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  • « On voit bien que Bolsonaro est honnête » : jour de vote à Rio de Janeiro

    « On voit bien que Bolsonaro est honnête » : jour de vote à Rio de Janeiro

    La mer est forte, ce dimanche 28 octobre, sur la plage de Barra da Tijuca. « Brava », disent les Brésiliens – « méchante ». D’énormes rouleaux s’abattent sur la grève qui longe ce quartier chic de Rio, mais personne ne les entend, personne ne les regarde. Pour une fois, dans cette ville baignée par l’océan, la foule tourne le dos à l’horizon. Massés devant l’entrée d’un lotissement où l’on aperçoit une poignée de maisons individuelles, les partisans de Jair Bolsonaro attendent le résultat de l’élection présidentielle. Cela fait des heures qu’ils font le pied de grue devant la résidence de leur candidat et même, pour certains, des jours entiers, comme s’ils montaient la garde près du lourd portail de métal qui barre l’entrée.

    Le matin, les plus chanceux l’ont aperçu à son retour de l’école Rosa da Fonseca, où il a voté, très détendu malgré le gilet pare-balles dissimulé sous sa veste kaki. Un signe, un sourire et hop ! Jair Bolsonaro a disparu dans sa voiture, et sa voiture derrière la grille. Mais il en faut plus pour décourager les fans qui sont parfois venus de loin. Doria, par exemple, a fait quatre heures d’autocar depuis Teresopolis, au sud de Rio « parce que c’est très important d’être ici pour lui montrer qu’on le soutient. » « Il est notre espoir, notre seule issue », ajoute-t-elle.

    Suivez en direct   les réactions à l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

    Comme elle, les admirateurs de M. Bolsonaro ont sorti les couleurs du Brésil de leurs placards. Les trois quarts d’entre eux sont en jaune et vert, avec des bandeaux #elesim (« lui oui »), des inscriptions où il est question de leur champion, de Dieu, du Brésil.

    Pour ceux qui auraient oublié leur matériel, le petit commerce fait des affaires en or. On vend de tout, à Barra da Tijuca : des tee-shirts, des autocollants, des drapeaux, de la bière, des brochettes, et surtout du rêve. Un rêve qui, pour beaucoup de Brésiliens, fait peur, mais ces électeurs-là sont passés de l’autre côté du miroir, y compris ceux qui avaient voté pour Lula du temps de sa splendeur. « Nous allons gagner, j’en suis sûr, lance Wilson, un jeune homme radieux qui brandit un carton au nom du candidat d’extrême droite. Et c’est fantastique après toutes ces années de désillusion ! »

    « Pour eux, nous ne sommes pas tous égaux »

    A quelques kilomètres de là, au pied de la grande favela de Rocinha, l’ambiance est nettement moins festive. Il y a bien quelques drapeaux rouges du Parti des travailleurs, quelques bannières portant le nom de son candidat, Fernando Haddad, mais les électeurs qui circulent autour du bureau de vote installé dans un complexe sportif font plutôt grise mine. « Je vais voter pour Haddad, dit Fatima, sans s’arrêter. Des deux pires, c’est le meilleur. »

    Les électeurs font peu de commentaires, ils semblent avoir peur de donner leur nom et refusent d’être photographiés. Comme s’ils avaient déjà perdu. Comme s’ils étaient déjà menacés. Même Kike et Rocio, 16 et 18 ans, qui vendent des boissons fraîches dans une glacière en polystyrène. Le couple déclare fougueusement son rejet de l’extrême droite : « Bolsonaro n’est jamais venu dans la favela, il n’a rien fait pour nous. Il se moque des pauvres et veut enlever des droits aux travailleurs. Pour eux, nous ne sommes pas tous égaux. »

    Des gens modestes, il y en a pourtant beaucoup devant le domicile de Jair Bolsonaro. Les autres, les plus aisés, regardent du haut de leurs balcons ou sortent de leurs immeubles juste pour faire un tour, un verre à la main. « Vous voulez que je vous dise ? », demande Gilberto, 53 ans, chef d’entreprise. Il prend un air de conspirateur : « Bolsonaro, c’est un type mal dégrossi. Si j’avais le choix, je voterais pour quelqu’un d’autre. Mais là, on n’a rien d’autre à se mettre sous la dent. Je suis à fond pour lui. »

    Parmi les moins favorisés, certains n’avaient jamais mis les pieds sur ce front de mer huppé. Comme Claudio, un fonctionnaire de 42 ans qui ne veut pas donner son nom. « Dans mon milieu de travail, c’est plutôt Haddad qui tient la corde », dit-il. Ce costaud arbore une devise sur son tee-shirt camouflage : « Dieu au-dessus de tous et le Brésil au-dessus de tout. » Ce qui lui plaît, chez Jair Bolsonaro ? « Les valeurs. » Famille, patrie, sécurité. Sans oublier le rétropédalage de l’ancien militaire, qui a accepté d’atténuer certaines de ses vitupérations contre les LGBT. « C’était rétrograde », estime Claudio.

