Author: Don Kayembe

  • Le concert parisien d’Héritier Watanabe interdit après des débordements d’opposants à Joseph Kabila

    Le concert parisien d’Héritier Watanabe interdit après des débordements d’opposants à Joseph Kabila

    – La préfecture de police de Paris a interdit un concert d’un artiste congolais prévu samedi soir à l’Olympia après des débordements d’opposants au régime du président Kabila qui ont conduit à trois interpellations, a-t-elle annoncé dans un communiqué.

    « Les opposants au régime congolais, mobilisés pour empêcher la tenue d’un concert d’Héritier Watanabe, et tenus à distance de la salle de l’Olympia, se sont livrés, un peu avant 17h00, à des débordements en particulier vers la place de l’Opéra », a-t-elle indiqué en évoquant des poubelles incendiées.

    Sur un boulevard proche, les occupants d’un véhicule l’ont par ailleurs « volontairement abandonné et incendié avant de prendre la fuite », a ajouté la préfecture de police (PP) en indiquant que « pour mettre fin à ces débordements inacceptables, le Préfet de police Michel Delpuech décide d’interdire la tenue du concert ».

    Trois personnes ont été interpellées et « les investigations se poursuivront pour identifier les auteurs de violences », a ajouté la PP.

    La PP avait dans un premier temps interdit toute manifestation dans un vaste périmètre autour de l’Olympia de 16H00 à minuit samedi, en raison de « risques de troubles à l’ordre public » liés à la volonté d’opposants au régime du président Kabila d’empêcher le concert de cet artiste considéré comme un soutien du pouvoir.

    La direction de la salle de spectacle parisienne avait demandé l’annulation du concert et « déposé une plainte en urgence » jeudi face aux menaces « proférées dans un contexte politique complexe en RDC », selon l’une des avocates de l’Olympia, Céline Astolfe.

    L’Olympia souhaitait que la Préfecture de police (PP) interdise le concert, « comme elle l’avait fait le 22 juin à la Cigale pour un autre artiste congolais », Fally Ipupa, après des menaces similaires.

    Peu après 18H00, quelque 200 personnes opposées au concert de Héritier Watanabe et rassemblées au carrefour de la place de l’Opéra se réjouissaient de l’interdiction du concert.

    « Parce que les gens meurent là-bas au Congo, nous on ne veut pas danser et chanter », a témoigné Lena, 35 ans, interrogée par l’AFP.

    Plusieurs artistes congolais comme Hériter Watanabe sont régulièrement visés par les opposants de la diaspora congolaise, notamment en Europe, qui leur reprochent d’avoir chanté pour le président Joseph Kabila lors des campagnes présidentielles de 2006 et de 2011, et de ne pas chanter pour le changement à la tête du pays.

    Joseph Kabila est au pouvoir en RDC depuis 2001. Alors que son mandat est arrivé à échéance le 20 décembre et que la Constitution lui interdit de se représenter, il se maintient à la tête du pays en vertu d’une décision controversée de la Cour constitutionnelle.

    Avec AFP

  • Qui est réellement Congolais ?

    Qui est réellement Congolais ?

    Qui est réellement Congolais ?

    ‘‘Notre vraie nationalité est l’Humanité’’

    Herbert George Wells, The Outline of History

    Par Joël Asher Lévy-Cohen *

    -Depuis le mois de septembre 1996, la majestueuse République démocratique du Congo, fort connue pour ses fabuleuses richesses tant naturelles et minérales que précieuses et stratégiques, vit de façon permanente sous le régime draconien et mortifère de violence armée. Cet État ‘‘souverain’’ et ‘‘indépendant’’ sis au cœur du Continent africain et de la région des Grands Lacs est, en effet, confronté à des guerres de prédation économique, d’ailleurs alimentées par des puissances occidentales d’extraction anglo-saxonne. À vrai dire, l’objectif primordial de ces conflits armés artificiellement provoqués et entretenus est la captation brutale de toutes ses ressources matérielles nationales.

    Aussi ce pays connaît-il, de manière récurrente, des guerres d’extermination de toute sa population autochtone dont le leitmotiv s’avère la déflagration du tissu national. Mais, le véritable but poursuivi par différents acteurs sur le terrain, fussent-ils pays agresseurs, mercenaires locaux ou soudards étrangers, sponsors internationaux des belligérants, se réduit indéniablement à l’effondrement de l’État-Nation. Il se réduit à l’affaissement de la ‘‘Souveraineté de la Nation’’, à l’abattage du pouvoir national en tant que rempart à la spoliation matérielle du pays, à l’exploitation éhontée de ses richesses et la destruction de ses ressources humaines.

    Cette perspective destructrice du Joyau congolais par de puissants intérêts extérieurs a suscité un mouvement de colère nationale qui a, sans doute, débordé hors des frontières étatiques. Ce cri de colère intérieure a naturellement trouvé écho au sein d’une Diaspora quoi que éclatée, émiettée, disparate. Celle-ci entend, dorénavant, jouer le rôle de gardien du temple et de sauveur d’un pays somme toute déliquescent, dont les chances de survie tiennent plus de la Providence divine que de la farouche volonté de ses propres enfants.

