-Le calme est semble-t-il de retour dans l’est de la RDC après une incursion d’éléments de l’armée rwandaise, ce 22 avril, à un peu moins d’une centaine de kilomètres au nord-est de Goma. Cette incursion et les échanges de tirs qui se sont produits ont fait un blessé du côté de l’armé congolaise, selon les autorités qui ont saisi le mécanisme conjoint de vérification.
Un soldat congolais blessé par balle à la jambe, c’est le bilan de cet accrochage entre les armées congolaise et rwandaise, mercredi, selon des sources concordantes. L’incident a eu lieu sur la colline Musangoti, tout près de celle de Chanzu, dans le secteur de Rutshuru. Il s’agit d’une zone en plein parc des Virunga, qui s’étend des deux côtés de la frontière rwandaise et congolaise.
Selon le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, des soldats congolais, voyant une position de militaires rwandais à environ 1 km à l’intérieur de leur territoire, ont tiré des coups de feu de sommation. Les Rwandais ont répliqué, blessant un soldat, avant de repasser de l’autre côté de la frontière.
Mais cette incursion a été aussitôt démentie par un diplomate rwandais. Le numéro deux de la représentation permanente du Rwanda aux Nations unies, Olivier Nduhungirehe, a qualifié l’incident de « bobard » sur son compte Twitter. Du côté de l’armée rwandaise, silence radio depuis mercredi. Ce jeudi matin, une équipe de la mission de vérification conjointe est partie sur le terrain voir ce qu’il en était. Une vérification qui pourrait s’avérer compliquée si les militaires rwandais ont quitté la zone. Cet incident frontalier n’est, en tout cas, pas le premier. En juin dernier, pendant deux jours, il y avait eu des accrochages entre les deux armées dans une zone particulièrement mal délimitée de la frontière.
-L’Abbé Apollinaire Muholongu Malumalu, président de la Commission électorale nationale indépendante, a annoncé son « retour au pays pour bientôt » et affirmé que sa « santé s’améliore » au cours de la réunion ordinaire de l’Assemblée plénière de la Ceni qu’il a présidé le samedi 11 avril 2015 en direct par vidéo-conférence (photo) à partir de l’Afrique du Sud.« Ma santé s’améliore positivement et mon retour au pays est pour bientôt », a-t-il rassuré, indiquant qu’il animera un point de presse cette semaine « pour fixer l’opinion nationale sur les enjeux électoraux de l’heure ».
A cette occasion, il a salué les 10 membres de l’Assemblée plénière présents à Kinshasa pour examiner les cinq points inscrits à l’ordre du jour : 1.Ouverture des Bureaux de réception et traitement des candidatures (BRTC) ; 2. Préparation de la réunion du Comité de Partenariat des élections ; 3.L’audit externe du fichier électoral ; 4. La sensibilisation électorale et les parties prenantes au processus électoral ; 5.Divers.
Réception des candidatures aux élections provinciales le 15 avril 2015
Lors de cette réunion, le Secrétaire exécutif national de la Ceni a fait le point des préparatifs accélérés des opérations de réception et de traitement des candidatures. Il a signalé que « la cascade de la formation prend fin le samedi 11 avril 2015 dans les 26 pools opérationnels de la Ceni, le déploiement du matériel est en cours pour l’opérationnalisation des Bureaux de réception et traitement des candidatures(BRTC) à dater du 15 avril 2015 ». « Il en est de même des outils de sensibilisation tels que le guide du candidat, le guide de l’électeur, le dépliant et les affiches illustrant les différentes étapes à suivre par le candidat. Pour clôturer ce point,l’Assemblée Plénière a examiné et adopté le projet de décision portant convocation de l’électorat et inscription des candidats pour l’élection des députés provinciaux », renseigne un communiqué de la Ceni parvenu à Lepotentielonline.com.