    Jacira aussi vote pour la « morale » du candidat : « On voit bien qu’il est honnête. » Elle est évangéliste, employée de maison, et elle est venue de Nilopolis, une ville au nord-ouest de Rio, avec sa mère atteinte d’alzheimer – mais qui a voté –, sa fille, sa sœur et son neveu.

    Lire aussi :   Bolsonaro ou la revanche du « Brésilien moyen »

    Carnaval de l’angoisse

    On promène des enfants dans des poussettes, des vieux avec des déambulateurs et même une effigie de Lula en costume de bagnard, sur le capot d’une petite Jeep. Au sommet d’un immeuble voisin, la sono crache l’hymne du Brésil, encore et encore. « O Patria amada, idolatrada, salve saaaalve ! » A mesure qu’approche l’heure des premiers résultats, la présence policière s’accentue. Les forces de l’ordre ont investi toute une maison du lotissement, d’où ils entrent et sortent, finissant par refouler les badauds à l’extérieur d’un périmètre assez réduit, tandis que les pétards explosent de toutes parts.

    C’est le carnaval en octobre, mais un carnaval de l’angoisse et du ressentiment. Il faut écarter les drapeaux pour se frayer un passage, y compris un ou deux étendards aux couleurs d’Israël, pays cher au cœur de Jair Bolsonaro. Soudain, une seconde de flottement, suivie d’une rumeur sourde. Les premières estimations sont tombées, le candidat d’extrême droite l’a emporté. Cette fois, c’est la foule qui entonne l’hymne du pays, le visage tourné vers la résidence, toujours silencieuse, de son nouveau président. « Tu as gagné, capitaine ! On a gagné ! » Les gens s’embrassent, ils rient, ils sautent de joie. Plus personne ne fait attention à l’effigie de Lula, seule sur son capot. Il a reçu tellement de gifles qu’il a la tête toute de travers.

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  • Budget italien : guerre des nerfs entre Rome et Bruxelles

    Budget italien : guerre des nerfs entre Rome et Bruxelles

    Ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, mais le gouvernement italien aura tout fait, durant le week-end, pour persuader l’opinion du contraire. Vendredi 26 octobre, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a maintenu la note de la dette souveraine italienne, mais assorti cette décision d’une « perspective négative ». Autrement dit, sans une sérieuse inflexion politique, l’Italie court le risque d’une dégradation la prochaine fois que l’agence se penchera sur son cas. Tout au plus a-t-elle obtenu un léger sursis lui permettant de rester deux niveaux au-dessus de la zone de « non-investissement ».

    Le président du conseil, Giuseppe Conte, a qualifié cette décision de « correcte », assurant que, bientôt, « les marchés comprendront le bien-fondé de [ces] mesures ». De son côté, son vice-premier ministre, Luigi Di Maio, après avoir constaté que l’Italie n’avait pas été dégradée, a balayé les réserves de S&P et assuré que « le gouvernement ne s’arrêtera pas ».

    Pourtant, une semaine après la décision de Moody’s, qui avait placé la dette italienne sur la dernière marche avant l’enfer des « junk bonds » (obligations pourries), la nouvelle n’a vraiment rien de rassurant. Les explications accompagnant l’annonce sont accablantes : même si les réserves de l’agence s’expriment en des termes mesurés et raisonnables, S&P dresse un véritable réquisitoire contre la politique suivie par le gouvernement Conte, qui « risque d’affaiblir la performance de croissance de l’Italie ».