    C’est dans ce contexte de mobilisation générale au profit d’un Congo moribond, humilié et dépecé par des rapaces et charognards de tous ordres que la question lancinante de la Citoyenneté et de la Nationalité détenue par des dirigeants politiques, administratifs et gouvernementaux est naturellement posée. Force est de reconnaître que, en raison du traumatisme national d’ailleurs provoqué par ces conflagrations armées récurrentes, celle-ci est l’objet de débats autant violents que surréels. En effet, les Congolais qui ont, sans l’ombre d’un doute, perdu tout repère autant politique et idéologique que culturel et historique, assistent pratiquement ‘‘impuissants’’ – cela depuis une vingtaine d’années – au bradage de la Nationalité de leur cher et beau pays.

    Cette liquidation délibérée ou inconsciente de la Nationalité congolaise que la Diaspora remet violemment à l’ordre du jour et sur la table à propos des dirigeants politiques aux origines floues, à qui on impute à tort ou à raison la spoliation de l’État et à qui incombe l’éclatement de la Nation, dérive fort logiquement du phénomène de l’absence de l’État. Aussi découle-t-il de l’inexistence manifeste de l’administration publique. Il importe de mentionner que ce double phénomène destructeur du pays remonte pratiquement aux années ‘‘tyranniques’’ du Mobutisme nationaliste et conquérant. Ce qui paraît, tout à fait, paradoxal. Entre autres pour un régime politique et militaire qui, par essence, se voulait, au cœur de l’Afrique et du monde nègre, hyperfort et surtout hypercentralisé.

    Cela est d’autant plus vrai que, sous la présidence ‘‘autocratique’’ du Maréchal-pillard Mobutu Sese Seko du Zaïre, la Nationalité zaïroise se monnayait aisément au coin de la rue. Pourtant censée normalement conférer à un Citoyen des droits et des obligations au sein de la Collectivité publique, la carte d’identité nationale se négociait à prix d’or dans des officines de l’État. C’est, d’ailleurs, au cours de cette période où la vénalité publique est érigée en mode de gouvernement, en modèle politique et administratif, que bien des étrangers, ayant immigré au Zaïre, ont acquis de façon irrégulière la nationalité zaïroise. Bien entendu avec la complicité manifeste des autorités de l’État.

    Sans compter que, pour survivre à la crise socioéconomique, certes, imposée par l’élite dirigeante, les Zaïrois imitant d’ailleurs à la perfection leurs propres autorités politiques ou administratives et gouvernementales devenues pour la circonstance des négociants des biens de l’État ont marchandé, à leur tour, la carte d’identité nationale. Ces derniers se sont improvisés autorités de l’état civil dans leurs lieux de résidence. Ils ont même vendu sur des étals des marchés ouverts au grand public des actes d’état civil. Avec cette qualité pourtant usurpée, ils n’ont pas hésité à proposer à n’importe qui certificats de naissance ou actes de mariage. Y compris certificats de décès.

    Pour couronner le tout, des certificats des écoles primaire et secondaire, des diplômes académiques trouvaient aisément preneur dans ces lieux de marchandage atypiques. Cette nouvelle occupation permettait assurément aux nombreux laissés pour compte du Mobutisme triomphant de nouer les deux bouts du mois. Ainsi leur permettait-elle de faire face aux rigueurs de la politique de rétention des salaires instituée par le Mouvement populaire de la révolution (MPR) pour affamer les fonctionnaires de l’État-Parti et, par voie de conséquence, détruire leurs familles respectives !

    Il sied de noter que ce bradage de la Nationalité congolaise s’est aggravé depuis la chute brutale de la ‘‘tyrannie mobutiste’’ par le guérillero postlumumbiste et postnationaliste Laurent-Désiré Kabila. En effet, le régime de ce soudard postléniniste et poststaliniste a attribué à l’emporte-pièce la nationalité congolaise à des ethnies tout entières ou à des groupes d’individus. Le pouvoir autant [liberticide] que [démocraticide] de Joseph Kabila Kabange ne fait pas non plus exception. À la tête de l’État congolais depuis le 26 janvier 2001, ce mercenaire tutsi rwando-tanzanien, répondant au nom de ‘‘Joseph Hyppolite Kanambe Kazembere M’Twale Christopher’’, a rapidement intégré une kyrielle de commis étrangers[i] au sein des appareils politique, administratif voire sécuritaire de l’État à la faveur de la fameuse Transition politico-militaro-maffieuse de 2003 à 2006.

    Puisqu’il est question de réhabiliter cette Nationalité congolaise pratiquement vidée de sa substance, manifestement liquidée par des autorités politiques, administratives et gouvernementales, que pourrait-il véritablement signifier aujourd’hui ‘‘le fait d’être Congolais’’ ? En d’autres termes, qu’est-ce que cela implique réellement d’être congolais ? Être congolais veut-il dire être né d’un ou des parents essentiellement congolais ? Veut-il dire être strictement issu des ethnies vivant physiquement sur le sol du territoire national de la République démocratique du Congo telles que répertoriées par le Colonisateur belge à la fin du XIXe siècle ?