Audit externe du fichier électoral
Parmi les autres questions évoquées, il a été annoncé « l’arrivée, dans les prochains jours à Kinshasa, des experts chargés de l’audit externe du fichier électoral ». « Dans la perspective des prochaines consultations électorales, l’Assemblée Plénière de la Commission électorale nationale indépendante a également passé en revue le niveau et la nature de l’implication des autres institutions et parties prenantes au processus électoral en vue de renforcer la sensibilisation électorale », précise le communiqué. « Non épuisé », ce dernier point sera réexaminé au cours de la prochaine Assemblée plénière de la Ceni dont la date n’a pas été dévoilée.
-La République démocratique du Congo est intéressée par l’achat d’avions Airbus pour sa nouvelle compagnie aérienne, a déclaré lundi à l’AFP son Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, qui prévoit de se rendre en France début mai. “Nous sommes actuellement au niveau de l’acquisition des appareils” pour Congo Airways, a déclaré M. Matata a propos de la nouvelle compagnie nationale publique auprès de laquelle Air France est engagée par un contrat d’assistance technique.
“Je serai en France le mois prochain à Paris et à Toulouse où j’irai voir […] l’usine de fabrication d’Airbus parce que nous commençons avec des Airbus”, a ajouté M. Matata. “Nous sommes en train de travailler sur deux Airbus 320″, a déclaré le Premier ministre, indiquant qu’il s’agirait dans un premier temps d’”opérations de location-achat” (crédit bail). Le gouvernement cherche aussi un troisième avion plus léger, à hélices, a indiqué M. Matata.
Selon une source proche du dossier, il s’agirait d’un Q400 du constructeur canadien Bombardier. Pour le Premier ministre congolais, “Congo Airways est un projet qui prend forme et qui devrait se traduire par des vols d’inauguration dans les prochains mois”. Aux termes du projet retenu, la nouvelle compagnie aérienne commencerait par desservir huit villes en RDC et passerait à 14 destinations intérieures au bout de trois ans. Dans cette perspective du développement de la compagnie, qui pourrait ensuite déborder du cadre des frontières de la RDC, les autorités envisagent l’achat d’autres Airbus, neufs.
Vis-à-vis de l’avionneur européen, “notre idée c’est de pouvoir intensifier notre coopération afin de pouvoir élargir notre stock d’avions”, a dit M. Matata, sans être en mesure à ce stade de préciser le nombre d’avions dont la compagnie pourrait avoir besoin. Immense pays au coeur de l’Afrique, la République démocratique du Congo est actuellement dépourvue de compagnie aérienne nationale. L’essentiel du trafic aérien est assuré par des vols affrétés par la Mission de l’ONU au Congo (Monusco) ou le Programme alimentaire mondial (PAM), ainsi que par deux compagnies locales, CAA, et Korongo, toutes deux sur la liste noire des compagnies aériennes établies par l’UE (comme la cinquantaine de compagnies enregistrées dans le pays et dont la plupart n’assurent plus de vols). Le développement de la nouvelle compagnie aérienne doit s’accompagner d’une remise à niveau des infrastructures de transport aérien dans ce pays parmi les moins développés au monde mais qui connaît depuis 2010 une croissance économique supérieure à 7% chaque année.
-Pour éviter une nouvelle polémique après celle qui a suivi la découverte d’une fosse commune à Maluku, dans la banlieue de Kinshasa, les autorités congolaises ont annoncé lundi qu’elles procéderaient bientôt à un enterrement groupé de cadavres conservés dans la morgue de la capitale.
Alors que les zones d’ombre persistent après ladécouverte d’une fosse commune à Maluku, dans la banlieue nord-est de Kinshasa, les autorités congolaises ont annoncé, le 13 avril, l’imminence d’un nouvel “enterrement groupé”. Les corps qui restent entreposés dans la morgue centrale de la capitale – 168 cadavres à la date du 11 avril – seraient “enterrés peut-être dans sept jours, peut-être dans dix jours, peut-être dans deux semaines”, a indiqué Alexis Thambwe Mwamba, ministre de la Justice, rappelant que les enterrements collectifs se font “régulièrement” à Kinshasa.
