Publié le 02-11-2018 Modifié le 02-11-2018 à 16:32
Cinq ans après l’assassinat de nos collègues de RFI Ghilslaine Dupont et Claude Verlon au Mali, la Bourse qui porte leur nom se déroulait cette année à Abidjan en Côte d’Ivoire. Comme chaque année, elle a distingué deux lauréats, journaliste et tecnicien qui viendront à Paris dans quelques mois pour suivre une formation.
Ils étaient 20 – 10 journalistes et 10 techniciens – sélectionnées pour suivre un stage de deux semaines à Abidjan. Un stage au terme duquel la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon vient de distinguer deux lauréats.
Pour les journalistes, il s’agit de Taby Badjo Marina Djava. Agée de 30 ans, elle est journaliste à la radio La Voix des lacs à Yamoussoukro. Le jury l’a récompensée pour avoir abordé une réalité sociale ivoirienne avec lucidité, pour la force et la richesse des témoignages qu’elle a recueillis pour son reportage consacré à l’absence de dialogue dans l’éducation traditionnelle en Côte d’Ivoire.
Chez les techniciens, la Bourse a été remise à Aman Baptiste Ado. A 32 ans, il est technicien réalisateur à l’ISTC FM, une radio abidjanaise qui appartient à l’Institut des sciences et techniques de la communication, une école qui forme les journalistes et les techniciens. Ce sont la pertinence des ambiances et le rythme donné par son travail de réalisation à un reportage sur les cours communes dans la capitale ivoirienne qui ont séduit le jury.
Les deux lauréats recevront en février prochain à Paris une formation intensive à RFI ainsi qu’au sein de deux établissements partenaires de la Bourse : Sciences Po pour Taby Badjo Marina Djava et l’INA pour Aman Baptiste Ado
Charles Munch The Complete Recordings on Warner Classics
Le 6 novembre 1968, Charles Munch était terrassé par une crise cardiaque aux Etats-Unis, où il se trouvait en tournée avec l’Orchestre de Paris, formation dont il était le directeur musical depuis sa création un an plus tôt. Le coffret de rééditions qui célèbre le cinquantième anniversaire de la mort du « Grand Charles », comme on se plaisait à appeler le musicien né à Strasbourg en 1891 en faisant un clin d’œil au président de la République (Charles de Gaulle, son aîné d’un an), témoigne de l’art si particulier de ce chef, minutieux derrière une façade instinctive. Etendus du milieu des années 1930 à la fin des années 1960, ces enregistrements avec cinq orchestres différents concernent nombre de chefs-d’œuvre du répertoire classique. Toutefois, de Berlioz à Dutilleux, en passant par Ravel et Jolivet, la musique française s’y taille la part du lion, fauve auquel Munch fut souvent comparé pour ses prestations souveraines. Pierre Gervasoni
The Amazing Keystone Big Band We Love Ella/La Voix d’Ella
Fondé en 2010, The Amazing Keystone Big Band a notamment enregistré un très réussi Carnaval des animaux, de Camille Saint-Saëns, raconté par Edouard Baer, et a consacré deux précédents enregistrements à Django Reinhardt, l’un sous la forme d’un conte musical, l’autre recueil de thèmes du guitariste. C’est par le même procédé que la formation évoque la chanteuse Ella Fitzgerald. La grande dame du swing et du scat est chantée, de manière très exacte, par Celia Kameni, en huit thèmes, de son répertoire de la fin des années 1930 (A Tisket, A Tasket) aux années 1960 (Blues In The Night) dans We Love Ella. Et c’est Vincent Dedienne qui raconte l’histoire de Bess, orpheline qui devient chanteuse, dans La Voix d’Ella. On retrouve dans cet opus les interprétations de l’autre album avec un appareillage musical supplémentaire de l’Amazing Keystone Big Band qui accompagne le récit. Dans les deux cas, le rendez-vous avec le grand jazz classique est interprété de la manière la plus talentueuse. Sylvain Siclier
Du 1er août 1994 au 30 août 1995, les Rolling Stones sont en tournée dans le monde entier, en lien avec la publication de leur album Voodoo Lounge (juillet 1994). Au programme, quelques titres du disque (You Got Me Rocking, Sparks Will Fly, The Worst, I Go Wild…), et un tour d’horizon de leur carrière, avec bon nombre de succès. Le bassiste Bill Wyman a quitté le groupe en 1993 et c’est Darryl Jones qui le remplace. Le 25 novembre 1994, le groupe est au Joe Robbie Stadium de Miami (Floride). Le concert est filmé, des invités sont de la partie (Sheryl Crow, Robert Cray, Bo Diddley). Partiellement publié alors, le voici dans son intégralité, sur un DVD, complément visuel des 2 CD de ce petit coffret Voodoo Lounge Uncut. Le groupe est en forme, avec les guitaristes Keith Richards et Ron Wood en duo complémentaire rythmique-lead, ravis des échanges avec Robert Cray durant Stop Breaking Down Blues, Charlie Watts, parfait à la batterie. A l’époque, les Rolling Stones avaient encore une notable envie que la scène soit leur terrain de jeu. S. Si.
