-L’effondrement brutal des cours des matières premières et le recours grandissant aux émissions obligataires ont fait ressurgir ces dernières années le spectre de la dette en Afrique, qui semblait éloigné depuis les mesures d’allègement des années 2000, s’inquiètent différents observateurs.
“Il s’agit clairement d’une source de préoccupation. Les gens ne l’ont pas vu venir”, explique à l’AFP Julien Marcilly, chef économiste de l’assureur-crédit Coface.
“Nous devons faire en sorte de ne pas retomber dans le piège de la dette”, a lancé la semaine dernière à Abidjan devant un parterre de dirigeants le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina.
Cette dégradation est d’autant plus inattendue que la dette de 30 pays africains avait été allégée massivement de 2000 à 2014 dans le cadre d’une initiative Pays pauvres très endettés (PPTE), ramenant selon une étude du Trésor français leur dette publique extérieure en moyenne de 119% du PIB à 33%, en contrepartie de réformes d’inspiration libérale.
Libérés sous conditions d’une bonne partie de ce fardeau, chaque Etat a disposé d’une marge de manoeuvre budgétaire plus large qui lui a permis d’accélérer la croissance déjà dopée par le bond des cours des matières premières.
Les pays africains ont bénéficié “de conditions de financement inhabituellement favorables”, a récemment rappelé Standard and Poor’s.
Du coup, ils ont recommencé à s’endetter. Mais cette fois largement auprès des marchés. Les créanciers ne sont donc pas forcément des pays qui peuvent effacer une ardoise d’un trait de plume.
Il s’agit de créanciers privés qui peuvent avoir la dent dure, comme l’a illustré l’interminable feuilleton des créanciers de l’Argentine qui ont bataillé en justice pendant des années jusqu’à obtenir gain de cause. La Chine est également un acteur important.
Quelques pays sont tombés dans les travers d’antan, “se ré-endettent à un rythme très soutenu”, a souligné le Trésor, signalant que 13 des 30 pays du PPTE “ont vu leur dette croître de plus de 10 points de PIB dans les cinq dernières années”.
Le Congo Brazzaville avec 25 points figure en tête de liste, suivi par le Niger (+23) et le Malawi (+19).
Un pays comme le Ghana, par exemple, s’est vu contraint il y a un an à demander un prêt d’environ un milliard de dollars au FMI en contrepartie de réformes “douloureuses”, “parvenant à réduire le déficit, mais sans empêcher que le poids de la dette continue d’augmenter”, affirme M. Marcilly.
– Les nuages s’amoncellent –
Les nuages s’amoncellent pour les économies émergentes: outre la chute des prix des matières premières, elles font face au ralentissement de leurs économies et aussi à la chute de leurs monnaies.
“La dépréciation des monnaies locales a gonflé la dette en devise étrangère dans de nombreux pays”, souligne S&P.
Malgré cela, les pays africains restent moins endettés que nombre de pays riches. “La dette publique totale de l’Afrique atteignait 38% du PIB continental en 2014 contre près de 111% pour les pays de l’OCDE”, rappelle le secrétaire exécutif de la Commission économique de l’ONU sur l’Afrique Carlos Lopes. Mais “le mal a été de ne pas tenir compte de la volatilité des taux de change”.
Pour les pays qui se sont financés sur les marchés internationaux, “la remontée attendue des taux d’intérêts et les risques de change liés à ces émissions, généralement libellés en devise” constitue un défi, constate le Trésor.
“L’endettement va s’aggraver dans les pays ayant un faible niveau de discipline budgétaire et ceux qui empruntent excessivement”, prévient également M. Lopes, qui appelle chaque Etat “à renforcer ses capacités de gestion de la dette” et à “rendre compte de l’emploi des fonds empruntés”.
Toutefois, il “n’y a pas lieu de craindre une nouvelle crise de surendettement à court terme pour la grande majorité des pays africains” qui avaient bénéficié de l’initiative TTPE, selon le Trésor français.
Mais “un petit nombre d’entre eux a connu une période de ré-endettement très soutenu (…) et pourraient bientôt retrouver des niveaux d’endettement proches de ceux observés avant l’initiative”, prévient-il.
Sept pays se trouvent en risque de “surendettement élevé” à fin 2015, selon lui: Burundi, Cameroun, Ghana, Mauritanie, République Centrafricaine, Sao Tome et Principe, et Tchad.
– Les Sénégalais se prononçaient dimanche par référendum sur des réformes constitutionnelles, dont la réduction du mandat du chef de l’Etat de sept à cinq ans, une consultation qui a pris des allures de vote pour ou contre le président Macky Sall.
L’affluence était faible dans la matinée après l’ouverture à 08H00 (locales et GMT) des bureaux de vote, qui devaient fermer à 18H00, les premiers résultats officiels étant attendus lundi au plus tôt.
