-Que va faire François Hollande ? Le chef de l’Etat, le PS mais aussi toute la classe politique subissent de plein fouet le choc de la victoire totale du FN aux européennes.
François Hollande aura donc vécu son deuxième 21 avril, mais cette fois en tant que président, lui qui était Premier secrétaire du parti socialiste le jour de la défaite de Lionel Jospin.
Douze ans plus tard, les mots – ceux de Manuel Valls hier soir – sont identiques : « choc, séisme », et les responsables politiques de tous bords, et cela vaut pour l’UMP, se retrouvent totalement désarmés face à la sanction infligée par le Front national.
“Des leçons doivent être tirées de cet évènement majeur”, a fait savoir le chef de l’Etat. “Le moment est très grave pour la France et l’Europe, mais nous devons faire preuve de courage car la France doit se réformer”, a déclaré pour sa part le Premier ministre, en égrenant les mesures prises pour relancer le pays, au cours de cette intervention décalée, que vous avez tous vue ou entendue hier soir, une apparition qui relevait plus d’un clip de campagne officielle qui n’a fait que souligner le KO debout encaissé par l’exécutif.
Parce que la claque est terrible
6 électeurs sur 10 ne sont pas allés voter. C’était déjà le cas en 2009, mais cette fois, 1 sur 4 a choisi le Front National dont le message était la sortie pure et simple de l’Union Européenne. L’abstention massive a sanctionné les partis classiques. Le FN, comme l’a rappelé Laurent Fabius hier soir, capte à lui seul un député sur trois sur le contingent des 74 attribués à la France. La France déboussolée a dit non à l’Europe repoussoir et à la politique de François Hollande.
Le chef de l’Etat a peu de solutions devant lui
Le remaniement, c’est déjà fait. Le président avait changé de Premier ministre au lendemain des municipales perdues par la gauche pour envoyer un signal fort. Huit semaines plus tard, la nouvelle défaite n’en est que plus humiliante. Les responsables socialistes tablaient sur une victoire courte du FN mais avec un PS à près de 20 points. C’est le scénario du pire qui s’est produit, et a déjà réveillé les 41 mutins du PS qui réclament une autre politique.
Il n’est plus possible d’enjamber le scrutin, comme l’envisageait le président.
Et il reste peu d’options sur la table : une démission est hors de propos, François Hollande ne l’envisage pas un instant. Une dissolution serait suicidaire. Et renoncer aux 3% serait la négation de toute la politique mise en place depuis deux ans.
Que peut-t-il faire alors ?
Le chef de l’Etat va devoir faire preuve d’imagination, lui qui réunit ses principaux ministres dans un peu moins de deux heures afin de caler le message qu’il délivrera demain devant le Conseil Européen pour réclamer un changement de logiciel européen.
Mais cette réponse ne suffira pas.
Les Français ont durablement tourné le dos à la politique, ils n’y croient plus. La présidentielle de 2017 se dessine déjà, elle se jouera à trois, et au train où vont les choses, la question est de savoir qui affrontera Marine le Pen au deuxième tour. François Hollande doit renverser la table, sinon le rejet sera total et définitif.
–En 2012, à peine élu, Hollande proclamait qu’avec lui « le temps de la Françafrique est révolu » ainsi que celui « d’une diplomatie qui serait celle de nos intérêts économiques ». Mais en janvier 2013 il se lançait dans une intervention militaire au Mali dont le but principal, derrière le paravent de la lutte contre le terrorisme islamique, était le maintien de l’ordre dans la région du Sud Sahel pour la défense des intérêts français, en particulier ceux d’Areva au Niger. Et en décembre 2013 l’armée française intervenait en Centrafrique pour tenter de mettre en place un régime suffisamment stable du point de vue des intérêts de l’impérialisme. Cette intervention n’a rien à voir avec la protection des populations contre les exactions commises par les différentes milices, qui ont toutes été soutenues à un moment ou un autre par la France. François Hollande se sentait particulièrement fier d’agir en gendarme de l’Afrique et de voir reconnaître son rôle par ses alliés américains et européens. Sa politique a contribué à renforcer la présence militaire dans ce que la France considère sa zone d’influence en Afrique, en faisant peser le poids de sa domination plus lourdement sur les populations.
Les interventions françaises en Afrique, bien que toutes annoncées comme devant être de courte durée, se prolongent car elles n’apportent ni stabilité, ni pacification. Dans le cas de la Centrafrique, l’intervention française n’empêche aucunement les massacres, car si les milices Séléka ont été désarmées, les autres ne l’ont pas été et continuent à tuer. La population se voit contrainte de fuir massivement vers des camps de réfugiés pour échapper aux exactions des diverses troupes armées. Quant à l’opération Serval au Mali, elle n’a pas mis fin au terrorisme ni aux menaces que celui-ci fait peser sur les populations. Loin d’avoir été éliminés, les groupes armés islamistes se sont repliés ailleurs, élargissant une nouvelle fois les zones de conflits.
Il faut tout le cynisme des hommes politiques, de gauche comme de droite, pour prétendre que les interventions françaises ont pour objectif de protéger les populations. Elles viennent en réalité à l’appui des régimes soumis aux intérêts français et visent à défendre leur ordre politique, y compris les frontières datant de la colonisation. Elles tentent de maintenir une certaine stabilité politique. Mais le pillage économique auquel se livre l’impérialisme engendre une telle misère, un tel désespoir qu’aucune stabilité n’est possible.
Non seulement la Françafrique n’est pas morte, mais elle s’accompagne de plus en plus, pour les populations, de guerres et de massacres.
La Françafrique, fille naturelle de l’impérialisme
Le terme de Françafrique est entré dans le vocabulaire politique pour définir les méthodes utilisées par les dirigeants politiques, les hommes d’affaires, les hauts gradés militaires français, différents services « spéciaux », dans cette partie du monde. Trafics en tout genre, corruption, assassinats, interventions militaires, aides aux coups d’État, jusqu’au soutien actif au génocide au Rwanda de 1994, les gouvernements français n’ont reculé devant aucune abjection. Mais ce qui se joue en Afrique n’est pas qu’une question de méthodes. La Françafrique n’est pas un dérapage lié à des hommes de l’ombre qui agissent depuis plus de cinquante ans en Afrique, même si ceux-ci sont particulièrement véreux et ressemblent bien à s’y méprendre à des malfrats. Derrière cet aspect scandaleux, il existe une réalité économique, la nécessité pour les grands groupes capitalistes de maintenir leur domination sur ce qu’ils considèrent comme leur zone d’influence. Au moment des indépendances dans les années 1960, la France était devenue un impérialisme de seconde zone. Les méthodes de la Françafrique servirent à préserver son pré carré et faire face à la concurrence des États-Unis, du Japon, voire d’autres grandes puissances comme la Chine, alors que sa puissance économique n’y suffisait pas. La nécessité de recourir à de telles méthodes est le signe d’une certaine impuissance, en même temps, celles-ci sont devenues indispensables à l’existence même du capitalisme français.
Depuis le 19e siècle, la conquête de nouveaux marchés, et plus généralement de nouveaux territoires, est vitale pour le capitalisme de monopoles et cela entraîna les grandes puissances impérialistes dans une course pour le partage du monde. Le capitalisme parvenu dans sa phase impérialiste rendait plus âpre et plus violente la concurrence entre les grands groupes capitalistes pour trouver des débouchés, des marchés et surtout exporter leurs capitaux. L’histoire du 20e siècle n’a connu aucune trêve dans cette lutte acharnée entre impérialismes concurrents. Les différents impérialismes n’ont cessé de s’affronter par États interposés pour maintenir leurs zones d’influence ou en conquérir de nouvelles. Les deux guerres mondiales, issues de la lutte pour le repartage du monde, ont montré dans quels abîmes l’impérialisme peut plonger l’humanité. Cette concurrence continue à être une préoccupation fondamentale des grandes puissances. Entre 1945 et 1960, face aux mouvements contre l’oppression coloniale, les grandes puissances furent obligées d’accorder l’indépendance politique à leurs anciennes colonies. Mais cela ne les empêcha pas de chercher par tous les moyens à maintenir leur domination.
Pour la France, impérialisme de second rang, la conservation de sa mainmise sur ses anciennes colonies imposait de garder un contrôle direct sur ces nouveaux États indépendants et sur leur personnel politique dirigeant. Dans ce but, tout un système politique et économique semi-colonial se forma. De Gaulle, échaudé par les années de guerre en Algérie, choisit d’octroyer une indépendance formelle aux colonies françaises en Afrique. Partout où il le put, il fabriqua de toutes pièces des États fortement liés à la métropole pour les asservir aux intérêts de l’impérialisme français. Il commença par mettre à la tête de ces États « indépendants » des hommes qui faisaient partie du sérail politique français. Houphouët-Boigny avait été plusieurs fois député et même ministre délégué en 1956 dans le gouvernement de Guy Mollet qui décida d’envoyer les rappelés en Algérie, avant de devenir président de la Côte d’Ivoire. Léopold Sédar-Senghor, marié à Ginette Éboué attachée parlementaire au cabinet du ministre de la France d’outre-mer, avait été député, avant de devenir le président du Sénégal indépendant. Et quand ces hommes politiques n’existaient pas, des anciens militaires de l’armée coloniale française firent l’affaire, comme Bokassa devenu dictateur en Centrafrique en 1965, ou Eyadéma, ancien sergent de cette armée coloniale, qui imposa sa dictature au Togo de 1967 à 2005. En plus des liens entre les hommes de l’impérialisme français et les chefs d’État africains, partout où cela lui fut possible, l’État français maintenait sa présence militaire, formait et armait les nouvelles forces militaires africaines. Par le biais du franc CFA, l’impérialisme français gardait le contrôle économique de ces anciennes colonies. L’ensemble de ce système était renforcé par des liens occultes, des relations de corruption dans les deux sens.
Grâce à cela, l’État français décide donc directement de la politique de la majorité des États africains de ses anciennes colonies depuis leur indépendance, fait et défait leurs gouvernements en fonction de leur fidélité aux « intérêts français », c’est-à-dire de leur capacité à préserver la mainmise des groupes capitalistes français sur le pétrole ou les richesses minières. Le pouvoir français, sans discontinuité depuis de Gaulle, a soutenu des dictatures, organisé des interventions militaires pour éviter les coups d’État jugés inopportuns ou pour fomenter ceux qu’il voulait. Tout cela en contrepartie d’une liberté quasi absolue des multinationales françaises dans les pays africains de sa zone d’influence.
