain.

    Dans ce berceau de la révolution castriste, il a exalté une autre “révolution” qui apporte “la réconciliation”, basée sur la foi chrétienne qui a aidé des générations à résister aux “douleurs”, aux “pénuries” et au “désespoir”.

    Peu après, à la cathédrale de Santiago, il a béni la ville et salué devant des centaines de fidèles le rôle de la famille. “Prenons soin de nos familles, véritables centre de l’humanité”, a-t-il exhorté.

    Avec AFP

  • Burkina : l’appel unanime de la CEDEAO

    Burkina : l’appel unanime de la CEDEAO

    cedeao-Quatre chefs d’Etat africains se rendront mercredi au Burkina Faso pour réinstaller le gouvernement de transition.

    Le sommet des chefs d’état de la Communauté économique des pays d’Afrique de l’ouest (Cédéao) a dépêché les présidents du Nigeria, du Togo, du Sénégal et du Bénin.

    La décision a été prise à l’issue d’une réunion d’urgence de la CEDEAO au Nigeria.

    Les dirigeants ont condamné le coup d’Etat et ont appelé les putschistes à déposer les armes et à se rendre sans condition.

    Le chef de la junte, qui a demandé une amnistie pour les auteurs du coup d’état avait déclaré qu’il attendait la décision du sommet de la Cédéao.

    Selon les observateurs, les dirigeants de la CEDEAO n’ont pas approuvé la demande d’amnistie pour les responsables du coup d’état.

    Dans un communiqué signé des chefs de corps de l’armée nationale publié mardi, les unités “loyalistes” ont affirmé avoir “les moyens” d’attaquer les putschistes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).
    (BBC)

  • Ces entreprises africaines qui veulent conquérir l’Amérique

    Ces entreprises africaines qui veulent conquérir l’Amérique

    Atelier de couture-Alors que l’African Growth Opportunity Act, qui ouvre le marché américain aux pays subsahariens, est prorogé jusqu’en 2025, “Jeune Afrique” dresse le portrait de sept PME qui tentent leur chance outre-Atlantique.

    En mai 2000, lorsque le président Bill Clinton a promulgué l’African Growth Opportunity Act, cette loi dénommée « Agoa » qui donne à des pays subsahariens un accès préférentiel (exemption de droits de douane) au marché américain, son administration avait un objectif : permettre aux pays subsahariens de doper leurs exportations vers les États-Unis et les encourager à développer leurs petites industries.

    Un bilan mitigé

    Le bilan, quinze ans plus tard ? « Il est très positif, de notre point de vue », répond d’emblée Peter Henry Barlerin, le directeur des affaires économiques et régionales au sein du bureau Afrique du Département d’État. « L’Agoa, soutient-il, a permis aux pays éligibles d’améliorer leur croissance économique, de diversifier leurs exportations et de créer environ 300 000 emplois directs depuis son lancement. Ce dispositif est désormais la pierre angulaire du commerce entre les États-Unis et l’Afrique. »

    Les chefs d’entreprise et les analystes interrogés par Jeune Afrique sont moins enthousiastes. Un certain nombre d’entre eux dressent un tableau bien plus contrasté. Et un récent rapport du service de recherche du Congrès américain semble leur donner raison. Seule « une poignée de pays éligibles ont su faire une grande utilisation de ce système préférentiel pour des emplois dans des secteurs économiques qui ont bénéficié d’exemptions fiscales », pointe ce document publié en avril.

    Les échanges États-Unis-Afrique demeurent limités

    Certes, les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays bénéficiaires (ils sont 39 actuellement) ont significativement augmenté au cours des quinze dernières années, mais ils demeurent bien maigres. De près de 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) en 2000, ils ont dépassé les 50 milliards de dollars l’année dernière après avoir atteint un sommet en 2008, avec environ 104 milliards de dollars.

    En tout, l’Afrique subsaharienne ne compte que pour 1,1 % des importations américaines en 2014. Et celles-ci concernent d’abord les hydrocarbures (69 % du total). Si plus de 1 800 produits bénéficient du régime préférentiel de l’Agoa, ce sont les pays exportateurs de pétrole (Nigeria ou Angola) qui en tirent le mieux parti. Plusieurs autres secteurs, notamment l’agro-industrie, en profitent très peu, voire pas du tout.

    « Il est vrai qu’à ses débuts l’Agoa a surtout concerné le pétrole, de très bonne qualité, provenant d’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Angola, Tchad, etc.), parce que nous voulions diversifier nos sources d’approvisionnement en énergie et réduire notre dépendance par rapport au Moyen-Orient », concède Peter Henry Barlerin, qui, dans le passé, a travaillé sur le processus de Kimberley (certification des diamants pour éviter les trafics).

