Author: Don Kayembe

  • “Kin-la-belle” tient tête à la police de Kabila

    “Kin-la-belle” tient tête à la police de Kabila

    -La situation redevenait calme en fin d’après-midi. Lundi, le commerce va reprendre dans les petites échoppes de Kintambo et des Kinois retourneront boire des bières à Matonge. Jusqu’à la prochaine marche? Les prochaines élections présidentielles ne sont pas prévues avant le 23 décembre.

    “Elle n’est pas morte pour rien. C’est une martyr”, lance Jean-Claude qui s’improvise porte-parole du clan dans la cour de la résidence familiale, à Kinshasa.

    Elle, c’est sa grande sœur, Deshade, 24 ans, aspirante à la vie religieuse, qui vient d’être fauchée par une rafale de balles devant la paroisse Saint-François de Salles, à Kintambo, un quartier populaire de la capitale de la République démocratique du Congo.

    La jeune femme de 24 ans aux tresses noires et marrons, qui sourit à la vie sur un selfie présenté par ses proches en pleurs, est l’une des six victimes de la répression des marches des catholiques contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila.

    “Des soldats ont tiré au moins cinq balles. Ma grande sœur a perdu beaucoup de sang”, poursuit Jean-Claude.

    C’est une femme officier qui a donné l’ordre de tirer le coup de rafale fatale, accusent des témoins.

    Derrière le frère, parmi les femmes qui hurlent de douleur, un membre du clan se tait. Le père. “Je ne peux rien dire, je suis officier de police. Dieu jugera”, soupire l’homme, acteur malgré lui d’une tragédie congolaise.

     Une chaise renversée, des rameaux dispersés, une mare de sang qui sèche: les traces de l’agonie de la jeune femme, sont encore visibles devant l’église Saint-François.

    Saint-François, Christ-roi, Saint-Joseph, cathédrale Notre-Dame…: dans la capitale aux 160 paroisses, les fidèles ont défié les forces de sécurité et marché après les messes pour dire non à la prolongation du pouvoir du président Kabila, dont le dernier mandat a expiré le 20 décembre 2016.

    Contrairement à la précédente marche du 31 décembre, les catholiques ont résisté après les premiers tirs de gaz lacrymogènes.

    Pneus brûlés, poubelles renversées, rues barricadées, le quartier de Kintambo, l’un des plus vieux de Kinshasa avec ses petites échoppes à un étage, a été l’un des centres de la colère populaire.

    Des jeunes, des femmes, des hommes ont marché rameaux à la main, entonnant des chants anti-Kabila, au nez et à la barbe des policiers.

    “Ils nous tueront ensemble”

    “Qu’il parte! Il ne fait que tuer les gens, on n’en peut plus”, hurle un jeune homme d’une vingtaine d’années. “Kabila doit partir, nous n’allons plus lui laisser du temps”, lance un autre.

    L’espace d’une matinée, “Kin-la-belle”, la troisième mégapole africaine qui déborde d’énergie malgré la misère, a renoué avec les heures sombres de son histoire.

    Plus loin dans un autre quartier, à Lemba, un homme en civil se promène à l’arrière d’une moto en tirant des coups de feu en l’air. La scène se déroule en face du camp militaire “Mzee Kabila”, en référence à Laurent-Désiré Kabila, père de l’actuel président, assassiné il y a tout juste 17 ans en janvier 2001.

    A une vingtaine de mètres, un groupe de jeunes en colère défient des policiers, visiblement débordés.

    Les marches ont commencé à la fin des messes, comme dans la paroisse Saint-Joseph de Matonge, quartier connu en temps ordinaire pour ses bars et ses boîtes.

    “S’il arrivait qu’on nous menaçait, restons unis et s’ils veulent nous tuer, ils nous tueront ensemble”, donne pour consigne à l’assistance un responsable laïc avant la marche.

    La procession sort, les fidèles arrachent des branches d’arbres pour les agiter comme des rameaux de paix, derrière un enfant de chœur qui porte le crucifix.

    Après 100 mètres, les cantiques religieux s’arrêtent net aux premiers coups de gaz lacrymogènes.

    “Je voudrais qu’on appelle à une nouvelle marche même dans trois jours. Il faut continuer à faire pression sur ce pouvoir”, s’emporte Jean-René, un fidèle.

    “Nous avons tenu tête aux policiers malgré leur brutalité”, se félicite Néhémie, un spécialiste en communication numérique, sonné par les gaz lacrymogènes.

    Dans une autre paroisse, Christ-Roi, les fidèles ont marché sur près de deux kilomètres, avant de recevoir des tirs de lacrymogènes et de balles réelles.

    Ils ont répondu par des jets de pierre. Après un quart d’heure d’affrontement, le curé leur demande de regagner l’enceinte de l’église ou de retourner chez eux.

    “Le pays va bien, la police est très gentille”, ironise un policier qui contrôle l’équipe de l’AFP à l’un des très innombrables barrages déployés dès l’aube.

    Avec AFP

  • Le pape demande aux autorités d’éviter “toute forme de violence” en RDC

    Le pape demande aux autorités d’éviter “toute forme de violence” en RDC

    -Le pape François a appelé dimanche les autorités de la République démocratique du Congo à éviter “toute forme de violence”, à la fin d’un Angelus prononcé à Lima.

    Six personnes ont été tuées dimanche à Kinshasa dans la dispersion de marches interdites à l’appel d’un collectif catholique contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, selon la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

    “Aujourd’hui, des nouvelles très inquiétantes me parviennent de la République démocratique du Congo. Prions pour le Congo”, a déclaré le souverain pontife face à la foule réunie sur la place principale de Lima.

    “Je demande aux autorités, aux responsables et à tous dans ce pays bien-aimé qu’ils mettent en oeuvre tous leurs efforts pour éviter toute forme de violence et chercher des solutions en faveur du bien commun”, a-t-il ajouté.

    Le pape argentin conclut dimanche une tournée d’une semaine en Amérique latine, la sixième de son pontificat, qui a débuté au Chili avant de se poursuivre au Pérou, où il célébrera dans l’après-midi une messe géante dans la capitale.

    Les violences en RDC ont aussi fait 49 blessés dans tout le pays où 94 personnes ont été arrêtées, selon la porte-parole de la Monusco, Florence Marchal.

    La dispersion de précédentes marches interdites le 31 décembre avait fait six morts dont cinq à Kinshasa, selon la Monusco et la nonciature apostolique, aucun d’après les autorités.