Fluidité et volupté, pastels et aquarelles. Le monde de Gérald Toto suggère un peu tout cela. Il ne se départit jamais de la douceur. Le chanteur et guitariste revient en vol solitaire, après Bondeko, l’exaltante récréation proposée en 2017 par le trio Toto Bona Lokua (avec Richard Bona et Lokua Kanza). Irrésistiblement apaisant, il invite à prendre la tangente, incite à l’abandon. La voix, les mélodies, la guitare, les percussions et même les machines, utilisées à dose homéopathique, cajolent et enivrent au fil des mélodies. Des mots et des phrases chantonnés, murmurés, soufflés, en anglais ou en langue inventée, dont le sens n’a pas réellement d’importance. Même lorsqu’un chagrin d’amour est évoqué (It’s a Love Pain) le climat reste serein et calme. Ces chansons vont comme bulles au vent, fragiles et éphémères, elles meurent toujours trop tôt. Découpé en onze escales, le voyage ne dure que trente-cinq minutes. Rien n’empêche de le refaire plusieurs fois. Patrick Labesse
Le village de Taholah est en première ligne face à la montée des eaux : selon une étude de l’université de Washington, la côte Pacifique sera recouverte, ici, de 30 cm d’eau en 2100. Les nations indiennes de la région ont réussi à convaincre les écologistes d’inclure le sort des déplacés du climat dans un référendum qui sera soumis aux électeurs de l’Etat de Washington, le 6 novembre, à l’occasion des élections de mi-mandat.
Taholah est exposée à la montée des eaux. En 2014, une grande inondation a brisé le « sea wall » , le mur de défense de 3 mètres de haut. Un plan d’urbanisme a donc été adopté en 2017 pour construire un autre village sur une colline à 600 mètres de là, à 40 mètres d’altitude.
Sept personnes ont été tuées et 14 blessées dans une attaque contre un car qui se rendait à un monastère copte en Haute-Égypte, a annoncé vendredi l’archevêque de Minya.
Des hommes armés ont ouvert le feu sur un bus transportant des chrétiens coptes, vendredi 2 novembre, dans la province égyptienne de Minya (centre). Sept personnes ont été tuées et quatorze blessées, a indiqué à l’AFP l’évêque de la province.
Le car se rendait au monastère Saint-Samuel-le-Confesseur à Minya, à 260 km au sud du Caire. L’attaque a eu lieu pratiquement à l’endroit où 28 pèlerins coptes avaient été tués par des islamistes en mai 2017.
L’Égypte avait alors répondu à cette attaque, revendiquée par l’organisation État islamique (EI), par des frappes aériennes contre des camps jihadistes en Libye voisine.
En février 2018, l’armée a lancé une vaste offensive contre les jihadistes dans le Sinaï, baptisée “Sinaï 2018”. L’armée revendique dans cette opération un bilan de plus de 450 jihadistes tués.
Les coptes représentent la communauté chrétienne la plus importante et la plus ancienne du Moyen-Orient, avec environ 10 % des quelque 10 millions d’Égyptiens.
Peindre la nuit ? La difficulté est manifeste. Que peut l’art de la vue aux heures où ce sens ne peut plus qu’à peine s’exercer, vaincu par l’obscurité ? Comment représenter ce qui est le plus défavorable à la représentation ? La réflexion est loin d’être neuve. Et loin d’être récent le désir des peintres de triompher des ténèbres. L’expérience la plus ancienne serait la Fuite en Egypte, d’Adam Elsheimer, petite huile sur cuivre de 1609, remarquable par sa précision astronomique. Celle-ci s’expliquerait par la diffusion des observations de Galilée, exactement contemporaines, d’autant qu’Elsheimer habite alors à Rome. Son tableau est vite célèbre : Rubens le mentionne dans une lettre et, à la mort de son auteur l’année suivante, il est vendu pour un prix élevé. Après Elsheimer, Rembrandt et bien d’autres se mesurent au sujet, dont Friedrich, Van Gogh et Munch – rien de moins.