    Extrême fébrilité sur les marchés

    Le point sur lequel S&P s’avère le plus critique est la volonté de revenir sur la réforme des retraites (loi Fornero) adoptée en 2011. Cette décision « risque d’inverser les effets de la précédente réforme », au point de « menacer, à long terme, la soutenabilité des comptes publics ». Pour finir, l’agence assène que ces choix politiques devraient…

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  • Le Sri Lanka s’enfonce dans la crise politique

    Le Sri Lanka s’enfonce dans la crise politique

    Depuis vendredi 26 octobre, le Sri Lanka a deux premiers ministres et pas de gouvernement. Cette petite île de l’océan Indien s’enfonce dans une crise politique et constitutionnelle depuis la nomination surprise par le président Maithripala Sirisena de l’ancien homme fort du pays, Mahinda Rajapakse. Le premier ministre sortant, Ranil Wickremesinghe, refuse de lui céder sa place et occupait toujours, lundi matin, sa résidence officielle.

    Ce dernier espérait restaurer sa légitimité lors d’un vote de confiance au Parlement, jusqu’à ce que le président sri-lankais lui barre la route en décidant samedi de suspendre toute réunion des 225 députés jusqu’au 16 novembre. Une suspension qui, selon plusieurs analystes, pourrait donner au nouveau premier ministre un temps précieux pour rassembler une majorité.

    Le président du Parlement, Karu Jayasuriya, issu du même parti que le chef du gouvernement sortant, a estimé, dimanche, qu’il ne pouvait pas être remplacé tant qu’un autre candidat ne pouvait justifier d’une majorité parlementaire et a mis en garde contre les « conséquences sérieuses et indésirables » d’une suspension des travaux de la Chambre. Dimanche, des gardes du corps d’un ministre du gouvernement déchu ont tiré sur des partisans du président, faisant un mort et deux blessés.

    « Coup antidémocratique », décision « anticonstitutionnelle » comme le dénoncent les partisans du premier ministre congédié, ou simple « changement politique » dans « l’intérêt du peuple et du pays » comme le soutient le président ? Difficile de trouver une réponse claire dans la Constitution du pays, maintes fois amendée, et dont l’interprétation évolue au gré des circonstances et du pouvoir en place. Cette crise est aussi celle du système politique sri-lankais, à mi-chemin entre régime parlementaire et régime présidentiel.

    L’annonce de la nomination a pris de court le Sri Lanka. Le Parlement n’a pas été consulté…

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  • Après le désaveu en Hesse, Angela Merkel cède la présidence de la CDU

    Après le désaveu en Hesse, Angela Merkel cède la présidence de la CDU

    Le parti chrétien-démocrate (CDU) de la chancelière a subi un nouveau revers de taille lors du scrutin régional dans le Land de Hesse le dimanche 28 octobre : il n’a obtenu que 27 % des voix – en baisse de 11 points par rapport à 2013. Le Parti social-démocrate (SPD), qui gouverne avec elle à Berlin, s’effondre lui aussi avec 19,8 % (contre 30,7 % il y a cinq ans). Les Verts réalisent un score historique (19,8 %), tandis que le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) entre au Parlement régional, avec 13,1 %. L’AfD siège désormais dans tous les Länder du pays.

    Après un tel désaveu, Angela Merkel a annoncé ce lundi 29 octobre devant les instances dirigeantes de son parti ne plus être candidate à sa propre succession à la présidence de la CDU lors du prochain congrès, qui se tiendra à Hambourg en décembre, relate Der Spiegel.

    Reste à savoir ce que cela représente pour son mandat de chancelière”, souligne l’hebdomadaire, rappelant qu’elle a toujours estimé que “les deux fonctions devaient être dans une seule main pour pouvoir former un gouvernement stable”.

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  • Gab, le « Twitter d’extrême droite » fréquenté par le terroriste de Pittsburgh

    Gab, le « Twitter d’extrême droite » fréquenté par le terroriste de Pittsburgh

    Robert Bowers, identifié par les autorités comme l’auteur de l’attentat terroriste qui a fait samedi 27 octobre onze morts dans une synagogue de Pittsburgh (Pennsylvanie), avait une vie en ligne très active. Mais il ne fréquentait pas que les réseaux sociaux classiques : il était également présent sur Gab, un clone de Twitter prisé de l’extrême droite anglophone, sur lequel il avait publié, quelques heures avant d’attaquer la synagogue, plusieurs messages antisémites.

    Gab est bien connu dans les sphères de « l’alt-right ». Ce réseau social, sur lequel il n’existe quasiment aucune modération, a attiré depuis sa création en 2016 toutes les grandes « stars » de l’extême droite américaine, comme le conspirationniste Alex Jones ou Mike Cernovich. Depuis ce 28 octobre, le site est inaccessible : son hébergeur, Joyent, a annoncé qu’il couperait son accès ce lundi – et PayPal a annoncé qu’il ne fournirait plus ses services au site.