    Il est un fait établi qui ne souffre d’aucune contestation voire interprétation. Au regard de la légalité ambiante, donc l’ordonnancement juridique [la Constitution de Liège du 18 février 2006][ii], la Nationalité congolaise est ‘‘une’’ et ‘‘exclusive’’. En d’autres termes, le fait de détenir concurremment avec la nationalité congolaise une citoyenneté étrangère entraîne ipso facto la radiation de la nationalité congolaise. Par voie de conséquence, la réclamation ou l’usage d’un passeport autre que congolais oblitère automatiquement et systématiquement la revendication de la nationalité congolaise. Donc, pour bénéficier sans anicroche de la nationalité congolaise, il faut impérativement renier la citoyenneté étrangère détenue au moment de l’intégration à la Nation congolaise. Voilà ce que dit le principe général du droit congolais en matière de détention de la nationalité congolaise ou inversement de la réclamation de la Citoyenneté étrangère.

    Toutefois, est-on simplement congolais lorsque l’on détient un document administratif disposant que l’on appartient à la grande famille congolaise ? Est-on congolais lorsque l’on est, certes, membre d’une ethnie vivant physiquement en République démocratique du Congo ? Dans ces conditions, qu’en est-il réellement des ethnies à cheval sur deux ou trois pays frontaliers parmi lesquels figure la République démocratique du Congo ? En d’autres termes, quand est-on vraiment congolais ?

    Sur le terrain de la Morale humaniste et des principes universels, l’on appartient, certes, à un pays lorsqu’on l’aime sincèrement et lorsqu’on est surtout disposé à travailler pour lui. On est citoyen à part entière d’un pays lorsqu’on est vraiment disposé à participer à son essor tant politique et économique que social et culturel. On est citoyen d’un pays lorsqu’on est même prêt à mourir pour lui en cas d’agression armée. Dans ce domaine, le plus bel exemple contemporain demeure celui du stratège révolutionnaire argentin Ernesto Rafael Guevara de la Serna, dit [Che].

    En effet, après sa rencontre instructive et déterminante avec Fidel Alejandro Castro Ruz à Mexico (Mexique), ce médecin de formation n’a pas hésité, un seul instant, à se mettre volontairement au service de la libération nationale du Peuple cubain. À cette époque, celui-ci était écrasé comme un ver de terre par la dictature de Rubén Fulgencio Batista y Zaldívar. De son propre gré, l’immortel Ernesto Che Guevara s’est engagé militairement aux côtés des guérilleros cubains pour démanteler un régime qui opprimait leurs droits fondamentaux et libertés publiques, pour bâtir un pays à l’aune de leurs espérances.

    C’est aussi l’exemple de l’Espagnol Manuel Valls, originaire de Barcelone (Catalogne). Cet ancien Premier ministre de François Hollande avait choisi de servir fidèlement la France et le Parti Socialiste avant de devenir réellement Français. L’on peut également mentionner les cas notables des artistes-musiciens, telle Myriam Makeba de Swaziland, tel Johnny Clegg (le fameux Zulu blanc du groupe Savuka) de Grande-Bretagne. Ceux-ci sont, naturellement, devenus des sujets sud-africains après le démantèlement du régime ségrégationniste de Pretoria en 1990 pour avoir farouchement combattu l’Apartheid par la chanson, le militantisme musical et l’engagement socioculturel.

    À cet égard, les exemples de [Che] Enesto Rafael Guevara de la Serna, Myriam Makeba et Johnny Clegg rappellent incessamment que l’appartenance à une Nation ne se limite pas uniquement à la détention d’un document administratif ou l’appartenance à une ethnie. Ils rappellent pertinemment que l’appartenance à une Nation est plutôt un état d’esprit. En effet, celui-ci conduit, par sa force, un être humain qui croit très certainement et très fermement en l’humanité, à prendre sans hésiter la défense de l’opprimé (la veuve et l’orphelin).

    Cet état d’esprit pousse un individu apôtre de la paix et de la justice, soldat de la liberté et artisan de la dignité humaine à défendre sans concession un pays écrasé au nom des droits humains fondamentaux, des valeurs humanistes et des principes universels. Aussi le pousse-t-il à participer activement, donc positivement au rayonnement du pays dans lequel il vit en permanence. Un tel esprit peut se traduire concrètement par la construction des écoles, des hôpitaux, donc par les nombreuses opportunités offertes généreusement aux Citoyens d’une Collectivité publique.

    Au niveau international, l’exemple instructif de l’Albanaise Anjezë Gonxhe Bojaxhiu, en religion ‘‘Mère Teresa’’, devenue indienne, est des plus pertinent ou des plus éminent. En Afrique du Sud, Joe Slovo, devenu ministre de logement sous la présidence de Nelson Mandela en 1994, était d’origine lituanienne. Ce Juif des Pays baltes, né le 13 mai 1926 à Obeliai (Lituanie) et installé dès l’âge de huit ans en Afrique du Sud, n’a nullement hésité à troquer les habits de révolutionnaire pour défaire le régime d’Apartheid.

    Sur le terrain purement congolais, bon nombre d’étrangers se sont illustrés au point de porter dans leurs cœurs les couleurs la République démocratique du Congo, mieux que les enfants du pays. Dans ce registre, se sont, en réalité, distingués les Révérends Pères Léon de Saint-Moulin et Pierre Lecuit de Charleroi pour leur contribution inestimable et remarquable dans le domaine stratégique de l’enseignement et de l’éducation nationale. C’est aussi le cas mémorable de Pierre Jacques Chaloupa d’origine française, portugaise et grecque pour sa vaillante lutte politique et son combat démocratique en faveur d’un État prospère et développé, juste et pacifique, libre et digne. En raison de leur amour sans faille de la République démocratique du Congo, toutes ces personnes précitées sont des Congolais à part entière.