Des réseaux mafieux au service de la domination française
La Françafrique est une composante de l’État français. Dans la mesure où l’impérialisme français ne peut pas s’en passer, il en a fait un élément essentiel de la politique de ses différents gouvernements. Pour pouvoir cornaquer ces dictatures, la France s’appuie sur des réseaux constitués d’hommes de l’ombre de l’appareil d’État, de hauts fonctionnaires, d’hommes de main, de mercenaires qui assurent les liens avec des dictateurs bourreaux de leurs peuples et corrompus. Face à la concurrence des autres impérialismes, l’existence de ces réseaux et de ces mœurs est indispensable pour maintenir ces États dans sa zone d’influence. Elle a abouti à l’existence de liens étroits noués entre les dictatures ou les régimes plus ou moins autoritaires de l’ex-empire colonial et nombre de dirigeants politiques et hauts fonctionnaires de l’État français. Chacun y trouve son compte : les dictateurs d’Afrique trouvent une protection et une reconnaissance diplomatique internationale, et l’impérialisme français des commandes, des marchés et une zone d’influence. Sans parler des petites retombées pour des clans et des hommes politiques, les dirigeants africains sachant être généreux avec l’argent extorqué à leurs peuples. Nombre de dictateurs africains ont pu, avec la protection de l’armée française, piller une petite partie des richesses de leur pays, pendant que les groupes français se taillaient la part du lion. Non seulement, ils ont pu placer leurs avoirs en Europe, mais aussi les utiliser pour soudoyer les hommes politiques de tout bord. Les liens qui unissent ainsi les dirigeants des grands groupes, les hommes politiques français et les chefs d’État africains ont un maillage extrêmement serré. La consanguinité est totale.
Ces rapports ont engendré une multitude d’affaires de corruption, de scandales financiers, de trafics en tout genre. Il serait fastidieux d’en dresser l’inventaire, tant elles sont nombreuses. Une des plus médiatiques a été l’affaire Elf qui a éclaté en 1994, car son PDG de l’époque, Loïk le Floch-Prigent, a été condamné en 2003 à de la prison ferme pour détournement d’argent et corruption. L’affaire a été jugée mais le pillage du Gabon par Elf devenu Total se poursuit toujours. Et ce scandale dure depuis la décolonisation. En effet Omar Bongo, dictateur du Gabon mis en place en 1967 par la France, a toujours laissé le trust français piller le pétrole sans même que le gouvernement gabonais puisse savoir exactement les quantités extraites par la compagnie, en échange d’un soutien sans faille à son pouvoir. Aujourd’hui, c’est son fils, Ali Bongo, qui a repris les rênes du pouvoir pour poursuivre la même politique.
L’affaire dite des « biens mal acquis » implique plusieurs dirigeants africains, dont feu Omar Bongo, mais aussi des dirigeants du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale, qui sont accusés d’avoir accaparé des fortunes sur le dos de leur population et d’avoir placé leurs richesses en biens immobiliers somptueux en France. Dans cette affaire, outre les responsables politiques français, la Société générale est accusée d’avoir aidé, par le biais de filiales installées en Afrique, au transit de dizaines de millions d’euros, provenant de commissions perçues sur la vente de bois tropical par exemple pour le cas de la Guinée, vers les comptes personnels des familles de ces chefs d’État en Occident.
Aujourd’hui, si Foccart, l’homme de de Gaulle qui orchestra toute cette politique durant des années, est mort, si un fils Mitterrand, Jean-Christophe, baptisé en son temps Papamadi (papa m’a dit), n’est plus à la tête de la cellule africaine de l’Élysée, d’autres ont repris le flambeau. Lors du dernier remaniement ministériel, en avril dernier, le dictateur du Congo, Denis Sassou Nguesso, celui du Tchad, Idriss Déby Itho, et celui du Niger, Mahamadou Issoufou, sont intervenus personnellement pour réclamer le maintien du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Ces réseaux s’appuient sur des généraux qui maîtrisent de très près la politique des États africains soumis aux intérêts français. Et ce n’est pas une nouveauté. En Centrafrique, par exemple, les intérêts de la France ont longtemps été représentés par le colonel Mansion. Après la chute de Bokassa, organisée par la France, il s’installa à Bangui, officiellement pour garantir la protection du nouveau président choisi par la France, en réalité pour devenir le « vice-roi de Bangui », comme certains l’ont appelé. Responsable de la garde présidentielle centrafricaine, il s’est occupé directement de pourchasser l’opposition et avait la main sur les affaires économiques. Le ministre actuel des Affaires étrangères, Laurent Fabius, s’appuie sur des hommes d’affaires, dont son fils Thomas, impliqué dans une affaire de corruption au Mali. L’annuaire des hommes de la Françafrique est épais. Des hommes politiques de droite comme Juppé, Villepin, Balkany, ont succédé à Foccart ou Pasqua. À gauche, après Mitterrand père et fils, ce sont Fabius, Le Drian ou des politiciens socialistes moins connus, comme le sénateur du Loir-et-Cher Jeanny Lorgeoux, qui s’activent pour faire vivre les réseaux. Sans oublier des inclassables comme Kouchner.
Les réseaux de la Françafrique relient aussi des dictateurs africains à des avocats. Il y a quelques années à peine, l’avocat Robert Bourgi avait défrayé la chronique en racontant comment il transmettait des dizaines de millions d’euros provenant des dictateurs africains sur les comptes des partis politiques, en particulier pour Chirac et Villepin. Aujourd’hui, les avocats Jean-Pierre Mignard, ami de Hollande, Gilles-Jean Portejoie, qui défend actuellement le fils du dictateur du Togo, Eyadéma, ou encore Pierre-Olivier Sur, qui défend le fils de l’ancien président du Sénégal, forment un des réseaux de la Françafrique. Et il faudrait encore citer les mercenaires comme Bob Denard, ou plus récemment Paul Barril des services secrets français, toujours en vie et particulièrement actif dans les années 1990 au Rwanda.
Les rapports opaques et mafieux entre le monde politique, financier et militaire français et les dictateurs africains n’ont pas cessé depuis cinquante ans. Mais les affaires de corruption des politiques ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car, finalement, les sommes impliquées dans les affaires mafieuses de la Françafrique, arrosant au passage de hauts dignitaires de l’État français ou servant à financer des campagnes électorales, ne sont que la mousse des choses, des pourboires concédés par les grands trusts afin que le système tourne. Les liens entre l’impérialisme français et ses anciennes colonies reposent sur des intérêts bien plus profonds, qui concernent la bourgeoisie française elle-même, et pas seulement ses serviteurs politiques. Tout le système fonctionne pour que les dirigeants et actionnaires de ces grandes sociétés puissent continuer à dépouiller l’Afrique, à maintenir ses peuples dans les bidonvilles de la misère, pendant que les milliards gagnés sur leurs richesses naturelles sont rapatriés.
Les intérêts capitalistes français en Afrique
Les richesses arrachées à l’Afrique continuent à être le socle de bien des fortunes de dynasties capitalistes françaises comme Bolloré, Bouygues, Michelin ou Pinault, de grandes entreprises du CAC 40 comme Total, Areva, Air France, Vinci et de banques comme la BNP, la Société générale ou le Crédit du Nord, sans parler des marchands d’armes. Tous poursuivent le pillage de l’Afrique en s’appuyant sur l’ordre impérialiste mis en place et surveillé de près par l’État français.
L’exploitation des matières premières de l’Afrique reste une manne pour ces grands groupes. Au premier plan, on trouve Total, issu de la fusion entre Totalfina et Elf, créé par de Gaulle pour profiter du pétrole africain. Ses quelque dix milliards de profits annuels en moyenne n’existeraient pas sans le pétrole africain et sans liens solides avec l’État français et les dictateurs africains. Non seulement Total pompe les richesses des pays du pré carré français depuis plus de cinquante ans, mais il a étendu ses tentacules à d’autres pays comme l’Angola, le Soudan. Et cela est loin d’être fini puisque tous les experts s’entendent sur l’existence d’énormes gisements non exploités de pétrole et de gaz au Ghana, en Tanzanie, au Mozambique, en Ouganda. Le pillage de l’or noir africain et les réseaux de la « pompe-Afrique » ne sont pas près de disparaître.
En bonne position dans ce palmarès des pilleurs, figure Areva, détenu à 87 % par l’État français. Depuis les années 1960, le Niger a été forcé de passer des accords avec la France pour l’exploitation de son uranium, indispensable à l’énergie nucléaire. L’uranium représente 70 % des exportations du Niger, mais il ne contribue que pour 5 % au budget du pays. Areva tire depuis des dizaines d’années d’énormes bénéfices de cette exploitation. Son chiffre d’affaires en 2012 s’élevait à 9,3 milliards d’euros, soit près du double du PIB du Niger.
Et il faudrait citer aussi l’exploitation du coton en Afrique. Cette culture, imposée par l’État français dans de nombreuses colonies, a fait la fortune de différents capitalistes français, dont en son temps le roi du textile, Boussac. C’est une entreprise publique, la CFDT (Compagnie française pour le développement des fibres textiles) qui organisa dans les années 1920 le développement de cette culture et eut longtemps le monopole de la fourniture d’engrais et de semences comme celui de la commercialisation de la récolte. Malgré les indépendances, ce groupe a perduré sous différents noms jusqu’à aujourd’hui, en continuant à profiter de la culture du coton en Afrique, pour finir par être privatisé en 2010 et devenir Géocoton, au plus grand profit de ses nouveaux actionnaires.
Il faudrait ajouter la famille Rougier, qui s’occupe de l’exploitation des bois tropicaux au Gabon, au Cameroun et au Congo entre autres. Aujourd’hui, les Rougier possèdent deux millions d’hectares de concessions forestières en Afrique et sept usines de transformation. Leurs liens avec les dictateurs, en particulier les Bongo au Gabon, leur ont permis d’imposer la fin du monopole étatique sur la commercialisation du bois, autant dire d’ouvrir la curée sur ce commerce et sur la dévastation de la forêt tropicale africaine.