La campagne express d’une semaine a été émaillée d’accusations de corruption, de trafic d’influence, de désinformation et même de violences, dans un pays réputé pour sa stabilité et présenté comme une démocratie modèle en Afrique, au point que plus de 3.000 policiers ont été appelés “en renfort pour sécuriser le vote”, selon le quotidien L’Obs.
Le débat s’est cristallisé sur le retrait par M. Sall, sur avis du Conseil constitutionnel, de la disposition portant sur l’application du quinquennat au mandat en cours, signifiant qu’il irait donc jusqu’au bout de son septennat en 2019.
Elu face à Abdoulaye Wade (2000-2012) qui briguait un troisième mandat en contournant la Constitution selon ses détracteurs, Macky Sall avait promis durant sa campagne le retour du quinquennat, avec effet immédiat.
Plusieurs collectifs de l’opposition et de la société civile, dont “Y’en a marre”, un mouvement en pointe dans le combat contre un troisième mandat du président Wade, appellent à voter “Non”, reprochant à Macky Sall d’avoir manqué à sa parole et dénonçant son empressement à convoquer le référendum.
Dans une école élémentaire de Mbao, en banlieue de Dakar, les rangs des électeurs étaient clairsemés, certains bureaux étant vides à l’ouverture du vote. Les seuls retards observés étaient dus à la mise en place du matériel électoral, a constaté un journaliste de l’AFP.
La situation était similaire dans des bureaux de vote du quartier Castors de la capitale. “Les électeurs viennent au compte-gouttes”, expliquait un président de bureau de vote. “Ce n’est pas le même engouement que lors des présidentielles et des législatives”, a reconnu un représentant de la Commission électorale.
– Présidentielle de 2019 à l’horizon –
Jusqu’au dernier jour de campagne vendredi, le président Sall a sillonné le pays, rendant notamment visite aux chefs des confréries religieuses islamiques, très influentes dans ce pays majoritairement musulman.
Le front du “Non” s’est élargi à des responsables de la majorité, dont des députés et des maires, notamment celui de Dakar, Khalifa Sall, considéré comme un potentiel candidat à la présidentielle de 2019.
La controverse sur la durée du mandat a occulté les autres dispositions de la révision constitutionnelle en 15 points, qui porte également sur le renforcement des droits des citoyens et de l’opposition, ainsi que des pouvoirs législatif et judiciaire.
La plupart des citoyens interrogés par les médias ont indiqué vouloir sanctionner positivement ou négativement le bilan du chef de l’Etat.
Le camp présidentiel a accusé ses adversaires de se livrer à “de la confusion, de la désinformation et de l’intoxication”. La présidence a d’ailleurs publié sur son site internet un “vrai-faux du référendum” pour réfuter les rumeurs ou les affirmations de certains militants du “Non”.
Il y est ainsi précisé que la révision constitutionnelle “ne permettra pas au président Macky Sall de faire un éventuel troisième mandat à partir de 2024” en jouant sur le passage du septennat au quinquennat, et qu’elle n’a pas pour objet d’encourager l’homosexualité, illégale au Sénégal.
Le camp du “Oui” a également été accusé d’”achat de consciences” en distribuant de l’argent et du riz pendant la campagne, selon ses détracteurs, une pratique qualifiée par Khalifa Sall de “forme de violence” et de “viol de la conscience des citoyens”.
Ces soupçons ont été alimentés par les déclarations d’un responsable du parti présidentiel, le député Moustapha Cissé Lô, selon lequel “l’argent va couler à flot”.
Le chef de l’Etat “a transformé une promesse électorale en enjeu plébiscitaire”, en organisant une “présidentielle à candidature unique” lors de laquelle il faut répondre “oui ou non à Macky”, commentait l’hebdomadaire privé Nouvel Horizon.
A travers ce référendum, il “cherche à se rassurer” en prévision des législatives prévues en 2017 et avant la présidentielle de 2019, selon des analystes.
-L’organe international de contrôle des stupéfiants présente son rapport pour l’année 2015. Une donnée connue de longue date se confirme : l’Afrique est bel et bien une porte d’entrée, une zone de transit pour tous types de drogues qui sont ensuite acheminées vers les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie. Fait nouveau, le continent devient aussi une zone de fabrication de drogues de synthèses.
Avec notre correspondant à Dakar, Guillaume Thibault
Cocaïne à l’Ouest, héroïne à l’Est, drogues de synthèse et marijuana partout. Le continent africain est toujours une porte d’entrée pour tous types de drogues. « Le trafic de cocaïne demeure une préoccupation majeure », pointe le rapport. La Guinée-Bissau, la Gambie ou encore le nord du Mali sont des zones d’arrivées et de transit connues, mais, signe que ce dossier est ultrasensible, aucun de ces pays n’est cité dans le rapport. Seul le Cap-Vert est présenté comme une plaque tournante du trafic de cocaïne, une demi-tonne a été saisie.