    Avec AFP

  • L’ONU enverra des observateurs sur les marches de catholiques contre Kabila en RDC

    L’ONU enverra des observateurs sur les marches de catholiques contre Kabila en RDC

    -La Mission des Nations unies au Congo va envoyer des “observateurs” dimanche pour rapporter “d’éventuelles violations des droits de l’homme” lors des “marches pacifiques” convoquées à l’appel d’un collectif catholique demandant au président Joseph Kabila de quitter le pouvoir.

    “Ces équipes seront déployées dans les principales villes de la République démocratique du Congo. A Kinshasa, elles seront composées de représentants de la force de la Mission, de la police des Nations Unies et du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme”, a indiqué la Monusco dans un communiqué.

     “Elles observeront les événements et rapporteront d’éventuelles violences et violations des droits de l’homme”, a ajouté la Monusco, qui rappelle que “le droit de manifester pacifiquement est inscrit dans la Constitution congolaise et est protégé par les engagements internationaux de la RDC”.

     

    L’interdiction et la dispersion d’une précédente marche le 31 décembre avait fait six morts, d’après les Nations unies et la nonciature apostolique, aucun d’après les autorités congolaises.

    “Toutes les parties en présence, qu’il s’agisse des manifestants ou des forces de défense et de sécurité, doivent s’abstenir de recourir à la violence sous toutes ses formes”, a insisté la Monusco, qui a précisé qu’elle n’est pas responsable du maintien de l’ordre.

    Ces marches à la sortie de la messe ont été lancées à l’appel d’un “comité laïc de coordination” proche de l’église catholique.

    Cinq de ses huit responsables, qui vivent cachés dans Kinshasa, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt, a indiqué jeudi soir à l’AFP une source du parquet à Kinshasa.

    La Monusco a par ailleurs affirmé qu’elle n’assurait pas une protection discrète des membres de ce comité, comme l’avançait une source: “Nous n’avons pas pour mandat de protéger des personnalités. Nous avons pour mandat de protéger des civils”, a indiqué à l’AFP la porte-parole de la Monusco Florence Marchal.

    Soutenu par l’opposition politique et l’influent épiscopat, le comité laïc de coordination demande au président Kabila de dire publiquement qu’il ne briguera pas un troisième mandat comme le prévoit la Constitution.

    Le deuxième et dernier mandat du président Kabila a pris fin le 20 décembre 2016 d’après l’actuelle Constitution. La commission électorale a annoncé des élections pour le 23 décembre 2018.

    Avec AFP

  • «Pays de merde»: 78 anciens ambassadeurs américains en Afrique adressent une lettre à Donald Trump

    «Pays de merde»: 78 anciens ambassadeurs américains en Afrique adressent une lettre à Donald Trump

    – Les anciens diplomates ont appelé mardi le président américain à revoir ses propos sur l’Afrique, rappelant les “profonds liens” qu’entretient le continent avec les États-Unis.

    La polémique autour des propos de Donald Trump n’en finit plus de rebondir. 78 anciens ambassadeurs américains de 48 pays d’Afrique ont adressé, mardi 16 janvier, une lettre au président américain pour faire part de leur « profonde indignation » concernant ses déclarations.

    Au cours d’une réunion dans le Bureau ovale de la Maison Blanche jeudi 12 janvier, Donald Trump aurait, selon le New-York Times et le Washington Post, qui citent plusieurs sources anonymes, demandé « pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici ? », faisant référence à plusieurs nations africaines, dont le Salvador et Haïti.

    Nous espérons que vous réévaluerez votre vision de l’Afrique

    Dans leur lettre, les anciens ambassadeurs rappellent que l’Afrique « a de profonds liens historiques avec les États-Unis ». « Les États-Unis sont plus en sécurité […] et mieux équipés pour résoudre les problèmes auxquels l’humanité est confrontée lorsque nous travaillons, écoutons et apprenons de nos partenaires africains », poursuit ce courrier.

    « Nous espérons que vous réévaluerez votre vision de l’Afrique, de ses citoyens et reconnaîtrez les importantes contributions que les Africains et les Africains-Américains ont fait et continuent à faire pour notre pays, notre histoire et les liens durables qui perdureront toujours entre l’Afrique et les États-Unis », concluent-ils.

    « Troublant », « raciste », « offensant »

    Cette réaction commune des anciens ambassadeurs est la dernière en date d’une longue liste. L’Union africaine (UA) a condamné le 12 janvier ces remarques « blessantes » et « dérangeantes ». Le président sénégalais Macky Sall s’est dit « choqué » par les propos du chef d’État américain.

    Du Sénégal à l’Algérie en passant par le Nigeria, l’Ethiopie et l’Afrique du Sud, ils sont en tout 48 et représentent la quasi-totalité des pays du continent. Tous anciens ambassadeurs africains aux Etats-Unis, ils cosignent une lettre de protestation adressée à Donald Trump après ses propos lors d’une réunion sur l’immigration qualifiant les pays d’Afrique et Haïti de « pays de merde ».

    « Cher M. Le president, nous vous écrivons pour dire notre profonde inquiétude au sujet de vos récentes remarques sur les pays africains » écrivent-ils. « L’Afrique est un continent de grands talents humains, d’une beauté extraordinaire et de ressources naturelles sans pareilles » poursuit la lettre, « c’est aussi un continent avec des liens historiques profonds avec les Etats-Unis  ».

    Le texte rappelle les liens économiques entre Afrique et Etats-Unis mais aussi militaires et en termes de renseignement. Cet engagement mutuel est « vital pour nos intérêts nationaux  » expliquent les ex ambassadeurs « mais nous savons aussi que le monde est plus riche grâce à la contribution des Africains et notamment des Américains descendants d’Africains ».

    Et les 48 anciens ambassadeurs africains aux Etats Unis de conclure « nous espérons que vous allez réviser votre vision de l’Afrique et de ses citoyens et que vous reconnaitrez la contribution importante que les africains et les afro-américains ont apporté et continuent d’apporter à votre pays et à son histoire ».

     

  • le cardinal Monsengwo, Desmond Tutu ou Machiavel congolais?

    le cardinal Monsengwo, Desmond Tutu ou Machiavel congolais?

    -A près de 79 ans, le cardinal Laurent Monsengwo ne désarme pas. Après la répression sanglante des marches du 31 décembre 2017, approuvées par l’Eglise catholique, il n’a pas hésité à exiger « que les médiocres dégagent ». Pour les partisans de Joseph Kabila, l’archevêque de Kinshasa a prononcé les mots de trop, il est accusé à demi-mot de « tentatives subversives » visant à perturber les élections prévues officiellement pour la fin 2018. Portrait.