Mais l’impérialisme français ne se contente pas de piller les richesses naturelles ou agricoles du continent. Il utilise sa position dominante sur les États pour mettre leur économie en coupe réglée. Bien peu d’Africains ont accès à l’eau courante et, même dans les villes, les coupures d’eau se sont multipliées avec la privatisation des réseaux. Mais s’il en est un qui sait transformer l’eau en or, c’est Bouygues, qui détient, par des filiales, une grande partie des réseaux de distribution d’eau au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Bouygues est aussi présent dans l’exploitation du réseau électrique ivoirien et du gaz au large d’Abidjan. À travers un consortium avec ses concurrents Bolloré et Maersk, il a construit le deuxième terminal conteneurs du port d’Abidjan. Mais il étend ses tentacules dans bien d’autres pays comme le Cameroun, le Gabon, le Congo où il a construit 450 km de lignes électriques, et cherche à pénétrer en Guinée. Toujours en Côte d’Ivoire, pour sept millions de personnes, le téléphone c’est Orange. C’est aussi le cas dans dix-huit pays, parmi lesquels l’Égypte, le Maroc, le Sénégal, le Cameroun, l’Afrique du Sud. Une grande partie du système bancaire en Côte d’Ivoire est aux mains de la Société générale, du Crédit agricole, de la BNP et du Crédit lyonnais. Carrefour s’arroge de grandes parts de la distribution au Cameroun, au Congo, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Ghana, au Nigeria et au Sénégal.
Ces groupes se sont taillé des empires grâce aux privatisations imposées par le FMI et aux marchés passés avec les États africains. Mais dans ce domaine l’emprise de Bolloré, surnommé « le dernier empereur africain », est sans égale. Il a profité de l’exploitation des plantations, héritage de l’époque coloniale toujours lucratif. En 2010, le rapport financier de son groupe signalait que les résultats étaient particulièrement bons, en particulier grâce à l’excellente santé du secteur plantation. Après avoir bien exploité, entre autres, le filon du cacao et du caoutchouc, il a obtenu lors des privatisations la concession de Sitarail, la compagnie exploitant l’axe ferroviaire de Ouagadougou à Abidjan. Il a d’ailleurs fait de même au Cameroun avec la société ferroviaire Camrail. Une fois à la tête des chemins de fer, Bolloré a systématiquement développé le trafic des marchandises au détriment des voyageurs. Après les trains, il a étendu son contrôle sur les ports. Fort de ses relations avec Laurent Gbagbo, Bolloré a ainsi obtenu la concession du port d’Abidjan, puis celle du port de Douala grâce au président camerounais Paul Biya. Il possède aussi une trentaine de concessions portuaires, ferroviaires, fluviales en Afrique et la quasi-exclusivité des concessions des ports du golfe de Guinée, de Conakry en Guinée à Pointe-Noire au Congo Brazzaville. Cette mainmise sur la chaîne de transport permet au groupe Bolloré d’étendre son contrôle sur l’acheminement de nombreuses matières premières comme le bois, le cacao, le coton, l’huile de palme, le caoutchouc, le café et de nombreux minerais depuis le cœur de l’Afrique. « Qui tient les grues, tient le continent », expliquait un ancien cadre de l’entreprise en 2006. C’est pour cela qu’on peut parler d’ « empire Bolloré » en Afrique, d’une puissance économique bien plus importante que celle de n’importe quel chef d’État africain. Et un empire prospère de surcroît car, si un quart de son chiffre d’affaires est réalisé en Afrique, le continent représente 80 % de ses profits.
Loin d’être sur le déclin, l’emprise de l’impérialisme français et le pillage systématique des populations se poursuivent. Lors du sommet France-Afrique de décembre 2013, François Hollande affirmait : « La France doit doubler ses échanges avec l’Afrique. » Joignant les actes aux paroles, il décidait la création d’une fondation franco-africaine pour développer le partenariat entre le public et le privé. L’argent public français allait donc servir à aider des groupes capitalistes français à exploiter les travailleurs africains et à piller les richesses de ce continent. Ce n’est pas une nouveauté car il existe ainsi un certain nombre d’établissements publics dont le but est de favoriser l’implantation d’entreprises à l’étranger. Parmi eux, Ubifrance, qui a su profiter du sommet économique évoqué ci-dessus pour ouvrir des bureaux au Sénégal, au Ghana, au Kenya, a longtemps été dirigé par une certaine Véronique Bédague-Hamilius, devenue un actuel bras droit de Valls à Matignon.
Dans la même veine du rôle de l’argent public au service des groupes capitalistes, notons le développement des partenariats public privé (PPP). Le groupe Bolloré put ainsi, après la signature d’un PPP avec le gouvernement congolais, acquérir la concession du terminal à conteneurs du port autonome de Pointe-Noire, pour vingt-sept ans. Et le 10 février dernier c’est Jean-Yves Le Drian en personne qui vint visiter ce nouveau trésor de Bolloré. Eiffage aussi a su profiter des PPP, en construisant les trente kilomètres d’une autoroute Dakar-Diamniadio au Sénégal, dont les péages pour les usagers rempliront encore ses coffres. Quant à Bouygues, il construit un pont à péage à Abidjan.
La guerre est aussi une source d’enrichissement pour les groupes impérialistes. Dans un article récent du journal Les Échos, il était question d’un contrat de 34,7 millions d’euros décroché par Thales et la société Razel-Bec (filiale du groupe Fayat, quatrième entreprise française du BTP) pour la réalisation d’infrastructures dans le cadre de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, qui sert de couverture à l’intervention française. L’ONU ne négociant jamais avec les entreprises privées, seulement avec les États, le gouvernement de Fillon a mis en place France expertise internationale (FEI), une structure rattachée au ministère des Affaires étrangères, pour décrocher des contrats pour les entreprises privées françaises. Et cela s’apparente à de l’aide au développement ! Cyrille Pierre, le directeur de la FEI, a été accueilli pour ses bons et loyaux services auprès des patrons par la nouvelle équipe Valls en avril 2014. Pour servir les intérêts de la bourgeoisie française, rien ne vaut des hommes d’expérience.
L’Etat, le bras armé de l’impérialisme
Ce sont les intérêts de ces grands groupes qui dictent la politique de l’État français en Afrique, comme toute sa politique d’ailleurs. Et ces intérêts nécessitent depuis des décennies que l’armée française intervienne en Afrique. Sans revenir sur les massacres subis par les populations en lutte pour leur indépendance à Madagascar, au Cameroun ou en Algérie, l’armée française n’a pas cessé de provoquer des conflits et des guerres. Elle a été partie prenante de la guerre au Biafra, qui a fait deux millions de morts, des multiples guerres au Congo ex-Zaïre. Elle est intervenue directement au Tchad, au Congo-Brazzaville, au Niger, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique à plusieurs reprises, pour défendre un dictateur en place contre des révoltes, ou pour en remplacer un par un autre plus servile. Et parfois les militaires français interviennent directement pour protéger le pillage des richesses par les trusts, comme elle l’a fait pour les sites d’Areva au Niger.
Les troupes françaises sont présentes sur place comme gendarmes de l’ordre impérialiste. L’objectif principal est de tenter de maintenir une stabilité politique dans la zone d’influence française. Mais c’est l’impérialisme lui-même qui engendre l’instabilité politique et sociale par le pillage et la misère auxquels il soumet le monde entier. C’est la domination impérialiste qui porte la grande responsabilité de la situation de violences et de conflits subie par les populations africaines.
Au Rwanda, en 1994, les milices et les soldats qui ont assassiné 800 000 personnes en cent jours avaient été formés et armés par la France qui soutenait le régime organisateur du génocide, afin de défendre la position française contre la concurrence d’autres impérialismes. En Centrafrique, en 2012, c’est avec l’accord de la France que les milices de la Séléka ont renversé François Bozizé, jugé trop indépendant. Michel Djotodia, arrivé au pouvoir après ce coup d’État, n’était qu’un dictateur de faible envergure et ces mêmes milices qui l’avaient porté au pouvoir ont continué à mettre le pays à feu et à sang. C’est pour tenter de mettre en place un régime plus apte à défendre ses intérêts que la France est intervenue une nouvelle fois en Centrafrique. Mais cette intervention a favorisé les milices anti-balaka, adversaires de celles de Djotodia, qui massacrent désormais la population musulmane sous les yeux de l’armée française. Hollande fait des discours sur la protection des populations, mais la France est la principale coupable de la situation de misère dans laquelle vit la population centrafricaine et des massacres actuels fomentés par des troupes armées qu’elle a contribué à faire naître.
Partout en Afrique, la présence de l’armée française engendre le chaos. Chaque intervention militaire engendre de nouveaux conflits, de nouvelles zones de tension, de nouveaux déplacements de populations et de nouveaux massacres. Sans revenir dans le détail sur l’intervention militaire au Mali, il faut rappeler que les groupes armés islamistes qui se sont développés et ont fini par occuper la moitié nord du pays, avaient été largement renforcés par la situation anarchique créée suite au renversement de Kadhafi, en Libye, par une coalition occidentale. Toute la région saharienne s’est retrouvée ébranlée par la présence massive de mercenaires dont les armes proviennent en grande partie de la France. L’intervention au Mali a repoussé les terroristes dans le Sahara. Mais, du coup, les dangers de conflits continuent à exister de la Mauritanie au Tchad en passant par le Niger.
La domination de l’impérialisme crée le désastre sur toute la planète. Le pillage des richesses naturelles et l’oppression des populations sont poussés à un tel niveau que la population subit à travers tout le continent non seulement la misère, mais aussi des violences issues des bandes armées. Derrière tous ces conflits, derrière le développement des guerres ethniques, derrière les exactions des bandes armées, on trouve les intérêts des trusts du diamant, du pétrole, des minerais divers, ceux des bois tropicaux, etc. Et c’est pour la défense de leurs profits, c’est pour maintenir la domination de l’impérialisme, qu’un continent entier est enfoncé dans la barbarie.
-The fifth national general election in South Africa was far from mundane. The election was underlined by the significance of the country’s 20th anniversary of its political transition to a democratic dispensation. In many ways several major factors and issues underscored the pre-election period.
The first important issue to be noted about this election was that this was the first time that the generation born after Mandela took office (or, ‘born frees’) will be voting, seemingly without the political baggage of the past. Much of the attention focused on what would influence and shape the voting attitudes of this cross section of the population who are often referred to as Mandela’s generation. The second and more poignant factor to emerge for this election was that it marked the first real test of President Zuma’s five years in power amid the controversies of corruption scandals, irregular procurement of state resources and four cabinet reshuffles that characterised his administration. The third issue, while linked to the latter point, was closely related to Mandela’s legacy, which the ruling party, the African National Congress (ANC) sought to invoke, in what some commentators interpreted, as a sympathy or loyalty vote following the passing away of the International Statesman in December 2013. Fourth was the pragmatic question of whether opposition parties would be able to consolidate their electoral footprint in the country. The official opposition party, the Democratic Alliance (DA), had pulled out all the stops to garner significant support mainly among African voters. For other smaller opposition parties, the critical issue was whether they could sustain their political relevance by improving their electoral support at the polls. This was definitely aligned to the final issue, which saw the emergence of two new political parties, namely Agang SA and the Economic Freedom Fighters (EFF). While the phenomena of new parties emerging on the eve of elections is not new, the circumstances that led to the rise of these two parties had made the electoral landscape that more intriguing.