    Leur nationalité congolaise ne souffre d’aucune contestation d’autant plus qu’en vertu des accords de Lusaka (Zambie) des 30, 31 juillet et 31 août 1999, est congolais tout individu dont les groupes ethniques étaient physiquement présents sur le territoire du pays lors de son accession à la souveraineté internationale et à l’indépendance nationale en 1960. À cette époque, vivaient au Congo bon nombre de communautés étrangères venant de divers horizons culturels. il y avait sûrement des Belges wallons et flamands, des Portugais, des Grecs, des Italiens, des Polonais, des Français, des Indiens, des Allemands, des Tchèques, des Chinois, des Sénégalais, des Maliens, des Togolais, des Guinéens, des Libériens, des Sierra-Léonais, des Malawites, des Rwandais, etc.

    Cette riche diversité des peuples et, par conséquent, des cultures démontre, d’ailleurs, à quel point la République démocratique du Congo est, par définition, dès sa naissance, une terre d’accueil et d’ouverture. Elle n’est pas du tout un pays isolé et refermé sur lui-même. C’est un État profondément ouvert à toutes les influences de la planète, fussent-elles politiques et idéologiques, économiques, sociales et culturelles. À cet effet, elle compte bien garder cette spécificité de mosaïque culturelle et raciale. Cette vision d’un Congo défini comme un kaléidoscope culturel et racial est, d’ailleurs, portée au plus haut point par le premier ministre nationaliste et panafricaniste Patrice Emery Lumumba surtout lorsqu’il déclare ouvertement, publiquement, aux lendemains de la proclamation de l’indépendance nationale en 1960 : ‘‘Les Belges, les Flamands et les Européens qui resteront avec nous, travailleront avec nous. Ils seront même une des ethnies du Congo’’.

    Force est de constater que cette vision sacrosainte d’une République démocratique du Congo plurielle, d’un pays multiethnique, multiracial et multiculturel, est aussi partagée par le Premier ministre katangais Moïse Kapenda Tshombe. Elle ne pose pas non plus de problème particulier au Maréchal-président Mobutu Sese Seko du Zaïre qui a offert, gracieusement, la Nationalité congolaise aux Libanais, aux Centrafricains et Rwandais. Lui-même togolais d’origine était entouré d’étrangers en provenance du Sénégal (Léon Engulu Baangampongo Bakokele Lokanga), de la Tanzanie (Alphonse-Roger Kithima bin Ramazani), du Rwanda (Barthélémy Bisengimana Rwema, Léon Lubitsch Kengo wa Dondo), du Burundi (Alexis Thambwe Mwamba), de Cabinda en Angola (Roger Patrick Nyimy Mayidika Ngimbi), du Sud-Soudan (Terminator Honoré Ngbanda Nzambo ko Atumba [selon les déclarations de l’Honorable rwando-burundais Vital Kamerhe]), etc.

    Ce sujet délicat ne constitue pas non plus un véritable problème de fond pour l’UDPS d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba. En l’occurrence, un problème de fond susceptible de provoquer arbitrairement l’exclusion des bonnes volontés ou des énergies dont le pays a expressément besoin pour son propre essor tant économique et social que politique et culturel. En effet, ce parti à l’avant-garde de la lutte en faveur des droits humains fondamentaux, a définitivement intégré dans son combat politique et démocratique des valeurs humanistes et principes universels. Cela est d’autant plus vrai que des sujets occidentaux, vivant dans ce pays d’Afrique centrale ou militant ardemment à l’extérieur du pays pour la cause politique et démocratique défendue par cet avocat du peuple, étaient des adhérents ou sympathisants de l’UDPS.

    En fait, l’exemple le plus notable est, à ce propos, celui de l’Américain John Metzel, alias ‘‘Tshimanga’’, spécialisé dans les questions des droits humains fondamentaux et de santé publique. Tout comme celui du Belge Ronald van den Bogaert, fonctionnaire du Parlement européen et membre du Parti Socialiste belge [aile flamande]. Cet amoureux du Congo a été emprisonné, et ce pendant six mois, au centre pénitentiaire de Kinshasa en 1985 pour son soutien explicite à l’UDPS. Cet enfermement est intervenu après un jugement bidon, fantaisiste, rendu par la cour de sûreté de l’État, d’ailleurs, embrigadée par le Maréchal-despote.

    En d’autres termes, qui est réellement ‘‘Congolais’’ ?

    Se veut Congolais tout individu de bonne volonté, peu importe sa race, sa culture, ses origines ethniques, sa condition ou son statut social. Est Congolais tout individu qui participe activement au développement économique de la République démocratique du Congo et au progrès social de ses ressortissants. Est, en fait, Congolaise toute personne amoureuse de ce pays. Est, certes, Congolais tout individu qui entend apporter sa part généreuse à la construction de cet édifice national. Il s’agit de toute personne de bonne foi dont le grand cœur porte, évidemment, intérieurement un ‘‘tatouage’’ à l’effigie de la République démocratique du Congo.