    Il y a un adjectif qui revient sur toutes les lèvres quand on évoque la personnalité du cardinal Monsengwo : « têtu ». « Quand il est décidé, il va jusqu’au bout », confirme le sénateur Mokonda Bonza. L’ex-directeur de cabinet du président Mobutu se souvient des messages déjà très politiques de celui qui n’était encore qu’archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale dans les années 90.

    Suivant les traces de son mentor et prédécesseur, le premier cardinal du Congo, l’archevêque Joseph-Albert Malula, Laurent Monsengwo perpétuait déjà à l’époque la « mission prophétique » de l’Eglise catholique au Congo, dénonçant la misère du peuple ou la corruption à une époque où le Congo vivait sous le régime d’un parti-Etat. « Ses messages égratignaient le président Mobutu sans jamais le désigner », note Mokonda Bonza.

    Selon l’ancien mobutiste, Laurent Monsengwo était déjà présenté par les faucons du régime comme « un soutien d’Etienne Tshisekedi », l’opposant historique : « Le président Mobutu ne voulait pas de lui à la tête de la conférence nationale, il a tout fait pour qu’un autre évêque soit désigné. » Le maréchal cherche à diviser la société civile et envoie son émissaire négocier le soutien des protestants et des Eglises du réveil contre le prélat catholique. Mais, en 1992, la personnalité de Laurent Monsengwo s’impose à tous, lui y compris.

    Monsengwo, la « crème de l’Eglise »

    A peine ouverte, la conférence nationale censée amener à une démocratisation du pays est suspendue par un parti-Etat devenu la cible de toutes les critiques. Le 16 février 1992, à l’appel des mouvements laïcs de l’Eglise catholique, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour réclamer la réouverture des débats dans le cadre d’une « Conférence nationale souveraine ». Pris de panique, le gouvernement congolais fait intervenir les forces de sécurité. Elles ouvrent le feu sur les manifestants. Le bilan officiel fait état d’une vingtaine de morts, l’opposition – elle – évoque un bilan d’une centaine de victimes. Le maréchal cède.

    « Le président Mobutu s’est rendu compte à ce moment-là que l’Eglise était un adversaire redoutable, il ne voulait pas faire de l’Eglise un ennemi », se souvient le sénateur Mokonda Bonza. Mobutu Sese Seko nomme même, quelques mois après cette répression sanglante, son rival, l’opposant historique Etienne Tshisekedi, Premier ministre. Alors que la rébellion de Laurent-Désiré Kabila menace son régime, il acceptera en 1994 la « troisième voie » proposée par Laurent Monsengwo et désigne l’actuel président du Sénat, Kengo Wa Dondo, comme chef de son gouvernement. Aux yeux des Congolais, la première « marche des chrétiens » reste un tournant pour un régime qui n’en finira plus d’agoniser.

    L’opposant Christophe Lutundula se souvient du jour où, en 1996, le cardinal s’est vu démettre de la présidence du Haut conseil de la République, le parlement de transition, dont lui-même était deuxième vice-président : « Quand on a commencé à lui demander de partir, il souriait, il n’arrêtait pas de répéter qu’il n’y avait pas de solutions en dehors des résolutions de la Conférence nationale, comme il le fait aujourd’hui avec l’accord de la Saint-Sylvestre ». Le vice-président du G7 lui avait donné le nom de ceux qui avaient voté contre lui. Laurent Monsengwo serait resté très calme. Selon Christophe Lutundula, sa réaction la plus expressive s’est limitée à un « ah bon, celui-là aussi ».

    C’est Laurent Monsengwo, alors président de la Cenco, qui introduit la notion de « démocratisation » dans les discours de l’Eglise catholique, rappelle l’historien congolais Isidore Ndaywel, auteur de l’imposant ouvrage Histoire générale du Congo et l’un des initiateurs du nouveau comité laïc de coordination à Kinshasa. A travers les cardinaux Malula et Monsengwo, l’Eglise catholique, accusée d’avoir été l’un des piliers de la colonisation, menacée par la montée en puissance des Eglises du réveil, cherche à ancrer dans la société congolaise l’image d’une Eglise qui défend les véritables aspirations du peuple.

    « Laurent Monsengwo est l’un des tous premiers africains à avoir choisi l’exégèse comme sujet d’étude », note l’historien Isidore Ndaywel qui a co-édité un livre sur les 25 ans de son épiscopat. Le choix de l’exégèse biblique, recherche ô combien difficile et sensible autour du texte sacré, a permis à ce jeune congolais issu d’un petit village de la province du Bandundu d’être remarqué très tôt alors qu’il faisait ses études à Rome. Cette discipline nécessite la maîtrise des langues bibliques, l’hébreu, l’araméen et le grec. « L’érudit » Monsengwo aurait « une très grande facilité à apprendre les langues », il en parlerait plus d’une quinzaine si l’on en croit ses collègues professeurs.

    C’est aussi, et en partie, à Laurent Monsengwo que l’on doit la reconnaissance par le Saint-Siège du « rite zaïrois » qui insiste sur la participation active de l’assemblée au cours de la messe, permet une « procession en cadence », pas une danse, précisera Benoit XVI. Quelques mois avant sa mort, le cardinal Joseph-Albert Malula envoie son disciple, familier du Vatican, négocier cette adaptation du rite liturgique romain, perçue comme nécessaire à la survie de l’Eglise catholique sur le continent africain. Laurent Monsengwo devra pourtant attendre plus de vingt ans pour devenir cardinal à son tour.

    En 2010, Benoit XVI lui octroie le titre de cardinal-prêtre de Santa Maria « Regina Pacis » in Ostia mare. En 2013, François fait de lui l’un de ses neufs conseillers pour l’une des réformes les plus ambitieuses de l’administration du Saint-Siège, mais qui suscite des résistances : la réforme de la curie romaine. « Qu’on aime ou qu’on déteste le cardinal Monsengwo, il est stratège, il sait où il va, sinon il ne serait jamais devenu cardinal », note l’ancien directeur de cabinet du président Mobutu, Mokonda Bonza, ajoutant : « C’est même la crème de l’Eglise aujourd’hui ».