Devant plusieurs ambassadeurs étrangers et responsables congolais, le ministre est également revenu sur l’affaire de la fosse commune de Maluku. “Je ne parlerai pas de fosse commune parce que ‘fosse commune’ suppose exécution, massacre, charnier. J’utiliserai le terme de tombe commune”, a-t-il insisté.
“Ce sont des gens qui ont été enterrés, et on les a enterrés conformément à la règlementation qui date de l’époque coloniale” belge, a ajouté Alexis Thambwe Mwamba, invitant les ambassadeurs et la presse à visiter la morgue générale de Kinshasa dans l’après-midi.
“Des erreurs administratives”
De son côté, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a reconnu qu’il y avait “eu peut-être des erreurs administratives dans le processus de l’enterrement” à Maluku. “Mais dans le fond, je crois qu’il n’y a rien à craindre parce que l’enterrement des personnes était justifié (…). La morgue centrale a demandé des autorisations requises pour pouvoir procéder à l’enterrement et c’est ce qui a été fait”, a-t-il ajouté aussitôt.
Selon les autorités, 600 personnes meurent chaque jour à Kinshasa. “Lorsqu’on fait deux mois ou trois mois sans enterrement, vous pouvez vous imaginer le nombre de corps qui sont appelés à l’enterrement”, a également expliqué le Premier ministre congolais.
-En RDC, la fosse commune de Maluku est toujours au cœur de l’actualité. Lundi 13 avril, le ministre de la Justice s’est adressé aux diplomates en poste à Kinshasa. Ils ont même été invités à visiter la morgue centrale de la capitale dans un souci de « transparence » et pour tenter de mettre fin à la polémique autour de cet enterrement collectif de 421 personnes le 19 mars dernier.
Devant nous, une pièce d’une vingtaine de mètres carrés réfrigérée. A l’intérieur, des dizaines de corps côte à côte, entreposés sur plusieurs niveaux dans des sortes d’étagères en bois. 188 corps sont dans cette morgue depuis début avril, affirme le directeur de la morgue. Ce sont 103 bébés et 85 adultes, abandonnés par leurs familles.
L’odeur de formol et de désodorisant aspergé en continu par le personnel de la morgue pique les yeux et la gorge. Il est impossible pour les visiteurs de s’éterniser, de vérifier le nombre ou l’identité des cadavres, par exemple. Mais pour le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, voir ces corps est important : « Ceux qui vous faisaient croire jusqu’à présent qu’il n’y a jamais eu de décès d’indigents à Kinshasa, sauf ceux-là, pour cacher les morts de janvier 2015, ceux qui vous ont dit qu’il n’y a jamais eu de bébés morts à Kinshasa, vous ont menti, puisque voilà des bébés morts. Voilà des indigents emmenés à l’hôpital. C’est ça notre motivation. »
Une visite qui ne donne aucune indication sur l’identité de ceux qui ont été enterrés le 19 mars à Maluku, regrette un diplomate sous couvert d’anonymat. Des questions demeurent. La liste des noms des personnes enterrées à Maluku n’a pas encore été remise à la presse ou aux organisations de protection des droits de l’homme. Des interrogations qui ont également donné lieu lundi à une séance agitée à l’Assemblée nationale. Le ministre de l’Intérieur doit s’exprimer ce mardi devant les sénateurs sur cet enterrement collectif qui depuis dix jours est au cœur de l’actualité.
-La découverte de la fosse commune de Maluku, où 421 personnes ont été inhumées de nuit dans la nuit du 19 au 20 mars dernier a produit au Congo un double choc, psychologique et politique et les explications officielles n’ont pas dissipé le malaise.
