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  • RDC – Bruno Tshibala : « L’UDPS n’appartient pas à une famille ! »

    RDC – Bruno Tshibala : « L’UDPS n’appartient pas à une famille ! »

    -De l’audace, Bruno Tshibala en a à revendre. Devenu Premier ministre, cet ancien compagnon de route de Tshisekedi rêve de reprendre les rênes du premier parti d’opposition. Peu lui importe qu’il en ait été exclu.

    Bruno Tshibala connaît bien la prison de Makala, à Kinshasa. Au cours de sa longue carrière d’opposant, il y a fait plus d’une quinzaine de séjours, ainsi qu’il aime à le rappeler. Le dernier, c’était il y a moins d’un an, pour avoir été l’un des organisateurs des violentes manifestations de septembre 2016. À l’époque, il s’agissait de protester contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila, dont il devenait évident que, contrairement à ce que prévoyait la Constitution, il ne quitterait pas son fauteuil de président le 19 décembre 2016.

    La répression avait fait plusieurs dizaines de morts (56, selon Human Rights Watch) et des dizaines de personnes avaient été arrêtées. Interpellé à l’aéroport de Ndjili le 9 octobre 2016 alors qu’il s’apprêtait à quitter le pays, Bruno Tshibala avait passé sept semaines en détention.

    Depuis, le destin de cet homme de 61 ans a radicalement changé. Nommé Premier ministre le 7 avril dernier, l’ancien détenu parcourt désormais le monde escorté par la police. Joseph Kabila n’est plus ce président honni qu’il voulait renverser il y a encore quelques mois : « Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, c’est un homme de parole qui m’a étonné par son humilité et sa sincérité », explique-t‑il à Jeune Afrique, tout sourire derrière ses lunettes noires, lors d’une visite à Paris mi-septembre. Lui qui a tant de fois eu à subir les foudres de la justice de son pays estime même que celle-ci est « digne de confiance ».

    Militant de l’UDPS

    Le pouvoir congolais, qui cherchait depuis longtemps à l’attirer dans ses filets, peut se réjouir. Car l’homme qui tient désormais ce discours fut l’un des plus proches collaborateurs d’Étienne Tshisekedi, le charismatique leader de l’opposition décédé le 1er février. Juriste de formation, diplômé de l’université Marien-Ngouabi de Brazzaville, Bruno Tshibala fut un militant de la première heure de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

    Je crois que Tshisekedi me préparait à lui succéder

    Originaire du Kasaï, comme Tshisekedi, il gagne la confiance du « Vieux » dès les années 1980, à une époque où personne n’ose encore défier le dictateur Mobutu Sese Seko dans la rue. En janvier 1988, c’est lui qui a l’idée d’organiser le premier ­meeting public du parti, au pont Kasa-Vubu, à Kinshasa, pour rendre hommage aux premiers « martyrs » du mobutisme, exécutés non loin de là en 1966. Tshisekedi et plusieurs de ses lieutenants – dont Tshibala – sont arrêtés, ce qui contribuera grandement à sa réputation de courage et à sa popularité.

    Ces dernières années, alors qu’Étienne Tshisekedi s’isolait de plus en plus et que sa santé déclinait, il était l’un des rares cadres du parti à conserver un accès direct au chef. Il n’y avait guère que sa famille qui pouvait alors en dire autant. Bruno Tshibala y voit une marque de confiance, et même un signe pour l’avenir : « Je crois que Tshisekedi me préparait à lui succéder », dit-il. « Tshisekedi n’a jamais désigné de successeur, tempère Tharcisse Loseke, un ancien de l’UDPS pourtant proche de Tshibala. Il a toujours laissé les cadres se neutraliser entre eux. »

    Une prise de choix

    Quoi qu’il en soit, pour le pouvoir, qui cherche à désorganiser la maison Tshisekedi, Tshibala est une prise de choix. Il est encore dans une cellule à Makala, en fin d’année dernière, lorsque Joseph Kabila envoie un de ses représentants lui proposer la primature. « J’ai décliné parce que je n’avais pas de mandat pour accepter, explique l’intéressé. Il n’y avait pas [encore] eu d’accord entre le pouvoir et l’opposition. »

    Je sais qu’Étienne Tshisekedi n’aurait jamais désigné son fils Félix comme son dauphin

    Cette rencontre, vite ébruitée, trouble ses camarades, mais Tshibala est toujours fidèle à Tshisekedi lorsque est enfin trouvé un terrain d’entente, le 31 décembre 2016. L’accord signé ce jour-là prévoit que le chef de l’État reste en fonction malgré l’expiration de son mandat, mais qu’une élection devra être rapidement organisée pour lui trouver un successeur. Quant au poste de Premier ministre, il doit revenir à l’opposition, alors regroupée au sein du « Rassemblement ».

    Le pouvoir traîne les pieds, mais c’est la mort d’Étienne Tshisekedi qui achève le fragile édifice. Pour le remplacer, un tandem est désigné : Pierre Lumbi, un proche de l’ambitieux opposant Moïse Katumbi, la bête noire du régime, et Félix Tshisekedi, le fils du défunt chef de l’opposition. Tshibala, qui n’a pas été consulté, s’insurge. « Un groupe de gens proches de M. Katumbi s’est permis d’opérer une réforme inappropriée, illégale et inopportune du Rassemblement, clame-t‑il. Quant à Félix, je sais que son père, que j’ai côtoyé pendant plus de trente ans, ne l’aurait jamais désigné comme son dauphin. L’UDPS n’appartient pas à une famille ! »

    Menace du « doyen de l’opposition »

    Tshibala fonde alors une nouvelle faction du Rassemblement, ce qui lui vaut d’être exclu de l’UDPS par ses anciens camarades. Ces divisions font le jeu du pouvoir, qui s’empresse de nommer Tshibala à la primature. Son investiture, au Palais du peuple, le 16 mai, se fait sous les protestations assourdissantes des élus de l’opposition. Les Occidentaux – les Belges en tête – déplorent aussi ce choix et dénoncent le dévoiement d’un accord sur lequel ils avaient beaucoup misé.

    Mais il en faut plus pour doucher l’enthousiasme du nouveau Premier ministre. Malgré la grave crise économique que connaît la RD Congo, il se targue d’avoir fait revenir le pays à un « apaisement général ». « La situation est sous contrôle, y compris dans les Kasaïs, où les milices Kamwina Nsapu ont été démantelées », assure-t‑il.

    Son prochain défi ? Organiser un congrès de l’UDPS, dont il continue de se revendiquer, pour en reprendre le contrôle. Pour l’instant, les militants fidèles à Félix Tshisekedi lui interdisent tout accès au siège du parti, dans le quartier de Limete, à Kinshasa. Qu’à cela ne tienne. Tshibala, le « doyen de l’opposition », comme il aime à se définir, menace d’utiliser les pouvoirs de l’État pour mater ses alliés d’hier.


    Un budget très serré

    Avec 50 % d’inflation et une monnaie qui a perdu 30 % de sa valeur depuis le début de l’année, Bruno Tshibala n’a pas la tâche facile. « Nous avons hérité d’une situation économique très compliquée, reconnaît le Premier ministre congolais. C’est la conséquence directe de la baisse des cours des matières premières. » Pour faire face à cette situation, il dit miser avant tout sur la lutte contre la corruption et contre « ceux qui thésaurisent la monnaie ».

