Neymar soulĂšve enfin le prestigieux trophĂ©e dont rĂȘvaient depuis sept ans les investisseurs qataris du Paris-Saint-Germain. Autour de lui, Cavani, MbappĂ©, Thiago Silva⊠Tous se pressent pour avoir leur place auprĂšs de la coupe aux grandes oreilles. Au micro, Pierre MĂ©nĂšs ironise : voilĂ un succĂšs qui risque de faire des aigris en France et particuliĂšrement du cĂŽtĂ© du Vieux-Port.
Cette scĂšne-lĂ , elle ne sâest produite que dans un jeu vidĂ©o. Difficile pourtant de faire plus plausible que ce commentaire acide, rĂ©vĂ©lateur des haines qui lient certains supporteurs des clubs français les plus populaires. Câest la toute-puissance vertigineuse de FIFA 19 , lancĂ© jeudi 27 septembre Ă minuit, et qui a cessĂ© depuis longtemps de simuler un simple sport Ă onze contre onze, pour rendre compte de maniĂšre bien plus large de son spectacle, de ses enjeux et de ses symboles.
« FIFA 19 » ou le tableau de conjugaison du football
Jamais une simulation footballistique ne sera allĂ©e aussi loin dans la reconstitution Ă Â 360 degrĂ©s dâun sport et de ses multiples aspects. Le vertige est presque grammatical. Lancer le disque, câest dĂ©couvrir , comme un tableau de Bescherelle, les multiples personnes auxquelles le jeu se conjugue â premiĂšre, deuxiĂšme, troisiĂšme personne, singulier ou pluriel, masculin ou fĂ©minin.
CrĂ©erez-vous votre propre avatar pour vivre votre carriĂšre ? Tutoierez-vous Cristiano Ronaldo sur le rectangle vert ? Guiderez-vous le footballeur fictif Alex Hunter et sa sĆur Kim dans le mode « Histoire » ? Vous lancerez-vous dans une ligue en ligne en coopĂ©ration avec un ami ? Ou insulterez-vous de dĂ©pit vos potes de soirĂ©e sur un canapé ? Jouerez-vous plutĂŽt les Bleus, ou les Bleues ?
FIFA 19 est vaste comme la conjugaison, et connaĂźt plusieurs genres. Il sait se faire jeu de rĂŽle, dans la peau dâun joueur dĂ©butant ; sĂ©rie tĂ©lĂ© interactive, avec le mode narratif ; album Panini, et ses cartes Ă collecter pour montrer son Ă©quipe dans le mode FUT ; et mĂȘme un peu jeu dâarcade, avec les nouvelles options permettant de jouer sans rĂšgles, ou en supprimant un joueur Ă chaque Ă©quipe qui vient de marquer . Paradoxe dâune simulation qui a tant Ă©pousĂ© le rĂ©alisme audiovisuel que, pour innover , elle nâa plus dâautres choix que de sâen Ă©loigner .
AprĂšs lâhyperrĂ©alisme, la centralitĂ©
Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, FIFA 19 donne lâimpression que si quelque chose existe dans le monde du football, il existe Ă©galement dans le jeu â une impression parfois trompeuse, car certaines Ă©quipes (Japon, Croatie) et championnats (africains notamment) sont absents. Des finales de Ligue des champions aux entraĂźnements avec des plots, des chocs obscurs du championnat sud-corĂ©en aux futures affiches de la Coupe du monde fĂ©minine, des chants de supporteurs aux sponsors Ă petit budget, le jeu dâElectronic Arts fait lâeffet dâincarner le football de maniĂšre totale, presque totalitaire.
Sans doute faut-il cesser de parler de rĂ©alisme pour dĂ©sormais acter que ce qui caractĂ©rise vraiment cette expĂ©rience, câest sa centralitĂ©. On ne parle pas dâune simple simulation, mais du produit culturel le plus vendu en France depuis plusieurs annĂ©es, dâune rĂ©fĂ©rence absolue du genre Ă lâinternational, et dâun phĂ©nomĂšne commercial capable de sâĂ©couler Ă plus de 24 millions dâexemplaires dans le monde.
Il fut un temps oĂč les jeux de football mimaient un sport vieux dâun siĂšcle. DĂ©sormais, les stars de lâĂ©quipe de France ont toutes jouĂ© Ă FIFA avant de devenir pro â et on ne compte plus les tĂ©moignages de joueurs continuant de troquer leurs crampons pour une manette aprĂšs lâentraĂźnement. Electronic Arts en joue. Ainsi de ce moment rapportĂ© par le Guardian , oĂč aprĂšs un but spectaculaire, le commentateur sâexclame que le joueur sâest cru dans FIFA . La boucle est bouclĂ©e.