Rappelons que, selon les autorités provinciales de Kinshasa, les corps emballés dans des housses de plastique étaient ceux d’indigents et d’enfants morts nés, abandonnés dans plusieurs hôpitaux de la ville (Saint Joseph, Mont Ngaliéma) et rassemblés à la morgue de l’hôpital général (ex-Mama Yemo). La capacité de la morgue ne dépassant pas 300 places, décision fut prise de procéder à un enterrement collectif des dépouilles que nul n’avait jusque là réclamé.
Ce lundi, le gouvernorat de la ville de Kinshasa prévoit d’ailleurs d’organiser à l’hôpital général une séance d’information afin d’expliquer le processus d’enfouissement des corps et de montrer que depuis l’opération de mars dernier, la morgue compte déjà une centaine de nouveaux cadavres non réclamés. Un travailleur social de Kinshasa, joint par téléphone, refuse de politiser le dossier : « le fait que, dans cette ville de dix millions d’habitants, des indigents puissent mourir sans que leur corps soient réclamé est un effet de la misère généralisée : les deuils coûtent cher, la solidarité familiale diminue. Quant aux corps des enfants morts nés, l’usage voudrait que les fœtus soient incinérés, comme le placenta. Mais les hôpitaux de la ville ne possèdent plus d’incinérateur, seuls les musulmans ont encore les moyens de brûler les corps… Et si l’enfouissement a eu lieu au milieu de la nuit, c’est pour une raison très simple, éviter la chaleur du soleil».
Cette confirmation de la misère qui règne à Kinshasa ne surprendra que ceux qui se contentent de saluer les chiffres d’une croissance à deux chiffres, sans se préoccuper du fait que la population ne voit pas-encore- les retombées d’un progrès économique qui ne s’accompagne pas de développement social…
Pour Kalev Mutomb, chef de l’ANR (Agence nationale de renseignements) que l’opposition accuse d’avoir « vidé ses cachots » et dissimulé dans l’inhumation collective de Maluku les corps de manifestants disparus en janvier, ces accusations « méchantes » n’ont aucun sens et son témoignage, en un sens, confirme la misère sociale qui règne dans la capitale: « chaque matin, on ramasse des corps dans les caniveaux, on les amène à la morgue centrale puis le permis d’inhumer est délivré et un procès verbal est rédigé. Dans le cas précis de Maluku, ce sont les autorités provinciales qui ont signalé que dans le cimetière Fula Fula, il y avait encore de la place, ailleurs c’était complet… Le transfert des corps a été réalisé par des fossoyeurs dépendant de la municipalité sans qu’aucun agent de la police ou des services de renseignements ne se trouve à bord… De toutes manières, la Monusco, comme le Procureur général de la République ont été chargés de mener une enquête. »
Qu’il s’agisse du gouverneur de Kinshasa ou des autorités provinciales, tous les officiels assurent qu’il n’y a aucun lien entre les victimes des manifestations de janvier et les corps enfouis à Maluku, mais sans réussir à convaincre l’opinion : beaucoup de familles n’ont pas récupéré les corps des étudiants portés disparus en janvier, les chiffres des victimes demeurent contradictoires, le nombre d’indigents ensevelis dans l’anonymat paraît démesuré. Selon un représentant de la société civile, la brutalité de l’opération, présentée comme « routinière », « la quatrième en moins d’un an… »a provoqué un véritable « choc psychologique » au sein d’une population qui demeure traumatisée par les atrocités commises durant les guerres à l’Est du pays, qui refuse de croire que des morts puissent être traités avec un tel manque de respect et que,pour des raisons souvent économiques, les rituels du deuil ne puissent plus être observés.
Pour Ida Sawyer, de Human Rights Watch, «le gouvernement doit mener une enquête crédible pour faire la lumière sur cette affaire, notamment sur l’identité des personnes enterrées et donc exhumer les corps… » La Belgique insiste également sur une enquête «crédible et indépendante » et est prête à libérer des fonds à cet effet.