    On voit mal, cependant, comment le pays pourrait sortir de cette mauvaise passe sans l’appui budgétaire des bailleurs étrangers, comme le Fonds monétaire international (FMI). Or, en cette période sensible, ceux-ci sont peu enclins à faire confiance à Kinshasa, d’autant que la date des élections n’est pas connue. « Le scrutin à venir devrait coûter 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros), affirme Bruno Tshibala. Ce n’est pas une sinécure. Le gouvernement entend tout faire pour financer cette enveloppe. Mais si nous n’y arrivons pas, nous nous tournerons vers nos partenaires traditionnels. »


    Gouvernement présidentiel

    Depuis le départ de Matata Ponyo Mapon, en novembre 2016, Bruno Tshibala est le deuxième Premier ministre issu des rangs de l’opposition. Son prédécesseur, Samy Badibanga, n’avait pas réellement eu le temps de gouverner : à peine plus d’un mois après sa nomination, l’accord du 31 décembre était signé et prévoyait son remplacement. Ni Badibanga ni Tshibala n’ont eu les coudées franches pour former leur gouvernement : les postes clés ont été confiés à des membres du clan présidentiel.

    Avec J.A

  • Élections en RDC : le camp Kabila et la Ceni, même plan ou « coïncidence » de calendrier ?

    Élections en RDC : le camp Kabila et la Ceni, même plan ou « coïncidence » de calendrier ?

    -S’alignant presque sur la ligne de la Majorité présidentielle (MP), la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a laissé entendre que les élections reportées « au plus tard en décembre » auront finalement lieu en 2019. Connivence ou coïncidence ?

    Pour beaucoup à Kinshasa, Corneille Nangaa tâtonne. Après avoir confié, en privé et à plusieurs reprises, à ses nombreux interlocuteurs que les scrutins prévus d’ici la fin de l’année par l’accord de la Saint-Sylvestre ne seraient pas possibles avant novembre 2018, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la RDC vient de laisser entendre que ces élections sont finalement envisageables… en 2019. Soit plus de deux ans après la date initialement prévue par la Constitution pour leur organisation.

    Réélu en 2011 pour un second quinquennat à l’issue d’un scrutin présidentiel controversé, Joseph Kabila est en effet arrivé à la fin de son mandat en décembre 2016, sans que l’élection de son successeur ne soit organisée. Un compromis politique conclu in extremis, le 31 décembre dernier, avec l’opposition a prolongé son bail au Palais de la nation pour une année supplémentaire au moins, la présidentielle étant fixée par cet accord « au plus tard en décembre 2017 ».

    Quand la Ceni projetait les élections en 2018

    Mais, comme en 2016, le régime de Kinshasa met de nouveau en avant des contraintes sécuritaires et financières qui entraveraient, selon lui, le bon aboutissement du processus électoral dans les délais convenus : hier c’était la rébellion du M23 au Kivu, dans l’est du pays ; aujourd’hui c’est au tour de l’insurrection de Kamuina Nsapu au Kasaï. Dans cette région du centre du pays, l’enrôlement des électeurs a débuté en retard et ne pourrait se terminer qu’en janvier 2018, selon les prévisions de la Ceni.

    Malgré tout, lors de son récent séjour à Washington, début octobre, Corneille Nangaa dévoilait au Centre Afrique d’Atlantic Council les « grandes lignes » du calendrier électoral qu’il s’apprête à publier. Il était encore question de la possibilité d’organiser les trois élections (présidentielle, législatives et provinciales) au plus tard en novembre 2018, comme nous l’avions révélé.

    Une hypothèse qu’il avait déjà évoquée à Paris, au mois de juillet, lors des échanges organisés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). « À la Cité de l’OUA, la Ceni avait déjà fait remarquer aux parties prenantes que la date idéale pour organiser les trois scrutins en une séquence était celle de novembre 2018 », répétait-il dans la foulée à Jeune Afrique.

    Quand la Ceni repousse le curseur

    Alors, comment en est-on arrivé à un calendrier qui projette les échéances électorales en 2019 ?

    « Corneille Nangaa ne fait que suivre les instructions de Norbert Basengezi, cadre du PPRD, qui est le vrai patron de la Ceni », répond Martin Fayulu, candidat déclaré à la présidentielle. Nangaa ne serait donc qu’un « serviteur » du régime de Kabila, comme l’a dit jeudi Félix Tshisekedi, président du Rassemblement de l’opposition, lors de sa conférence de presse à Kinshasa.

    Impossible pour eux d’expliquer autrement cet alignement de chronogramme entre la Ceni et un « plan » de la MP, relayé ces derniers jours dans les médias congolais, qui prévoyait aussi les élections « pas avant 2019 ».

    Du côté du camp de Kabila, on tente de relativiser. Un brin taquin, André Alain Atundu Liongo, porte-parole de la MP, explique les raisons de cette concordance de projet calendrier entre la Ceni et sa famille politique : « La vérité est que de deux côtés nous sommes doués de la raison pour aboutir aux mêmes conclusions. »

    Celui qui est également président du conseil d’administration de la Société nationale d’électricité (Snel), invite alors la classe politique, le Rassemblement compris, à « être humble par rapport aux données techniques qui ne dépendent de la volonté de personne ».

    Nous sommes en train de recréer les conditions de tension de fin 2016

    « En tout cas, nous, au sein de la MP, nous nous préparons désormais en fonction de ces délais », poursuit-il, dénonçant au passage « l’agitation de certains opposants qui ont trouvé en ce langage de vérité de la Ceni le prétexte d’instaurer un état d’exception en RDC, avec l’appui de certaines puissances étrangères ».

    Une transition sans Kabila est-elle possible ?

    Plusieurs voix s’élèvent à la fois au sein de la société civile et du Rassemblement pour exiger une « transition sans Kabila » si les élections n’ont pas lieu d’ici la fin de l’année.

    Est-ce possible ? « Nous sommes en train de recréer  les conditions de tension de fin 2016, car la Constitution donne devoir au peuple de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui se prend le pouvoir ou s’y maintenir par la force », regrette Martin Fayulu, leader de l’Engagement pour la citoyenne et le développement (Ecidé).

    Le ton monte également sur les réseaux sociaux. Sur son compte Twitter, Olivier Kamitatu, porte-parole de Moïse Katumbi, considère cette dernière sortie du président de la Ceni comme « un magistral bras d’honneur ».

    Sindika Dokolo, à la tête du mouvement citoyen Congolais debout, accuse, lui, Corneille Nangaa d’avoir « enclencher le détonateur ». « Les Congolais débout avec les forces politiques et citoyennes vont passer à l’action », prévient l’homme d’affaires et collectionneur d’œuvres d’art, gendre par ailleurs du désormais ex-président angolais Eduardo dos Santos.

    Réfutant toute connivence avec le camp Kabila, un proche de Corneille Nangaa parle de « coïncidence entre ce que la Ceni envisage et certain plan de la MP ». À l’en croire, rien n’est définitivement arrêté. « Il est possible de réduire ces délais, car un renforcement de nos moyens logistiques ou des décaissements des fonds plus soutenus, ça peut jouer sur les délais ! », tente-t-il de rassurer. Pas sûr que cela suffise à baisser la tension.

    J.A

  • “Kabila et son serviteur Corneille Nangaa ont déclaré la guerre aux congolais”, selon Félix Tshisekedi

    “Kabila et son serviteur Corneille Nangaa ont déclaré la guerre aux congolais”, selon Félix Tshisekedi

    -Le leader de l’opposition en République démocratique du Congo a réagi à l’annonce de la possible tenue des élections en mai 2019 par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

    Félix Tshisekedi a affirmé que le président Joseph Kabila et le président de la Commission électorale avaient “déclaré la guerre au peuple congolais”, en annonçant qu’il n’y aurait pas d’élection présidentielle avant 2019.