Formed eight months prior to the election, the EFF is led by the former ANC youth league leader, Julius Malema. Ousted from the ruling party for bringing the Party into disrepute, the former youth league head played on the sentiments of the disaffected voter who had felt economically vulnerable and marginalized from state benefits. Effectively the EFF translated such feelings into populist support for itself. Unfortunately for Agang SA, which was formed in early 2012 by Mamphele Ramphele, a former political activist and manager at the World Bank, the razzmatazz of its presence soon dissolved into a spiral of poor timing, internal strife, and a botched merger with the DA.
The Independent Electoral Commission (IEC) had three voter registration periods that saw a total of 25,381,293 South Africans being registered to vote in this election. Of this 18,402,492 valid votes were cast, constituting a voter turnout of 73.43 per cent. IEC officials noted that they were caught by surprise by the higher voter turnout than in previous years.
There was never any doubt that the ANC would remain in power for another five years. The more strategic question was what would be the final percentage that would see the ruling party over the finish line. Speculation was rife that the ANC may even dip below the 60 per cent mark. In the months leading to the election the ruling had lost appeal in certain sections of the electorate, especially among the youth and in some lower working class groups. Moreover there were attempts to consolidate the party’s footprint in Gauteng that was becoming a hotly contested province with the DA spending R100 million trying to secure a victory in South Africa’s economic heartland. Through its own internal polling, the ANC noted that it expected to get between 62-64 per cent of the vote, which reflected levels it had obtained in 1994.
The official results, which were announced by the IEC on 10 May, saw the ANC win the election by 62.15 per cent. While the ANC saw this as a vindication by the electorate still having the confidence in its ability to govern the country, the result demonstrated a waning level of support for the party from the 2009 election where it registered a 65.90 per cent. Though a relative decline of 3.75 per cent, which maybe construed as a negligible drop in support, in absolute numbers, however, this represents hundreds of thousands of lost votes.
For the DA, the party broke the 4 million mark in voter support. Increasing their levels of support to 22.23 per cent from 16.66 per cent in 2009, the DA appeared satisfied with its performance, although it missed its projection of 30 per cent by some way. The DA also remained in control of the Western Cape, managing to improve its performance to 59.38 per cent from 51 per cent in 2009. The ANC, on the other hand, which sought to recapture control of the Western Cape, only managed to improve its performance by 1.4 per cent from 2009 where it obtained 31.5 per cent to 32.9 per cent in 2014. The DA made substantial gains in Gauteng registering a 9 per cent increase its electoral footprint to record a 30.8 per cent from 21.8 per cent in 2009.
Unfortunately for the ANC, Gauteng recorded the largest loss in voter support for the party of over 10 per cent from 64 per cent in 2009 to 53.6 per cent in 2014. Not only has this rattled the party in terms of its identity among voters in the province but it also raised significant issues of whether the party has suffered the consequences of the policies that it endorsed like the controversial e-tolls, notwithstanding social service delivery protests and the issues related to President Zuma’s use of state funds for the upgrade of his homestead in Nkandla, which were seen as undermining the Party’s electoral footprint in the province.
The biggest winner out of the election was the EFF. Despite its often-unrealistic election promises, the party had done significantly well in securing a 6.35 per cent of the vote. Most analysts predicted between 4 per cent and 6 per cent voter support for the EFF, but it seems that the newly formed party with its signature red beret attire had exceeded expectations. In Gauteng, the ANC was a casualty of the EFF’s popular support, which had garnered 10.3 per cent of the vote. In two provinces, Limpopo and North West, the EFF had unseated Congress of the People (COPE) and the DA respectively to become the official opposition. Overall the Party secured its position as third on the national results list as well as in the majority of the provinces, except in the Kwazulu Natal where it was in fourth position bearing in mind that Kwazulu Natal is an ANC stronghold. The support for the EFF can be interpreted as a ‘protest vote’ against the ANC especially by lower working class constituencies who wanted to demonstrate their frustrations against the ruling party’s inertia and disregard for their interests.
The other significant trend to emerge from this election was the contraction of smaller political opposition parties. The Congress of the People (COPE), which emerged, as a splinter party from the ANC in 2008 following President Mbeki’s recall was the main casualty of voter dissatisfaction. COPE only managed to garner 0.67 per cent of the vote from what it had obtained in 2009 of 7.4 per cent. At the provincial level as well COPE had lost the confidence of its supporters, especially in the Northern Cape and the Eastern Cape, where the party’s votes decreased from 16.7 per cent and 13.7 per cent in 2009 to 3.6 per cent and 1.2 per cent in 2014 respectively. This loss of over 13 per cent in both provinces is indicative of the party’s implosion due to leadership struggles. It would appear that the DA and EFF had gained as a result of COPE’s poor showing at the polls.
Another telling feature of the election was the emergence of the National Freedom Party, which broke away from the Inkatha Freedom Party (IFP) before the 2011 municipal elections. With this being its first national election, the Party demonstrated its resolve both nationally and provincially by gaining 1.57 per cent in the national ballot and 7.3 per cent within KwaZulu Natal. The NFP’s support base appears to be constituencies in rural areas and women.
On aggregate a total of 29 political parties contested the national election with only 13 parties managing to garner enough votes to make it into the National Parliament. The challenge for the smaller political parties is to establish their relevance and identity amongst a discerning electorate, especially in view of the upcoming local government elections that will take place in 2016.
What is clear from this 5th national election is that there is a realignment of power structures both internal to party structures as well as in the way that the electorate has responded to what were previously perceived as traditional voting constituencies. For all political parties the lessons learnt from this election is to not under-estimate the sophistication of the electorate. But more importantly, the lesson drawn from this election is that voters will use their vote to demonstrate their frustrations against inefficiencies, poor governance, unfilled promises, and lack of service delivery.
The real challenge for the ruling party in forming its next administration is to be clear that the electorate does understand policies and cannot be hoodwinked. Furthermore, President Zuma’s administration will have to make good on the promises that have been made during the election campaign. Similarly for the DA and the EFF the real issue is how they will consolidate their support into an effective opposition voice in government. In two years time the electorate will be given the chance again to evaluate whether the government and others have lived up to their expectations and delivered on their undertakings. This time the stakes will be much higher as the local government elections in 2016 cannot be about lofty ideals and guarantees. Rather it is about the real bread and butter issues that affect people at the grassroots.
-La police congolaise a brûlé pour l’exemple mardi plusieurs centaines de téléphones portables de contrefaçon en pleine ville de Lubumbashi, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, a constaté un journaliste de l’AFP.
Cet autodafé contemporain a eu lieu devant le palais de justice de Lubumbashi, deuxième ville du pays et capitale de la province du Katanga.
“Nous avons saisi en tout mille portables” à des commerçants chinois et pakistanais, a déclaré le commandant de police qui dirigeait l’opération.
Indiquant avoir agi après la plainte d’un revendeur exclusif d’une grande marque sud-coréenne, le commandant a ajouté : “On les brûle pour décourager les commerçants chinois et pakistanais, ou même congolais, de faire entrer des téléphones” contrefaits dans le pays.
La vindicte policière n’a pas fait que des malheureux. Selon un témoin arrivé sur les lieux du brasier un peu avant le journaliste de l’AFP, les policiers présents se seraient partagés environ 300 appareils avec quelques personnes de passage avant de mettre le feu au reste de la marchandise.
Joint, par téléphone, le commerçant pakistanais chez qui avait été saisi la moitié du stock confisqué a reconnu qu’il vendait des téléphones contrefaits mais s’est plaint d’avoir tout de même dû payer des droits à la douane pour faire entrer ces appareils qu’il vendait entre 15 et 50 dollars pièce.
“C’est une grande perte pour moi. Les policiers m’ont aussi pris de vrais téléphones” de marque, a-t-il déploré, sans préciser combien.
Son amertume était partagée par un passant congolais qui assistait malheureux à l’hécatombe téléphonique. Chez le revendeur agréé (congolais), “il n’y a pas un téléphone à moins de 300 dollars”, a-t-il dit, “on était mieux servi avec ce Pakistanais et ces Chinois”.
Mal dans leur peau ou bien dans leurs baskets, les gays et lesbiennes préfèrent rester discrets en RDC, l’un des rares pays d’Afrique qui ne pénalise pas l’homosexualité.
Dida, coiffeur ayant pignon sur rue à Kinshasa, dit n’avoir aucun complexe. “Mes propres parents m’ont accepté tel que je suis, les autres, je n’en ai rien à foutre !”, lâche-t-il avec assurance. À l’inverse, Arthur – les prénoms ont été changés -, basketteur de 30 ans qui ressent “beaucoup plus de plaisir avec les hommes”, est tétanisé par la perspective du rejet. “J’ai peur de ce que vont dire ma famille, mes amis, mon entourage. Je ne suis pas bien dans ma peau.”
En RDC, la loi ne condamne pas l’homosexualité et contrairement à ce qui peut se passer dans des pays à la législation homophobe, le programme gouvernemental de lutte contre le sida prévoit un volet de prévention à destination de la population homosexuelle.
Pour les associations et ONG humanitaires concernées, qui célèbrent samedi la journée internationale contre l’homophobie, cette implication de l’État, même à échelle réduite, est d’autant plus importante que les homosexuels sont globalement plus exposés que les autres aux relations non protégées, notamment du fait que nombre d’entre eux, rejetés par leur famille, en viennent à se prostituer pour subsister. Mais comme en Afrique du Sud, au Rwanda ou en Côte d’Ivoire, aussi exempts de loi répressive, les homosexuels subissent “des violences verbales, morales et des cas isolés de chantage ainsi que de menaces” forçant beaucoup à vivre “en cachette”, voire à s’exiler, commente un militant surnommé “Justice Walu”.
“Ces gens-là, c’est Dieu qui les a créés, je ne vois pas un grand problème”, dit Michel, chauffeur de taxi d’une quarantaine d’années, prêt cependant à renier son enfant si celui-ci devait se déclarer homosexuel. Pour de nombreux Congolais, les homosexuels sont des “sorciers” et des “démons”. Persuadés d’être possédés, certains enchaînent les séances de prière, qui renforcent souvent leur sentiment de culpabilité face à leur désir profond. “Je me dis que ce n’est pas de ma faute, mais que c’est incompatible avec la Bible”, déplore Arthur.