Elsheimer n’est pas dans l’exposition qui se tient à Metz. Ni Friedrich, Van Gogh ou Munch. Leurs œuvres ne s’empruntent pas aisément, d’une part. D’autre part, ce sont le XXe siècle et le début du XXIe qui sont examinés, conformément à la fonction du Centre Pompidou-Metz. L’exposition, sur deux étages, rapproche une centaine d’artistes, parmi lesquels des peintres, conformément au titre, et aussi des photographes, des cinéastes et des praticiens de l’installation. Elle commence par l’une de celles-ci, Lucioles, une vidéo de Jennifer Douzenel : un grand écran noir semé de très petits points lumineux qui exigent un long regard, de l’attention, du silence. La question de la visibilité est ainsi posée avec toute la pureté nécessaire, avec intransigeance même : la nuit et rien d’autre.
Ceux qui biaisent et trichent
Or, il est difficile de s’en tenir à cette pureté, difficile de s’abstenir d’artifices et d’effets. A de très rares exceptions près – Douzenel donc et la voûte céleste étoilée dessinée au fusain par Vija Celmins –, les…
Répartie sur deux niveaux, l’exposition intitulée « Peindre la nuit », qui a lieu au Centre Pompidou-Metz jusqu’au 15 avril 2019, rassemble des œuvres qui semblent avoir été peintes à la belle étoile ou à la lueur d’une lumière tamisée et intimiste. Un parcours nocturne à travers les peintures, installations et vidéos d’une centaine d’artistes qui ont créé, en silence et à pas feutrés, « un vocabulaire abstrait qui traduit ce vertige propre à la nuit, royaume de l’indistinct ».Jean-Marie Gallais, commissaire de l’exposition et responsable du pôle Programmation au Centre Pompidou-Metz, en commente une sélection et nous convie également à réfléchir sur notre place dans l’univers.
Peter Doig : « Milky Way », 1989-1990 ‒ huile sur toile
« Dans “Milky Way” (“La Voie lactée”) de l’Ecossais Peter Doig, les grappes d’étoiles et les arbres sont dédoublés par leur reflet immobile et silencieux sur l’eau ‒ et la terre a disparu dans ce monde bleu et liquide. Le peintre ramène à portée de pinceau l’infini du ciel étoilé. Le sentiment de gigantisme est renforcé lorsque l’œil aperçoit, au centre, un canoë à la dérive : image de la petitesse de l’homme face à l’univers. »
« Je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui s’est passé. A quel moment avons-nous failli ? » Vendredi 26 octobre, lors d’une interview accordée à la chaîne Habertürk, la fiancée turque de Jamal Khashoggi, assassiné dans l’enceinte du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, s’interroge. Le malaise d’Hatice Cengiz est d’autant plus grand que c’est pour pouvoir l’épouser que le journaliste s’était résolu à pousser la porte du consulat de son pays situé dans le quartier d’affaires de Levent, sur la rive européenne d’Istanbul. Elle l’a attendu cinq heures sur le trottoir d’en face avant de donner l’alerte.
« Istanbul, surtout depuis 2014, après le coup d’Etat qui a renversé l’Egyptien Morsi, est la seule capitale de la région qui tolère les opposants arabes. »Sinan Hatahet, analyste
A 59 ans, le journaliste saoudien, critique du puissant prince héritier Mohammed Ben Salman (dit « MBS »), et exilé depuis 2017 aux Etats-Unis, comptait faire d’Istanbul sa base, rejoignant ainsi les nombreux opposants arabes qui y ont trouvé refuge ces dernières années après avoir fui les guerres ou l’oppression dans leurs pays. Celui dont la police turque cherche toujours le corps avait rendez-vous au consulat le 2 octobre afin de récupérer un document administratif attestant de son divorce d’avec sa première épouse. « Istanbul, surtout depuis 2014, après le coup d’Etat qui a renversé le président égyptien élu Mohamed Morsi, est la seule capitale de la région qui tolère les opposants arabes », explique Sinan Hatahet, un analyste proche de l’opposition syrienne, basé à Istanbul.
Pour de nombreux ressortissants syriens, irakiens, égyptiens, yéménites et pour quelques saoudiens, une dizaine tout au plus, la ville des bords du Bosphore s’est muée en « une plateforme d’échanges pour les intellectuels arabes ». Une bonne partie de ces réfugiés sont des adeptes de l’islam politique, un courant de pensée que Jamal Khashoggi percevait…
L’objectif affiché est d’encourager les citoyens à allervoter le 26 mai lors des élections européennes, un scrutin qui affiche d’énormes taux d’abstention (56,5 % en 2014, 59,4 % en 2009). Mais le clip diffusé par le gouvernement passe mal auprès de l’opposition, qui critique son manque de neutralité.