Dans ce rapport, aucun lien n’est établi entre les cartels d’Amérique latine et les groupes jihadistes présents en Afrique de l’ouest. De plus, il ne donne aucun détail sur l’argent généré par ce trafic.
Changement de méthode
Les trafiquants d’Amérique latine ont changé de méthode. Moins de grosses cargaisons, c’est via des colis plus petits que la cocaïne est acheminée en Afrique, notamment de l’Ouest. La multiplication des vols commerciaux depuis le Brésil explique en partie cette augmentation : 120 kilos saisis à Lagos en 2014, 286 kilos à Lomé.
Autre élément, la confirmation que l’Afrique, notamment de l’Est est une zone de transit de l’héroïne. Les saisies ont fortement augmenté en Tanzanie, au Kenya, en Egypte. Dans ce dernier pays, 260 kilos ont été saisis en 2013 et plus de 600 kilos en 2014.
Dernier point qui inquiète, l’Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria, en Côte d’Ivoire et Guinée, est devenue une zone de fabrication de drogues de synthèse. Dix laboratoires ont été démantelés l’an dernier. Plus de 100 kilos de méthamphétamine en provenance du Mali ont été saisis au Sénégal.
Pour fabriquer ces drogues, il faut des produits chimiques, par exemple de l’éphédrine. Des produits légaux et qui sont importés en toute légalité sur le continent africain. Pour le moment, les contrôles pour savoir quelle est la destination finale de ses produits sont insuffisants.
Enfin, le continent africain reste une terre très fertile pour la production de marijuana. L’herbe pousse en effet partout et très bien. Malgré les efforts des autorités, le Maroc est considéré comme l’un des premiers producteurs de cannabis au monde. Et une production importante rime avec consommation. Au Maroc, l’usage de cannabis concerne 12,4 % des personnes âgés de 15 à 64 ans, un chiffre beaucoup plus élevé que le niveau mondial qui est de 3,9%.
L’organe note qu’il y a une apparition de centres illicites de production et de transformation de drogues.
-Il y a cinquante ans, le Ghanéen Kwame Nkrumah se faisait évincer de la présidence de son pays par des militaires. Artisan de l’indépendance du Ghana, le leader déchu était accusé d’avoir ruiné son pays. Tombé dans l’excès de la mégalomanie et le culte de la personnalité, l’homme n’en reste pas moins l’un des plus grands penseurs de l’unité africaine. Et si la radicalité de sa pensée panafricaniste, en avance sur son temps, était la véritable cause de sa chute ?
Le 24 février 1966, Kwame Nkrumah, premier président de la République du Ghana, est renversé lors d’un coup d’Etat. L’armée ghanéenne a profité de l’absence de ce dernier, en visite officielle en Chine, pour s’emparer du pouvoir. Le Ghana devient ainsi le septième pays en Afrique noire à connaître le syndrome des coups d’Etat militaires depuis le début des indépendances.
Le mécontentement contre le régime grondait depuis plusieurs années, comme en témoigne la multiplication des grèves et des manifestations à travers le pays pour protester contre la pratique de plus en plus mégalomaniaque et solitaire du pouvoir par le chef de l’Etat. A l’annonce du coup d’Etat, la population descend dans la rue pour faire la fête, allant jusqu’à traîner à terre la statue du président qui s’élevait devant le Parlement.
Pour expliquer ce coup de force, les putschistes évoquent, pour leur part, la grave crise économique ghanéenne, une dette extérieure insupportable, l’épuisement des réserves nationales, les pénuries, le chômage, la dévaluation de la monnaie ainsi que la dérive totalitaire du Convention People’s party (CPP) du président déchu. Certains voient dans ce putsch la main de puissances occidentales pour lesquelles le rapprochement du leader ghanéen avec l’Union soviétique et la Chine, doublé de son engagement pour l’unité panafricaine et le nationalisme économique, le plaçait, de facto, dans le camp communiste. D’ailleurs, des documents du Département d’Etat américain, déclassifiés depuis, ont montré que le putsch avait été mené par, comme l’a écrit le sociologue et militant tiers-mondiste Jean Ziegler, « deux officiers subalternes, intimement liés à l’Intelligence Service britannique ».
Toujours est-il que, déclaré persona non grata au Ghana par le Conseil de libération qui s’établit à la tête du gouvernement à Accra, Nkrumah ne remettra plus les pieds de son vivant dans son propre pays. Il trouve asile en Guinée où il restera jusqu’à la fin de ses jours, avant de mourir d’un cancer à Bucarest en 1972.