    « Kinshasa, lève-toi »

    Silence, le cardinal compose sur l’orgue dans sa chambre, dit-on. Le morceau « Kinshasa, telema o ngenge na mwinda mwa Kristu », littéralement : « Kinshasa, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ », est souvent joué lors des messes où Laurent Monsengwo officie. « Il est très florentin », commente un officiel congolais qui dit l’avoir souvent côtoyé. « Il aime l’exercice du pouvoir sous toutes ses formes, il est capable d’être machiavélique comme il l’est aujourd’hui ». A l’adjectif « têtu », cet officiel ajoute une ribambelle d’autres : sibyllin, très méthodique, retord, rancunier… Le mélomane de l’archidiocèse de Kinshasa a toujours inquiété les autorités congolaises. « On tablait sur les divisions au sein de l’Eglise catholique, mais il a complétement renversé la vapeur », reconnaît cet officiel.

    En décembre 2015, les « évêques de l’est » partent rejoindre le pape François en Ouganda pour son premier voyage sur le continent. Les « évêques de l’ouest » en ont profité pour menacer Joseph Kabila – déjà soupçonné de vouloir s’accrocher au pouvoir – d’une « marche des chrétiens ». Le pape François aurait, dit-on, tapé du poing sur la table. La décision n’aurait pas été assez démocratique à son goût et le risque trop grand de voir couler le sang des chrétiens. A Kinshasa, à l’époque, un religieux s’emporte : « on ne peut pas laisser la Conférence épiscopale être noyautée par le G7 ». L’accusation fait sans doute référence à la proximité entre Laurent Monsengwo et plusieurs personnalités de cette plateforme dissidente de la majorité, passée à l’opposition. Ces liens avec le président et le vice-président du G7, Pierre Lumbi et Christophe Lutundula, remontent à l’époque de la Conférence nationale. Mais l’opposant Christophe Lutundula dément : « Le cardinal n’était ni pour le président Mobutu, ni pour Etienne Tshisekedi à l’époque. Il n’a pas non plus de biais politique aujourd’hui ».

    Deux ans après la visite du pape François en Ouganda, le cardinal Monsengwo semble bel et bien « renverser la vapeur ». Un comité laïc de coordination a été mis sur pied dans l’archidiocèse de Kinshasa. A l’image des mouvements laïcs de 1992, cette association formée par des intellectuels proches de l’Eglise catholique cherche à travers des prières et des marches à arracher l’application de l’accord politique de la Saint-Sylvestre signé sous l’égide de l’Eglise catholique et notamment l’ouverture de l’espace politique au Congo, avant des élections promises pour la fin de l’année.

    Ce sont cette fois les « évêques de l’est » qui sont accusés d’avoir entravé les marches du 31 décembre 2017, en décourageant les paroissiens de s’y rendre par des communiqués relayés dans les médias, comme à Goma, Bukavu ou Butembo. Même si la conférence épiscopale a démenti toute division dans le clergé congolais, de jeunes activistes sont allés frapper à la porte du Centre interdiocésain pour demander une enquête contre des prélats soupçonnés d’être « vendus au pouvoir ».

    Dans une lettre adressée aux archevêques et aux évêques du pays, l’émissaire du Vatican, Monseigneur Montemayor, a montré cette fois sans ambiguïté le soutien du souverain pontife au cardinal, à la Conférence épiscopale et au comité laïc de coordination. Ce dernier se voit même octroyer un statut d’association de droit canonique par Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, à défaut de pouvoir espérer obtenir l’agrément du gouvernement.

    « Que les médiocres dégagent »

    Après la répression des marches du 31 décembre 2017, les paroissiens tués, les gaz lacrymogènes lancés dans les Eglises, le cardinal Monsengwo ira plus loin qu’il n’est jamais allé avec le maréchal Mobutu ou l’opposant historique, Etienne Tshisekedi. Il n’a jamais demandé le départ des uns ou des autres, il ne les aimait pas. « Il n’aime pas les politiciens », répètent ses proches. « Que les médiocres dégagent », lâche Laurent Monsengwo lors de sa conférence de presse le 2 janvier 2017. Face aux voix de la majorité qui protestent, accusant le cardinal d’être devenu « l’opposant numéro 1 », le secrétaire général de la Conférence épiscopale, l’abbé Nshole justifie : « Médiocre, ce n’est pas une insulte, c’est une évaluation ». L’expression sans ménagement ne surprend pas Isidore Ndaywel, l’historien du comité laïc, même s’il l’attribue à une forme d’exaspération : « Le cardinal utilise des mots très forts, parfois des phrases assassines, même sur le plan religieux ».

    Pour le sénateur Mokonda Bonza, « le cardinal n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. C’est ça qui a fait mal au régime. » La majorité présidentielle qualifie les propos de Laurent Monsengwo d’« injustes et injurieux ». Le gouvernement évoque « quelques tentatives subversives initiées notamment par un membre de la hiérarchie du clergé de l’Eglise catholique de la ville de Kinshasa » et accuse la Conférence épiscopale de s’inscrire « dans un schéma anticonstitutionnel de violence, de désordre, de perturbation du processus électoral », une démarche « compromettant gravement les intérêts nationaux ». Son porte-parole, Lambert Mendé ira jusqu’à qualifier l’archevêque de Kinshasa « d’apôtre de l’insulte ».

    « Dans le gouvernement, il y en a qui sont persuadés que Monsengwo veut le pouvoir. S’il n’était pas cardinal, il aurait été arrêté », commente un officiel interrogé par RFI, ajoutant : « Il n’est pas l’opposant numéro 1, le pire, c’est qu’il est devenu le symbole de la résistance ». Les proches de l’archevêque de Kinshasa s’inquiètent pour sa sécurité, certains évoquent des messages de menaces à peine voilées. Le cardinal Monsengwo serait toujours protégé par un garde du corps. L’officiel sourit : « Monsengwo n’a pas peur, il vit dans la suspicion permanente. Il se méfie de ce qu’il mange et avec qui. En bon florentin, il a peur du poison. »

    Le 12 janvier 2017, malgré les critiques, le cardinal célèbre une messe à la mémoire des martyrs du 31 décembre. La cathédrale est archi-comble et dans le public de fidèles, à son apparition, des « Mandela  » fusent. Aux premiers rangs, ambassadeurs occidentaux et opposants congolais montrent leur soutien à l’archevêque de Kinshasa. Cette commémoration était annoncée par le comité laïc de coordination, qui avait demandé aux politiciens d’oublier les insignes de leur parti. Laurent Monsengwo ne prononce aucun mot à caractère politique. Sa parole reste rare, il laisse à d’autres le soin de porter les coups.