    “Devant cette énième forfaiture, Joseph Kabila et son serviteur Corneille Nangaa ont déclaré la guerre au peuple congolais et se sont de ce fait disqualifiés”, a indiqué Félix Tshisekedi, à l’issue d’une réunion de l’opposition à Kinshasa.

    Il faudra au moins 504 jours après la fin d’enrôlement pour arriver au jour de scrutin, selon le chef de la CENI, Corneille Nangaa.

    ” La CENI a besoin réellement de 621 jours mais après compression des jours, la CENI a besoin de 504 jours après la fin d’enrôlement pour arriver au jour de scrutin, ” soutient M. Nangaa dans un article posté sur le site internet de la CENI. Ce qui annoncerait une élection présidentielle, au mieux, début 2019.

    Joint par VOA Afrique, le president de la CENI, Corneille Nangaa, refuse de s’exprimer sur le calendrier électoral qui devrait être publié sous peu. Il consulte toujours la société civile et les différents acteurs du processus ou encore la Cenco.

    M.Nangaa estime que si les moyens financiers et techniques (notamment des avions gros porteurs) des partenaires sont mis en œuvre, ce délai de 504 peut être réduit.

    Selon l’accord politique du 31 décembre, la CENI devrait convenir avec le Conseil de suivi de l’accord et le gouvernement pour convenir de la date des élections. Une tripartite est annoncée pour les prochains jours en vue d’évaluer le processus. Mais déjà, le gouvernement et la CENI ont annoncé qu’un calendrier “réaliste” pourra être publié.

    Selon cet accord, les élections devraient se tenir avant fin 2017.

  • Concevoir la lutte, la mener contre et face aux élites anglo-saxonnes au Congo-Kinshasa

    Concevoir la lutte, la mener contre et face aux élites anglo-saxonnes au Congo-Kinshasa

    -Pas dans l’avenir, pas demain ou après-demain, pas quand il sera possible de contrôler les rouages de l’État congolais, comme nous l’entendons souvent. Pour nous, attendre uniquement ce moment-là, celui de la réappropriation du pouvoir réel par les Congolais, sonne tardif, ce serait tard. Car, sans victoire préalable et arrachée contre des adversaires bien désignés, le contrôle de l’appareil étatique de l’État congolais demeurera une illusion, même lointaine. C’est simple. L’ennemi ou l’adversaire reste invaincu. En conséquence, il ne se laissera jamais faire comme il ne laissera rien faire. Nous avons un réel problème celui de nous désigner un ennemi commun. Et nous savons que ce n’est pas du tout aisé. Pascal Gauchon dans le dernier numéro de la revue Conflits écrit à ce propos : « Désigner l’ennemi, [ce qui est], le fondement de l’action politique, n’est pas si simple… [Pendant la période dite de la Guerre froide, nous avons souvent entendu les Russes, après Athènes, déclarer] : “Tout ce qui n’est pas avec nous est contre nous.” Ami ou ennemi, il faut choisir et en assumer toutes les conséquences », (Editorial revue Conflits, n°15). Sommes-nous assez impuissants pour assumer « toutes les conséquences » dans le cadre d’un choix délibéré d’un ennemi à présenter à notre peuple ?

     

    L’Occident sous la houlette des élites anglo-saxonnes n’est pas avec nous, nous les peuples identifiés congolais. Et il n’a jamais été avec nous. Il ne le sera jamais, non plus. Notre histoire relationnelle avec lui ne le démentirait pas du tout. L’Occident n’a jamais été dans notre camp et en notre faveur. Croire le contraire se serait se tromper abominablement et faussé les prémisses d’une lecture essentielle et au service de l’homme congolais. Puisqu’il en est ainsi, nous nous demandons pourquoi ne pas lui rendre la pareil. Plus de langue de bois en se rappelant l’avertissement de Franz fanon qui, dans son texte fétiche « La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ? », nous avait pourtant averti : « Notre tort à nous, Africains, est d’avoir oublié que l’ennemi ne recule jamais sincèrement. Il ne comprend jamais. Il capitule, mais ne se convertit pas. Notre tort est d’avoir cru que l’ennemi avait perdu de sa combativité et de sa nocivité ». Les propos ci-dessus de Fanon resteront un leitmotiv qui sera souvent répété en vue de faciliter l’exercice de la controverse entre nous.

     

    Pour nous, la question qui se pose, et nous nous la posons nous-mêmes, consiste à savoir si c’était réellement possible, pour nous, c’est-à-dire la minorité qui a compris et qui se tient prête et s’expose en même temps à tous les sacrifices, de vaincre les élites anglo-saxonnes aujourd’hui, dans l’immédiat et au Congo-Kinshasa. Les Congolais ont inlassablement écrit que ce sera demain, après-demain, maïs il n’y aura jamais demain si le présent reste flou et ambiguë, hypothétique même. Pourquoi nous insistons sur l’immédiat et le présent ? Pourquoi nous disons qu’il faille les vaincre aujourd’hui ? C’est parce que nous ne les sous-estimons pas. Nous sommes bien conscients que tout ce qu’elles font et entreprennent, les élites anglo-saxonnes, obéit ou est fondé sur base d’un seul principe. Le Camerounais Mbo Bassong révèle que : « Le paradigme de l’Occident, [piloté par les élites anglosaxonnes], a pour but de contrôler la vélocité des autres et de les rendre en néant. […] Il est établi sur l’enjeu de la domination comme module d’être ». Alors, qu’est-ce que nous faisons dès lors que nous le savons ?
    Et puisque nous le savons et que nous sommes avertis, n’est-ce pas que c’est un avantage sur ces élites-adversaires ! Le fait même de le savoir devrait et doit impérativement nous amener à nous définir par rapport à elles. Les élites anglo-saxonnes nous traitent en adversaires. Même pas. Cheik Anta Diop avait trouvé la bonne formule : « Il faut savoir que l’adversaire vous tue intellectuellement, il vous tue moralement, avant de vous tuer physiquement. Mais c’est de cette manière que l’on a supprimé des groupes entiers. On vous nie en tant qu’être moral, on vous nie en tant qu’être culturel. On ferme les yeux, on ne voit pas les évidences. On compte sur votre complexe, sur votre aliénation, sur le conditionnement, les réflexes de subordination et sur tant de facteurs de ce genre. Et si nous ne savons pas nous émanciper d’une telle situation par nos propres moyens mais il n’y a pas de salut… nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent. Plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Et il faut justement que votre sagacité intellectuelle aille jusque-là », fin de citation.

    En un mot, c’est juste pour insister que nous n’existions pas, pas comme des peuples, passionnés de liberté et d’amour pour soi. C’est toujours les autres, oui ces Autres, qui parleraient en lieu et à notre place. Voilà pourquoi nous nous demandons comment des peuples qui n’ont pas droit à l’existence, qui ne seraient jamais rentrés comment peuples dans l’histoire de l’Occident pour l’Occident, des peuples à qui Donald Trump, et même lui, a trouvé bon à leur dire ce que lui, au nom de l’Amérique, pensait de l’Afrique. En plus, il le dit devant des supposés représentants africains assis pour l’écouter. Pour Donald Trump, son idée et son Afrique serait équivalente au Sida, à Ebola, à Boko Haram, aux terroristes, à la misère ; qu’elle était un continent où ses amis, des Américains, font des affaires, c’est-à-dire créent des guerres (comme affaires) et s’enrichissent. Bien que conscient de tous ces maux, Donald Trump invitait la misérable Afrique de combattre la Corée du Sud aux côtés de l’Amérique. Nous ne voyons toujours pas comment ces peuples puissent parler en toute tranquillité de « présidence », de « partis politiques », de la question relative au « pouvoir » au lieu d’inventer un modèle de lutte pour dire basta, assez. Ceux qui tiennent ce type de discours seraient-ils conscients de l’état avancé de leur aliénation ?