Retour sur un mythe
La population ghanéenne avait pourtant ovationné Kwame Nkrumah lorsque, en 1957, celui-ci avait arraché l’indépendance du pays aux colonisateurs britanniques, hissant le Ghana à la souveraineté internationale. Il était extrêmement populaire, jusqu’au moment où son mythe a commencé à s’effriter sous la pression de la réalité du pouvoir, transformant l’homme providentiel en un « dictateur » honni, alors même que sa pensée visionnaire sur l’intégration africaine commençait à s’enraciner dans les esprits à travers le continent, faisant de l’auteur de L’Afrique doit s’unir le symbole vivant du panafricanisme. C’est l’intellectuel kényan Ali Mazrui qui résume en une formule éloquente le paradoxe de Nkrumah : « Il est devenu simultanément un héros africain et un dictateur ghanéen ».
Rien ne prédisposait toutefois cet homme éclairé, soucieux de faire de la politique un moyen de libérer son peuple et unir l’ensemble du continent africain, à finir sa carrière nationale dans la tyrannie et la déchéance. Né en 1909 dans une famille modeste dans un village du sud-ouest du Ghana qu’on appelait à l’époque la Côte d’Or, le jeune Kwame Nkrumah s’est élevé par la force de son intelligence et ses aspirations.
Son premier cycle d’études terminé, Nkrumah part en 1935 pour les Etats-Unis où il fait des études d’économie et de sociologie à l’université noire Lincoln, en Pennsylvanie. Il y découvre, d’une part, les thèses socialistes (Marx, Lénine) et, d’autre part, les auteurs noirs américains, tels que Marcus Garvey et W.E.B. Du Bois, dont la pensée pan-négriste et panafricaniste alimentent sa propre prise de conscience de nationaliste africain. Diplômé en 1939, il publie son premier ouvrage Towards colonial freedom : c’est une analyse des ressorts du colonialisme occidental et en même temps sa dénonciation en tant qu’outil d’oppression et d’exploitation.
Parallèlement, le jeune Kwame se lance dans le militantisme et rejoint l’association des étudiants africains des Etats-Unis et du Canada, dont il devient le président. C’est le militantisme estudiantin qui le conduit ensuite en Angleterre où il s’impose très vite comme un des hommes-clés du mouvement panafricain. A ce titre, il organise le 5e congrès panafricain qui se tient à Manchester en 1945.
Son séjour en Angleterre est aussi l’occasion pour le jeune nationaliste panafricaniste de nouer des contacts avec la diaspora africaine, dont le Zambien Kenneth Kaunda, le Kenyan Jomo Kenyatta, le Zimbabwéen Joshua Nkomo ainsi que le Tanzanien Julius Nyerere qui sont encore étudiants, mais qui vont bientôt jouer des rôles de premier plan dans le mouvement anti-colonial dans leurs pays respectifs, avant de prendre – pour certains – les rênes du pouvoir, une fois l’indépendance acquise. Nkrumah lui-même ne tardera pas à rentrer dans son pays, où sa réputation de militant indépendantiste le précédé, faisant de son nom un synonyme de radicalisme aux yeux de l’administration coloniale de la Gold Coast.
Dès son retour au pays natal en 1947, Nkrumah devient ainsi la bête noire des colonisateurs britanniques qui ne tarderont pas à le jeter en prison pour agitation politique, faisant de ce militant quadragénaire le héros de la population ghanéenne qui aspire à la liberté et à l’indépendance. C’est ainsi que naît le mythe de Nkrumah, symbole vivant du nationalisme africain éclairé qui choisit le chemin de la négociation plutôt que celui de la confrontation pour libérer son pays. Militant devenu leader du mouvement indépendantiste, Nkrumah crée son propre parti, le CPP, qui en 1952 remporte triomphalement les élections locales et entre dans le gouvernement colonial. Il participe, aux côtés des Britanniques, à la gestion politique du pays, jusqu’à l’avènement de l’indépendance 5 ans plus tard. Le 6 mars 1957, la Côte d’Or se libère du joug colonial sous le nom du Ghana, en hommage à l’ancien empire ashanti. Le Ghana est le premier Etat indépendant de l’Afrique après le Soudan en 1956. Nkrumah est son Premier ministre, puis président à partir de l’introduction de la nouvelle Constitution en 1960.
Les années Nkrumah
Arrivé au pouvoir, le Ghanéen n’abandonne pas pour autant ses idéaux panafricanistes et s’intéresse aux autres pays du continent plongés dans la lutte coloniale. « Le nationalisme africain ne se limite pas seulement à la Côte d’Or », affirme-t-il, rappelant lors des nombreuses réunions panafricanistes qu’il accueille dans son pays que la décolonisation nationale n’était pas la dernière étape du combat anticolonial, mais le point de départ de la lutte pour une Afrique réunie.