    Par conséquent, n’est point Congolais tout celui qui conspire contre ce pays merveilleux quand bien même il peut être rattaché à la République démocratique du Congo par des liens ethniques et tribaux. N’est pas du tout Congolais, tout celui qui bloque violemment la marche de ce pays vers les rivages sacrés de la paix et de la justice quand bien même il peut avoir des parents congolais d’origine. N’est pas Congolais tout celui qui asphyxie la liberté, éteint la démocratie, assassine le progrès et étrangle le pouvoir du Souverain primaire. N’est pas Congolais tout celui qui provoque violemment la discorde nationale et attise par des artifices la haine interethnique, massacre les Congolais pour instaurer la dictature.

    Joël Asher Lévy-Cohen

    Journaliste indépendant

    www.joelasherlevycohen.over-blog.com

    Cet article est dédié à Moïse Katumbi Chapwe et Sindika Dokolo


    [i] Des Angolais, Zambiens, Burundais, Ougandais, Rwandais et Sud-Soudanais.

    [ii]L’article 10 de la Constitution du 18 février 2006.

  • Le Parquet retire à Moïse Katumbi son autorisation de séjourner à l’étranger, son camp dénonce un « acharnement »

    Le Parquet retire à Moïse Katumbi son autorisation de séjourner à l’étranger, son camp dénonce un « acharnement »

    -Dans une correspondance adressée à l’un des avocats de Moïse Katumbi à Kinshasa et dont Jeune Afrique a pu consulter une copie, le parquet général de la République indique avoir retiré à l’ancien gouverneur du Katanga l’autorisation de séjourner à l’étranger pour des soins et lui demande de se présenter devant la justice congolaise. Un “acharnement”, dénonce l’entourage de l’opposant.

    Pas d’apaisement en vue entre le régime de Kinshasa et l’opposant Moïse Katumbi. Les deux camps se rendent désormais coup pour coup. Et c’est de nouveau au tour de Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, de contre-attaquer. Dans un courrier datant du 20 juin, envoyé à la défense du dernier gouverneur de l’ex-Katanga et dont Jeune Afrique a pu consulter une copie, ce haut-magistrat annonce qu’il « retire à [Moïse Katumbi] l’autorisation qui lui avait été accordée le 20 mai 2016 » à la suite de sa « requête en expatriation pour des raisons de soins médicaux en Afrique du Sud ».

    « J’ai le regret de porter à votre connaissance que votre client [Moïse Katumbi] n’a pas observé le devoir de réserve qui lui était imposé en ce qui concerne les faits ayant donné lieu à l’instruction du dossier judiciaire en cours [celle relative au recrutement présumé de mercenaires étrangers, NDRL] », écrit le procureur à l’un des avocats de l’opposant en exil. Par conséquent, Katumbi est « tenu dès réception de la présente de se présenter devant le magistrat instructeur », conclut-il.

    Alexis Thambwe-Mwamba, le trouble-fête

    Cette décision du parquet général de la République intervient quatre jours seulement après la publication de la lettre du Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies demandant à Kinshasa de prendre les « mesures nécessaires » afin de permettre à Moïse Katumbi de rentrer au pays en homme libre et de participer à la présidentielle à venir en RDC.

    Quelques jours après cette publication, Alexis Thambwe-Mwamba jouait au trouble-fête. En séjour à Paris, le garde de Sceaux congolais avait déclaré en effet, le 21 juin, que Moïse Katumbi avait selon lui une double nationalité. Ce qui, à croire le ministre d’État, empêcherait Katumbi de se présenter au scrutin présidentiel en RDC, la nationalité congolaise étant « une et exclusive », selon les termes de la Constitution congolaise en vigueur. Un « montage grotesque », dit-on dans l’entourage de l’ancien gouverneur, qui reproche au ministre de vouloir « se substituer à la Cour constitutionnelle et à la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ».

    Un « acharnement » de Kinshasa

    Le camp Katumbi dénonce un « acharnement » du régime en place à Kinshasa. « Dans son champ régalien de protéger les Congolais, l’État est absent. Nous avons l’impression qu’il ne s’occupe que de Moïse Katumbi. Y aura-il bientôt un ministre chargé de Moïse Katumbi ? » ironise Olivier Kamitatu, porte-parole du candidat déclaré à la présidentielle. « Tout ceci est cousu de fil blanc et participe à l’instrumentalisation de la justice », déplore-t-il.

    De fait, « nous considérons que c’est le ministre de la Justice et le parquet général de la République qui n’ont pas respecté leur devoir de réserve dans cette machination judiciaire relative à un prétendu recrutement de mercenaires : on a vu Alexis Thambwe-Mwamba se débattre sur des chaînes de télévision étrangères pour tenter de démentir les 500 mercenaires qu’il avait pourtant annoncé, violant ainsi le secret d’instruction », poursuit Kamitatu.

    Y aura-il bientôt un ministre chargé de Moïse Katumbi ?

    Le vice-président du G7 ne comprend pas non plus pourquoi cette autorisation de sortie accordée en mai à Katumbi n’avait pas suspendu toutes les procédures judiciaires engagées contre son bénéficiaire. Au contraire, « Katumbi a été condamné dans un autre affaire de spoliation immobilière montée de toutes pièces. La juge a avoué avoir prononcé son jugement, revolver sur la tempe », rappelle-t-il.