     

    Hô Chî Minh et ses amis, et nous pouvons encore en citer d’autres, le cas de Castro, de son frère et de Che qui, par le passé, s’étaient retrouvés dans la même situation que nous aujourd’hui, n’ont jamais cherché à contrôler les institutions du Vietnam qui étaient sous contrôle de l’adversaire. Avant tout, ils ont cherché à se déterminer par rapport aux autres, à leurs adversaires. Comment considérer les élites anglo-saxonnes en face de nous ? Elles nous traitent sauvagement en ennemis et adversaires, Pourquoi nous ne nous comporteront ainsi face à eux ? La minorité vietnamienne sous la brave de direction de Hô Chi Minh a imposé, et non de gaité de cœur, une guerre à son peuple. Elle l’a fait au nom du Vietnam pour des vietnamiennes et Vietnamiens. Ensuite, elle a imposé la même guerre aux élites dominantes que les congolais par complexe d’infériorité et séduction dénomment les « puissances » du monde. Non, la forme actuelle de la lutte n’est pas appropriée à la nature du combat qui nous est imposée. Et ici, nous tenons à souligner que notre présent discours ne s’adresse pas aux thuriféraires nègres de l’Occident et autres « nègres de maison ». C’est parce que le temps est venu pour que chacun apprenne à se mirer, à se regarder en face ainsi qu’à assumer sa véritable identité. Qui est-il pour le Congo-Kinshasa ?

     

    Pour nous le Congo-Kinshasa et son peuple, et nous n’avons pas d’amies et amis, car notre seule fraternité repose uniquement sur le Congo comme fondement. Ce texte s’adresse à tous ceux qui croient en la lutte comme redéfinition de notre identité, et aussi en la capacité du dépassement de l’homme congolais. Nous évoquons notre ami, l’écrivain et journaliste Serbo -suisse, Slobodan Despot, auteur du Le Miel, qui écrit notamment dans Antipress N° 97 du dimanche 8 octobre dernier : « La clef de toute souveraineté réside en l’individu et dans les ressources de son esprit. Et qu’a contrario, le désert des esprits rend futile toute tentative de résistance collective ». Justement pour nous inviter à puiser en nous toutes les ressources nécessaires à la lutte.

     

    Souvent, quand il nous arrive d’affirmer que nous, comme peuples du Congo, avons affaire aux élites anglo-saxonnes au Congo-Kinshasa, certains parmi nous croient nous apporter une contradiction en nous jetant narquoisement sur la figure le slogan selon lequel nous aurions de sérieux problèmes avec les USA. Effectivement, il y a un sérieux problème. Ce n’est pas l’homme politique français, qui est en même temps médecin et auteur, Bernard Debré, qui plus est un occidental, qui nous le contredira. En 1998, juste une année après le 17 mai1997, il publia « Le retour du Mwami, la vraie histoire des génocides rwandais ». Bernard Debré dans son livre informe ses lecteurs que des militaires américains furent tués au Kivu pendant la guerre de l’AFDL de 1997. Sauf que nous nous demandons comment serait-il possible quand le Congo-Kinshasa n’a jamais été officiellement en guerre contre les USA. Alors qui peut nous répondre, qui peut dire aux Congolais, leur apporter une explication plausible pourquoi des militaires américains sont morts au Congo ? Qu’est-ce qu’ils faisaient à l’est du Congo ? Ils s’exposaient en première ligne en se faisant passer pour le Rwanda ? Pour appuyer ce qui vient d’être dit, nous citons in extenso Debré : « D’ailleurs, pendant la guerre qui va bientôt éclater, des militaires américains seront tués. Leurs corps seront rapatriés discrètement grâce au concours des troupes françaises stationnées dans la région », (Debré, 1998 : 162). Si seulement c’est clair, et c’est tout à fait limpide, les militaires américains furent tués par des Congolais, des militaires de la DSP de Mobutu qui au début défendaient valablement les frontières de leur pays.  Le cynisme de l’Occident qui attaque un pays, lui impose une guerre alors que les élites compradores de ce pays ont toujours servi et loyalement la CIA et l’Occident. Mobutu n’avait-il pas obéi au doit à son Amérique ? Mais qui se souvient de sa phrase à Bill Richardson : « C’est comme ça que vous me remerciez après tous les loyaux services que je vous ai rendus ? ». Les nouveaux recrus de l’Occident qui font Paris, Bruxelles, USA, Washington, New York, et jamais Russie et Chine, pour ne citer que ces deux cas, refusent de croire à cette lapalissade. Ils n’apprennent et surtout ne veulent rien apprendre de leurs nouveaux « amis » (sic !)

     

    Aujourd’hui, les Anglo-saxons se livrent la guerre entre eux. The Guardian, un journal britannique, qui publie en outre en anglais, sous la plume de Long road, a diffussé sur son site un extrait du livre « America, Uganda and the War on Terror » published by Columbia Global Reports », dans lequel, les auteurs de l’article, anglophones par excellence, dénoncent le rôle de l’Amérique dans le génocide au Rwanda et au-delà, dans tout ce qui se passe au Congo-Kinshasa. L’article de The Guardian a pour titre « America’s secret role in the Rwandan genocide ». Les États-Unis impliqués dans le génocide rwandais. Et il y est clairement affirmé que « Le FPR de Paul Kagamé, soutenu par la CIA …Paul Kagamé, ancien élève de l’École de guerre de Fort Leavenworth (Kansas) soutenu par le clan Clinton et notamment par Madeleine Albright depuis toujours ». Dire que les USA sont supposés être un État démocratique. Où serait alors passée cette démocratie à l’américaine, tant vantée quand quelques individus, et non les institutions supposées démocratiques américaines, décident à titre individuel de soutenir et provoquer des guerres sans toutefois que la démocratie à l’américaine ne s’en offusquât ou exigeât des justifications à leurs citoyens. Où seraient en outre passés tous ces Congolais qui, au nom de leur « affection » pour le modèle américain, ont toujours vendu des mensonges aux masses populaires congolaises ? L’article The Guardian cite un autre français, le colonel Jacques Hogard. A l’époque, l’homme dirigeait un des trois groupements de l’Opération Turquoise qui dépose son témoignage qui accuse les USA de soutien au Rwanda pour signer son retour en Afrique. Pour leur retour en Afrique centrale, dans les Grands Lacs, la canaille anglo-saxonne fait payer cher aux Congolais. D’abord par humiliation, en nous faisant gérer par leurs mercenaires rwandais. Ensuite, par un autre génocide, congolais cette fois-ci. Les Anglais qui dénoncent les Américains sans se dénoncer eux-mêmes. Des Français qui combattent les Américains. Ils se battent entre eux et pour leurs intérêts. Allons-nous les regarder faire, observer leur combat, le laisser se battre entre eux, s’affronter sur le terrain au Congo-Kinshasa sans que les peuples du Congo puissent avoir et placer leur mot à dire. De manière forte, et pour qu’il soit définitivement entendu, nous disons ce que nous avons à dire. Georges Clemenceau disait, n’en déplaise à tous les mendiants congolais et autres sans position qui courent les rues de New York, Paris et Washington pour quémander de la pitié, “Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire.”