« Emmanuel Macron fait sa propagande sur les frais de l’Etat, c’est un clip de propagande, mais il le fait passer pour un clip qui amènerait les citoyens à aller voter et je ne trouve pas ça très honnête », a notamment critiqué la porte-parole du parti Les Républicains, Laurence Sailliet, vendredi 2 novembre sur C News.
En mai 2019, l’Europe changera. En votant, vous décidez comment ! #ÉlectionsEuropéennes #OuiJeVote ???????? https://t.co/ZXHofMQ0Q7
— gouvernementFR (@Gouvernement)
Sur une musique à la tonalité angoissante, ce clip affiche notamment l’Italien Matteo Salvini et le Hongrois Viktor Orban comme repoussoirs, avec la question : « Europe : union ou division ? » En conclusion, la vidéo affiche : « En mai 2019, l’Europe changera. En votant, vous décidez comment ! »
« Emmanuel Macron n’a qu’une stratégie aujourd’hui, c’est d’opposer les progressistes aux populistes, comme il le dit, parce que lui-même n’a aucune stratégie concrète au niveau européen », a accusé la porte-parole des Républicains.
« Présentation nauséabonde de l’immigration »
La droite n’est pas la seule à s’insurger contre cette vidéo. « Les clips du gouvernement sont des clips de campagne LRM maquillés, sur fonds publics », a estimé de son côté Génération.s, le parti de l’ex-PS Benoît Hamon, qui précise, dans un communiqué, que le CSA et la Commission des comptes de campagne seront saisis. Mehdi Ouraoui, de Génération.s, fustige le « contenu totalement orienté, notamment la présentation nauséabonde qui est faite de l’immigration “à maîtriser ou à subir” [qui] n’a aucun rapport avec une incitation à la citoyenneté ».
Pour le socialiste Rachid Temal, « ce clip-là, c’est la reprise texto des propos de M. Macron et il essaie de nous fairecroire qu’il n’y aurait qu’une option, la sienne ».
Mme Sailliet a également critiqué l’entretien d’Emmanuel Macron publié mercredi par Ouest France, dans lequel le président de la République dresse un parallèle entre la situation actuelle en Europe et les années 1930. « Emmanuel Macron attise les peurs, c’est tout ce qu’il sait faire. Vous savez à qui il me fait penser ? A Marine Le Pen, c’est la même stratégie, c’est-à-dire qu’on attise les peurs parce qu’on n’a pas de solution », a-t-elle dénoncé.
Deux jours après la parution du clip, Matteo Salvini l’avait commenté sur Twitter : « Le gouvernement français publie, avec l’argent des contribuables, un clip officiel pour les Européennes en m’utilisant comme un épouvantail. Macron et ses amis doivent avoir très peur. En 2019, un printemps des peuples qui va les balayer les attend. »
Le documentaire L’homme qui jouait avec le feu de Henrik Georgsson s’ouvre sur une interview de Stieg Larsson, remontant à 2004. Le Suédois a alors 50 ans, porte ses éternelles lunettes rondes, un blazer gris et une mine soucieuse. L’homme n’est pas encore l’écrivain aux 90 millions de polars écoulés dans le monde. Il ne le sera d’ailleurs jamais. Stieg Larsson est mort quelques semaines après cet entretien, le 9 novembre 2004, d’une crise cardiaque et avant même que le premier tome de Millénium ne soit publié. Assis dans un fauteuil orange dans son bureau en sous-pente du magazine antiraciste Expo, créé en 1995 à Stockholm, il évoque la démocratie « toujours menacée » car, dit-il, « elle n’est pas un don divin tombé du ciel », mais quelque chose « pour laquelle chaque génération doit se battre ».
La traque des néonazis
D’ailleurs, si en 2004 la démocratie existe en Europe, « on ne sait pas ce qu’il en sera dans vingt ans », constate Stieg Larsson, à la fin du documentaire de Henrik Georgsson (Bron, Wallander, etc.). Si la critique a encensé le film après sa sortie fin septembre, c’est que dans ce portrait de l’écrivain se dessine en creux l’histoire du néonazisme en Suède après la seconde guerre mondiale. Dans les années 1980, Larsson annonçait les succès actuels des Démocrates de Suède (SD), alors ultraminoritaires, et devenus faiseurs de rois au Parlement suédois, avec 17,6 % des voix remportés lors du scrutin du 9 septembre.