Sous son égide, dans les années 1960, le Ghana est devenu le refuge très recherché des panafricanistes du monde entier, notamment celui des Africains-Américains dont les ouvrages avaient permis de structurer la pensée politique du futur président. Outre le célèbre Docteur W.B. Du Bois à qui il rend hommage en lui accordant la nationalité ghanéenne, Nkrumah accueille des militants et intellectuels reconnus pour leur contribution à la réflexion sur l’identité noire : la poétesse Maya Angelou, le militant Malcolm X, la communiste Vicki Holmes Garvin, l’essayiste Julius Mayfield pour ne citer que ceux-là.
Parallèlement, joignant l’idéologie à l’action, le leader ghanéen propose dès 1958 une union fédérale à la Guinée, mise au ban de la communauté française pour avoir osé dire « non » à de Gaulle. En guise de soutien à son ami le président Sékou Touré, il lui consent un prêt de 25 millions de dollars lorsque la France coupe les ponts brutalement avec Conakry, suite à la déclaration d’indépendance de son ancienne colonie. En 1960, Nkrumah va encore plus loin, en inscrivant dans la Constitution du Ghana la possibilité d’un abandon de souveraineté au profit d’une fédération africaine, suivant ainsi dans les pas de Sékou Touré qui avait été le premier Africain à avoir envisagé une telle éventualité. En 1963, Nkrumah est l’un des pères fondateurs de l’Organisation de l’Union africaine (OUA). Son discours à la cérémonie de la signature du traité créant cette première entité panafricaine éblouit et fait peur à la fois.
« Je fais partie de ceux qui pensent, explique Amzat Bokhari-Yabara, auteur d’une histoire exhaustive du panafricanisme (1), que c’est la radicalité de la vision panafricaniste de Nkrumah appelant à la création des Etats-Unis d’Afrique comme le seul rempart possible contre le néocolonialisme et la poursuite de l’exploitation du continent par les grandes puissances, qui était peut-être la véritable cause de la ruine de ce grand homme, en avance sur son temps. Aujourd’hui encore, près de cinquante ans après la disparition de Nkrumah, son idée de l’abandon de souveraineté au profit d’une Union africaine fait débat et divise les pays africains ».
En pleine guerre froide, cette radicalité est perçue par les ex-puissances coloniales comme une manoeuvre pour soumettre toute l’Afrique au communisme en l’arrachant à leurs influences. A cette inquiétude, il faut sans doute ajouter la pénurie et le mécontentement qui étaient réels à l’époque au Ghana, tout comme le culte de la personnalité paranoïaque dans lequel était tombé le président ghanéen dans les dernières années de son règne, justifiant aux yeux de ses adversaires, intérieurs comme extérieurs, le coup d’Etat du 24 février 1966.
« Cinquante ans après le coup d’Etat, Nkrumah reste un grand Africain en raison de la portée visionnaire de son ambition panafricaine », affirme le checheur Bokhari-Yabaara. Sa réconciliation avec son pays natal est sans doute aussi à l’oeuvre. L’audience retrouvée de son parti le CPP que dirige aujourd’hui sa fille Samia Nkrumah, en est peut-être le signe. »
-Les élections en RDC doivent avoir lieu « à bonne date ». Quatre organisations internationales le demandent dans un communiqué conjoint : l’Union Africaine, les Nations unies, l’Union européenne et l’Organisation internationale de la francophonie. Elles soutiennent la tenue d’un dialogue politique en vue de l’organisation de ces élections et appuient le travail du facilitateur Edem Kodjo.
Les quatre organisations insistent sur l’importance cruciale de ces élections, qui doivent se tenir dans 9 mois. Le communiqué n’appelle pas ouvertement le respect des délais constitutionnels mais parle de l’importance de tenir ces scrutins « à bonne date » et fait référence au respect du cadre de la Constitution.
Pas une remarque en revanche sur la restriction de l’espace politique et les violations des droits de l’homme alors que des observateurs estiment que cela menace déjà la crédibilité du processus électoral.
Les quatre organisations exhortent par ailleurs les acteurs politiques congolais à apporter leur « entière coopération » à l’envoyé spécial de l’Union africaine Edem Kodjo. Un message à ceux qui dans l’opposition n’ont pas voulu le rencontrer, comme la Dynamique de l’opposition ou le G7. Un message aussi à l’opposant Etienne Tshisekedi et son parti l’UDPS qui après avoir rencontré Edem Kodjo ont refusé le dialogue tel que convoqué par Joseph Kabila.
Comme pour rassurer tous ces interlocuteurs, les organisations citent la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui prône dans son article 5 le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance.