    Quelques coups de feu et tirs de gaz lacrymogène disperseront les partisans de l’opposition à la sortie. « La messe est plus importante que ce qui s’est passé après », estime Fidèle Babala du MLC, l’un des députés d’opposition présents. Cette « communion » du peuple avec son clergé et son Eglise serait une leçon pour eux, les politiques, les opposants qui peinent à mobiliser depuis un an et la mort de l’opposant historique, Etienne Tshisekedi. Rongée par les divisions internes, soupçonnée de ne s’intéresser qu’aux postes, l’opposition ne cache pas son soulagement à voir l’Eglise catholique défendre l’accord de la Saint-Sylvestre.

    Une réconciliation ratée ?

    Pourtant, en 2016, la présidence congolaise semblait plutôt satisfaite de l’amélioration de ses relations avec le Saint-Siège. Quelques mois avant la fin de son deuxième et dernier mandat, Joseph Kabila accepte de signer avec le Vatican un accord consacrant les propriétés de l’Eglise catholique au Congo. L’un des proches du pape, Monseigneur Montemayor vient d’être nommé ambassadeur du Saint-Siège dans le pays, c’était une de ses requêtes en souffrance depuis plus de dix ans, l’Eglise s’étant vue spoliée d’une partie de ses biens au fil des guerres et des ans.

    En septembre 2016, le président congolais est même reçu au Vatican par le pape François qui ne manque jamais de parler de la République démocratique du Congo dans ses homélies. Le souverain pontife suit de près la situation dans le plus grand pays chrétien d’Afrique, dit-on du côté de la nonciature, craignant qu’un chaos s’y installe et que prolifèrent des sectes religieuses ou autres groupes extrémistes. Le cœur de la chrétienté africaine fragilisé, c’est tout le continent qui serait menacé.

    Autre signe d’ouverture en septembre 2016, la Conférence épiscopale est appelée à participer à un premier dialogue sous l’égide de l’Union africaine censée régler la crise institutionnelle ouverte par l’annonce du report de la présidentielle. Les principales forces de l’opposition boycottent. C’est à la Cenco que le président Kabila fait appel pour faciliter l’ouverture d’un deuxième dialogue « plus inclusif ». Elle avait pourtant donné le cadre de ce qu’allait être l’accord : une transition d’un an, l’engagement du président Kabila à ne pas se représenter ou changer la constitution et l’ouverture de l’espace politique.

    Le 31 décembre 2016, les bases d’un accord politique global sont signées par les principales des forces politiques du pays. Le cardinal Monsengwo est resté silencieux durant les débats autour du désormais accord de la Saint-Sylvestre. C’est la Conférence épiscopale qui se prend les coups, de plus en plus accusée par la jeunesse des quartiers populaires de la capitale d’avoir permis au chef de l’Etat congolais, par ce second dialogue, de se maintenir au pouvoir en violation de la Constitution. Les discussions sur le partage effectif du pouvoir trainent en longueur et les principales forces de l’opposition dénoncent une violation de l’accord, quelques semaines après sa signature.

    L’engagement de l’Eglise catholique

    « Je pense que le pape a voulu laisser la chance à l’accord », estime l’officiel joint par RFI. Un autre dit soupçonner qu’il peut s’agir du fameux plan B de l’Eglise catholique et accuse Laurent Monsengwo d’avoir tout orchestré, de pousser le comité laïc de coordination et ses marches interdites par le régime. Pendant les interminables discussions au centre interdiocésain, la Conférence épiscopale avait souvent menacé les acteurs politiques récalcitrants d’un « plan B » sans plus de précisions. Les médias congolais imaginaient déjà le cardinal Monsengwo à la tête d’une transition « sans Kabila ».

    Pourtant, aucun de ceux qui l’ont réellement côtoyé ne lui prête d’ambition politique. « Ou peut-être juste la papauté », s’amuse même l’un d’eux. Un patron de presse n’hésite pas à le qualifier de « Desmond Tutu congolais ». L’ancien directeur de cabinet du président Mobutu voit dans la posture du cardinal, celle d’un homme qui veut parachever son œuvre au Congo. « C’est le changement qu’il cherche depuis Mobutu et qui n’arrive pas », médite Mokonda Bonza. L’opposant Christophe Lutundula voit dans la posture du cardinal et l’émergence d’un nouveau comité laïc de coordination « l’histoire se répéter ou du moins bégayer ». Même si la mobilisation n’est pas encore du niveau de celle de 1992, l’intention est là.

    Le cardinal Monsengwo n’est pas le seul à s’attirer les foudres du camp présidentiel. L’abbé de la paroisse Saint-Joseph, Vincent Tshomba, est poursuivi pour tapage nocturne. C’est l’un des doyens de l’Eglise catholique à Kinshasa. Il avait initié l’opération « cloches », cet appel lancé à tous les curés de la capitale de sonner les cloches tous les jeudis à 21h pour réclamer l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre. Un parti réputé proche de la majorité présidentielle est à l’origine de la plainte. Le 31 décembre 2017, six personnes, dont quatre paroissiens et manifestants, ont été tuées, six prêtres et un séminariste arrêtés, une centaine d’églises encerclées, certaines envahies par les forces de sécurité, les messes interrompues, des tirs de gaz lacrymogènes dans les églises dans le seul archidiocèse de Kinshasa, selon un communiqué de la nonciature.

    Ce jour-là, le comité laïc de coordination avait appelé les paroissiens de la capitale à marcher pour réclamer l’ouverture de l’espace politique dans un pays, où toute manifestation perçue comme hostile au régime est interdite depuis un an, selon le secrétaire général de l’ONU. Pour l’opposant Christophe Lutundula, le cardinal Monsengwo ne pouvait que réagir « à des actes qui sont commis dans sa cour ». « Aujourd’hui, c’est lui, l’archevêque de Kinshasa », insiste le vice-président du G7. L’officiel interrogé par RFI doute que Laurent Monsengwo se laisse intimidé : « Plus le gouvernement va essayer de le ridiculiser, plus il va leur prouver qu’il est capable de faire mal ».

    L’indignation de Laurent Monsengwo à l’égard des autorités est approuvée par bien des prêtres de la capitale, fascinés par la forte personnalité de leur archevêque. « Le cardinal nous a toujours inspiré par son intelligence, son franc parler, son discours clair avec des mots bien choisis et puis sa notoriété », précise l’abbé Vincent Tshomba. Ce dernier n’a pas hésité à accueillir dans sa paroisse des réunions du comité laïc de coordination qui « répondait » à l’appel lancé par la Conférence épiscopale.