     

    Nous terminons par la phrase suivante d’Allende : « L’histoire est avec nous ».

     

    Likambo oyo eza nde likambo ya mabele.

     

    Mufoncol Tshiyoyo  

    Le Président National du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC. R.A.P-en sigle Mouvement Politico-militaire,
    mufoncol_tshiyoyo@yahoo.com,
    004745007236, Facebook : Mufoncol Tshiyoyo

  • Élections en 2018 : les « grandes lignes » d’un calendrier électoral (très) attendu en RDC

    Élections en 2018 : les « grandes lignes » d’un calendrier électoral (très) attendu en RDC

    -Après son passage la semaine dernière au siège d’Atlantic Council à Washington, Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a regagné dimanche soir Kinshasa où il compte publier incessamment le calendrier électoral tant attendu en RDC. En voici les « grandes lignes ».

    Visiblement serein et imperturbable, Corneille Nangaa est rentré dimanche 8 octobre à Kinshasa après un échange très musclé au centre Afrique de l’Atlantic Council à Washington. Il s’agissait d’un « briefing » sur les prévisions de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en RDC, organisé le jeudi 5 octobre par ce think tank pro-républicain.

    En face du président de la Ceni congolaise, une vingtaine de personnalités triées sur le volet : responsables politiques américains, Elizabeth Jaffee du bureau Afrique du département d’État américain et Gregory Simpkings, directeur du sous-comité de la chambre des représentants sur l’Afrique, la santé globale et les droits de l’Homme, entres autres, mais aussi des personnalités de la société civile américaine (surtout) et congolaise.

    Tripartite d’abord, calendrier électoral ensuite

    Lors des discussions modérées par Bronwyn Bruton, directeur des programmes et études au centre Afrique d’Atlantic Council, Corneille Nangaa, accompagné de François Balumuene, ambassadeur congolais aux États-Unis, est revenu sur les enjeux du processus électoral en cours en RDC et les contraintes techniques, logistiques et financières – 528 millions de dollars pour les scrutins présidentiel, législatif et provincial – auxquelles la Ceni est confrontée. Mais « il n’a jamais indiqué que le calendrier électoral sera publié cette semaine », comme on a pu le lire sur le site d’Atlantic Council, souligne-t-on dans l’entourage du président de la Ceni.

    D’après nos informations, le calendrier électoral ne pourra être rendu public avant la deuxième réunion d’évaluation du processus électoral. Celle-ci est programmée ce jeudi 12 octobre entre la Ceni, le gouvernement et le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

    L’accord dont la mise en oeuvre en cours est dénoncée par le Rassemblement de l’opposition et les évêques catholiques, médiateurs des pourparlers, avait prévu cette tripartite pour « unanimement apprécier le temps nécessaire pour le parachèvement [des] élections ».

    De janvier à novembre 2018 ?

    En attendant, quelques « grandes lignes » de ce calendrier tant attendu en RDC ont été révélées à la réunion d’Atlantic Council. Après recoupement avec des sources au sein de la Ceni, il en ressort que l’enrôlement des électeurs sera « clôturé en janvier [2018] au Kasaï ». Mais, « entre-temps, la consolidation des données du fichier électoral est déjà enclenchée », rassure-t-on du côté de la Ceni. Mais cette vérification pourrait s’étendre jusqu’au mois de février.

    Ce n’est qu’après que pourraient intervenir les « activités critiques du processus », celles qui nécessitent la fin de l’une pour déclencher le début de l’autre. À commencer par l’examen et l’adoption de la proposition ou du projet de loi sur la répartition des sièges.

    À ce stade, le président de la Ceni souhaite que tous les acteurs politiques, parlementaires compris, s’impliquent réellement pour l’aboutissement du processus. « Corneille Nangaa a effet expliqué qu’en réalité la plupart de ceux qui, à Kinshasa, exigent des élections n’en veulent pas », rapporte un autre participant à la réunion d’Atlantic Council.

    Viendra ensuite l’étape de l’ouverture des candidatures. « Avec plus de 600 partis, il faudra s’attendre à environ 28 000 candidats pour la députation nationale et un peu plus pour les élections provinciales », fait savoir à Jeune Afrique le président de la Ceni. C’est pourquoi, pour ce dernier, « la machine à voter n’est pas une proposition mais une option prise » pour faire face à cette situation. Une fois les candidatures enregistrées, la Ceni procédera à la « commande des matériels sensibles », notamment des bulletins de vote.

    Je ne suis pas allé à Washington pour convaincre qui que ce soit

    Nangaa a enfin rappelé ses trois options présentées aux politiques pour la tenue des scrutins : une seule élection – la présidentielle – en décembre 2017, deux élections – présidentielle et législatives – en mai 2018 ou trois élections – présidentielle, législatives et provinciales – en novembre 2018.

    L’accord de la Saint-Sylvestre, on le sait, a choisi le troisième cas de figure, mais en ramenant l’échéance « au plus tard en décembre 2017 ». Ce qui est « techniquement impossible » jure-t-on à la Ceni qui semble s’accrocher à son schéma initial. Le Rassemblement de l’opposition a déjà indiqué que si les élections n’ont pas lieu cette année, une « transition sans Kabila » doit être mise en place.

    À Washington, Corneille Nangaa s’est également évertué à « [démentir] les allégations selon lesquelles la violence actuelle [notamment dans le Kasaï, dans le centre du pays, NDRL] serait liée au processus électoral et à l’impossibilité d’organiser les élections », rapporte un autre participant à la réunion.

    Mais, à en croire le compte rendu publié sur le site internet d’Atlantic Council, pendant les échanges, les explications de Corneille Nangaa n’ont pas convaincu la plupart des invités.

    « Difficile d’en être autrement lorsque chacun a déjà ses appréhensions », commente un proche du président de la Ceni. Et Nangaa lui-même de conclure : « Je ne suis pas allé à Washington pour convaincre qui que ce soit, mais pour présenter les faits. »

    J.A

  • Élections en 2019 : les « grandes lignes » d’un calendrier électoral (très) attendu en RDC

    Élections en 2019 : les « grandes lignes » d’un calendrier électoral (très) attendu en RDC

    -Après son passage la semaine dernière au siège d’Atlantic Council à Washington, Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), a regagné dimanche soir Kinshasa où il compte publier incessamment le calendrier électoral tant attendu en RDC. En voici les « grandes lignes ».

    Visiblement serein et imperturbable, Corneille Nangaa est rentré dimanche 8 octobre à Kinshasa après un échange très musclé au centre Afrique de l’Atlantic Council à Washington. Il s’agissait d’un « briefing » sur les prévisions de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en RDC, organisé le jeudi 5 octobre par ce think tank pro-républicain.

    En face du président de la Ceni congolaise, une vingtaine de personnalités triées sur le volet : responsables politiques américains, Elizabeth Jaffee du bureau Afrique du département d’État américain et Gregory Simpkings, directeur du sous-comité de la chambre des représentants sur l’Afrique, la santé globale et les droits de l’Homme, entres autres, mais aussi des personnalités de la société civile américaine (surtout) et congolaise.