Presque tous les jours dans la cité, ce sont des regards, des insultes, la stigmatisation.
Les homosexuels se rencontrent via Internet ou dans les bars et boîtes de nuit qui tolèrent leur présence, et où la cohabitation avec les hétérosexuels se passe généralement bien. Les femmes se montrent plus discrètes que les hommes et se livrent moins. Sirius, une journaliste lesbienne de 31 ans, a accepté de se confier : “Presque tous les jours dans la cité, ce sont des regards, des insultes, la stigmatisation.” “Un jour, en 2007, des garçons m’ont encerclée, m’ont dit qu’ils allaient me violer pour me donner le goût des hommes, que quoi que je fasse je restais une femme. Ils m’ont mis des coups pour m’affaiblir et me violer, mais j’ai pu me défendre et courir”, narre-t-elle.
“Savoir ce que cela fait d’être père”
Récemment, des militants de la cause homosexuelle se sont inquiétés d’une montée de l’homophobie après le dépôt, en novembre, d’une proposition de loi visant à pénaliser l’homosexualité. Ce projet a entraîné des tribunes de soutien violentes dans la presse. L’examen du texte n’est pas encore prévu au Parlement. Une initiative similaire, en 2010, avait échoué.
“L’homosexualité est un crime car ceux qui ont pris cette option ont décidé d’arrêter la procréation, plaide Robert, un défenseur des droits de l’Homme de 46 ans partisan d’une pénalisation. C’est une menace pour l’humanité.” “Comment peut-on priver quelqu’un de ses propres sentiments?”, rétorque un coiffeur qui se fait appeler Daniella. “Il ne faut pas voter une loi qui (…) pourrait aboutir à des agressions plus violentes”, avertit pour sa part Justice Walu.
Le climat hostile aidant, des homosexuels prennent une couverture en épousant une personne du sexe opposé mais continuent en secret de fréquenter une personne du même sexe. D’autres s’y refusent et rêvent parfois d’une union avec leur moitié. “Je suis en couple depuis sept ans avec un Hollandais. Nous avons prévu de nous marier en juillet à Saint-Tropez”, dans le sud de la France, confie Dida. “On aimerait adopter. Ça, c’est un dossier que j’aimerais traiter dès le lendemain du mariage.”
Pierre, chômeur, vit en couple dans un petit appartement. Le mariage ne l’intéresse pas, mais il veut à tout prix avoir des enfants. “Je veux savoir ce que cela fait d’être père. L’amour qu’on porte à un enfant, c’est un amour différent.”
Arrivé la veille à Paris, le président congolais, Joseph Kabila, a rencontré mercredi à l’Élysée son homologue français, François Hollande. Au menu des discussions : la crise centrafricaine et la coopération bilatérale. Mais pas seulement…
Mis à jour le 22/05 à 08h30.
Rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, le 20 mai. La présence policière en dit long sur l’hôte qui vient de débarquer au Bristol. Impossible de passer devant l’hôtel sans être interpellé par les agents congolais de la “GR” (Garde républicaine), la sécurité de Joseph Kabila. Visiblement, des dispositions ont été prises pour que le séjour du président congolais se passe sans incidents majeurs, malgré les menaces des mouvements dits “combattants”, ces opposants radicaux de la diaspora, très hostiles au régime de Kinshasa.
Une fois arrivé à l’hôtel, Joseph Kabila est monté à l’étage. Ministres, conseillers, personnel de l’ambassade de la RDC en France traînent encore dans le hall. Dans l’entourage du chef, l’ambiance est bon enfant. Tous insistent sur le fait qu’il s’agit d’une “invitation de François Hollande”. Celui-là même qui avait tenu des propos virulents contre le pouvoir de Kabila à la veille du Sommet de la Francophonie en octobre 2012 à Kinshasa. “Les choses ont changé : le président français a fini par comprendre que Kabila était différent de celui qu’on lui avait décrit à l’époque”, commente Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement congolais, qui fait partie de la délégation.
“Reconnaissance”
“Désormais, c’est en partenaires que les deux hommes discutent des enjeux politiques, économiques et sécuritaires de la RDC et de la sous-région”, ajoute un conseiller de Joseph Kabila. Kinshasa a envoyé un bataillon de 850 soldats et 50 policiers en Centrafrique dans le cadre de la Misca. Une présence militaire que Paris souhaiterait voir “renforcée” après le retrait des troupes tchadiennes. “C’est une reconnaissance du véritable poids géostratégique de la RDC et de son rôle en Afrique centrale”, soutient un diplomate congolais, “satisfait de voir enfin le pays être considéré à sa juste valeur”.
Sur le plan politique, Joseph Kabila compte davantage mettre en avant les derniers résultats des “concertations nationales” tenues à Kinshasa.
Mais sur le plan politique, Joseph Kabila comptait davantage mettre en avant les derniers résultats des “concertations nationales” tenues à Kinshasa, lesquelles ont réuni les représentants de la majorité, ceux de la société civile et une frange de l’opposition. Un forum présenté comme un “geste d’ouverture” censé faire oublier un régime qu’on qualifiait hier encore d’”autoritaire” à Paris.
Priorité aux investissements
Quid de la candidature de Kabila en 2016 ? “Ce n’est pas à l’ordre du jour”, dit-on dans l’entourage du président congolais. Le sujet dérange. En visite à Kinshasa début mai, John Kerry avait indiqué la position des États-Unis : élections crédibles en 2016, sans Kabila. Une démarche qui n’a pas été appréciée par les proches du président congolais. Ces derniers ne voudraient pas voir la France emprunter la même voie.
“La priorité est ailleurs”, disent-ils en coeur, soulignant le “recul” des investissements français en RDC. “Paris doit se bouger pour rattrapper les Chinois”, lâche un membre de la délégation congolaise. Joseph Kabila a d’ailleurs pris les devants, en recevant tour à tour des représentants du monde des affaires de l’Hexagone (GDF Suez, Société générale, groupe Bolloré…). Avant de se rendre à l’Élysée pour en parler à son homologue français, au cours d’un entretien qui a duré 50 minutes.
-Dans un communiqué laconique déposé hier mercredi 21 mai 2014 dans plusieurs rédactions de Kinshasa, daté du même jour et portant sa signature,, le Secrétaire Général de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), Bruno Mavungu, fait état du limogeage du Directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi. On y lit notamment que « Son Excellence Dr Etienne Tshisekedi nous a chargé de porter à la connaissance de l’opinion tant nationale qu’internationale ainsi qu’à toutes les structures et Comités de base du parti que monsieur Albert Moleka n’est plus membre de son cabinet. En conséquence, l’intéressé n’est plus habilité à parler en son nom, à l’engager ou à engager le parti ».
La lettre reste muette quant aux raisons ayant poussé le président national de l’UDPS à se séparer de celui qui était perçu, depuis plus de six ans, comme un des fidèles de son pré-carré. En effet, Albert Moleka paraissait inséparable de Tshisekedi, tant il était omniprésent dans pratiquement toutes ses activités et rencontres, officielles comme privées. Il était aussi de toutes ses visites de travail à l’étranger.
On rappelle qu’en octobre 2012, en marge du Sommet de la Francophonie à Kinshasa, lorsque le président français François Hollande, dans le cadre de ses échanges avec les membres de l’Opposition congolaise, avait reçu Etienne Tshisekedi en aparté, son Directeur de cabinet était de la partie. On se souvient aussi que l’année dernière, lorsque la rumeur d’un rapprochement Kabila-Tshisekedi a pris corps, dans le cadre des Concertations nationales, c’est finalement Albert Moleka qui a effectué le déplacement de Brazzaville et rencontré le président Denis Sassou Nguesso, présumé médiateur, avant que le sphinx de Limete ne fasse faux bond.
Pas plus tard qu’en mars dernier, c’est encore Albert Moleka qui est allé participer à un déjeuner de prière aux Etats-Unis, auquel était invité Etienne Tshisekedi, empêché pour des raisons non expliquées. Bref, ce haut cadre de l’UDPS paraissait l’homme à tour faire dans la Cour d’Etienne Tshisekedi, à Limete, parlant souvent en son nom dans les médias, pour apporter des réponses urgentes aux préoccupations de l’opinion nationale et internationale.
Mais, à dire vrai, le couperet qui est tombé sur Moleka n’est pas une surprise pour ceux qui ont suivi les péripéties de sa descente aux enfers.
En effet, soupçonné pendant un temps relativement long de ne pas servir correctement la cause de l’UDPS et vomi, à son retour des USA, par des « combattants », qui menaçaient de le lyncher s’il persistait à travailler à la résidence d’Etienne Tshisekedi, Albert Moleka avait finalement été prié par Maman Marthe, l’épouse du président national du parti, de ne plus venir à Limete. Croyant bénéficier toujours de la confiance de son chef après cet incident, l’intéressé n’avait pas trouvé mieux que de délocaliser son cabinet de travail et de continuer à parler et agit au nom d’Etienne Tshisekedi. On croit savoir que c’est pour mettre un terme à une situation de nature à semer la confusion dans les esprits des cadres et sympathisants de l’UDPS que le Secrétaire général a été instruit de lui signifier la fin de ses prestations auprès de la haute hiérarchie du parti. La succession est ainsi officiellement ouverte.
-La République démocratique du Congo a annoncé mercredi que les ressortissants du Congo-Brazzaville voisin ne pourront plus entrer sur son sol avec un simple laissez-passer et qu’ils devront être munis d’un passeport et d’un visa.
Le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, a déclaré que cette mesure visait à rendre la pareille au Congo qui, accuse-t-il, a changé les conditions de voyage des Congolais de RDC souhaitant se rendre à Brazzaville en traversant le fleuve Congo, frontière naturelle entre les deux pays.
“On a vu nos compatriotes refoulés parce qu’ils n’avaient que le laissez-passer, ce qui jusque-là était admis. On a exigé le passeport et le visa. Tout de suite, j’ai donné l’instruction à la DGM [Direction générale de la migration] d’en faire autant”, a souligné M. Muyej.
“Nous avons tous été surpris par ce nouveau développement de ce qu’il convient maintenant d’appeler une crise”, dont la durée “peut affecter nos bonnes relations avec Brazza”, a encore déclaré M. Muyej, ajoutant qu’une nouvelle réunion entre Kinshasa et Brazzaville était prévue.
Le ministre de l’Intérieur de la République du Congo, Raymond Mboulou, n’avait pu être joint mercredi en milieu d’après-midi pour apporter la réponse de Brazzaville aux accusations de M. Muyej.