Si l’affaire des fosses communes de Maluku suscite un tel malaise, c’est aussi parce qu’en plus du malaise social, elle s’ inscrit dans un climat politique délétère : l’opposition multiplie les interpellations sur le sujet mais surtout la majorité présidentielle elle même est divisée.
A moins de deux ans des prochaines élections tout ses passe comme si la bataille de l’ «après Kabila » avait déjà commencé, et plusieurs « hommes forts » à la tête de courants différents, se positionnent : le premier Ministre Matata Mponyo, le Ministre de l’ Intérieur Evariste Boshab (qui a promis une enquête sur Maluku), le président de l’Assemblée Aubin Minaku, (qui avait renoncé à changer la loi électorale), sans oublier les chefs de l’armée et les responsables des services de renseignements, comme Pierre Lumbi (opposé au changement de la Constitution) ou Kalev Mutomb, auxquels les politiques, soucieux de leur avenir, -avec ou sans Kabila- aimeraient faire porter le chapeau des disfonctionnements actuels. A ces considérations politiciennes se mêlent des enjeux ethniques ou régionaux (le très puissant Evariste Boshab est un Kasaïen, Kalev Mutomb est Katangais mais opposé au gouverneur Moïse Katumbi…)..
Ces ambitions et ces rivalités autorisant bien des coups bas, l’atmosphère politique risque de devenir aussi délétère que celle des fosses de Maluku…
-L‘institution financière évoque cependant un nouveau retard dans ce projet en gestation depuis plus de dix ans.
“Normalement, le démarrage des travaux pourrait être en 2017”, a déclaré le directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC, Ahmadou Moustapha Ndiaye, lors d’une conférence de presse à Kinshasa.
La date doit cependant être prise “avec beaucoup de précaution parce qu’il y a encore énormément de questions techniques à résoudre”, a ajouté M. Ndiaye, dont l’organisation a débloqué 73 millions de dollars en 2014 pour soutenir la construction de cette extension des deux premières centrales électriques construites sur le site des chutes d’Inga, sur le fleuve Congo, à environ 250 km au sud-ouest de Kinshasa.
La Banque mondiale avait estimé en mars 2014 que les travaux du nouvel ensemble, baptisé Inga III, pourraient commencer vers la fin 2016, soit avec près d’un an de retard par rapport aux prévisions du gouvernement.
La Banque, a rappelé M. Ndiaye, fournit actuellement une “assistance technique pour appuyer le gouvernement dans les études techniques de faisabilité” du projet, auquel est également associée la Banque africaine de développement.
“Au cours des derniers mois il y avait quelque retard dans l’état d’avancement de ce projet, mais depuis le mois de janvier […] il y a des décisions qui ont été prises par le gouvernement pour renforcer la gouvernance”, a-t-il ajouté, “il y a une nouvelle dynamique qui s’est créée, ce qui nous rend un peu plus optimistes”.
“Nous espérons que le dossier d’appel d’offres sera lancé très bientôt. Il y a des questions techniques qui doivent être résolues. Il y a aussi des questions d’ordre réglementaire telle que la loi sur Inga qui doit être soumise au Parlement”, a-t-il encore déclaré.
Selon les plans du gouvernement, Inga III doit permettre à la RDC de produire 4.800 MW supplémentaires, soit l’équivalent de trois réacteurs nucléaires de troisième génération.
-C’est une affaire qui prend de l’ampleur à Kinshasa celle de la «fosse commune de Maluku». Plus de 400 personnes ont été inhumées de nuit dans un cimetière situé à plus de 100 km de la capitale. Les autorités congolaises confirment avoir enterré 424 personnes de nuit le 19 mars dernier, mais il s’agirait selon elles d’indigents et de bébés mort-nés, et non des victimes des manifestations de janvier dernier, comme s’en inquiètent certaines organisations de la société civile.