    Tripartite d’abord, calendrier électoral ensuite

    Lors des discussions modérées par Bronwyn Bruton, directeur des programmes et études au centre Afrique d’Atlantic Council, Corneille Nangaa, accompagné de François Balumuene, ambassadeur congolais aux États-Unis, est revenu sur les enjeux du processus électoral en cours en RDC et les contraintes techniques, logistiques et financières – 528 millions de dollars pour les scrutins présidentiel, législatif et provincial – auxquelles la Ceni est confrontée. Mais « il n’a jamais indiqué que le calendrier électoral sera publié cette semaine », comme on a pu le lire sur le site d’Atlantic Council, souligne-t-on dans l’entourage du président de la Ceni.

    D’après nos informations, le calendrier électoral ne pourra être rendu public avant la deuxième réunion d’évaluation du processus électoral. Celle-ci est programmée ce jeudi 12 octobre entre la Ceni, le gouvernement et le Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

    L’accord dont la mise en oeuvre en cours est dénoncée par le Rassemblement de l’opposition et les évêques catholiques, médiateurs des pourparlers, avait prévu cette tripartite pour « unanimement apprécier le temps nécessaire pour le parachèvement [des] élections ».

    De janvier à novembre 2018 ?

    En attendant, quelques « grandes lignes » de ce calendrier tant attendu en RDC ont été révélées à la réunion d’Atlantic Council. Après recoupement avec des sources au sein de la Ceni, il en ressort que l’enrôlement des électeurs sera « clôturé en janvier [2018] au Kasaï ». Mais, « entre-temps, la consolidation des données du fichier électoral est déjà enclenchée », rassure-t-on du côté de la Ceni. Mais cette vérification pourrait s’étendre jusqu’au mois de février.

    Ce n’est qu’après que pourraient intervenir les « activités critiques du processus », celles qui nécessitent la fin de l’une pour déclencher le début de l’autre. À commencer par l’examen et l’adoption de la proposition ou du projet de loi sur la répartition des sièges.

    À ce stade, le président de la Ceni souhaite que tous les acteurs politiques, parlementaires compris, s’impliquent réellement pour l’aboutissement du processus. « Corneille Nangaa a effet expliqué qu’en réalité la plupart de ceux qui, à Kinshasa, exigent des élections n’en veulent pas », rapporte un autre participant à la réunion d’Atlantic Council.

    Viendra ensuite l’étape de l’ouverture des candidatures. « Avec plus de 600 partis, il faudra s’attendre à environ 28 000 candidats pour la députation nationale et un peu plus pour les élections provinciales », fait savoir à Jeune Afrique le président de la Ceni. C’est pourquoi, pour ce dernier, « la machine à voter n’est pas une proposition mais une option prise » pour faire face à cette situation. Une fois les candidatures enregistrées, la Ceni procédera à la « commande des matériels sensibles », notamment des bulletins de vote.

    Je ne suis pas allé à Washington pour convaincre qui que ce soit

    Nangaa a enfin rappelé ses trois options présentées aux politiques pour la tenue des scrutins : une seule élection – la présidentielle – en décembre 2017, deux élections – présidentielle et législatives – en mai 2018 ou trois élections – présidentielle, législatives et provinciales – en novembre 2018.

    L’accord de la Saint-Sylvestre, on le sait, a choisi le troisième cas de figure, mais en ramenant l’échéance « au plus tard en décembre 2017 ». Ce qui est « techniquement impossible » jure-t-on à la Ceni qui semble s’accrocher à son schéma initial. Le Rassemblement de l’opposition a déjà indiqué que si les élections n’ont pas lieu cette année, une « transition sans Kabila » doit être mise en place.

    À Washington, Corneille Nangaa s’est également évertué à « [démentir] les allégations selon lesquelles la violence actuelle [notamment dans le Kasaï, dans le centre du pays, NDRL] serait liée au processus électoral et à l’impossibilité d’organiser les élections », rapporte un autre participant à la réunion.

    Mais, à en croire le compte rendu publié sur le site internet d’Atlantic Council, pendant les échanges, les explications de Corneille Nangaa n’ont pas convaincu la plupart des invités.

    « Difficile d’en être autrement lorsque chacun a déjà ses appréhensions », commente un proche du président de la Ceni. Et Nangaa lui-même de conclure : « Je ne suis pas allé à Washington pour convaincre qui que ce soit, mais pour présenter les faits. »

    J.A

  • RDC : « A qui étaient destinées les armes de l’Antonov? »

    RDC : « A qui étaient destinées les armes de l’Antonov? »

    -Samedi 30 septembre, un Antonov se crashe à Nsélé, commune située à l’est du grand Kinshasa. A son bord, une dizaine de personnes et du matériel militaire. La raison du crash n’est pas encore officiellement connue mais pour notre spécialiste en aviation, « la piste d’une surcharge paraît être plausible. Si l’avion avait eu une avarie moteur mais qu’il n’avait pas été surchargé, il aurait pu faire demi-tour sur un moteur. Par contre, avec une surcharge, l’avion devient vite incontrôlable, c’est ce qui a dû se produire ».

    « Ce n’est pas la première fois qu’un crash de ce genre se produit », explique notre source, qu parle d’au moins trois autres crashes de ce genre « qui s’étallent sur plusieurs années. »

    Au moins trois accidents d’avions de transport militaires ont déjà eu lieu en RD Congo depuis 2000, confirme  dans une dépêche Gérard Godin, journaliste de l’agence Belga, fin connaisseur du monde aéronautique. Il cite « un Illiouchine 76 qui avait perdu sa porte ventrale en plein vol le 8 mai 2003 entre Kinshasa et Lubumbashi, faisant environ 200 morts. Le crash d’avion le plus meurtrier en RDC a eu lieu en janvier 1996: un Antonov avait raté son décollage de l’aéroport kinois de N’Dolo à cause de la surcharge et s’était écrasé sur un marché, faisant près de 350 morts », rappelle Gérard Godin.
    « Ces infos sont tout à fait exactes, renchérit notre spécialiste. Le troisième crash concerne un autre Antonov mais je ne peux plus citer la date. Mais il s’agissait encore d’un souci de surcharge », poursuit-il et il s’interroge : « Pourquoi l’armée congolaise, si elle doit ravitailler ses forces sur le front, utiliserait-elle ce type d’avion plus cher et qui peut emporter moins de charge, alors qu’elle dispose de Boeing 727 aménagés pour ce type de transport. Ce serait nettement moins cher (il n’y a que le kérosène à payer), plus sûr et plus rapide ? Ces avions sont en état de voler. Lors de la dernière visite de Kabila à Kananga, sur les images de son arrivée, on peut en découvrir un à l’arrière-plan. »
    En posant la question, notre homme a une piste en tête. « Peut-être que l’armement contenu dans l’appareil n’était pas destiné à l’armée régulière. Le plan de vol renseigne Bukavu comme destination du vol mais tous les spécialistes savent qu’une des spécificités de l’Antonov, qui est un peu le C-130 de l’ancien bloc de l’est, c’est qu’il peut atterrir un peu n’importe où. Il n’a pas besoin d’une vraie piste pour se poser. Or, au sud de Bukavu, il y a Minembwe, qui sert régulièrement de base de ravitaillement pour les troupes négatives comme les FDLR… D’autres terrains existent pour ravitailler les ADF. »

    Par Hubert Leclercq

  • RDC : L’ambassadrice américaine à l’ONU à Kinshasa le 21 octobre

    RDC : L’ambassadrice américaine à l’ONU à Kinshasa le 21 octobre

    U.S. President Donald Trump talks with U.S. Ambassador to the U.N. Nikki Haley as they attend a session on reforming the United Nations at U.N. Headquarters in New York, U.S., September 18, 2017. REUTERS/Lucas Jackson

    -La République démocratique du Congo n’en démord pas, elle est candidate à un siège au Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une position qui, notamment, au vu des innombrables critiques sur les violences perpétrées en RDC par les forces de l’ordre contre les populations civiles flirte avec le surréalisme ou le cynisme. Une lecture qui ne semble pas correspondre à la lecture de plusieurs pays africains qui soutiennent cette candidature.