    Mais d’après lui, depuis la chute du cours du brut et le développement de nouvelles techniques permettant aux États-Unis d’augmenter leur production de pétrole de schiste, cette tendance s’inverse. Les importations américaines de produits non pétroliers provenant de l’Afrique ont ainsi triplé depuis 2001 pour atteindre 4,4 milliards de dollars en 2014. Les pays producteurs de voitures et de pièces automobiles (Afrique du Sud notamment) ou de prêt-à-porter (Maurice, Kenya ou encore Éthiopie) commencent à monter en puissance.

    Quelle place pour les PME ?

    Sur le terrain, ce sont d’abord les filiales des grands groupes internationaux qui parviennent à tirer le plus grand profit de cette loi. C’est le cas par exemple de BMW et de Mercedes. « Ces deux constructeurs ont implanté des usines en Afrique du Sud, et ils exportent aux États-Unis des véhicules légers », explique Nico Vermeulen, directeur de l’Association sud-africaine des constructeurs automobiles (Naamsa).

    Alors que cette loi, qui devait arriver à échéance fin septembre, a été prorogée jusqu’en 2025, Jeune Afrique dresse le portrait de quelques PME africaines qui essaient de conquérir les États-Unis dans le cadre de l’Agoa (voir les autres articles du dossier).

    (Jeune Afrique)

  • RD Congo : les milliards de Gbadolite-«Dans les secrets des palais présidentiels africains»

    RD Congo : les milliards de Gbadolite-«Dans les secrets des palais présidentiels africains»

    Mobutupalace-Dans les somptueux palaces du maréchal Mobutu, au Congo, on dépensait sans compter. Une aubaine pour les intendants. Suite de notre série sur les secrets des palais présidentiels en Afrique     Quelques années après s’être installé à Gbadolite, dans le palais éléphantesque érigé sur 15 000 m2 par l’architecte Olivier-Clément Cacoub, Mobutu Sese Seko est saisi de remords : « J’ai vu un peu trop grand. Je préfère vivre à côté, au palais de Kawele. » Le maréchal avait fait construire cette demeure privée, « plus intime », disait-il, par le Sénégalais Pierre Goudiaby Atepa sur une petite colline à une dizaine de kilomètres de Gbadolite – village de sa région natale transformé en ville par le maître de Kinshasa, avec son aéroport international et ses larges routes goudronnées.

    Si Kawele se voulait moins tape-à-l’œil que le palais de Cacoub, son fonctionnement coûtait des sommes folles au pays.

    Pour autant, si Kawele se voulait moins tape-à-l’œil que le palais de Cacoub, son fonctionnement coûtait des sommes folles au pays : pas moins de 150 millions de dollars par an. En examinant ses comptes afin de rendre service à son beau-père (qu’il appelait papa sur ordre de ce dernier) – contre une rémunération équivalant à 10 % du budget, tout de même -, Pierre Janssen, un industriel belge, relève que tout est facturé deux, trois ou quatre fois le prix réel. C’était notamment le cas du champagne rosé Laurent-Perrier, la boisson préférée du « Léopard », dont dix mille à douze mille bouteilles étaient bues chaque année par la présidence. En réalité, Mobutu ne signait aucun chèque et se désintéressait totalement de l’argent, pour le plus grand bonheur de ses intendants.

    Mêmes dépenses somptuaires pour le mariage de sa fille Yaki avec Janssen, le 4 juillet 1992. Parmi les 2 500 invités, ceux du Belge, environ 150, venus des quatre coins de la planète à bord de trois avions présidentiels, ont eu un cadeau surprenant à leur arrivée à l’hôtel : dans chacune des chambres, le maréchal avait fait livrer une boîte remplie de zaïres, la monnaie locale de l’époque. Un milliard de zaïres par invité exactement.

    En fait, le zaïre ne valait rien, et cette somme correspondait, au mieux, au prix d’une cartouche de Marlboro.

    (Jeune Afrique)

  • RDC : Gabriel Kyungu encerclé

    RDC : Gabriel Kyungu encerclé

    Kyungu wa Kumwanza parle du vole d’argent de l’etat, mais veut la nomination pour aller voler comme eux.-La basilique de Lubumbashi a été encerclée par des hommes armés en uniforme alors que le président de l’assemblée provinciale Kyungu wa Kumwanza assistait à la messe avant un point de presse annoncé.

    Des nombreux fidèles étaient également bloqués dans cette paroisse de l’église catholique désormais interdite d’accès par les soldats en faction.