Interrogé par l’AFP à Brazzaville, un conseiller du ministre des Affaires étrangères a cependant affirmé sous le couvert de l’anonymat qu’aucune mesure concernant l’obligation du passeport et du visa n’avait été prise et qu’une telle option n’était même pas envisagée à l’heure actuelle.
Une réunion interministérielle entre représentants des deux Congos doit avoir lieu vendredi, a-t-il ajouté.
Une source au cabinet du directeur général de la police du Congo-Brazzaville a dit à l’AFP n’avoir pas connaissance de nouvelles directives relatives à l’entrée des Congolais de RDC sur le sol national.
Les relations entre les deux pays se sont tendues depuis le lancement, début avril au Congo-Brazzaville, d’une grande opération policière baptisée “Mbata ya bakolo” (la gifle des aînés, en lingala).
Officiellement, cette opération est destinée à combattre une recrudescence du banditisme imputée aux étrangers, et entre autres aux “kuluna” (délinquants de Kinshasa armés de machettes) réfugiés au Congo pour fuir la répression de la police kinoise.
Brazzaville reconnaît qu’environ un millier de Congolais de RDC ont été expulsés dans le cadre de “Mbata ya bakolo” mais, craignant une expulsion de force, même en règle, et face à la montée d’une hostilité manifeste de la population brazzavilloise, des dizaines de milliers de ressortissants de l’ex-Zaïre sont rentrés au pays.
D’après la RDC, des ONG et plusieurs victimes, l’opération s’est caractérisée par de graves exactions. Brazzaville a reconnu des dérapages et 17 policiers ont été radiés.
La RDC, qui compte environ 76 millions d’habitants, est le dernier pays au classement de l’indice du développement humain des Nations unies. A Brazzaville, où les conditions de vie leur semblent meilleures, les ressortissants de la RDC exercent toutes sortes de métiers peu qualifiés.
-Le Président de la République s’est entretenu le 21 mai 2014, au Palais de l’Elysée, avec le Président de la République Démocratique du Congo, M. Joseph Kabila Kabange.
Au cours de cet entretien, la situation politique et sécuritaire dans la région des Grands Lacs a été évoquée. Le Chef de l’Etat a rappelé, comme il l’avait fait à Kinshasa en octobre 2012, son attachement à l’intangibilité des frontières de la RDC. Il s’est réjoui des progrès obtenus dans la lutte contre les groupes armés qui sévissent dans l’Est de la RDC. Les deux Présidents ont réaffirmé leur mobilisation pour la République centrafricaine, où des contingents des deux pays sont déployés. Ils ont également marqué leur volonté que l’opération de maintien de la paix des Nations Unies, qui sera déployée à partir du 15 septembre, dispose d’un mandat solide et soit articulée autour de la mission africaine aujourd’hui présente.
Au plan bilatéral, les deux Chefs d’Etat ont insisté sur la nécessité de développer et de diversifier les échanges économiques et humains entre les deux pays, dans des secteurs tels que les transports, les infrastructures ou encore la gestion durable des ressources naturelles.
Ils se sont réjouis des relations de coopération entre les deux pays, notamment dans les secteurs de l’éducation primaire, de la formation professionnelle, de l’accès à l’eau et de la gouvernance financière du pays.
Enfin, le Chef de l’Etat a rappelé l’attachement de la France à la protection des libertés politiques, à la lutte contre les violences sexuelles, à la stabilité des institutions et à la défense des droits humains en RDC, conformément aux différentes résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
-Dans le système classique, l’industrie et la technologie contribuent de façon déterminante à la hiérarchie mondiale et au classement des nations. La puissance militaire dépend d’une péréquation entre deux variables : le format (la taille) des forces armées d’une part; la qualité de ces dernières d’autre part. La puissance militaire est donc une convergence entre les systèmes d’armes et les systèmes d’hommes et qu’elle ne saurait être réduite à une simple « stratégie des moyens ». La détention et l’emploi générique de technologies et de plateformes aériennes, terrestres, maritimes, aussi évoluées soient-elles, ne peuvent plus aboutir à un résultat opératique efficace sans des personnels dotés d’initiative et d’une culture stratégique autonome. Le cas des pétromonarchies du Golfe est éloquent est illustratif de ce point de vue : elles détiennent un matériel sophistiqué importé dont leurs armées ne maîtrisent pas réellement l’emploi, et sont forcées de faire recours aux personnels et experts étrangers pour les encadrer. Cet exemple montre que la composition brillante d’un ordre de bataille et le niveau d’un budget de défense ne reflètent pas à eux seuls l’autonomie guerrière d’un acteur étatique, ni son efficacité.
Outre le format de l’armée, les indicateurs qui comptent le plus dans la définition moderne d’une puissance militaire nationale sont : la modernité des capacités détenues, le professionnalisme et l’entrainement des soldats recrutés, le niveau du budget de défense rapporté aux ambitions affichées, ainsi que la solidité et l’autonomie de la base industrielle et technologique de défense (BITD) considérée. Le chercheur chinois Hai Ping proposait dès 1998 de hiérarchiser les armées mondiales suivant l’équation suivante: La puissance Militaire = La capacité des forces armées + la technologie militaire et les capacités de l’industrie d’armement + les capacités globales du pays, en croissance économique. (Badie, B. et Vidal, D., 2013).
Une progression moyenne en Afrique subsaharienne boostée par le Nigeria (à l’ouest), l’Angola (au centre) et la RSA (au sud)
Avec une croissance de 64,9% des dépenses militaires, l’Afrique enregistre la plus forte progression au monde sur la période 2002-2011. Cette hausse s’élève depuis 2002 à 109% pour l’Afrique du Nord et à 44% pour l’Afrique sub-saharienne. Pour l’année 2011, l’évolution des dépenses est chiffrée à 8,8% sur le continent. Elle est de 24,8% pour l’Afrique du Nord . En Afrique sub-saharienne, les dépenses sont restées relativement constantes depuis 2010. Les États les plus dépensiers de l’Afrique subsaharienne sont l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigéria (Stockholm International Peace Research Institute: SIPRI).
Selon l’Agence Ecofin, l’Afrique a enregistré la plus forte progression au niveau mondial dans le domaine des dépenses militaires en 2013, a annoncé le SIPRI. Dans son rapport publié le 14 avril 2014, le think tank suédois a précisé que les dépenses militaires du continent ont augmenté de + 8,3% l’an passé, à 44,9 milliards de dollars. Cette augmentation a été essentiellement dopée par les revenus pétroliers de pays comme l’Algérie et l’Angola.
A l’échelle africaine, la plus forte augmentation des dépenses militaires a été enregistrée au Ghana. Ce pays producteur de pétrole a presque triplé son budget dédié à l’armement, passé de 109 à 306 millions de dollars entre 2012 et 2013. Les dépenses militaires de l’Angola, ont quant à elles, culminé à 6,1 milliards de dollars en 2013 (+36% sur un an). L’Angola est ainsi devenu le deuxième pays africain en termes d’importance de budget consacré à la défense, devant l’Afrique du Sud (4,1 milliards en 2013).
L’Algérie reste, quant à elle, le champion africain dans le domaine des dépenses militaires. Ce pays pétrolier a vu son budget consacré à l’armement augmenter de 8,8% en 2013, pour atteindre 10,4 milliards de dollars. «C’est la première fois que les dépenses militaires d’un seul pays africain dépassent le seuil de 10 milliards de dollars», souligne le rapport du SIPRI qui explique cette montée des dépenses algériennes par le désir de ce pays pétrolier d’Afrique du Nord d’acquérir le statut de puissance régionale, le rôle prépondérant de l’armée algérienne et le souci de lutter plus énergiquement contre le terrorisme islamiste en plein essor à la frontière algéro-malienne.
D’autres pays africains ont aussi augmenté dépenses militaires de façon remarquable l’an passé. Il s’agit, entre autres de la République Démocratique du Congo (+34%) et de la Zambie (+15%).
Les dépenses militaires sur le continent africain ne sont pas uniformes. Selon les experts, notamment le colonel Joseph Sibanda, officier retraité de l’armée du Zimbabwe, consultant pour la défense, le marché africain de la défense sera, dans les prochaines années, pratiquement au même niveau que celui de l’Asie du Sud-Est. « Les avions militaires, véhicules blindés et système d’artillerie devront être modernisés afin de répondre aux nouvelles menaces qui planent sur la sécurité. »
Selon l’hebdomadaire américain Defense News, les dépenses militaires en Afrique vont augmenter de 20 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie contre plus de 40 milliards en 2012, selon SIPRI. Ce phénomène est lié au développement récent de plusieurs armées en Afrique qui, depuis la fin de l’époque coloniale, connaît bon nombre de guerres, d’insurrections et de coups d’État. D’autre part, l’Occident fait, depuis 2001, beaucoup d’efforts pour renforcer les capacités de lutte antiterroriste, particulièrement dans la zone sahélo-saharienne, la Corne de l’Afrique et la côte orientale où les groupes djihadistes demeurent très présents.
Les luttes contre le terrorisme et les nombreux conflits civils expliquent en grande partie l’augmentation des dépenses militaires en Afrique. Toutefois, il n’est pas certain que ces facteurs soient les principales motivations pour l’augmentation des budgets militaires. En effet, des pays qui subissent les dommages collatéraux du conflit somalien, comme l’Éthiopie, le Kenya ou l’Ouganda, ont réduit leur budget de défense. Les ambitions régionales nourries par certains États seraient ainsi une explication majeure dans l’augmentation des dépenses militaires.
Développer la sécurité pour protéger les ressources naturelles
“La ruée vers le marché de la défense africain vient tout juste de commencer, et il se poursuivra au cours de la prochaine décennie”, estime le colonel Joseph Sibanda, cité par Defense News. Il estime que les pays comme le Mozambique – ancienne colonie portugaise pauvre désormais en plein boom gazier de même que la Tanzanie voisine -, l’Ouganda et le Kenya devront rediriger leurs besoins de défense vers la protection de leurs gisements de pétrole et leurs infrastructures de gaz onshore et offshore. C’est le cas actuellement pour l’Angola, selon DESC, qui ne cesse de croitre de manière fulgurante ses dépenses militaires depuis 2010 en vue de la sécurisation de ses zones pétrolifères et minières.
Il s’agit là d’une bonne nouvelle positive pour l’Afrique du Sud, seul producteur de l’armement en Afrique. Jusqu’à maintenant, l’Afrique n’avait jamais été un marché-clé pour les grands contractants militaires occidentaux, même si des pays riches en pétrole comme le Nigeria, l’Algérie ou la Libye ont déjà acheté des systèmes d’armes de haut niveau, des avions, des navires de guerre et des armes au fil des ans.