    L’engagement de l’Eglise catholique ne doit pas se résumer, selon l’abbé Tshomba, aux mots et aux actes posés par le cardinal : « Ce n’est pas le combat d’un seul homme, c’est tout le peuple qui doit s’engager. » Cet « engagement » du peuple est prôné par la Conférence épiscopale depuis juin 2016. Dans tous les diocèses à travers le pays, la Cenco avait lancé une campagne prônant l’engagement citoyen. A travers huit images, des « laïcs » enjoignaient les paroissiens à ne plus rester indifférent à la misère de leurs semblables, de s’enrôler pour les élections, à se méfier des querelles entre politiciens congolais obsédés par le fauteuil présidentiel. Mais la dernière image montrait des Congolais de tous âges dans les rues, revendiquant leurs droits. Un prêtre à leur côté.

    RFI

  • «Pays de merde» : la grossièreté de Donald Trump suscite un tollé

    «Pays de merde» : la grossièreté de Donald Trump suscite un tollé

    -Jeudi, le président des États-Unis aurait qualifié Haïti, le Salvador et plusieurs nations africaines de «pays de merde». Une déclaration démentie mais qui a déclenché une indignation mondiale.

    «Pourquoi est-ce que toutes ces personnes issues de pays de merde viennent ici?» Selon des sources concordantes, Donald Trump, grand habitué des phrases choc, aurait franchi une nouvelle étape langagière jeudi, lors d’une réunion à la Maison-Blanche. Ces propos viseraient particulièrement plusieurs États africains ainsi que le Salvador et Haïti, le président estimant que les États-Unis devraient plutôt accueillir des ressortissants de la Norvège, dont il avait rencontré la première ministre la veille.

     

    Pourquoi ne pas se laisser surprendre par un peu de nouveauté pour cet hiver ?

    Le milliardaire républicain recevait dans le Bureau ovale plusieurs sénateurs, dont le républicain Lindsey Graham et le démocrate Richard Durbin, pour évoquer un projet bipartisan proposant de limiter le regroupement familial et de restreindre l’accès à la loterie pour la carte verte. En échange, l’accord permettrait d’éviter l’expulsion de milliers de jeunes, souvent arrivés enfants aux États-Unis.

    Des «remarques scandaleuses, racistes et xénophobes»

    Les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir. Après une longue réunion d’urgence, les 54 ambassadeurs du groupe africain à l’ONU ont exigé des excuses et une «rétractation», condamnant des «remarques scandaleuses, racistes et xénophobes». Ils se sont déclarés préoccupés par la tendance «grandissante» de l’administration Trump «à dénigrer le continent et les gens de couleur». Le Sénégal et le Bostwana ont par ailleurs convoqué chacun l’ambassadeur américain. L’ONU a qualifié ces remarques de «choquantes et honteuses» et l’Union africaine de «blessantes» et «dérangeantes».

    Le gouvernement haïtien a dénoncé des propos «odieux et abjects» qui, s’ils étaient avérés, seraient à tous égards «inacceptables car ils refléteraient une vision simpliste et raciste». Le ministre cubain des Affaires étrangères a condamné «fermement» ces déclarations «racistes, dénigrantes, grossières, pleines de haine et de mépris», qui suscitent selon lui «l’indignation du peuple cubain». Au Venezuela, le président Nicolas Maduro a appelé à la solidarité avec les nations «agressées» par Donald Trump. La Russie a jugé les propos du président américain «extrêmement négatifs».

    «Trump, président de merde»

    «#Trumppresidentdemerde». Ce matin, tout en sobriété, l’ancien ministre et actuel président de l’Institut du monde arabe, Jack Lang, a traité Donald Trump de «président de merde» sur Twitter. «C’est un cri du cœur, un cri de révolte après ce qu’il a dit sur les Haïtiens. J’ai envie qu’on dise dans le monde entier: “président de merde“, comme un cri de ralliement contre ce personnage humiliant et offensant», a insisté Jack Lang auprès de l’AFP.

    Aux États-Unis, l’ancien directeur du FBI James Comey a écrit sur Twitter: «La grandeur de ce pays et son génie viennent de sa diversité». Chelsea Clinton a rappelé que certains «immigrants du Salavdor, d’Haïti et d’Afrique ont aidé à construire notre pays». Mêmes échos chez son père, l’ancien président Bill Clinton, qui a souligné «les immenses contributions des immigrants d’Haïti et d’autres nations à l’Amérique», appelant au «respect et à la gratitude» pour «eux et leurs pays d’origine».

    «Enfin un président qui dit ce que nous pensons tous!»

    Parmi l’océan de critiques, certaines personnalités américaines ont félicité leur chef d’État. «Enfin un président qui dit ce que nous pensons tous!», a salué Marco Gutierrez, créateur du mouvement «Latinos for Trump». La blogueuse conservatrice Stacy Rush a estimé que ces critiques empêchaient les États-Unis de traiter les problèmes de fond. «Il est lamentable que notre pays, et notamment la presse généraliste, perde du temps sur le mot #shithole alors que nous avons de vrais problèmes qui doivent être traités», écrit-elle.

    Sans démentir le fond de ses propos, le président américain a déclaré vendredi qu’il n’avait pas utilisé l’expression «pays de merde». «Le langage que j’ai utilisé pendant la réunion était rude, mais ce ne sont pas les mots utilisés», a écrit Donald Trump sur Twitter, avant d’assurer dans un deuxième message qu’il n’avait «jamais dit quoi que ce soit de péjoratif sur les Haïtiens à part que Haïti est évidemment pays un pays très pauvre et sujet aux troubles. (…) J’ai une relation merveilleuse avec les Haïtiens».

    La Maison-Blanche a souligné que le chef d’État se battrait «toujours pour le peuple américain». «Comme d’autres nations ayant une immigration fondée sur le mérite, le président Trump se bat pour des solutions durables qui renforcent notre pays en accueillant ceux qui contribuent à notre société, font croître notre économie et s’assimilent à notre grande nation», a insisté un porte-parole de l’exécutif, Raj Shah, dans un communiqué.


    Lost in translation

    «Pays de merde», «pays de chiottes», «merdiers, «trous à rats», «trous paumés»… L’expression «shithole countries» n’a pas toujours été traduite de la même façon partout dans le monde, comme le souligne l’Agence France-Presse.