    Gabriel Kyungu par ailleurs président de l’union nationale des fédéralistes (Unafec) du Congo devrait s’adresser à la presse à la fin de la messe.

    Selon un correspondant de la BBC, les paroissiens ont cédé à une panique générale à l’arrivée des soldats autour de la basilique.

    L’Unafec fait partie du G7, le goupe des 7 partis politiques de la majorité présidentielle qui ont appelé le président Kabila à respecter la constitution et à ne pas se présenter pour un troisième mandat en 2016.

    Les ministres faisant partie de ce G7 avaient été démis de leurs fonctions par le pouvoir de Kinshasa.

    Les cadres de la majorité présidentielle signataires de la lettre ouverte du 14 septembre dernier au président Kabila réclamaient notamment des élections dans les délais constitutionnels afin de parvenir à l’alternance démocratique en 2016.

    Le porte-parole du gouvernement Lambert Mende, par ailleurs membre du bureau de la majorité présidentielle, a conclu à une “auto exclusion” des signataires de la lettre ouverte, précisant que leur départ de la majorité entraine celui de leurs formations politiques sauf expression d’un point de vue contraire des instances de ces partis.

    BBC

  • RDC: Kinshasa va nommer des commissaires dans les nouvelles provinces

    RDC: Kinshasa va nommer des commissaires dans les nouvelles provinces

    Nouvelle carte RDC-En République démocratique du Congo, les provinces de création récente seront gérées par des commissaires spéciaux et des commissaires spéciaux adjoints. Une décision du gouvernement annoncée par son porte-parole. A Kinshasa, l’opposition dénonce une violation de la Constitution de plus.

    Selon Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement congolais, cette option a été choisie pour se conformer à l’arrêt de l’accord constitutionnel, en attendant les élections des gouverneurs et de leurs adjoints.

    La demande avait en effet été faite à l’exécutif de prendre des dispositions transitoires et exceptionnelles, en vue de faire régner l’ordre public et la sécurité, d’assurer également la régularité et la continuité des services publics dans les nouvelles entités.

    D’où viendront les commissaires spéciaux et leurs adjoints ? Réponse de Lambert Mende : « Le gouvernement va désigner des personnes qu’il estime capables de gérer les nouvelles provinces. » L’opposition, elle, dénonce une violation de la Constitution. Le titre de commissaire spécial n’est prévu par aucun texte, explique Baudouin Mayo Mambeke, député de l’Union pour la nation congolaise (UNC).

    Pour lui, le gouvernement doit se fonder sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle. Cette cour, estime Baudouin Mayo Mambeke, a pour rôle de juger de la constitutionnalité et non d’attribuer aux institutions des compétences qu’elles n’ont pas reçues de la Constitution. En tout cas, l’opposition soupçonne la majorité de vouloir nommer des personnes de son obédience.

    RFI

  • Burkina Faso: les jeunes ouagalais prêts à la résistance

    Burkina Faso: les jeunes ouagalais prêts à la résistance

    BURKINA--Alors qu’à l’hôtel Laico se jouent les transactions politiques, les actions des jeunes se préparent dans la rue et dans les maquis. Les jeunes de Ouagadougou ne semblent pas prêts à accepter ce coup d’Etat. Ils réfléchissent à différents types d’actions même si la police tire à balles réelles.

    La déclaration du chef d’état-major qui prend ses distances avec les putschistes n’a pas laissé les Ouagalais indifférents. Au bord des rues ou dans les maquis, ils sont nombreux a appelé l’armée régulière à réagir. « Nous appelons les responsables de l’armée burkinabé à prendre leurs responsabilités, à prendre des engagements parce qu’ils ont prêté serment de protéger la population. L’occasion est là, ils n’ont qu’à nous montrer qu’ils nous défendent » harangue ce premier.

    Le sankarisme en bandoulière, certains veulent croire que l’armée ralliera le peuple contre le Régiment de sécurité présidentielle (RSP). « Ceux qui ont tué notre père, le père de la révolution Thomas Sankara, qu’ils sachent que les enfants de Thomas Sankara ont grandi. Donc tout ce qu’ils font, ça ne passera pas », prévient ce second avec tout autant de ferveur.