LâEurovision du jeu de football
A force dâitĂ©rations annuelles, la sĂ©rie a Ă©galement atteint un niveau dâexcellence qui fait rĂ©fĂ©rence. FIFA 19 est dĂ©sormais plus beau, plus gratifiant pour les rĂ©tines quâun match rĂ©el sur un stream de bonne qualité ; et sa mise en scĂšne plus travaillĂ©e que les retransmissions de certaines chaĂźnes spĂ©cialisĂ©es rĂ©centes, comme RMC Sport.
A certains Ă©gards, FIFA 19 nâest pas une simulation de football, mais de tĂ©lĂ©vision. Il se fiche bien de retranscrire vos exploits du lundi soir sur le terrain dâUrbanSoccer dâIvry, vos petits grigris alanguis, les bedaines qui rebondissent Ă chaque prise dâĂ©lan, les gourdes qui passent de main en main. Ce qui lâintĂ©resse, câest lâexpĂ©rience fantasmatique du grand Ă©cran, de prĂ©fĂ©rence en 16/9e , 4K, avec commentaires de journalistes professionnels, sponsors, inserts de statistiques en temps rĂ©el façon OptaJean, gros plan sur les tribunes et mise en scĂšne empruntĂ©e aux codes dâESPN, Canal+ et BeIN.
Si FIFA Ă©tait un jeu de musique, ce serait lâEurovision : un spectacle Ă©vĂ©nement pensĂ© par et pour la petite lucarne, fastueux et ultracodifiĂ©. Et Ă ce jeu-lĂ il excelle. De toutes les chaĂźnes sportives, FIFA 19 est la meilleure, celle qui a la meilleure rĂ©alisation, la meilleure qualitĂ© dâimage, et le catalogue le plus complet de droits Ă lâimage â mais en virtuel, Ă©videmment.
La guerre du milieu de terrain
Pourtant, aprĂšs un opus 18 trĂšs critiquĂ© pour ses nombreuses largesses dĂ©fensives et ses gardiens de but peu performants, Electronic Arts est revenu Ă plus de vraisemblance dans le jeu. Au milieu de terrain, les phases de rĂ©cupĂ©ration sont plus physiques, plus incertaines, et chaque enchaĂźnement de passes prĂšs du rond central a la beautĂ© dâun tiki-taka barcelonais surgissant dâun Montpellier-Strasbourg. La gestion tactique, enrichie et simplifiĂ©e, fait mĂȘme de cet Ă©pisode un des plus gratifiants Ă apprĂ©hender .
Câest par ailleurs une magnifique machine combinatoire, qui nâoublie pas de permettre de rugueux Grenoble-Valenciennes au stade des Alpes comme de dĂ©fier la France championne du monde en choisissant le club chinois bling-bling de Gangzhou. Lâun des petits plaisirs de FIFA 19 est de sâĂ©loigner des sentiers battus de lâexcellence, pour jouer avec ceux que les dieux du football ont moins gĂątĂ©s Ă la naissance. Le football, câest Cristiano Ronaldo, mais aussi Nicolas de PrĂ©ville. Câest la beautĂ© du sport autant que celle de son imitation.
FIFA 19 fait dĂ©jĂ de nous des joueurs, des entraĂźneurs, mĂȘme des rĂ©alisateurs, en nous donnant la main sur les ralentis des matchs ; des commentateurs, grĂące aux options de partage en direct ; et dĂ©sormais des dĂ©cideurs de la FIFA, en nous laissant configurer les rĂšgles. Demain qui sait, il ira peut-ĂȘtre encore plus loin, en tendant au joueur le sifflet, un drapeau de touche, voire une vuvuzela et un drapeau. Ainsi va la sĂ©rie. Il y aura lâan prochain un FIFA 20 , car la licence nâa pas encore, pas tout Ă fait complĂštement, Ă©puisĂ© la rĂ©alitĂ©.
En bref
On a aimé :
le football professionnel sous tous les angles ;
les matchs amicaux en aller-retour ;
les menus beaucoup mieux pensés ;
la bataille pour la balle au milieu de terrain ;
la quasi exhaustivité sur le football professionnel européen ;
le contenu pharaonique et les milliers dâheures de jeu en perspective.
On nâa pas aimé :
dommage quâil nây ait pas de championnat africain ;
on ne peut toujours incarner ni arbitre, ni caméraman, ni stadier.
Câest plutĂŽt pour vous siâŠ
vous avez un abonnement RMC Sport, BeIN Sport et/ou Canal+âŠ
ou un compte sur MonPetitGazon ;
ou un abonnement Ă LâEquipe ;
ou juste que vous connaissez la rĂšgle du hors-jeu.
Ce nâest pas pour vous siâŠ
vous cherchez le successeur de Nintendo World Cup  ;
ou une simulation dâUrban Soccer entre collĂšgues ;
ou un jeu de stratégie avec des dragons-robots.
La note de Pixels
FIFA 19/20