    » LIRE AUSSI – FLORILÈGE – Comment les médias ont traduit les «pays de merde» de Trump

    Si la presse francophone et espagnole s’est accordée sur «pays de merde», les médias grecs ont préféré «pays de chiotte» et les allemands «trous à rats» Le journal syndical russe Troud a choisi «trous à merde» et le Corriere della Sera italien utilise le terme «merdiers».

    Chine et Pays-Bas ont préféré éviter la grossièreté et parlent respectivement de «mauvais pays» et d’«arriérés». La palme de l’originalité revient à la presse serbe – qui évoque «l’endroit où les loups copulent» – et à l’agence taïwanaise CNA – qui cite «des pays où les oiseaux ne pondent pas d’œufs».

    Avec Le Figaro

  • Communiqué de la CENCO

    Communiqué de la CENCO

    Des évêques membres de la CENCO lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 09/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo.

    -LA CENCO DENONCE LES ATTAQUES CONTRE L’EGLISE CATHOLIQUE ET SA HIERARCHIE 1. Le 31 décembre 2017, le Comité Laïc de Coordination (CLC), une association reconnue par l’autorité ecclésiale compétente dans l’Archidiocèse de Kinshasa, interpelé par les messages pastoraux de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), a organisé une marche pacifique et non violente pour réclamer la mise en œuvre effective, intégrale et de bonne foi de l’Accord politique global et inclusif du 31 décembre 2016.    
    2. Au lendemain de cette marche pacifique, suivie également dans certaines provinces, le Nonce Apostolique a publié un communiqué rappelant à l’opinion publique « le droit de chaque baptisé catholique de se constituer en association et de promouvoir des initiatives qui soient en harmonie avec la mission de l’Eglise. La promotion de la justice sociale et la défense des droits civils et politiques des citoyens font intégralement partie de la Doctrine sociale de l’Eglise »[1]
    La CENCO a également publié un communiqué pour manifester son indignation et condamner la répression violente et sanglante par les forces de l’ordre contre les manifestants, ainsi que pour exprimer sa compassion et sa proximité spirituelle à l’égard des victimes et de leurs proches (cf. Communiqué du 2 janvier 2018).         
    A son tour, Son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO, dans l’état d’âme d’un père face au mauvais traitement infligé à ses fils et à ses filles dont certains en sont morts, a, avec raison, élevé le ton pour fustiger les auteurs de ces actes insupportables. 
    3. Depuis lors, l’on assiste à une campagne d’intoxication, de désinformation voire de diffamation orchestrée même par des responsables des Institutions de la République contre l’Eglise catholique et sa hiérarchie. Le Peuple congolais en est témoin. C’est inacceptable ! Cette campagne de mépris vise particulièrement l’autorité de Son Eminence Laurent Cardinal MONSENGWO, considéré à tort comme instigateur des actions visant à déstabiliser les Institutions en place et à vouloir s’emparer du pouvoir. Nous exigeons des preuves à ces graves accusations portées contre sa personne.  
    4. La CENCO désapprouve la diabolisation volontairement distillée à l’endroit de Son Eminence le Cardinal, Archevêque de Kinshasa et Membre du Conseil des neuf Cardinaux choisis par le Pape François pour le gouvernement de l’Eglise universelle. Elle lui réaffirme son soutien total et sa proximité.     
    5. Aux prises de positions de la CENCO, certains opposent le principe de laïcité de l’Etat congolais, d’autres prônent la notion de neutralité de l’Eglise. Il convient de retenir que le caractère laïc de l’Etat congolais ne peut pas empêcher l’Eglise catholique d’accomplir sa mission, celle d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, d’être au service de la population congolaise en vue du respect des droits de l’homme et de la dignité humaine indispensables à son bien-être et à son développement intégral.      
    6. En effet, « l’Eglise qui, de par sa nature, a le droit d’intervenir dans les questions de foi et des mœurs, peut prendre position en matière politique »[2] en vue « d’exercer sa sollicitude et ses responsabilités à l’égard de l’homme qui lui a été confié par le Christ lui-même »[3]. Elle a le droit de « porter un jugement moral même en des matières qui touchent le domaine politique quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut des âmes l’exigent »[4].         
    7. La CENCO en appelle au respect des droits aux manifestations pacifiques et à la liberté de culte garantie par la Constitution de la République (cf. Art. 26). Elle exige le respect et la considération dus aux autorités ecclésiastiques, en l’occurrence le Cardinal Archevêque de Kinshasa, le Nonce Apostolique en RD Congo et l’ensemble des Evêques. Il est juste et urgent que des sanctions exemplaires soient prises à l’encontre de ceux qui ont torturé, blessé et tué nos concitoyens ainsi que de ceux qui ont délibérément profané nos églises, lieux saints consacrés à la prière et à la rencontre avec Dieu.  
    8. La CENCO dénonce également toute tentative de division de l’Episcopat congolais orchestrée à des fins politiciennes. L’Episcopat congolais ne peut se diviser ni être dédoublé comme des partis politiques. Partageant les joies et les peines de leur peuple, les Evêques membres de la CENCO restent solidaires les uns des autres dans une communion effective et affective.      
    9. Nous demandons au Peuple congolais de ne pas se laisser influencer par cette campagne dont les auteurs ignorent superbement sa souffrance. Nous l’invitons à demeurer débout et vigilant, à prendre son destin en mains et à barrer pacifiquement la route à toute tentative de confiscation ou de prise de pouvoir par des voies non démocratiques et anticonstitutionnelles.        
    10. Que Dieu bénisse la RD Congo et son peuple. 
    Fait à Kinshasa, le 11 janvier 2018.         
    + Marcel UTEMBI TAPA Archevêque de KISANGANI – Président de la CENCO  
    + Fridolin AMBONGO BESUNGU Archevêque de MBANDAKA BIKORO – Vice-Président de la CENCO

  • RDC: le G7 veut «harmoniser» les points de vue au sein du Rassemblement

    RDC: le G7 veut «harmoniser» les points de vue au sein du Rassemblement

    -C’est un courrier qui n’aurait pas dû être publié et qui met en lumière les divergences qui existent au sein du Rassemblement de l’opposition en RDC. Une lettre signée du G7, le groupe des sept partis politiques qui soutiennent la candidature de Moise Katumbi à la présidentielle, adressée mardi au président du Rassemblement, Félix Tshisekedi, pour lui demander de convoquer une réunion afin d’harmoniser les points de vue au sein de la plateforme sur la stratégie à adopter pour obtenir le départ du président Kabila comme le souhaite l’opposition congolaise.