‘Afrique fait souvent parler d’elle pour ses chefs d’Etats qui refusent de quitter le pouvoir et modifient la Constitution pour conserver leur siège. Pourtant, de nombreux pays donnent l’exemple contraire avec des dirigeants qui cèdent le pouvoir au terme d’élections démocratiques et respectent la limitation des mandats. Découvrez les dans notre poster vidéo.
-Quelle longévité politique pour les présidents africains actuels ?
Le continent compte quelques-uns des plus anciens chefs d’Etat du monde.
Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et José Eduardo dos Santo sont au pouvoir depuis plus de 30 ans.
Mais l’Afrique est en perpétuel renouveau. Sur le continent, 25 présidents sont restés à la tête de l’Etat pour un mandat de cinq ans ou moins. Et une douzaine de chefs d’Etat ont été nouvellement élus ces deux dernières années.
Avec notre carte interactive, découvrez combien de temps chaque président a gardé le pouvoir.
-Les primes de qualification des A prime payées. Les 23 joueurs de l’équipe nationale A’ sont passé a la caisse ce mardi matin 26/01/2016. Toutes les primes ont été payé. Selons le capitaine Hugo Nyame, “nous sommes content parce qu’ils ont tout donné comme prevu, et nous nous concentrons deja pour le prochain match contre la Cote d’Ivoire.”
Rwanda – RD Congo et Cameroun – Côte d’Ivoire en quarts de finale
Les deux premiers quarts de finale sont connus. Le Rwanda recevra la RD Congo samedi 30 janvier au stade Amahoro à Kigali ; en deuxième heure le Cameroun et la Côte d’Ivoire s’affronteront au stade d’Huye. La question du jour était de savoir qui de la Côte d’Ivoire ou de l’Ethiopie rejoindrait le trio des trois qualifiés. Le Cameroun avait l’avantage sur son rival de pouvoir se contenter du point d’un match nul.
Le Cameroun a fait mieux. Il a remporté sa deuxième victoire dans le groupe B en l’emportant par 3 buts à 1 face aux Léopards et terminé en tête du groupe. A l’évidence les Camerounais avaient bien en tête les données du problème. La consigne de Martin Ndtoungou Mpilé était simple : « les gars on gagne ». Florent Ibenge était dans une toute autre disposition. Il n’avait gardé qu’un joueur de champ ayant disputé l’intégralité des deux matches précédents, le milieu de terrain du TP Mazembe, Merveille Bope. La partie se déroula comme on l’avait imaginée. Les Camerounais prenaient d’entrée l’initiative du jeu, tandis que les Congolais se contentaient de voir venir, tranquilles. A tour de rôle, les Samuel Nlend, Nicolas Ngamaleu, Yazid Atouba et Anthony Mfede se déployaient sur la ligne d’attaque, cherchant l’ouverture devant le gardien Ley Matampi qui, par certains de ses gestes n’est pas sans rappeler son légendaire prédécesseur, Robert Kidiaba, mais cela ne passait pas. D’une part parce que Matampi réalisait un sans-faute, d’autre part parce que les Camerounais, plus lionceaux que Lions, se montraient souvent maladroits dans la réalisation et dans la finition. Jusqu’à la 40e minute lorsque à la réception d’un centre parfait de Ngamaleu, Atouba reprenait de pleine volée l’offrande pour la catapulter dans les filets congolais. 1-0 à la mi-temps. Le Cameroun avait fait un pas supplémentaire en direction des quarts de finale.
On venait à peine de reprendre que le jeu qu’au terme d’un une-deux en trois temps magnifique avec, au départ de l’action Christian Ngudikama, Jean-Marc Mundele égalisait (47’). Les camarades de Guy Lusadisu reprenaient l’avantage peu après. Un centre de Jonathan Ngwem impeccable pour Ngamaleu et direct dans les filets (51’). On faillit assister à la réplique parfaite de l’action – débordement sur le côté droit, centre ajusté dans la surface au deuxième poteau, avec les mêmes joueurs, mais cette fois le ballon passa au-dessus de la transversale (62’).
Quelques instants plus tard, les Camerounais ajoutaient un troisième but par Nlend après une série d’erreurs défensives congolaises.
Un match plaisant car une fois encore dans ce groupe B, le plus prolifique pour le moment, on avait assisté à des buts, les quatre de Cameroun – RD Congo, et les trois d’Angola – Ethiopie (2-1). Une partie qui avait attiré les entraîneurs du Rwanda et de la Côte d’Ivoire, avides de connaître leurs futurs adversaires dont ils ignoraient le nom. Il y avait également le toujours jeune Monsieur Roger Milla, très attentif au jeu de ses « successeurs ». Le Cameroun avait logiquement gagné. Question : et si Florent Ibenge n’était pas malheureux de rencontrer le Rwanda plutôt que la Côte d’Ivoire ? Une chose est sûre un Cameroun – Côte d’Ivoire fait déjà saliver le football africain.
