Non seulement cette alliance inĂ©dite est fondĂ©e sur une mĂ©fiance rĂ©ciproque de ses acteurs, mais elle rĂ©vĂšle aussi, par leur comportement, quâelle est totalement dĂ©pourvue dâun objectif commun, ce qui constitue un caillou dans les chaussures prĂ©sidentielles !
Car, sâil est vrai que les partisans de Felix Tshisekedi se battent pour la rĂ©ussite du quinquennat, on constate que les membres du FCC de Joseph Kabila sâorganisent sĂ©rieusement pour reconquĂ©rir le pouvoir en 2023, un combat logique en dĂ©mocratie, mais qui ne rend pas la tĂąche facile Ă FĂ©lix Tshisekedi, minoritaire dans les deux Chambres du Parlement.
Celui-ci sâest-il tirĂ© une balle dans le pied en faisant le choix dâune coalition au lieu dâune cohabitation ? Cette situation dâun PrĂ©sident venant de lâopposition et dâune majoritĂ© parlementaire acquise au PrĂ©sident sortant alors que les deux Ă©lections avaient eu lieu le mĂȘme jour reflĂšte-t-elle rĂ©ellement la volontĂ© du peuple congolais ou sâagit-il seulement des consĂ©quences dâune Commission Ă©lectorale dĂ©pourvue de toute indĂ©pendance ? !
Lors dâun meeting public le 20 dĂ©cembre dernier Ă Kananga (KasaĂŻ central), le premier vice-prĂ©sident de lâassemblĂ©e nationale et haut cadre du parti prĂ©sidentiel UDPS, Jean Marc Kabund, a affirmĂ© devant les militants que les cadres du FCC monteraient des stratĂ©gies pour empĂȘcher FĂ©lix Tshisekedi de rĂ©ussir son quinquennat. Le prĂ©sident de lâUDPS a ajoutĂ© quâil existait une rĂ©elle crise confiance au sein de ladite coalition. M. Kabund a non seulement accusĂ© le FCC de ne pas ĂȘtre sincĂšre envers eux, mais il a aussi promis aux militants de lancer un mot dâordre dans les prochains jours, si ces manĆuvres continuent.
Les partisans de Joseph Kabila condamnent cette provocation dâun proche de FĂ©lix Tshisekedi; ils accusent Jean-Marc Kabund dâune arrogance injustifiĂ©e et de non-respect dâun accord de paix, tout en promettant Ă leur tour des actions sâil nâĂ©tait pas sanctionnĂ© par CACH.
Voilà le décor planté pour un véritable duel institutionnel et une preuve de la fragilité de cette alliance politique, que certains avaient qualifiée de contre-nature. Cela nourrit chaque jour davantage les inquiétudes du public.
Fallait-il Ă©viter le piĂšge de la coalition et accepter une cohabitation pour ĂȘtre indĂ©pendant, voire mĂȘme un arbitre impartial qui incarne le destin de la Nation?
Sans majoritĂ© propre au Parlement, le nouveau PrĂ©sident nâĂ©tait pas dans une situation favorable. Deux choix sâoffraient Ă lui: soit une cohabitation, source dâune querelle permanente, soit une coalition, dont lâavenir nâĂ©tait pas garanti. Il a fait le choix difficile et inattendu dâune coalition avec le PrĂ©sident sortant. Aujourdâhui, on constate que FĂ©lix Tshisekedi se retrouve devant un fait accompli. Il lui faut un courage exceptionnel et une main qui ne tremble pas pour surmonter ce qui apparait comme un obstacle sur son chemin de la construction de lâEtat de droit dĂ©mocratique. Peut-il avoir ce courage et le dĂ©clic qui lui permettront de faire de lâannĂ©e 2020 celle de lâaction et sortir de toutes les promesses qui risquent de faire de lui un PĂšre NoĂ«l toujours Ă la recherche dâun traineau ?
Avec une majoritĂ© parlementaire qui ne joue pas clairement le jeu, il est sera difficile mais non impossible au prĂ©sident Tshisekedi de construire lâEtat de droit quâil ne cesse de promettre, car bien que dĂ©terminĂ©, on ne voit pas comment le chef de lâEtat congolais va faire accepter certaines choses Ă ceux qui sâorganisent dĂ©jĂ pour reconquĂ©rir le pouvoir et qui ne souhaitent pas voir leur concurrent muni dâun bilan dĂ©fendable. Une situation qui interroge mĂȘme sur lâinsĂ©curitĂ© persistante Ă lâest du pays: nâest-elle pas alimentĂ©e par ceux qui veulent lâĂ©chec de lâactuel PrĂ©sident ou rĂ©sulte-t-elle dâune absence de stratĂ©gie dans le camp du PrĂ©sident lui-mĂȘme ?
La dissolution de lâAssemblĂ©e nationale est-elle la solution qui sâoffre dĂ©sormais Ă FĂ©lix Tshisekedi pour sortir de cette ambiguĂŻtĂ©?
MĂȘme sâil est vrai quâil sâagit dâune expĂ©rience inĂ©dite en RDC et quâil faut du temps pour que les habitudes prennent ou que la confiance sâinstalle, il est aussi vrai quâavec deux alliĂ©s qui se combattent sans se le dire en face, le prĂ©sident FĂ©lix Tshisekedi risque de terminer son quinquennat avec un bilan de seules promesses, ce qui ferait de sa vision du « peuple dâabord » un simple slogan sans lendemain.
En politique, la bonne foi se prouve et ne se prĂ©sume pas. Les propos tenus par les membres de cette alliance dĂ©montrent clairement quâelle est dĂ©pourvue de tout fondement solide et quâil est difficile dâen espĂ©rer grand-chose.
Selon la Constitution congolaise, le chef de lâEtat peut dissoudre lâAssemblĂ©e nationale Ă la condition quâil existe une crise persistante entre le gouvernement et le parlement, une crise que le FCC ne peut se permettre dâoffrir Ă FĂ©lix Tshisekedi dans le contexte actuel, oĂč des lĂ©gislatives anticipĂ©es risqueraient de rĂ©veiller la colĂšre populaire qui Ă©tait palpable en 2018.
Mais quand on sait quâen politique, une crise peut facilement ĂȘtre fabriquĂ©e dans un laboratoire, il y a lieu de prendre au sĂ©rieux les menaces de Jean Marc Kabund et de sâattendre Ă de vĂ©ritables actions, promises par le PrĂ©sident lui-mĂȘme lors de son premier discours sur lâĂ©tat de la Nation, bien que le dĂ©clenchement de cette arme nuclĂ©aire dĂ©mocratique ne puisse ĂȘtre possible quâavec le courage exceptionnel de FĂ©lix Tshisekedi. La question qui se pose est celle de savoir si le fils dâEtienne Tshisekedi peut avoir ce courage un jour, pour mettre fin Ă toute cette ambigĂŒitĂ© institutionnelle et politique. Lâhistoire nous le dira !
Avec La Libre Afrique