    Les Etats-Unis ont d’ailleurs critiqué mercredi dernier, ces pays africains, affirmant que cela enflammerait encore le conflit dans ce pays.

    Le Conseil, basé à Genève, enquête actuellement sur les atrocités qui ont été commises en République démocratique du Congo par les forces armées du pays et des milices dans la région du Kasaï, où plus de 80 fosses communes ont été découvertes et deux experts des Nations unies exécutés. La situation de plusieurs opposants contraints à l’exil, emprisonnés ou subissant des pressions psychologiques intolérables comme Gabriel Kyungu wa Kumwanza dont la demeure est constamment sous contrôle policier (voir illustration ci dessous) est aussi régulièrement évoquée.

    « Un manquement au droit de l’homme »

    Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, a jugé que le soutien à la candidature de la RDC était « un manquement inexcusable » à la promotion des droits de l’homme par les pays africains.

    « Quand des pays du groupe Afrique avancent la candidature d’un pays comme la République démocratique du Congo pour qu’il devienne membre du Conseil des droits de l’homme, cela n’affaiblit pas seulement cette institution – mais alimente également le conflit qui provoque tant de souffrances sur ce continent », a déclaré Mme Haley qui est attendue le 21 octobre à Kinshasa.

    Le Conseil des droits de l’homme peut être un atout pour le continent si les pays africains proposent des candidats « crédibles », a encore déclaré Mme Haley.

    Le souvenir de Bill Richardson

    Une visite espérée, même si le contexte est bien différent, par nombre d’opposants au régime Kabila qui se souviennent de la visite de l’ambassadeur américain à l’ONU Bill Richardson, à la fin du règne du maréchal Mobutu. L’ambassadeur américain n’y était pas allé avec le dos de la cuiller pour montrer le chemin de l’exil à un Mobutu malade et qui ne régnait déjà plus que sur une partie de son Zaïre. « Les temps et les acteurs ont changé », explique un opposant. « On peut penser que Mme Haley, dont on connaît le caractère bien trempé, sera ferme avec le président Kabila. On n’est pas naïfs, on sait que le Kabila de 2017 n’est pas le Mobutu de 1997. Mais les Etats-Unis ont démontré qu’ils n’avaient pas perdu notre pays de vue. Si Mme Haley vient à Kinshasa, ce n’est pas pour faire des emplettes. Son discours à l’annonce du soutien des autres Etats africains à la candidature de la RDC au conseil des droits de l’homme, montre son engagement et sa détermination face à un pouvoir voyou. »

    L’Assemblée générale de l’ONU doit voter en octobre pour pourvoir des sièges de ce Conseil fort de 47 membres.

    Le groupe de pays africains s’est mis d’accord pour proposer outre la RDC, l’Angola, le Nigeria et le Sénégal pour occuper les quatre sièges alloués au continent.

    L’élection l’année dernière de l’Arabie saoudite et de la Chine au Conseil, en dépit de preuves de violations des droits de l’homme, avait également suscité des critiques.

    Par Hubert Leclercq

  • Crise au Congo: Charles Michel en long tête-à-tête avec le président Kabila à New York

    Crise au Congo: Charles Michel en long tête-à-tête avec le président Kabila à New York

    -Le Premier ministre belge a longuement rencontré le président congolais, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York. Les élections et le futur du président étaient vraisemblablement au menu des discussions, à huis clos. La rencontre a été qualifiée par l’entourage de Charles Michel d’« instructive et utile ».

    Charles Michel a eu un long entretien en tête-à-tête avec le président congolais Joseph Kabila, vendredi après-midi, dans un prestigieux hôtel de Manhattan. L’entrevue a duré une heure et quart et a été qualifiée par son entourage de « instructive et utile ». Le Premier ministre, tout comme son interlocuteur, se sont refusés à dévoiler «  à chaud  » le contenu de leur conversation, forcément délicate dès lors que la situation sécuritaire au Congo est tendue à l’extrême tandis que le calendrier électoral va «  de glissement en glissement  » et que le président élu n’a toujours pas fait connaître son intention de quitter le pouvoir après les deux mandats autorisés par la Constitution.

    C’était la première rencontre entre les deux hommes, sans aucun conseiller, depuis un seul autre contact bilatéral entre le Premier ministre et le président, en marge du sommet de la Francophonie à Dakar, il y a trois ans. Charles Michel avait cependant rencontré Kabila auparavant, lorsque l’actuel Premier ministre belge était en charge de la Coopération au développement.

    Un premier contact établi par Charles Michel

    Joseph Kabila, qui porte désormais une solide barbe, est arrivé jeudi à New York, en provenance du Kasaï. Il doit prononcer son discours devant l’Assemblée générale ce samedi. Le projet de l’entrevue belgo-congolaise au sommet avait été évoqué lors d’un échange téléphonique entre Charles Michel et le président de la RDC, apprend-on. Ce contact avait été établi par le Premier ministre. Charles Michel avait sollicité le soutien de Kabila, cet été, pour rapatrier du Congo des moyens militaires belges (armes, munitions, véhicules…) bloqués depuis de mois sur place après que le Congo avait rompu la coopération militaire avec la Belgique. Cette rupture avait été justifiée à Kinshasa par des critiques émises par le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, sur le choix du nouveau Premier ministre congolais. De son côté la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo avait refusé de se charger de cette mission, affirmant qu’elle n’entrait pas dans son mandat.

    Une réunion à huis clos de tous les «  envoyés spéciaux  » chargés de la région s’est tenue cette semaine à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans les couloirs des Nations unies, il se dit que l’un des « paramètres » de la délicate situation au Congo concerne le sort – la sécurité ! – du président : comment garantir celle-là pour le convaincre de s’effacer ? On rappelle que son père a fini assassiné, tandis que d’autres ex-dirigeants africains ont trouvé un refuge sûr dans des pays voisins. En Côte d’Ivoire par exemple, pour l’ex-président burkinabé Compaoré, ou en en Guinée équatoriale pour le gambien Jammeh. Le sort des avoirs fait également partie de «  l’équation  ».

    « Il faudrait convenir d’un cadre solide de sortie », indique une source proche du dossier. Bien sûr, l’initiative devrait émaner des acteurs régionaux, africains, plutôt que des « parrains » européens, occidentaux. Ceux-ci devraient davantage se mobiliser pour favoriser une sortie de crise, estime-t-on, d’autant qu’un risque de contagion n’est jamais à exclure, s’agissant du Congo, un pays qui partage ses frontières avec neuf pays !

    Kabila pourrait être tenté de rester au pouvoir

    Problème, comme le relève la source occidentale : « Les leaders régionaux sont eux-mêmes concernés par ce que l’on reproche à Kabila » (NDLR : de s’accrocher au pouvoir). Avec une opposition divisée et revancharde, une communauté internationale en ordre dispersé et les Etats-Unis de Trump désintéressés, le président Kabila, au pouvoir depuis janvier 2001, pourrait être tenté d’encore rester, malgré les risques de chaos, analyse-t-on. « Le moins mauvais choix, c’est donc les élections », reprend la source.