    Dans le quartier des 1 200 logements au bord de la route des jeunes sont attablés à l’ombre d’un maquis. Garçons et filles commentent la situation. Ici, personne ne soutient le général Diendéré désigné ennemi public numéro 1. « C’est vraiment l’anarchie que monsieur Gilbert Diendéré veut. On ne va pas nous soumettre à ses désirs. C’est un criminel de guerre, nous le savons. Il a soutenu Blaise Compaoré que nous avons chassé. Si dans son propre village, sa maison a été brulée, je ne pense pas qu’il pourra soumettre le Burkina Faso. Vraiment, qu’il s’en aille. »

    Fasse aux armes et à la répression les jeunes sont prudents. Mais s’il est parfois difficile de manifester, il leur reste d’autres options. « La solution c’est de suivre les mots d’ordre des partis politiques sur internet, on arrive un peu à suivre ce qu’ils disent. On va essayer de lutter à notre manière pour essayer de lutter à notre manière pour ne pas leur rendre la tâche facile. C’est tout ce qu’on peut faire. On va paralyser le pays et je ne pense pas qu’ils tiendront longtemps », explique ce jeune homme.

    Les rues du quartier sont jonchées de pierres et de pneus brûlés parfois de barricades de branchages où paissent quelques chèvres. Les jeunes sont déterminés malgré les tirs à balles réelles et malgré les morts. « Ce n’est plus une histoire de peur, c’est une histoire de courage. Pour l’instant nous on n’a plus peur on va manifester. Ils ont les armes, nous on a le peuple avec nous. Nous on va les affronter. » La mobilisation continue donc. « La patrie ou la mort, nous vaincrons », affirme l’un d’entre eux.

    RFI

  • L’Afrique, principale concernée par le fléau des faux médicaments

    L’Afrique, principale concernée par le fléau des faux médicaments

    meds-Ce lundi 14 septembre marque le lancement d’une vaste campagne internationale contre les faux médicaments. Une tare qui touche en plein cœur le continent africain. Grâce au slogan « le médicament de la rue tue », cette opération, une initiative de la Fondation Chirac, espère sensibiliser le grand public. Chaque année, près de 800 000 personnes meurent à cause du phénomène, principalement en Afrique.

    C’est un fléau. Le manque d’accès à des molécules de qualité pousse les patients, en raison du prix trop élevé et des ruptures de stocks récurrentes des produits, à se tourner vers les marchés parallèles du médicament. Des circuits complexes qui ne permettent aucune traçabilité. Les produits ainsi consommés peuvent éventuellement contenir les bonnes substances, mais en quantité insuffisante ou trop importante. Ce qui peut alors entraîner des résistances.

    Il arrive aussi que les produits véhiculés dans ces marchés parallèles contiennent des substances toxiques, comme de l’antigel, de la mort-aux-rats, ou encore des poussières de peinture. Voire du mercure. Des ingrédients qui permettent de se rapprocher au plus près du goût ou de la couleur d’un vrai médicament, mais qui peuvent entraîner de graves pathologies, des handicaps, voire tout simplement la mort du patient qui les consomme.

    Selon l’Organisation mondiale de la santé, un médicament sur 10 en circulation serait falsifié, et un médicament sur deux vendus sur Internet serait un faux. Toujours selon l’OMS, entre 30 % et 70 % des médicaments vendus en Afrique spécifiquement, selon les pays, seraient également faux. Une menace sur la santé des populations démunies, mais qui rapporte quelque 200 milliards de dollars aux trafiquants. Lucratif, puisque 20 à 45 fois plus rentable que le trafic de drogue.

    Mali : privilégier la pharmacie à tout prix

    Pour éviter les contrefaçons, souvent dangereuses, le plus sûr est donc, évidemment, d’aller acheter ses médicaments à leur point de vente officiel. RFI a rendu visite à un professionnel agréé à Bamako. Comme l’indiquent sa blouse blanche, son badge, et la croix verte qui surplombe son officine, le Dr Youssouf Coulibaly est pharmacien. Il nous a expliqué pourquoi ses clients ne trouveront que des médicaments authentiques dans sa boutique :

    « Nous nous approvisionnons uniquement chez des grossistes agréés, dont les médicaments passent par un circuit aussi contrôlé. Donc, les médicaments qui se retrouvent dans nos officines sont non contrefaits. C’est tout à fait un gage de sécurité. La Division du département des médicaments du Mali passe faire des contrôles inopinés. Ça arrive souvent », explique-t-il.

    Un client pousse la porte de la pharmacie. Lorsqu’il doit acheter un médicament, c’est à un professionnel qu’il préfère s’adresser. Mais il reconnaît que ce n’est pas toujours le cas dans la famille. « Il y a certains parents, parfois, qui achètent des médicaments un peu… accessibles, dit-il. Pas tout le temps dans la rue, mais aussi dans les boutiques de quartier. C’est peut-être par méconnaissance, ou bien par facilité. Ils se disent que les officines ne sont pas aussi à portée de tout le monde, peut-être par la distance, peut-être par les moyens financiers. Moi, je ne préfère pas. »

    RDC : le danger des faux antipaludéens

    Le paludisme est une source de mortalité en République démocratique du Congo. En raison de ses faibles revenus, la population fait difficilement face aux coûts des soins. Elle recourt donc souvent aux officines proposant des médicaments moins chers. Or, de faux médicaments circulent en très grand nombre, selon les autorités sanitaires du pays. Plusieurs fois, leurs antennes provinciales ont tenté de lancer l’alerte.