C’est un tas de sable entouré d’herbes hautes. Pour le trouver, il faut faire plus de 100 km par la route et suivre une petite piste. C’est là que, derrière un cimetière, on tombe sur un grand carré de terre fraîchement retourné. Aucune croix, ni aucune pierre tombale. Une fosse commune qui aurait pu passer totalement inaperçue, s’il n’y avait pas eu autant de témoignages d’habitants pour la signaler.
D’ailleurs, dans les environs, nombreux sont ceux qui disent avoir vu vers 4h du matin, des camions recouverts de bâches en plastique. Les personnes qui ont entrepris de les décharger leur auraient dit qu’il s’agissait de cadavres et demandé à ceux qui passaient par là de s’éloigner du fait de l’odeur très forte de corps en putréfaction.
Une femme qui revient des champs juste à côté raconte ce qu’elle a vu : « Il était 4h et il y avait beaucoup de cadavres dans des sacs en plastique. On les a enterrés ici, on les a déversés tous dans une même fosse ». Une autre femme un plateau d’ignames et de légumes sur la tête témoigne : « Je n’ai pas vu les corps, mais lorsqu’ils sont arrivés ils nous ont dit que ce sont des cadavres en état de décomposition et qu’il ne fallait pas s’approcher du fait de l’odeur malsaine ».
Les autorités sommées de s’expliquer la semaine dernière ont confirmé que 424 corps ont été enterrés là. Des indigents, des corps non réclamés, mais aussi 300 mort-nés, selon le ministère de l’Intérieur.
Mais à Maluku cette version des faits ne convainc pas : « Pourquoi enterrer la nuit entre 2h et 4h du matin ? Et d’ailleurs en voyant ces corps je ne pense pas que ce soit des bébés ou des fausses-couches », s’interroge un habitant.
Aucun élément par contre n’a été donné sur l’identité de ces corps ou le choix de ce site. Mais depuis la semaine dernière, les autorités congolaises ont elles-mêmes ouvert deux enquêtes : l’une militaire et l’autre civile. Lundi, des magistrats militaires se sont rendus sur le site pour interroger des habitants. Une équipe de la police scientifique était aussi sur place.
Une partie de la société civile s’inquiète que les corps de personnes tuées au cours des manifestations de l’opposition en janvier – dont certaines familles n’ont pas récupéré les corps – se trouvent dans cette fosse. Le ministère de l’Intérieur dément, mais le doute persiste dans la population et pour les organisations de protection des droits de l’homme.
Human Rights Watch réclame une enquête indépendante et crédible. Les autorités congolaises doivent maintenant décider si elles vont ou non exhumer ces corps pour faire toute la lumière sur cette étrange fosse commune. Au nom du gouvernement, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Evariste Boshab s’est déjà engagé à autoriser l’exhumation de ces corps pour les besoins de l’enquête si la demande devait lui être faite.
— Malgré les efforts consentis par la communauté humanitaire et les autorités locales, la province du Katanga, dans le sud de la RD Congo, reste secouée par le cholera, où plus de 840 personnes sont mortes entre 2012 à 2014, rapporte une note d’information du Bureau de la coordination des Affaires humanitaire (OCHA) publié jeudi.
“Dans la province minière du Katanga, le choléra fait des ravages. De 2012 à 2014, plus de 31.370 cas ont été enregistrés dans la province, 843 personnes en sont mortes durant la période”, indique le même rapport.
“En 2013, la seule province avait enregistré deux fois plus de cas de choléra que toutes les autres provinces de la RDC réunies”, selon le rapport.
En 2006, une étude menée par un professeur congolais1 a identifié huit villes de l’est de la RDC comme zones sources de choléra. Cette enquête notait que la majorité de ces foyers était située en bordure des lacs.
Cette étude a conduit à l’élaboration du Plan national 2 d’élimination du choléra. Sept ans plus tard, le choléra est installé durablement comme priorité sanitaire.