Retro: Comment départager les équipes en cas d’égalité de points En cas d’égalité de points entre deux équipes (Article 74-1 du règlement du CHAN 2016)
En cas d’égalité de points entre deux équipes, au terme des matches de groupe, les équipes seront départagées selon les critères suivants dans l’ordre indiqué ci-dessous :
– Le plus grand nombre de points obtenus lors de la rencontre entre les deux équipes concernées ;
– La différence de buts sur l’ensemble des parties disputées dans le groupe ;
– Le plus grand nombre de buts marqués sur l’ensemble des matches de groupe ;
– Un tirage au sort effectué par la Commission d’Organisation.
En cas d’égalité de points entre plus de deux équipes
(Article 74-2 du règlement du CHAN 2016)
En cas d’égalité de points entre plus de deux équipes à l’issue des matches de groupe, les équipes seront départagées selon les critères suivants dans l’ordre indiqué ci-dessous :
74.2.1 Le plus grand nombre de points obtenus dans les rencontres entres les équipes concernées ;
74.2.2 La meilleure différence de buts dans les rencontres entres les équipes concernées ;
74.2.3 Le plus grand nombre de buts marqués dans les rencontres entres les équipes concernées ;
74.2.4 Si, après avoir appliqué les critères 74.2.1 à 74.2.3, deux équipes sont encore à égalité, les critères de 74.2.1 à 74.2.3 sont à nouveau appliqués aux matches disputés entre les deux équipes en question pour déterminer le classement final des deux équipes.
Si cette procédure ne permet pas de les départager, les critères de 74.2.5 à 74.2.7 sont appliqués dans l’ordre indiqué ;
74.2.5 Meilleure différence de buts dans tous les matches du groupe ;
74.2.6 Plus grand nombre de buts marqués dans tous les matches du groupe ;
74.2.7 Un tirage au sort effectué par la Commission d’Organisation.
-Entre sites traditionnels et plateformes de transbordement, un nouveau réseau d’interfaces émerge. Leur but : connecter l’intérieur des terres à la mer.
Tanger, Djibouti, Le Cap, Alexandrie, Dakar… Noms quasi mythiques pour les marins et ports historiques de l’Afrique. Remplacés par Badagry, Lamu, Nqura… De simples quais de pêche jetés le long des côtes mais appelés à tenir demain le rôle d’interfaces portuaires pour le continent. Dans le sillage des porte-conteneurs, toujours plus gros et toujours plus nombreux à remonter les côtes africaines, se redessine la carte maritime du continent. Et c’est presque dans une course contre la montre que s’est lancée l’Afrique depuis cinq ans pour réaliser son « rattrapage portuaire », selon l’expression des spécialistes.
50 milliards de dollars
Entre l’inauguration du port de Tanger Med, en 2007, et la réception des premières installations programmées pour 2017 à Lamu, sur la partie nord du littoral kényan, plus d’une cinquantaine de milliards de dollars (plus de 40 milliards d’euros) auront été investis pour que l’Afrique s’équipe à son tour « des terminaux ultramodernes et entièrement automatisés qui ont vu le jour en Asie et en Europe », explique François-Xavier Delenclos, vice-président chargé du développement chez l’opérateur danois APM Terminals (APMT).
Entre 2007 et 2017, plus d’une cinquantaine de milliards de dollars auront été investis pour que l’Afrique s’équipe à son tour de terminaux ultramodernes et entièrement automatisés.
L’Afrique ne représente toujours que 5 % du commerce maritime mondial et moins de 2 % du trafic conteneurisé de la planète, mais les volumes traités ont été multipliés par quatre, en ligne avec la croissance économique du continent, elle-même stimulée par les échanges avec l’Asie.
Une première remise à niveau des quais a donc eu lieu durant la dernière décennie, dans la foulée des contrats de mise en concession signés entre les autorités portuaires publiques et les opérateurs privés internationaux, alléchés par les 7 % de croissance annuelle affichés depuis quinze ans par les trafics maritimes africains en tout genre.
De Dakar à Luanda, chaque port y va de son projet de développement, et les portiques fleurissent le long du golfe de Guinée. Dans le même temps, les côtes africaines s’équipent de leurs premiers ports de transbordement, spécialisés dans l’éclatement et la redistribution des flux de marchandises conteneurisées venant d’Europe et d’Asie. DP World s’inspire de ses installations à Dubaï pour construire le terminal de Doraleh, au large de Djibouti, APMT de l’expérience acquise sur ses terminaux européens et asiatiques pour moderniser Port-Saïd, et Transnet puise dans son trésor de guerre pour étendre les quais de Durban et sortir des eaux le port flambant neuf de Nqura pour 900 millions de dollars.