    « Gab est attaqué », écrit le site dans un communiqué sur sa page d’accueil. « Nous avons été systématiquement bloqués sur les magasins d’applications, par les hébergeurs, et des services de paiement. Nous avons été diffamés par la presse parce que nous défendons la liberté d’expression et la liberté individuelle », affirme le site, qui accueille aussi de nombreux comptes néo-nazis.

    Lire aussi :   Que sait-on de Robert Bowers, le suspect de la fusillade dans la synagogue de Pittsburgh ?

    Un réseau social riche mais pas si actif

    Ces derniers mois, le site avait déjà connu d’importants problèmes. Début août, Microsoft avait menacé de couper son accès à Azure, une infrastructure technique de l’entreprise utilisée par Gab. Microsoft demandait le retrait de plusieurs messages antisémites qui appelaient à la violence, pour lesquels une plainte avait été déposée. L’auteur des messages les a finalement supprimés, mais l’affaire avait montré la fragilité technique et juridique du réseau social. Andrew Torba, son créateur, avait mis à profit la situation pour demander à ses utilisateurs de participer au financement de l’entreprise, pour que Gab puisse « devenir l’anti-Silicon Valley » et « construire immédiatement sa propre infrastructure ».

    Car ce qui distingue Gab de la plupart des autres plateformes de l’extrême droite américaine, c’est sa relative santé financière. Alors qu’une bonne dizaine d’autres réseaux sociaux « alternatifs » ont fermé faute d’argent ou d’utilisateurs (PewTube, Wrongthink, Hatreon…), Gab a, en théorie, de solides réserves d’argent.

    Levées de fonds

    Le site revendique plus de 2 000 utilisateurs de sa version « pro », assez selon le site pour couvrir ses frais de fonctionnement. Et surtout, le site a levé des sommes importantes en recourant à plusieurs outils de levée de fonds. Après la manifestation de Charlottesville, il y a un an, le site avait levé 500 000 dollars en financement participatif, portant son trésor de guerre à un million de dollars. En début d’année, il a annoncé une levée de fonds par cryptomonnaies (Initial Coin Offering, ICO), et affirme avoir déjà plus de 5 millions de dollars d’actions réservées, sur un total espéré de dix millions.

    Pourtant, si Gab est à l’abri du besoin, il plafonne à quelques centaines de milliers d’utilisateurs, et les messages les plus populaires sur la plateforme ne cumulent qu’une poignée de commentaires et de partages. A l’exception du conspirationniste Alex Jones, les « stars » de Gab n’y sont pas franchement actives. La personnalité de l’alt-right Milo Yiannopoulos, banni de Twitter, n’y publie que très rarement. Mike Cernovich en est absent depuis un an. « Gab a parfois des allures de ville fantôme », résumait dans un article récent le site spécialisé Wired.

    Lire aussi :   Gab, Hatreon, PewTube… les réseaux sociaux d’extrême droite américains sont en difficulté

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  • Midterms 2018 : Amy McGrath, candidate démocrate et forte tête

    Midterms 2018 : Amy McGrath, candidate démocrate et forte tête

    BRYAN WOOLSTON / REUTERS

    Par Gilles Paris

    EnquêteRéservé à nos abonnés

    Publié aujourd’hui à 00h07, mis à jour à 00h07

    Nouveaux visages des midterms 1/4. A l’approche des élections de mi-mandat, mardi 6 novembre, aux Etats-Unis, « Le Monde » consacre une série d’articles à quatre candidates des deux partis. Aujourd’hui, la démocrate Amy McGrath, dans le Kentucky.

    Le 12 novembre 2016, Amy McGrath avait eu les honneurs du Musée de l’aviation du Kentucky, à Lexington. Intronisée dans le Hall of Fame de l’endroit, cette quadragénaire, première pilote de combat du corps d’élite des marines, n’était pourtant pas d’humeur à se contenter du passé. La campagne présidentielle qui venait de s’achever quatre jours plus tôt l’avait laissée « triste », avoue-t-elle aujourd’hui, mais l’élection de Donald Trump l’avait rendue « déterminée ». Les paroles prononcées par Amy McGrath lors de cette cérémonie ont marqué l’assistance. Natalie Wilkerson, présente avec son père, un ancien aviateur de la guerre de Corée, s’en souvient fort bien : « Elle dégageait une telle volonté et une telle détermination que je me suis dit que j’entendrais certainement parler d’elle plus tard. »