    De part et d’autre, on se dit « surpris » que ce courrier interne ait fuité pour se retrouver sur les réseaux sociaux et vienne rappeler les divergences qui existent au sein du Rassemblement. Des divergences qui ne sont pas nouvelles, mais que l’unité affichée au sein de l’opposition à l’occasion de la marche des laïcs catholiques avait fait passer en second plan.

    D’un côté, il y a Félix Tshisekedi, leader de l’UDPS, président du Rassemblement, ainsi que Martin Fayulu. Tous deux continuent de réclamer une « transition sans Kabila » estimant qu’il serait « absurde » de faire encore confiance à un président qui, selon eux, a déjà « trahi tous ses engagements ».

    De l’autre, la position du G7, plus proche de celle du Comité laïc et des chancelleries occidentales. Pour Pierre Lumbi, le président du G7, réclamer ainsi une « transition sans Kabila » est non seulement « peu réaliste », mais reviendrait à disqualifier l’accord de la Saint-Sylvestre.

    Le retour de Moïse Katumbi en toile de fond

    Or, toujours pour le G7, ce qu’il faudrait, c’est au contraire redoubler de pressions pour que cet accord soit appliqué. Non seulement parce qu’il prévoit le retour d’exil du candidat soutenu par le G7 pour la présidentielle Moïse Katumbi, mais surtout disent-ils, car il reste la seule feuille de route pouvant mener à des élections crédibles et donc in fine au départ du président Kabila.

    Autant de questions qui doivent être débattues vendredi au cours d’une réunion de toutes les composantes du Rassemblent. A noter aussi que le président du Rassemblement, Félix Tshisekedi, a également reçu ce mercredi le patron de l’UNC, l’opposant Vital Kamerhe.

  • Bruxelles revoit sa coopération avec Kinshasa jusqu’à “l’organisation d’élections crédibles”

    Bruxelles revoit sa coopération avec Kinshasa jusqu’à “l’organisation d’élections crédibles”

    -La Belgique a annoncé mercredi “une révision fondamentale” de sa coopération avec les autorités congolaises jusqu’à “l’organisation d’élections crédibles”, en condamnant de nouveau les violences du 31 décembre à Kinshasa.

    “Un nouveau programme bilatéral de coopération avec les autorités congolaises ne pourra être conclu qu’après l’organisation d’élections crédibles, sur base des principes de bonne gouvernance”, selon un communiqué du ministère belge des Affaires étrangères.

    “Concrètement il a été décidé de mettre fin à une série d’interventions qui devaient être mises en oeuvre directement par les autorités congolaises”, indique ce communiqué rendant compte d’une réunion de la commission des Relations extérieures de la Chambre.

    “Cela concerne des interventions pour un montant total de 25 millions d’euros”, ajoute le communiqué diffusé par l’ambassade de Belgique à Kinshasa.

    La Belgique affectera “les moyens libérés au profit de l’aide humanitaire et d’autres initiatives répondant aux besoins les plus pressants de la population”, poursuit le communiqué, qui parle de “davantage de coopération avec des organisations non gouvernementales”.

    “Enabel, la nouvelle agence belge de développement, recevra également la mission de soutenir des organisations de la société civile congolaise sur le plan des droits de l’homme et des libertés politiques”.

    Présents à la réunion, les ministres belges des Affaires étrangères, Didier Reynders, et de la Coopération, Alexander De Croo, “condamnent l’intervention des forces de l’ordre le 31 décembre et appellent à l’ouverture d’une enquête indépendante”.

    La dispersion de marches interdites par les autorités le 31 décembre à Kinshasa a fait au moins cinq morts, selon les Nations unies et le Vatican, aucun d’après les autorités.

    Les organisateurs, des laïcs proches de l’Eglise catholique, souhaitent que le président Joseph Kabila s’engage publiquement à ne pas rester au pouvoir.

    Son deuxième et dernier mandat a pris fin le 20 décembre 2016. Des élections sont prévues le 23 décembre 2018.

    Avec AFP

  • José Filomeno dos Santos, le fils de l’ex-président limogé du fonds d’investissement souverain en Angola

    José Filomeno dos Santos, le fils de l’ex-président limogé du fonds d’investissement souverain en Angola

    -Le président angolais Joao Lourenço a démis de ses fonctions le fils de l’ancien chef de l’Etat José Eduardo dos Santos qui était à la tête du fonds d’investissement souverain du pays, a annoncé mercredi soir la présidence.

    José Filomeno dos Santos a été remplacé par un ancien ministre des Finances, Carlos Alberto Lopes.

    Le fils de l’ex-président, surnommé “Zenu”, avait été mis en cause dans le scandale des “Paradise Papers”. Le fonds aurait versé des dizaines de millions de dollars à un homme d’affaires proche de “Zenu”, Jean-Claude Bastos de Morais, pour gérer cette entité.

    Comme de nombreuses puissances pétrolières, l’Angola a mis en place un fonds pour investir les revenus de l’or noir. Lancé en 2011, il était alors doté de 5 milliards de dollars.

    Depuis qu’il a pris ses fonctions en septembre, Joao Lourenço, dauphin désigné par José Eduardo dos Santos, a commencé à démanteler pièce par pièce l’empire politico-financier bâti par son prédécesseur, au pouvoir pendant trente-huit ans.

    Il a ainsi congédié plusieurs patrons des institutions ou secteurs les plus sensibles du pays (Banque centrale, pétrole, industrie du diamant, médias), tous des fidèles de l’ancien président.

    La fille dos Santos, Isabel, classée femme la plus riche d’Afrique par le magazine américain Forbes, a été évincée en novembre de la présidence de la compagnie pétrolière nationale Sonangol.

    Depuis, la Sonangol a indiqué enquêter sur des mouvements de fonds jugés suspects ordonnés par la femme d’affaires.

    Son époux, Sindika Dokolo, n’a pas échappé au grand ménage organisé par le président. La Société publique angolaise de commercialisation des diamants (Sodiam) s’est retirée du capital du bijoutier suisse de Grisogono, dont est actionnaire le mari d’Isabel dos Santos.

    José Eduardo dos Santos, qui est resté le patron du parti du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), a déploré en décembre des décisions à ses yeux trop “radicales”.

    Lundi, à l’occasion d’une conférence de presse pour ses 100 jours au pouvoir, Joao Lourenço lui a répondu en niant toute “tension” avec son prédécesseur.

    Lors de sa campagne, Joao Lourenço avait promis d’éradiquer la corruption et de relancer l’économie du pays, en panne depuis la chute des cours du pétrole, sa principale ressource, en 2014.

    Avec AFP