Qui dépense le plus pour l’armement en Afrique ? (en millions de dollars, 2012)
1) Algérie 9.325 ; 2) Afrique du Sud 4.470; 3) Égypte 4.372 ; 4) Angola 4.146 ; 5) Maroc 3.402 ; 6) Libye 2.987 ; 7) Nigeria 2.327 ; 8) Sud Soudan 964 ; 9) Kenya 798 ; 10) Tunisie 709 ; 11) Côte d’Ivoire et Namibie 407. [Source : Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI)]
Comme on peut le constater, “le marché africain de la défense sera, dans les prochaines années, pratiquement au même niveau que celui de l’Asie du Sud-Est”, annonce Sibanda. “Les avions militaires, véhicules blindés et système d’artillerie devront être modernisés afin de répondre aux nouvelles menaces qui planent sur la sécurité”, poursuit-il.
Evolution des dépenses militaires depuis 2008 (en millions de dollars)
2008
2009
2010
2011
2012
2013
Algérie
5259
5712
6045
8652
9014
9367
Angola
3741
3640
3894
3674
3827
4092
Sud Afrique
4384
4590
4434
4596
4785
5076
Nigeria
1741
1825
2143
2386
2100
2043
RDC*
203
154
209
239
229
247
Source : SIPRI, IFRI, IISS, recoupements DESC
Effectifs et principaux matériels des quatre puissance (+ la RDC) (année de référence 2013)
Effectifs
Armée de terre
Armée de l’air
Marine
Chars
Avions de combat
Navires
Algérie
167.000
147.000
14.000
6.000
1050
125
4 sous-marins + 4 frégates
Nigeria
80.000
62.000
10.000
4.000
250
78
1 frégate + 2 corvettes
Angola
107.000
100.000
6.000
1.000
300
85
Afrique du Sud
62.000
37.000
10.500
6.000
167
235+91 hélicos (dont ‘Rooivalk’)
3 sous-marins + 4 frégates
RD Congo
134.500
110.000 + 10.000 GR
6.703
2548
100
5 avions Soukhoi SU-25 + 3 hélicos
1 patrouilleur
Sources : SIPRI, IISS, IRIS, Le Monde Géostratégie – Recoupements DESC.
1. La suprématie militaire de l’Afrique du Sud au regard de son ambition hégémonique continentale
L’Afrique du Sud est, à notre avis, actuellement le seul pays africain qui peut prétendre à réunir tous les paramètres de puissance militaire.
L’hélicoptère de combat sud-africain Rooivalk rivalise actuellement avec les meilleurs hélicoptères du monde tels que le tigre européen, l’apache américain ainsi que ceux de la Russie. Sa première mission de combat fut celle effectuée contre le M23. Les hélicoptères sud-africains Rooivalk de la MONUSCO ont été décisifs en appui aux FARDC grâce à des incessants bombardements des positions du M23 de Kanyamahoro pour ouvrir la voie à Kibumba ayant permis aux FARDC de poursuivre leur assaut final jusqu’à leur éviction des collines de Chanzu et Runyonyi. Après avoir perdu Rumangabo et Bunagana, le M23 fut confiné dans ces deux collines, essayant de résister pendant quelques jours en contenant les tentatives d’assaut infructueuses des FARDC avant que les hélicoptères Rooivalk ne viennent faire le dernier nettoyage. (A lire e extension dans notre ouvrage à paraître prochainement)
La RSA dispose d’une armée estimée à 62.000 hommes avec 167 chars; 235 avions de combat dont les hélicoptères ‘Rooivalk’ d’appui au combat de l’Armée de l’Air sud-africaine qui furent déterminants en RDC en appui à la MONUSCO et sa Brigade d’intervention de la Force (FIB) dans l’exécution de son mandat offensive en premier déploiement de combat contre le M23 entre octobre et novembre 2013.
Les dépenses militaires de l’Afrique du Sud étaient de 4 milliards de dollars en 2002, avant d’atteindre 4,8 milliards de dollars en 2011, ce qui équivaut à une croissance de 20% en l’espace de 10 ans. À noter que pour l’année 2011, les dépenses militaires sud-africaines ont augmenté de 4,3%. Cette accélération des dépenses est due à une restructuration des salaires et permettra l’achat de nouveaux équipements.
Les seul pays africain ayant des industries d’armement autochtones sont l’Afrique du Sud – bien que son secteur de la défense lié à Israël ait considérablement diminué depuis la fin de l’apartheid, en 1994 – et l’Egypte qui, depuis l’accord de paix signé en 1979 avec Israël, s’est davantage tournée vers les États-Unis.
Le secteur de la défense sud-africain est dirigé par Denel, capable de produire des systèmes de missiles avancés, de l’artillerie aux standards internationaux et des systèmes aérospatiaux. La plus grande économie d’Afrique pourrait bien être l’une des principales bénéficiaires de la mise à niveau majeure de l’équipement des forces armées du continent.
2. L’Algérie domine l’espace militaire nord africain
L’Afrique du Nord enregistre, avec une croissance de 109%, une progression sans précédent dans les dépenses militaires depuis 2002. Cette tendance s’explique par l’augmentation des dépenses de l’Algérie et du Maroc, les deux États les plus dépensiers de la région. En effet, les dépenses militaires algériennes sont passées de 3 milliards en 2002 à 8,2 milliards en 2011, soit un accroissement de 173%. Rien que pour l’année 2011, l’augmentation des dépenses militaires algériennes est de 44%. Pour l’année fiscale 2013, la loi de finance 2012 octroie un montant total de 10,3 milliards de dollars au secteur de défense, en vue de la modernisation et de la mise à niveau des équipements, un accroissement de 14,2% par rapport à 2012 et vise l’achat de nouveaux équipements pour l’armée, l’aviation et la marine.
Plusieurs facteurs expliquent une telle évolution. Tout d’abord, l’Algérie s’est lancée dans un programme de modernisation et de réarmement de son armée. Ensuite, elle est en proie aux attaques terroristes sur son territoire, des agressions commises par la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ainsi que des attentats dans la bande sahélienne. Par ailleurs, l’Algérie s’est massivement équipée suite au conflit chez son voisin libyen, dont elle redoutait des débordements sur son territoire. Mais la lutte contre le terrorisme ou les inquiétudes nourries par la guerre civile libyenne ne sont pas les seules explications- à la croissance des dépenses militaires. En effet, au regard du matériel acheté et des nouveaux équipements – principalement des systèmes sols et airs, qui ne sont pas employés dans la lutte contre le terrorisme – il semblerait que les ambitions nourries par l’Algérie, et sa grande rivalité avec le Maroc pour le leadership régional, soit peut-être une explication à de telles dépenses. L’influence des militaires dans le pays est aussi un facteur à prendre en compte. En ce qui concerne le Maroc, ses dépenses militaires ont augmenté de 45,5% depuis 2002. Pour l’année 2011, cette croissance est néanmoins inférieure à 1%.
En effet, au Maghreb, l’Algérie est la première puissance militaire en termes de forces, d’équipements et de capacités. Les effectifs des forces armées sont estimés à 167.000 hommes dont 147.000 hommes pour l’armée de terre (Armée nationale populaire, ANP ; dont 80.000 conscrits effectuant un service militaire de 18 mois : 6 mois d’entraînement de base et 12 mois dans des projets civils), mais l’ANP compte également 150.000 réservistes de moins de 50 ans). A cela, il faut ajouter des forces paramilitaires : 1.200 gardes républicains, 20.000 gendarmes, 16.000 membres des forces de sécurité nationale. Le nombre des forces auxiliaires (Brigades de légitime défense et gardes communaux), créées durant la guerre civile, est estimé à environ 150.000 civils.
L’Algérie est également, au Maghreb, le leader sur le plan de l’effort de défense, avec 54% du total des dépenses militaires régionales. Selon SIPRI, en 2012, Alger a accru celles-ci de 5,2%, et leur progression atteint 189% pour la période 2003-2012.
En juin 2012, le gouvernement algérien avait décrété une augmentation de 40% de la solde des personnels militaires. En novembre de la même année, le ministre en charge des Relations avec le Parlement annonçait une réévaluation des retraites des militaires, cherchant par là à désamorcer le mécontentement qui régnait au sein des forces armées après l’augmentation accordée aux policiers et aux douaniers un an plus tôt.
Enfin, en matière d’achats d’armements, l’Algérie a supplanté l’Afrique du Sud – avec 43% des importations contre 18%, offrant aux fournisseurs étrangers le plus grand et le plus dynamique marché de défense du continent. Au niveau mondial, l’Algérie est passée du 24ème rang, en 2011, au 7ème rang, en 2013, des importateurs d’armements conventionnels. Ainsi, le volume des livraisons d’armement vers l’Algérie a connu un accroissement de 277% entre 2003 et 2007. Cependant, la capacité de son industrie d’armement nationale est très faible et inférieure à la RSA (9,4 milliards de dollars. Son taux de croissance annuel moyen estimé à 6,2% pour la période 2013-2018, devrait atteindre 13,6 milliards de dollars d’ici 2017).
La guerre civile (1992-2000) a absorbé énormément de ressources au point que la modernisation des forces armées algériennes s’en est trouvée ralentie, voir freinée. C’est pourquoi, la supériorité militaire de l’Algérie par rapport à ses voisins n’est pas forcément synonyme de qualité des matériels et des compétences. Des améliorations et des mises à niveau sont encore à entreprendre en matière d’entraînement et de préparation à la guerre asymétrique (contre les groupes terroristes et criminels), ainsi que dans les domaines logistique et de soutien des forces. (Centre français de recherche sur le renseignement : Bulletin de documentation N°7, Evolution de la politique de défense algérienne)
3. L’Angola, le gendarme de l’Afrique centrale titille l’Afrique du Sud
L’Angola, le deuxième État le plus dépensier de la zone subsaharienne, a triplé ses dépenses militaires en une décennie : 1,4 milliard de dollars en 2002 à plus de 5,7 milliards de dollars en 2013. Cela représente 8,26% du budget national et plus de 80% du budget national de la RDC. Le pays peut compter sur d’importantes ressources pétrolières (9 milliards de barils de réserves prouvées, production de 1,91 million de barils par jour en 2008) ainsi que sur l’exploitation de mines de diamants.
Luanda a récemment passé commande pour plus d’un milliard de dollars de matériels militaires d’origine russe. Les contrats ont été signés à l’occasion d’une visite, en octobre 2013, de Dmitri Rogozine, le vice-premier ministre russe.