    Ce « plus tard » est arrivé assez vite. Le 1er août 2017, deux mois seulement après avoir quitté les rangs des marines après vingt ans de service, Amy McGrath annonce sa candidature à l’investiture démocrate dans la 6e circonscription du Kentucky, détenue par un républicain. L’ex-pilote, qui avait attendu, le 11 septembre 2001, sur une base californienne, à bord d’un avion de combat, un éventuel ordre d’interception pour le cas où un appareil menacerait Los Angeles ou San Francisco, la femme aux 89 missions de combat, en Afghanistan et en Irak, se lance dans l’inconnu. Avec seulement 50 000 dollars sur son compte de campagne, elle prend une autre forme de risque en faisant réaliser pour 7 000 dollars de plus une vidéo autobiographique, un genre appelé à se généraliser lors de ces élections de mi-mandat.

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  • Trump et la violence politique : lorsque le tribun affaiblit la parole du président

    Trump et la violence politique : lorsque le tribun affaiblit la parole du président

    Après la découverte de colis piégés et la tuerie de Pittsburgh, le ton présidentiel a été vite chassé par un discours de campagne virulent.

    Par Gilles Paris Publié hier à 23h46, mis à jour à 01h55

    Lecture 4 min.

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    Le carnage perpétré dans une synagogue de Pittsburgh, samedi 27 octobre, a conclu de la plus tragique des manières une semaine marquée par un déchaînement de violence à caractère politique aux Etats-Unis. Elle avait débuté avec la découverte d’un colis piégé au domicile new-yorkais du philanthrope Georges Soros, livré régulièrement à la vindicte des ultranationalistes européens et américains, et s’était poursuivie par le décompte alarmant de colis similaires visant tous des personnalités démocrates.

    L’homme accusé par la justice de les avoir envoyés, Cesar Sayoc, 56 ans, appréhendé et inculpé le 26 octobre, est un repris de justice qui a basculé dans un activisme anti-démocrate poussé à l’extrême mêlé d’une véritable adoration du président Donald Trump.

    Le 25 octobre, dans le Kentucky, un autre homme, connu pour des antécédents psychiatriques, a été arrêté et inculpé du meurtre de deux personnes afro-américaines dans la banlieue de Louisville. Gregory Bush, 51 ans, aurait déclaré sur les lieux du drame que « les Blancs ne tuent pas des Blancs », selon un témoin. La police a indiqué par la suite, confirmant un mobile racial, qu’il aurait tenté au préalable de pénétrer à l’intérieur d’une église fréquentée par la communauté afro-américaine.

    Lire aussi Midterms : Trump électrise les électeurs républicains

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  • Election au Brésil : le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro élu président

    Election au Brésil : le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro élu président

    Le mandat présidentiel est de quatre ans au Brésil. Jair Bolsonaro succédera à Brasilia au président Michel Temer, au 1er janvier 2019.

    Il y a plusieurs raisons pour expliquer ce vote en faveur de l’extrême droite, et notamment le rejet des élites politiques. Les scandales de corruption ont emporté le PT, parti de l’ancien dirigeant Lula Da Silva, ainsi que la droite de Michel Temer, ouvrant la voie au candidat “antisystème”. 

    Notre correspondante au Brésil Claire Gatinois raconte cette “faillite de la classe politique” dans un article :

    Effectivement Emmanuel, ce résultat est fiable étant donné qu’une très grande majorité des bulletins ont été dépouillés. Jair Bolsonaro est effectivement en passe de devenir le futur président du Brésil, avec une avance conforme à celle anticipée par les sondages (les deux derniers sondages samedi soir créditaient le candidat du Parti social-libéral de 54 à 55 % des intentions de vote)

    Bolsonaro en passe d’être élu à la présidence du Brésil avec 55,7 % des suffrages (premières estimations)

    Le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est en passe d’être élu dimanche à la présidence du Brésil, les premiers résultats le créditant de 55,7 % des suffrages valides après dépouillement de 88,7 % des bulletins de vote.

    Notre envoyée spéciale à Rio de Janeiro nous livre les premières estimations :

    Le président de la République fédérative du Brésil est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Chaque candidat se présente avec un colistier, candidat à la vice-présidence.

    Pour les citoyens de 18 à 70 ans, le vote est obligatoire ; il est en revanche facultatif pour ceux âgés de 16 à 18 ans et les plus de 70 ans. 