    Au mois d’août dernier par exemple, c’est le pharmacien-inspecteur provincial du Congo central qui a mis en garde la population contre la présence de faux antipaludéens sur le marché. Selon lui, les caractéristiques visuelles suffisaient à constater qu’il ne s’agissait pas de la bonne quinine. En 2011, les autorités sanitaires de la ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, ont par ailleurs dénoncé aussi la circulation de faux médicaments contre le paludisme. Un stock important de ces produits avait même était saisi, mais cela n’avait pas permis de mettre la main sur les vrais responsables du trafic, explique un pharmacien local.

    A Kinshasa, on se fait une idée de l’origine de ces faux produits médicaux. La fausse quinine serait produite en Inde, introduite en République démocratique du Congo via la Tanzanie et distribuée clandestinement. Difficile de s’apercevoir de la supercherie, car les produits falsifiés sont conditionnés dans des emballages identiques à ceux des médicaments produits en Europe. Conseil d’un autre pharmacien de Goma : « La seule garantie pour vendre la quinine de qualité, c’est de respecter les circuits réguliers d’approvisionnement. »

    Les artistes s’engagent contre les faux médocs

    A l’occasion de la campagne lancée ce lundi contre les faux médicaments, une dizaine d’artistes se sont engagés pour réaliser des spots de sensibilisation. Parmi eux : Lynnsha, chanteuse de R’n’B et de zouk. Elle est martiniquaise, mais se produit régulièrement en Afrique. Elle confie à RFI : « Je me suis sentie concernée en tant que maman, je suppose, en tant que femme. Lorsqu’on entend que plus de 800 000 personnes meurent par an, une grande partie en Afrique, justement à cause de ces médicaments qui tuent, forcément, ce sont les plus démunis qui sont touchés. On se sent concernés. Lorsqu’on a la chance de pouvoir exercer un métier qui peut toucher certaines personnes, de pouvoir être entendu, je pense que l’on y va, on ne se pose pas trop de questions. »

    « C’est vrai que c’est compliqué. Parce qu’avant tout, on a envie de leur dire : attention, n’achetez pas les médicaments dans la rue, car ils sont faux et ils tuent. Et d’un autre côté, ces personnes nous disent : ” Mais on n’a pas forcément l’argent pour acheter des vrais médicaments. ” Sachez qu’ils tuent, ce ne sont pas des médicaments, ce sont des trafiquants qui se font de l’argent sur le dos des plus pauvres. Je ne sais pas comment vous dire ça, mais surtout ne le faites pas, car vous risquez de tuer vos propres enfants… Il faut aller voir un vrai médecin. Il y a beaucoup d’associations qui sont là pour vous aider, pour vous offrir des médicaments, vous offrir des soins. S’il vous plaît, n’achetez pas des médicaments dans la rue. »

    La Guinée entend bien appliquer Medicrime

    Il y a quatre ans, le Conseil de l’Europe a décidé de créer un instrument juridique pour combattre le trafic de faux médicaments au niveau international. La convention Medicrime, qui criminalise la production et le trafic de ces faux médicaments, a été ratifiée par plusieurs pays européens. Mais en Afrique, seule la Guinée a commencé le processus de ratification. Ce dernier ira à son terme, assure à RFI le ministre guinéen de la Santé, Rémy Lamah : « Ça a été ratifié au niveau de l’Assemblée nationale, c’est déjà une avancée considérable. La suite du processus suivra. L’essentiel, c’est que le gouvernement ait pris conscience de ce phénomène ignoble pratiqué au niveau international. »

    « Nous cherchons à défendre l’intérêt de nos populations, qui ont perdu leur vie en prenant ces faux médicaments, explique le ministre guinéen. C’est pourquoi la convention Medicrime a été mise en place pour criminaliser ce phénomène au niveau de tous les pays. Et aujourd’hui dans mon pays, nous avons déclenché une lutte sans répit, avec les syndicats de pharmaciens constitués à cet effet, contre ces vendeurs de faux médicaments qui, en un temps record, ont fait assez de victimes. Dernièrement, on a eu à saisir, au niveau du port de Conakry, un tas de conteneurs de faux médicaments. C’est un phénomène très régulier. »