    Dans son discours officiel à la tribune de l’Assemblée, Charles Michel a mis surtout l’accent sur la « situation sécuritaire » qui « s’est fortement dégradée » au Congo et la crise humanitaire, « préoccupante ». Sans rien dire précisément, Charles Michel a affirmé que « nous ne pouvons pas abandonner la RDC. Nous devons au contraire l’accompagner pour qu’elle puisse s’ancrer dans un processus démocratique irréversible au moyen notamment de l’organisation d’élections honnêtes, transparentes et inclusives ». « Je verrai les détails avec lui (Joseph Kabila) », avait dit au Soir Charles Michel dans la foulée de son discours.

  • l’entourage de Kabila « surpris » par la demande de nouvelles sanctions américaines

    l’entourage de Kabila « surpris » par la demande de nouvelles sanctions américaines

    -Dans une correspondance adressée mardi à Donald Trump, sept sénateurs américains exhortent le président de leur pays à s’impliquer davantage dans la recherche d’une solution à la crise en RDC. L’une des pistes avancées : de nouvelles sanctions contre le régime de Joseph Kabila. Kinshasa se dit « surpris ».

    Ils sont tous démocrates et se disent préoccupés par la situation politique et sécuritaire en RDC. Autour de Cory Booker, élu du New Jersey et représentant principal de son parti au sein du sous-comité sur l’Afrique du Sénat américain, six autres sénateurs des États-Unis ont adressé, ce mardi 3 octobre, une lettre au président Donald Trump.

    Dans cette correspondance, les sénateurs Cory Booker, Ben Cardin (Maryland), Dick Durbin (Illinois), Chris Coons (Delaware), Sherrod Brown (Ohio), Elizabeth Warren et Edward Markey (Massachusetts) rappellent au chef de l’État américain les raisons, selon eux, de l’aggravation de la crise actuelle en RDC : le non-respect par le président Joseph Kabila de la lettre et de l’esprit de l’accord de la Saint-Sylvestre. Un compromis politique signé in extremis le 31 décembre 2016 entre le camp présidentiel et l’opposition politique.

    Il était alors question d’organiser les élections d’ici la fin de l’année et de cogérer la période préélectorale. Seulement, lors de l’application de l’accord, Joseph Kabila, dont le second mandat constitutionnel est arrivé à terme le 19 décembre dernier, a choisi de nommer les dissidents du Rassemblement de l’opposition à la fois à la tête du gouvernement et du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

    Un geste considéré comme une provocation, qui s’est attiré des critiques des évêques catholiques, médiateurs de ces derniers pourparlers, mais aussi des partenaires internationaux qui continent d’appeler à l’application « intégrale » de l’accord trouvé. Pis, la possibilité d’organiser les scrutins d’ici décembre ne tiendrait plus qu’à un miracle.

    Si Kabila ne respecte pas l’accord, les États-Unis devraient recourir aux sanctions

    Kabila de nouveau pointé du doigt

    Pour les sénateurs américains auteurs de la lettre adressée à Trump, le responsable de cette situation est bien connu : Joseph Kabila. Ils accusent le chef de l’État congolais de n’avoir pas voulu appliquer « de bonne foi » l’accord de la Saint-Sylvestre.

    Ces élus américains dressent également un tableau sombre de la situation sécuritaire en RDC : graves violations des droits de l’homme dans le Kasaï, imputables notamment aux forces gouvernementales et à des milices pro-gouvernementales, troubles dans le Tanganyika où l’on compte « 500 000 déplacés supplémentaires », recrudescence des violences dans le Kivu, répression des manifestants pacifiques à Kinshasa et dans les autres villes du pays…

    Avant que toute la région ne s’embrase, ces sénateurs prient Donald Trump de nommer un successeur à James Swan, parti en retraite, au poste d’ambassadeur des États-Unis en RDC. D’autant que, pour l’instant, c’est Dennis Hankins, ambassadeur américain en Guinée, qui chapeaute aussi la représentation diplomatique américaine à Kinshasa en tant que chargé d’affaires.

    Il est également demandé à Trump de désigner un secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines, mais aussi un administrateur adjoint chargé de l’Afrique au sein de l’USAID.

    Selon les sénateurs américains, sans des responsables permanents à ces postes stratégiques, la politique africaine des États-Unis, mais aussi tous les efforts diplomatiques que le pays pourrait déployer, ne produiront pas d’effets escomptés.

    En attendant, ils sollicitent auprès de Donald Trump le recours à des mesures coercitives pour contraindre le régime de Kinshasa. « Si le gouvernement [congolais] refuse de respecter l’esprit et la lettre de l’accord [de la Saint-Sylvestre], les États-Unis devraient utiliser les moyens dont nous disposons, notamment l’adoption des sanctions », soutiennent les sept sénateurs dans leur missive.

     

     

    Nous avons l’impression que ces sénateurs américains ne nous écoutent pas

    Dans l’entourage du président Kabila, c’est l’incompréhension. D’autant que, par l’entremise de Mer Security and Communication System, une entreprise israélienne, Kinshasa avait renforcé ces derniers mois des actions de lobbying auprès des instances américaines.

    Raymond Tshibanda, ancien chef de la diplomatie congolaise, a même été nommé « envoyé spécial » sur place. Et Barnabé Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique du chef de l’État, confie à Jeune Afrique avoir rencontré à plusieurs reprises trois des sénateurs signataires de cette « lettre assortie de menaces de sanctions ».

    « Nous sommes surpris par le fait qu’ils reviennent sur un argumentaire dépassé, alors que nous avons eu à les expliquer de long en large la situation réelle, politique et sécuritaire, en RDC », dit-t-il. « Nous avons l’impression qu’ils ne nous écoutent pas, déplore le diplomate. C’est très inquiétant s’ils se contentent de ce que leur disent des opposants intéressés qui ne cherchent qu’en découdre avec le pouvoir en place à Kinshasa. »

    L’ambassadrice américaine Nikki Haley attendue à Kinshasa

    Quant à la situation sécuritaire épinglée dans la lettre, elle serait depuis « maîtrisée » dans le Kasaï, jure Kikaya qui en veut pour preuve « l’enrôlement des électeurs qui se poursuit » dans cette partie centrale du pays.

    « Les procès des fouteurs de troubles s’y poursuivent. Le FBI et la justice suédoise travaillent déjà avec nous pour élucider le meurtre de deux experts onusiens [l’Américain Sharp et la Suédoise Zaida Catalán assassiné en mars dans le Kasaï, NDRL] », poursuit ce proche de Kabila qui regrette qu’ « on ne retrouve nulle part ces évolutions de la situation dans la lettre des sénateurs ». Celle-ci, nuance Kikaya, « n’engage que ses signataires ».

    « Nous, à Kinshasa, nous attendons au cours de ce mois d’octobre Nikki Haley, la représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, le seul haut responsable américain qui s’est prononcé à plusieurs reprises sur la situation en RDC », indique le diplomate congolais. « Si de nouvelles sanctions américaines tombent sur nous, ce serait un très mauvais signal », grimace pour sa part un ancien ministre.

    Côté opposition, l’on se réjouit en revanche de cette sortie des sénateurs américains. Olivier Kamitatu, porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, y voit une « nouvelle salve du Congrès américain qui invite Donald Trump à adopter des mesures pour la mise en œuvre de l’accord de la Cenco et le départ de Kabila ». D’autant que le Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise, ne plaide désormais qu’en faveur d’une transition sans le président actuel.

    J.A.