    @Toto : les premiers résultats seront connus à partir de 23 heures à Paris. Actuellement, 77 % des bulletins ont été dépouillés, selon les médias brésiliens.

    Les principaux point du programme de Jair Bolsonaro :

    • Economie : Jair Bolsonaro promet une réduction de la dette de 20 % au moyen de privatisations ; la création d’un système parallèle de retraite par capitalisation ; la création d’un super-ministère de l’économie regroupant les ministères actuels des finances, de l’industrie et de la planification. Il a toutefois affirmé récemment que celui de l’industrie devrait être maintenu à part.
       
    • Sécurité : il promet un abaissement de la majorité pénale de 18 à 17 ans, l’assouplissement de la législation sur le port d’armes. Pour lui, “Les armes sont des instruments qui peuvent être utilisés pour tuer ou pour sauver des vies. Ça dépend de qui s’en sert” ; la “Protection juridique” de policiers s’ils tuent un suspect avec leur arme en service ; de qualifier les invasions de propriétés rurales ou urbaines de terrorisme”.
       
    • Corruption : le candidat veut “un gouvernement décent, différent de tout ce qui nous a plongé dans la crise éthique, morale et budgétaire”. Il veut aussi diviser le nombre de ministères par deux, pour arriver à 15, afin de limiter les arrangements entre partis.
       
    • Diplomatie : il promet de d’“arrêter de faire l’éloge de dictatures assassines (référence au Venezuela) et de ne plus dénigrer des démocraties importantes comme les Etats-Unis, l’Italie ou Israël”.
       
    • Éducation : il préconise un renouveau des programmes scolaires, avec “plus de mathématiques, de sciences et de portugais et “sans endoctrinement ni sexualisation précoce”. Il veut ouvrir des écoles gérées par des militaires.
       
    • Avortement : Jair Bolsonaro a promis d’opposer son veto à toute tentative d’assouplissement d’une loi déjà très restrictive. Au Brésil, l’IVG n’est autorisée qu’en cas de viol, de risque pour la mère ou de grave malformation du cerveau du foetus.
       
    • Environnement : le candidat bénéficie du soutien du puissant lobby de l’agro-business au Parlement, son programme prévoit de regrouper les ministères de l’agriculture et de l’environnement, même s’il a récemment affirmé qu’il pourrait revenir sur cette mesure ; après avoir menacé début septembre de sortir de l’Accord de Paris sur le climat, le candidat d’extrême droite a assuré que son pays resterait à la condition que Brasilia garde sa pleine souveraineté sur l’Amazonie. Son programme n’évoque ni la déforestation ni le réchauffement de la planète.

    Les principaux point du programme de Fernando Haddad :

    • Economie : Fernando Haddad promet la fin du gel des dépenses publiques décidé par le gouvernement Temer ; l’interruption des privatisations ; la réduction de la dette grâce au “retour au plein emploi” et à des mesures contre l’évasion fiscale.
       
    • Sécurité : le candidat du Parti des travailleurs promet un changement radical de la politique actuelle anti-drogue, “erronée, injuste et inefficace”, en prenant exemple sur les expériences de dépénalisation dans d’autres pays ; il veut renforcer la politique de contrôle des armes à feu, une meilleure coordination des services de renseignements pour lutter contre le crime organisé.
       
    • Corruption : Fernando Haddad prône “plus de transparence”, mais considère que “la lutte contre la corruption ne peut servir à criminaliser la politique”.
       
    • Diplomatie : le candidat de gauche estime que “Le Brésil doit reprendre et approfondir sa politique d’intégration latino-américaine et la coopération Sud-Sud (notamment avec l’Afrique) pour soutenir le multilatéralisme, la recherche de solutions à travers le dialogue et le rejet de l’usage de la force”.
       
    • Éducation : il propose de mettre en valeur dans les programmes éducatifs “une perspective inclusive, non raciste, non sexiste et sans discrimination de la communauté LGBT”.
       
    • Avortement : aucun des deux candidats ne mentionne le sujet dans son programme officiel, mais ils se sont déjà exprimés à ce propos. En 2012, il s’est dit “personnellement contre” l’assouplissement des règles régissant l’avortement. Le 11 octobre, après avoir rendu visite à la Confédération nationale des évêques du Brésil (CNBB), il a assuré son alignement sur les valeurs que l’Eglise catholique “considère essentielles”, comme la “préservation de la vie”.
    • Environnement : il se donne pour objectif d’éradiquer la déforestation d’ici 2022 sans réduire la production agricole, grâce à une utilisation “plus efficace” des terres cultivables.