    Qu’à cela ne tienne, « Moïse Katumbi se prépare à rentrer au pays et demande aux Congolais de lui réserver un accueil triomphal, mouchoirs blancs à la main », indique Olivier Kamitatu, rappelant que le rapport des évêques avait déjà qualifié de « mascarades » toutes ces affaires judiciaires collées à son champion.

    J.A

  • Alexis Thambwe Mwamba: en cas de convocation, «je me rendrai» chez le juge

    Alexis Thambwe Mwamba: en cas de convocation, «je me rendrai» chez le juge

    -Coup de tonnerre sur les relations entre Bruxelles et Kinshasa. Il y a une semaine, on a appris que la justice belge poursuivait le ministre congolais de la Justice pour crime contre l’humanité. Comment réagit l’accusé—? De passage à Paris, le garde des Sceaux congolais Alexis Thambwe Mwamba répond aux questions de Christophe Boisbouvier et s’exprime aussi, à cette occasion, sur la procédure engagée contre l’opposant congolais Moïse Katumbi.

    Vous êtes visé par une plainte en Belgique pour « crime contre l’humanité ». Quelle est votre réaction ?

    Alexis Thambwe Mwamba : Je l’ai appris par la presse. Nous avons convenu, mon avocat et moi-même, que tant que je ne me serai pas encore présenté devant le juge, on devait s’en tenir au communiqué que vous avez certainement vu.

    A l’origine de cette plainte, il y a un attentat contre un avion civil sur l’aéroport de Kindu. C’était le 10 octobre 1998, en pleine guerre civile. A l’époque, vous étiez l’un des dirigeants du mouvement rebelle RCD-Goma [Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma] et vous avez reconnu que c’est votre rébellion qui a abattu l’avion. Est-ce que vous assumez tout cela ?

    J’étais le porte-parole du mouvement. L’avion a été abattu par nos forces militaires. Donc j’ai communiqué pour le compte du mouvement.

    Donc vous assumez ?

    Oui, pour le compte du mouvement, oui tout à fait.

    Ce que dit votre avocat, c’est qu’en tant que porte-parole, vous ne disposiez ni d’une autorité, ni d’une compétence militaire au sein du RCD-Goma ?

    Exact.

    Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

    Je m’en tiens au communiqué qui a été fait par mon avocat.

    Ce que dit votre avocat, c’est que vous n’auriez pas été à l’origine de cet attentat ?

    Certainement pas. Les militaires nous ont informés de ce qui s’était passé. Mais je préfère pouvoir m’étendre sur cette question lorsque nous serons devant le juge.

    Alors concrètement, est-ce que vous pouvez aller aujourd’hui en Belgique sans risquer de vous retrouver devant un juge, devant des policiers. Comment ça se passe ?

    Je viens de la Belgique. Je suis allé en Suisse. J’attendrai la convocation du juge.

    Et vous avez une idée de la date ?

    Je ne sais pas. J’ai élu domicile chez mon avocat, donc il sera informé et me tiendra informé.

    Et si le juge vous convoque, que ferez-vous ?

    Je me rendrai.

    Au risque peut-être de ne pas ressortir libre du bureau du juge ?

    Je me rendrai, vous pouvez me faire confiance. Je me rendrai.

    Vous êtes couvert par une immunité ou pas ?

    Oui, je suis couvert par l’immunité diplomatique, mais je ne la ferai pas valoir.

    C’est-à-dire que si demain, le juge décide de vous entendre et qui sait de vous inculper, et qui sait peut-être de vous mettre en prison, vous assumerez tout ça ?

    On avisera cela au moment opportun.

    Il y a plus d’un an, l’opposant  Moïse Katumbi a été condamné à trois ans de prison pour spoliation d’un bien immobilier. Et depuis, il est en exil en Europe. S’il rentre demain à Kinshasa, est-ce qu’il risque la prison ?

    Monsieur Moïse Katumbi peut rentrer à Kinshasa ce soir, il  peut rentrer à Kinshasa demain. Il va se retrouver dans la situation qui était la sienne au moment où il a quitté le territoire.

    C’est-à-dire ?

    Il va se représenter devant ses magistrats parce qu’il faisait l’objet de deux procédures judiciaires et le magistrat l’attend pour poursuivre cette procédure. En ce qui concerne la condamnation, ça sera au juge d’appel de décider ce qu’il doit faire.

    Voulez-vous dire que tant que la décision d’appel n’est pas prise, il peut rester en liberté, il peut circuler librement sur le territoire congolais ?

    Dans le code qui est le nôtre, si le premier juge décide que vous serez arrêté, on vous arrête. C’est le juge d’appel qui décide de votre mise en liberté ou pas.

    Donc a priori, s’il rentre, il est arrêté.

    D’après le code, logiquement oui.

    Est-ce que, comme le demandent les évêques de la Cenco [Conférence épiscopale nationale du Congo], une mesure de décrispation n’est pas envisageable afin que Moïse Katumbi puisse rentrer librement ?

    Mais la mesure ne peut pas se prendre sans avoir vidé la procédure sur le plan judiciaire. Il ne faut pas individualiser. Je pense que vous êtes fixé sur une personne, sur un individu. Pourquoi vous ne demandez pas qu’on puisse arrêter en fait [la procédure] pour tous les autres ?