En suédois, le documentaire s’intitule Mannen som lekte med elden, « l’homme qui jouait avec le feu », – référence au second tome de Millénium, dont le titre français est La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Une cinquantaine de témoins racontent. Parmi eux, Eva Gabrielsson, la compagne du journaliste et écrivain. Mais aussi ses anciens collègues de l’agence de presse TT, où il a travaillé pendant plus de vingt ans comme graphiste, consacrant ses nuits à ce qui deviendra une obsession : traquer les militants d’extrême droite en Suède, jusque dans les sous-sols où ils tiennent leurs réunions. Il les photographie, fait des recoupements, constitue des dossiers.
Stieg Larsson écrit également dans le magazine Searchlight, fondé en 1975 par le militant antifasciste britannique Gerry Gable, qui témoigne le visage dissimulé. Même chose pour un couple d’anciens collaborateurs d’Expo : en 1999, une bombe placée sous leur voiture a explosé, blessant grièvement l’homme. Leur fils de 8 ans s’en est sorti miraculeusement avec quelques égratignures.
« Il avait une boussole morale très claire et la suivait. »Henrik Georgsson, réalisateur
Le documentaire raconte les menaces de l’extrême droite, les coups de fil anonymes, les munitions envoyées par La Poste… Stieg Larsson devient un expert en sécurité. Il achète un manuel qui explique comment ouvrir un colis piégé sans qu’il explose, et demande à ses collègues de cacher une batte de base-ball dans le hall d’entrée de leur appartement… Divisés et sans moyens financiers, les groupuscules d’extrême droite sont considérés en Suède, dans les années 1980, comme une aberration appelée à disparaître. Le réalisateur Henrik Georgsson confie sa fascination pour la « persistance » de Stieg Larsson qui, contre vents et marées, s’obstine : « Il avait une boussole morale très claire et la suivait. »
En 1995, année de la création d’Expo, qui reste aujourd’hui le principal observatoire de l’extrême droite en Suède, les néonazis commettent sept meurtres dans le pays. La même année, Jimmie Åkesson, alors âgé de 16 ans et aujourd’hui patron de l’extrême droite suédoise, rejoint SD. Créé sept ans plus tôt, le parti tente depuis de rompre avec ses racines dans la mouvance néonazie. Expo continue de démontrer régulièrement les liens troubles entre les deux. Plus que Millénium, c’est là l’héritage de Stieg Larsson. L’homme qui aimait jouer avec le feu sera diffusé en début d’année prochaine à la télévision suédoise, en plusieurs épisodes.
Incroyable liberté d’inspiration que celle du chorégraphe américain Jerome Robbins (1918-1998) ! Sur une gamme musicale panachée : Philip Glass, Bach, Debussy, Bernstein, le père de West Side Story (1957), il savait sauter du coq à l’âne, sans perdre le contact avec une danse savante, enracinée dans le vocabulaire classique, mais toujours humaine.
Ce paradoxe éclate dans le programme à l’affiche du Palais Garnier. Solide et superbe, il est interprété avec mordant par les danseurs de l’Opéra national de Paris qui ont travaillé avec Jean-Pierre Frohlich, interprète et assistant du chorégraphe pendant trente ans. Un coup de pied aux fesses et nous voilà dans une comédie musicale de marins en goguette pour Fancy Free (1944) ; une galipette envoie paître la technique dans A Suite of Dances (1994) ; un coup de chaud érotique irradie le duo Afternoon of a Faun (1953) ; une bonne marche fouette l’exercice de géométrie qu’est Glass Pieces (1983).
Fibre romantique et mélancolique
La fibre romantique et mélancolique de Robbins, créateur d’une soixantaine de ballets, dont les best-sellers In the Night (1970) et Dances at a Gathering (1969), sur des musiques de Chopin, n’y est pas présente. Régulièrement dansées, ces pièces, chapitres d’un roman sentimental sur la rencontre, composaient en 2010, toujours à Garnier, l’essentiel d’un Hommage à Robbins. Cette nouvelle soirée, moins gazeuse, plus dynamique, propose une autre vision de l’œuvre de ce néoclassique hautement singulier, dont on fête cette année le centième anniversaire de la naissance.
L’irruption de la vie dans la virtuosité file la chair de poule à la danse de Robbins. Elle vrille le langage classique, le tourneboule, le fait régulièrement dérailler en lui rappelant qu’il raconte d’abord une histoire. Cette narration souterraine entraîne un jeu d’acteur muet d’une impeccable minutie, greffé sur un flot…