    Raphaëlle Rérolle est notre envoyée spéciale à Rio de Janeiro. Elle est actuellement devant le domicile du candidat d’extrême droite :

     

    Claire Gatinois est notre correspondante au Brésil. Elle est actuellement à Sao Paulo.

    Cette vidéo explique comment il a opéré cette ascension inattendue : 

    Pourquoi cette élection est-elle suivie avec autant d’attention ?

    Pendant près de quinze ans, le plus grand pays d’Amérique latine a été gouverné par des présidents issus du Parti des travailleurs (PT) : le “petit père des pauvres” Luiz Inácio Lula da Silva de 2003 à 2011, puis son héritière Dilma Rousseff. Une période marquée par de graves scandales de corruption qui ont gravement affecté la vie politique brésilienne.

    Aujourd’hui, c’est Javier Bolsonaro qui est en passe de devenir président du pays. Ancien militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe, il est surnommé le “Trump des tropiques”. Son programme, très dur, fait notamment craindre un “régime fascisant”

    à l’historienne Maud Chirio

    . Lui-même présente dans ses discours la dictature qu’a connue le Brésil comme un âge d’or.

    Il y a encore quelques mois, un tel scénario semblait difficilement imaginable. Et, pourtant, profitant d’un climat général de défiance vis-à-vis des responsables politiques ainsi que de l’inéligibilité de l’ancien candidat Lula, M. Bolsonaro a réussi une ascension spectaculaire.

    Retrouvez des éléments de portrait et de programme des deux adversaires dans ce papier :

    Bolsonaro favori, mais avec une avance plus courte sur son adversaire

    Au premier tour, le 7 octobre, Jair Bolsonaro a frôlé une élection dès le premier tour en emportant 46 % des suffrages.

    Après trois semaines de campagne sous haute tension, entachée de violences et d’insultes, les derniers sondages des instituts Ibope et Datafolha, publiés samedi soir, ont montré une diminution de son avance, à 54-55 % des intentions de vote, contre 46-45 % pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT).
     

    Premiers résultats après 23 heures

    Les quelque 147 millions d’électeurs brésiliens étaient attendus dans les bureaux de vote aujourd’hui pour désigner leur futur président entre le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, et son adversaire de gauche, Fernando Haddad.

    La plupart des bureaux ont d’ores et déjà fermé leurs portes, mais ceux de l’Etat de l’Acre, à l’extrême ouest du pays, ferment à 23 heures (heure de Paris) en raison du décalage horaire entre les différents Etats du Brésil. Les premiers résultats sont attendus environ une heure plus tard. Vous pourrez bien sûr les retrouver dans ce live.

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenus dans ce live dédié au second tour de l’élection présidentielle au Brésil.

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  • Allemagne : la CDU de Merkel et le SPD désavoués lors d’élections régionales dans la Hesse

    Allemagne : la CDU de Merkel et le SPD désavoués lors d’élections régionales dans la Hesse

    C’est un nouveau coup dur pour la chancelière allemande. Le parti conservateur d’Angela Merkel (CDU) et son partenaire social-démocrate (SPD) au sein de la coalition qui gouverne à Berlin ont enregistré dimanche 28 octobre de lourdes pertes lors d’élections régionales clés dans la Hesse, selon des sondages sorties des urnes.

    Le parti de la chancelière arrive en tête avec 27 à 28 % des voix dans cet Etat régional, mais enregistre un recul de plus de 10 points par rapport au précédent scrutin en 2013. Avec 20 % des voix, le SPD perd également dix points selon ces sondages des chaînes de télévision publique ARD et ZDF. Les Verts obtiennent pour leur part 19,5 %.

    Avec 12 % à 13 % des voix, l’extrême droite fait en revanche son entrée dans le Parlement régional, le dernier en Allemagne où le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) n’était pas encore représenté.

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    La coalition menace d’éclater

    Ces résultats devraient permettre à la CDU de rester au pouvoir soit en reconduisant son alliance avec les Verts, soit en s’associant au SPD dans la région. Mais l’hémorragie se poursuit pour les conservateurs et les sociaux-démocrates avec le risque d’attiser les tensions au sein de la « grande coalition » au pouvoir à Berlin.

    Mi-octobre, en Bavière, l’Union chrétienne sociale (CSU), alliée incontournable d’Angela Merkel, avait déjà subi son plus grave revers depuis 1950 aux élections régionales dans son propre fief.