    Si je m’intéresse à ce cas, c’est parce que tout le monde s’y intéresse, à commencer par les évêques de la Cenco. Ils vous le demandent.

    Mais je sais, les évêques de la Cenco ont fait une démarche. Peut-être qu’ils ont contribué eux-mêmes à ne pas la faire aboutir. Ils ont envoyé un courrier qui était censé être confidentiel au président de la République et, au moment où le président de la République entame l’examen de ce dossier et demande de vérifier ce que les évêques disent, les évêques ont distribué le courrier un peu partout, notamment à monsieur Katumbi, qui l’a utilisé auprès de certaines chancelleries, de certains ministres à gauche et à droite. C’est cela le problème. C’est-à-dire qu’à partir du moment où vous vous présentez comme médiateur et que vous êtes évêque par-dessus le marché, gardez l’église au milieu du village. C’est difficile d’être médiateur. On peut très bien être un évêque, on n’a pas nécessairement le doigté nécessaire. Tous les évêques ne sont pas le cardinal Monsengwo [Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa, œuvre depuis longtemps pour le dialogue intercongolais et le respect des droits de l’homme au Congo, ndlr].

    Donc il faudrait une nouvelle médiation ?

    Ça, je ne sais pas.

    La justice congolaise officiellement est indépendante. Mais la magistrate qui a condamné Moïse Katumbi en 2016, la présidente des juges de paix de Lubumbashi, Chantale Ramazani Wazuri, affirme aujourd’hui qu’on l’a forcée à condamner Moïse Katumbi sans même délibérer.

    Ça, ça m’étonnerait quand même.

    C’est ce qu’elle dit !

    D’abord ça n’est pas une décision individuelle. La décision n’était pas une décision à juge unique. C’est une décision qui est prise par un collège de magistrats. Cela veut dire qu’ils sont au moins trois juges, plus un magistrat du parquet. C’est une décision collégiale.

    Elle était présidente des juges de paix de Lubumbashi…

    Mais une fois que les débats sont terminés, la décision de la présidente peut être mise à mal par les autres.

    Aujourd’hui cette magistrate vient d’obtenir le statut de réfugiée en France, ce qui prouve que son témoignage est pris au sérieux par les autorités françaises. Est-ce que vous ne craignez pas que cette affaire ternisse l’image de votre justice ?

    Mais je pense que le juge d’appel de monsieur Katumbi verra quand il va rentrer, il va devoir aussi examiner les déclarations de cette magistrate. Ça, c’est clair.

    Le 2 juin, Moïse Katumbi a porté plainte auprès du Comité des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, pour discrimination à son égard de votre part. Et le 13 juin, ce Comité des Nations unies lui a répondu qu’il allait vous demander de prendre toutes les mesures nécessaires pour que l’opposant puisse rentrer au Congo et puisse « participer librement et en toute sécurité à l’élection présidentielle en tant que candidat » ?

    Nous avons reçu la note verbale du haut-commissaire. Mais là où le bât blesse, c’est que monsieur Moïse Katumbi est dans une procédure nationale qu’il n’a pas épuisée. Parmi les moyens d’irrecevabilité que le Congo va présenter au haut-commissaire, on va lui opposer les principes, à savoir que le Conseil [de l’ONU] ne peut recevoir les dossiers que pour autant que les moyens nationaux ont été épuisés. Donc ce ne sont pas les dossiers judiciaires qui empêcheraient monsieur Moïse Katumbi de se présenter à l’élection présidentielle. Il y a une lecture sélective en fait de la Constitution. Si on dit aujourd’hui que Joseph Kabila ne peut pas se présenter pour un troisième mandat, c’est parce que la Constitution l’interdit. C’est l’article 70, alinéa 1er. Mais monsieur Moïse Katumbi a un empêchement qui est d’ordre constitutionnel. Et l’article 10 de la Constitution, qui dit que quiconque a pris une nationalité étrangère a perdu la nationalité congolaise. Et aujourd’hui, d’après les données que nous avons, il a pris la nationalité étrangère. C’est ça le problème qu’il a.

    Pour cela, j’imagine que ce seront les tribunaux congolais qui trancheront. Mais je reviens à ce que vous demande le Comité des droits de l’homme de l’ONU de Genève. Est-ce que demain monsieur Katumbi pourra rentrer en République démocratique du Congo et « participer librement et en toute sécurité à l’élection présidentielle » ?

    Il y a deux aspects. Que monsieur Katumbi rentre au Congo, il peut le faire. Il n’y a personne qui va porter atteinte à son intégrité physique, mais j’ai dit qu’il va se retrouver, sur le plan judiciaire, dans la situation qui était la sienne au moment où il a quitté le territoire national. Mais le problème de fond est de savoir si oui ou non il est éligible. Au stade actuel, les données qui sont en possession de l’administration congolaise établissent qu’il a une nationalité italienne. Et aujourd’hui, il ne peut pas se présenter. A lui de prendre les mesures nécessaires pour recouvrer alors totalement sa nationalité congolaise.

    Selon les Nations unies, il y a actuellement plusieurs dizaines de prisonniers politiques en République démocratique du Congo. Est-ce que des mesures de décrispation sont envisagées ?