Le collier de perles est complété par Tanger Med – jailli de l’esprit de Mohammed VI, sans doute impressionné par la belle mécanique d’Algésiras, de l’autre côté du détroit de Gibraltar – , par Las Palmas, le hub de la compagnie maritime Mediterranean Shipping Company (MSC), qui suit sa propre logique, et par le terminal modèle de Pointe-Noire, géré par Bolloré Africa Logistics (BAL), porte d’entrée de plus en plus incontournable en Afrique centrale et sur le marché toujours à prendre de la RD Congo.
Mais une nouvelle phase de modernisation semble se mettre en place ces toutes dernières années, avec l’arrivée en eau profonde de « grands complexes industrialo-portuaires », pour reprendre la dénomination de Yann Alix, expert des questions maritimes et délégué général de la Fondation Sefacil.
Géants des mers
Un nouveau réseau portuaire semble vouloir s’insérer dans l’existant, entre les ports traditionnels et les plateformes de transbordement. Les premiers sont certes en plein développement, mais leur logique, avant tout nationale, ralentit le maillage terrestre entre les États.
Par ailleurs, leur possibilité d’extension reste limitée face à la pression urbaine et démographique, obligeant les pouvoirs publics « à sortir les ports des villes », reprend Yann Alix. Quant aux secondes, elles permettent bien aux géants des mers de faire escale en Afrique, mais la très grande majorité des conteneurs ne fait que regarder les côtes avant de repartir vers d’autres horizons.
« Ce n’est pas une activité représentant beaucoup de valeur ajoutée pour un pays, et les risques de voir disparaître un trafic au profit d’un terminal concurrent moins cher ou plus productif sont grands pour un opérateur », précise François-Xavier Delenclos.
Comme Abidjan a pu l’apprendre à ses dépens avec Tema lors de la crise ivoirienne. Une véritable guerre des terminaux s’annonce sur la côte ouest-africaine, avec son lot de victimes potentielles : Douala, Libreville, Cotonou, voire Dakar. Face à ces enjeux, une nouvelle génération de ports est en train d’émerger. « L’objectif n’est plus seulement d’attirer le fret, mais de concentrer et de maîtriser les flux », rappelle un spécialiste.
Des projets pharaoniques de plusieurs milliards de dollars naissent à quelques encablures des grands centres de consommation engorgés de Lagos, Dar es-Salaam ou Mombasa. Particularité de ces infrastructures portuaires, « elles intègrent le versant terrestre », souligne Yann Alix. Captant et fixant ainsi en un seul point de passage une part non négligeable des deux grands flux africains, les biens de consommation à l’import et les volumes de matières premières minérales et agricoles à l’export.
Jungle portuaire
Ce n’est pas un hasard si la Chine, premier partenaire commercial du continent, a plus ou moins mis le gouvernement tanzanien devant le fait accompli en dévoilant le projet de Bagamoyo lors de la visite officielle du président chinois en 2013. Pékin a annoncé être prêt à investir 10 milliards de dollars pour construire au nord de Dar es-Salaam un complexe susceptible de traiter 20 millions de conteneurs par an, soit le double d’un port comme Rotterdam. Attendu pour 2017, il comprend également la desserte ferroviaire de la sous-région, lorgnant avec insistance les gisements congolais et zambiens.
La même stratégie semble être appliquée à Lamu, au Kenya. Pour 24 milliards de dollars ! Cette bourgade inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco ambitionne de devenir le hub de la côte orientale, adossé à une raffinerie et surtout au fameux Lapsset Corridor (pour Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport), un ensemble de voies ferrées, d’autoroutes et d’oléoducs tirés à travers le continent pour rejoindre Douala à l’horizon 2030.
Et quand ce ne sont pas les clients eux-mêmes qui initient les projets, ce sont les fournisseurs, comme les compagnies minières Vale à Nacala et Rio Tinto à Beira, au Mozambique – en attendant peut-être Conakry -, alors que le fer du gisement de Mbalam pèse lourd dans l’état d’avancement de Kribi, au Cameroun.
Du côté du Nigeria, l’explosion du trafic des conteneurs, censés atteindre les 10 millions d’EVP en 2025, contre 1,5 million aujourd’hui, justifie à elle seule la réalisation de nouveaux ports à Lekki et à Badagry, construits pour quelques milliards de dollars supplémentaires à une petite centaine de kilomètres de Lagos. « Il faut réunir quatre conditions pour s’imposer dans la jungle portuaire actuelle, rappelle un fin connaisseur du théâtre des opérations : un tirant d’eau pour recevoir les navires de dernière génération, une superficie disponible pour entreposer des volumes de marchandises considérables, un marché régional significatif aux portes mêmes du port-relais et, enfin, la stabilité politique. » Les heureux élus se reconnaîtront.