L’Angola a acheté 18 avions de combat de type Su-30K pour environ 500 millions de dollars. En outre, l’Angola a passé commande de pièces de rechange pour des matériels datant de la période soviétique (et ils sont nombreux), des armes légères, des munitions, des blindés, des canons et des hélicoptères de transport Mi-17. Il a été convenu de construire dans le pays une usine destinée produire des cartouche. Les forces aériennes angolaises mettent en œuvre des MiG-21 Fishbed, des MiG-23 Flogger et quelques Su-27 Flanker acquis auprès de la Biélorussie, ainsi que des Sukhoi Su-22 Fitter et des Su-25 Frogfoot pour l’attaque au sol. Cependant, il est difficile d’établir un inventaire précis des matériels en dotation, ou du moins en état de vol. Si les appareils d’origine soviétique sont prédominants, Luanda a toutefois cherché à diversifier ses sources d’approvisionnement, en commandant plusieurs avions du constructeur brésilien Embraer (EMB-314 et EMB-312) ou de l’avionneur suisse Pilatus (PC-7).
4. Le Nigeria, un colosse ouest africain confronté au terrorisme et à la guerre interethnique religieux
Malgré son instabilité politique, ses tensions communautaires et une corruption endémique dans son secteur énergétique, le Nigéria est une puissance régionale ouest africaine et une puissance continentale, en devenir, incontournable du XXIème siècle. Le pays confronté au terrorisme de Boko Haram illustre le paradoxe des armées africaines intraverties, incapables de protéger leurs populations contre les menaces externes.
L’échelon régional constitue communément l’un des leviers d’affirmation de puissance pour certains États pivots, dont l’ambition est de tenir un rôle d’influence et régulateur à un niveau plus global dans les relations internationales. À bien des égards, le Nigéria répond à la définition d’État pivot, statut qui détermine éminemment sa politique extérieure : «Les États pivots peuvent être considérés comme des pays destinés – en raison de leur emplacement stratégique, de leur potentiel économique et démographique, et des préférences politiques – comme des nœuds importants de la croissance économique et d’importants facteurs structurants de la géopolitique dans les principales régions du monde ». De plus, un État pivot revêt une importance telle, au niveau régional, que son effondrement peut générer l’instabilité dans les pays voisins. On le voit avec la RD Congo. À l’inverse, sa prospérité et sa stabilité tendent à renforcer la vitalité économique et l’équilibre politique de toute sa sous-région. (Luntumbue, M., « Le Nigéria dans la géopolitique ouest-africaine : atouts et défis d’une puissance émergente », GRIP, 18/07/2013).
Dans le cas du Nigéria, il existe une interdépendance particulièrement étroite avec ses voisins immédiats, sur le plan à la fois culturel (pôle culturel), économique (et développement) et sécuritaire. Elle est d’ailleurs illustrée par l’impact négatif de la fermeture des frontières nigérianes sur les économies de ces États, à l’occasion notamment des mesures ponctuelles d’urgence, visant à contrôler le mouvement des activistes du groupe Boko Haram. La situation géographique du pays, au cœur du complexe sécuritaire du golfe de Guinée, en fait à la fois un facteur de stabilité sous-régionale et paradoxalement un vecteur potentiel des tensions vers les autres pays riverains. Des incidents meurtriers survenus depuis le premier semestre 2012 dans ces zones frontalières, confirment les risques d’une déstabilisation des pays voisins à partir des foyers de tensions nigérians (Luntumbue, M., ibid).
Sur le plangéostratégique, le Nigéria est en effet un des Etats pivots d’Afrique, sur lequel s’appuient les États-Unis, ayant une capacité régulatrice de l’ordre politique régional ouest africain. La politique africaine des États-Unis s’appuyant sur les États pivots s’oppose à l‘approche française et européenne davantage régionale. Membre de l’OPEP, intégré dans la CEDEAO, marché de l’ordre de 380 milliards de dollars en 2010, le Nigeria est à la fois la puissance économique et militaire dominante en Afrique de l’Ouest, avec l’armée la plus puissante de la région (80.000 soldats). L’Afrique de l’Ouest reste son pré-carré, sa démographie (environ le 1/6 de la population de l’Afrique noire)[1]et son économie « écrasent » ses voisins.
Sur le plan économique, le Nigeria devient officiellement depuis le 6 avril 2014 la première puissance économique du continent et la 26ème plus grande économie dans le monde, dépassant l’Afrique du Sud. Le pays dispose de fortes potentialités en ressources énergétiques (pétrole, gaz) et naturelles, agricoles, hydrauliques et minières (fer, colombite…). Ses recettes pétrolières – 2,5 millions de barils par jour et 4 millions prévus en 2010 – et gazières sont estimées à plus de 16 milliards de dollars ( Philippe Hugon, Géopolitique de Afrique, 2012). En effet, le produit intérieur brut (PIB) du Nigeria était désormais de 510 milliards de dollars en 2013, contre 453,9 milliards de dollars en 2012. Le PIB sud-africain était d’environ 384 milliards de dollars cette même année. Toutefois, le PIB par tête d’habitant du Nigeria est de 2688 dollars contre 1555 dollars en 2012. Celui de l’Afrique du sud reste nettement plus élevé, à 7 508 dollars.
En tant que puissance économique au sein de la zone CEDEAO dont il est le plus important contributeur au budget, assurant près de 60% des coûts de fonctionnement de la CEDEAO, le Nigeria tente de contre-balancer l’hégémonie de la France au sein de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africains) dans la zone dite du Franc CFA. Cette rivalité qui ne dit pas son nom a poussé François Hollande de mettre à profit son séjour du 27 au 28 février 2014, lors du centenaire de l’unification de ce pays le plus peuplé d’Afrique, avec 170 millions d’habitants, pour mener une opération diplomatico-économique de charme et de rapprochement géopolitique. Au Nigeria, la France « a perdu à la fois en parts de marché et en influence politique depuis 30 ans« et « notre réseau de coopération a considérablement diminué« , relève Marc-Antoine Pérouse de Montclos, spécialiste de ce pays à l’Institut de recherche pour le développement. Le Nigeria connaît un taux de croissance de 7% par an depuis 8 ans et son PIB est en passe d’être réévalué par le Fonds monétaire international (FMI), ce qui le propulserait devant l’Afrique du Sud, première économie du continent. (AFP, 27/02/2014)
En 1976, le Nigéria a également créé, en accord avec la Banque africaine de développement (BAD), le Nigeria Trust Fund (NTF) ou Fonds spécial du Nigéria (FSN). Son objectif est de soutenir les efforts de développement des pays membres de la CEDEAO à faible revenu nécessitant des financements à taux concessionnels. Si à l’origine, le capital du fonds était de 80 millions de dollars, il s’élevait fin mars 2010, à 200 millions de dollars. (Luntumbue, M., ibid). Le Nigeria est enfin, avec l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte et le Sénégal, les pays fondateurs du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), dont les principaux objectifs du NEPAD consistent à réduire la pauvreté, placer l’Afrique sur la voie du développement durable, mettre un terme à la marginalisation de l’Afrique et autonomiser les femmes.
Sur le plan militaire, avec une croissance de 22% depuis 2002, le Nigeria se place juste derrière l’Angola. Ses dépenses militaires s’élevaient en 2010 à 1,8 milliards de dollars. L’armée conduit des missions de contreterrorisme pour lutter contre les activités du groupe armé Boko Haram qui sévit sur son territoire, ce qui explique la croissance des dépenses au Nigeria. Le SIPRI souligne qu’en 2010 et 2011, les dépenses allouées au contre-terrorisme étaient respectivement de 232 et 137 millions de dollars, représentant respectivement 12% et 6% de l’ensemble des dépenses militaires nigérianes. Pour le président nigérian, Jonathan Goodluck, la conduite des opérations de défense et de contreterrorisme est l’une des priorités nationales, ce qui engendrerait de nouvelles augmentations allouées aux dépenses militaires.
Le Nigeria développe également une diplomatie active et pacifique et se veut, à l’instar de la République Sud africaine, le porte-parole de l’Afrique. Il a intégré dans sa sphère d’influence les péripéties frontalières. Le Nigeria est de loin le premier pays africain pourvoyeur de troupes pour les missions de maintien de la paix de l’ONU, domaine dans lequel le pays s’est bâti une solide réputation. La première opération à laquelle ont participé les troupes nigérianes remonte à la crise congolaise de 1960, quelques jours seulement après la proclamation de l’indépendance nigériane. Cinquante ans plus tard, en avril 2013, le Nigeria comptait plus de 6.000 soldats servant dans diverses opérations de maintien de la paix des Nations unies, au Soudan, en Somalie, au Mali (600) et en Côte d’ivoire et dans le cadre de forces militaires régionales, au Liberia et en Sierra Leone.
L’armée nigériane n’a jamais mené d’opérations offensives hors de ses frontières et en dehors de mandats liés à la gestion collective ou régionale de la sécurité. Dans le cas des tensions régionales et litiges frontaliers qui l’ont opposé à ses voisins immédiats, le Nigéria semble en effet avoir privilégié l’usage du « soft power». C’est le cas du litige qui l’oppose au Cameroun à propos de la souveraineté sur la péninsule de Bakassi en golfe de Guinée, qui a été soumis à l’arbitrage de la Cour internationale de justice (CIJ, en sa défaveur. Au final, le Nigéria a rétrocédé pacifiquement ce territoire en août 2008, suite à décision de la CIJ qui lui était défavorable. De plus, Abuja et Paris se sont récemment accordé sur une approche commune des crises régionales (SlateAfrique.com, 6/6/2012).
Jean-Jacques Wondo Omanyundu/ Exclusivité DESC
*La RD Congo est mentionnée à titre illustratif de comparaison avec les autres puissances.
[1] Un autre facteur de puissance (relative) du Nigeria est sa démographie. Pour le spécialiste des relations internationales, Hans Morgenthau, une population nombreuse est un atout de la puissance d’un État par le fait qu’aucun pays ne peut prétendre de rester ou devenir une puissance de premier plan s’il ne fait partie des nations les plus peuplées de la terre. Mais il ne s’agit que d’un attribut parmi d’autres, la taille du territoire et la dynamique économique, entre autres, jouent également un rôle important. Des conditions que remplissent potentiellement le Nigeria.
Autre source : Sabrina Lesparre et Luc Mampaey, Dépenses militaires, Production et transferts d’armes, Compendium 2013, rapport, GRIP 2013/4)