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    La coalition CDU-CSU-SPD a déjà failli éclater à deux reprises en raison de divergences sur l’immigration et la proximité présumée de l’ex-chef des services de renseignement Hans-Georg Maassen avec l’extrême droite. Dans le camp social-démocrate, nombreux sont ceux qui plaident aujourd’hui pour un retour dans l’opposition.

    L’état du gouvernement de coalition allemand n’est pas acceptable, a déclaré dimanche soir Andrea Nahles, la présidente des sociaux-démocrates (SPD) associés aux conservateurs d’Angela Merkel au sein de la « grande coalition ».

    « Les politiques menées au niveau fédéral ont largement contribué aux pertes du SPD dans la Hesse », a réagi dimanche soir Andrea Nahles, la présidente des sociaux-démocrates. « Et ceci pour deux raisons : d’abord, quelque chose doit changer au sein du SPD (…) Ensuite, l’état du gouvernement est inacceptable », a-t-elle déclaré, tirant les premières conclusions de ces nouvelles élections régionales.

    Mme Nahles réunira lundi la direction de son parti afin qu’il décide s’il reste ou non au sein de la « grande coalition » difficilement mise en place en mars, plus de cinq mois après les législatives.

    Un départ du SPD de la coalition signerait la fin du gouvernement actuel et probablement celle de la carrière politique d’Angela Merkel, avec des nouvelles élections à la clé. « La Hesse va-t-elle faire exploser la grande coalition ? », se demandait dimanche le quotidien conservateur allemand Bild, le plus vendu du pays.

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  • Syrie : l’armée turque bombarde une milice kurde soutenue par Washington

    Syrie : l’armée turque bombarde une milice kurde soutenue par Washington

    Au lendemain d’un sommet Turquie-Russie-France-Allemagne sur la Syrie à Istanbul, l’armée turque a bombardé dimanche 28 octobre des positions des Unités de protection du peuple (YPG) dans le nord de la Syrie. Cette milice kurde est soutenue par les Etats-Unis mais considérée comme « terroriste » par Ankara.

    Selon l’agence de presse étatique turque Anadolu, l’artillerie turque a pilonné des positions des YPG situées sur la rive est de l’Euphrate, à l’ouest de Kobané. Ces bombardements turcs ont visé des abris et des tranchées des YPG sur une colline dans le village de Zur Maghar, situé sur la rive orientale de l’Euphrate en face de la ville de Jarablous. Anadolu affirme que l’artillerie turque a répliqué à des tirs provenant de cette zone.

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    Ce bombardement survient alors que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a plusieurs fois menacé ces derniers jours de lancer une offensive à l’est de l’Euphrate, après deux précédentes opérations à l’ouest du fleuve. Vendredi, M. Erdogan avait même lancé un « dernier avertissement » aux YPG.

    Les YPG font partie d’une coalition arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui est soutenue par les Etats-Unis pour combattre le groupe Etat islamique (EI). Mais Ankara considère les YPG comme le bras armé de l’extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

    Tensions entre Ankara et Washington

    Si le PKK est classé comme « terroriste » par les alliés occidentaux de la Turquie, ce n’est pas le cas des YPG. Le soutien américain aux YPG est d’ailleurs l’un des principaux points de discorde entre Ankara et Washington, deux alliés au sein de l’OTAN dont les relations se sont dégradées depuis 2016.

    Une offensive turque d’envergure à l’est de l’Euphrate risquerait d’aggraver encore les tensions entre les deux pays qui ont connu un pic au cours de l’été. Ces derniers mois, la Turquie a plusieurs fois menacé d’attaquer la ville de Minbej, tenue par les YPG et où des militaires américains sont également déployés. Pour apaiser les tensions, la Turquie et les Etats-Unis mènent désormais des patrouilles coordonnées.

    La Turquie est très active en Syrie, où elle soutient l’opposition au régime de Bachar Al-Assad. Mais ces dernières années, elle s’est surtout concentrée sur les activités des milices kurdes syriennes à sa frontière qu’elle considère comme une menace à sa sécurité nationale.

    La Turquie redoute en effet que l’établissement d’un « Etat kurde » à sa frontière galvanise les velléités séparatistes sur son sol. Depuis 2016, l’armée turque a lancé deux offensives dans le nord de la Syrie, à l’ouest de l’Euphrate, pour repousser les djihadistes de sa frontière et empêcher la jonction des différentes zones contrôlées par les YPG.

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