    Entre juillet 2016, quand j’ai fait signer au président de la République les lois portant mesures collectives de grâce, et les différentes sorties de prison à la suite de demandes soit des évêques, soit de l’Union européenne, soit des ambassades, nous avons fait sortir de nos prisons plus de 2 000 personnes avant qu’on nous parle des évadés.

    Depuis les manifestations du 19 décembre 2016, 12 membres du Rassemblement sont en prison à Goma. Est-ce qu’il ne serait pas temps de faire un geste à leur égard ?

    Je pense que nous avons fait tout ce qui était possible en fait. Les jeunes gens qui étaient à Goma ou ailleurs, dans la plupart des cas, on les a libérés. Donnez-nous la liste de ceux que vous considérez comme étant encore en prison. Ceux qui ont été arrêtés à la suite des manifestations, il n’y a pas de raisons pour qu’ils puissent continuer à croupir en prison. Mais il faut envoyer les listes. Moi, j’apprends par vous que 12 manifestants de Goma se trouveraient encore dans les prisons congolaises.

    Dix ans après l’assassinat de notre confrère Serge Maheshe qui était le directeur de radio Okapi à Bukavu, [la radio de la mission de l’ONU en République démocratique du Congo. Il a été abattu le 13 juin 2007], l’ONG Reporters sans frontières (RSF) affirme que les véritables coupables et commanditaires du crime n’ont toujours pas été arrêtés. Ils demandent la réouverture du procès de cet assassinat.

    Qu’ils fassent la demande. S’il y a des éléments nouveaux qui font que l’éclatement de la justice peut se faire, je pense qu’il n’y a personne qui va s’opposer.

    Vous-même, vous pensez que le procès des assassins a été bâclé à l’époque ?

    Je n’ai pas suivi le dossier, mais, si vos collègues estiment qu’ils ont des éléments qui permettent de rouvrir le dossier, moi je vais appuyer en tout cas cette démarche. Ça, c’est clair.

    Depuis dix mois, les violences dans le Grand Kasaï ont fait au moins 400 morts. Certaines vidéos sont accablantes pour les forces de sécurité. Et aujourd’hui, neuf militaires comparaissent devant un tribunal à Mbuji-Mayi. Mais est-ce que ce procès n’est pas une goutte d’eau dans un océan d’impunités ?

    Aujourd’hui, avec ce qui s’est passé au Kasaï, le procès de Mbuji-Mayi, comme le procès de Kananga, ne sont que les premiers de toute une série de procès qui vont pouvoir s’ouvrir. Le procès des militaires à Mbuji-Mayi, c’est ce qui s’est passé à Mwanza Lomba [en décembre 2016] où on voit les militaires de l’armée tirer sur des gens qui les attaquaient. Ceux-là ont été identifiés. Les faits ont été établis. Et on a également ouvert à Kananga le procès [des assassins] de deux experts des Nations unies, parce que, là aussi, le parquet militaire a pu réunir les preuves contre les personnes qui ont assassiné les deux experts des Nations unies. La douzaine de personnes qui avaient participé à cet assassinat ont été toutes identifiées. Certaines sont en fuite, mais les éléments que le parquet militaire détient étaient suffisants pour ouvrir un procès. Et dans l’Etat du Kasaï, il y a eu plusieurs centaines de victimes. Et nous sommes nous-mêmes conscients, au niveau du gouvernement, que la gestion calamiteuse de la succession du chef Kamuina Nsapu a donné lieu à des violences inouïes.

    Il n’est pas question de ne pas poursuivre ce qui s’est passé au Kasaï. Donc il y a aujourd’hui deux procès qui sont en cours. Il y aura peut-être dix, quinze, vingt ou trente procès en ce qui concerne la situation du Kasaï. C’est ainsi que, depuis plusieurs mois, nos services de renseignement avaient mis notamment sur écoute un certain nombre de personnalités de premier plan qui étaient originaires du Kasaï, parce qu’il était question de savoir qui a fait quoi, qui a joué un rôle positif, qui a joué un rôle négatif. Le document que le New York Times avait publié n’était pas venu du ciel. C’est un document de nos services qui a fuité, je ne sais pas comment, mais c’est un document authentique de nos services. Et ces écoutes ont démontré qu’il y a des gens qui, d’une façon ou d’une autre, peut-être pour des raisons de leadership local, ont attisé le feu, et d’autres qui ont joué un rôle extrêmement positif pour que les choses puissent se calmer. L’enregistrement est authentique.

    Avec le député Clément Kanku ?

    Oui, avec le député Kanku. Mais il y en a d’autres, il n’est pas le seul à avoir été mis sur écoutes.

    Est-ce que l’ancien gouverneur Alex Kande a joué un rôle positif ou négatif ?

    Pour le moment, nous avons ordonné une enquête administrative. Cette enquête administrative est en cours.

    Et est-ce que l’ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Evariste Boshab Evariste Boshab a joué un rôle positif ou négatif ?

    Je ne sais pas vous dire. Je dis qu’il y a une enquête administrative qui est en cours, et qui est ordonnée par le président de la République en personne. Les instructions que j’avais reçues étaient de dire que les enquêtes doivent être menées. Toutes les personnes qui ont joué un rôle négatif doivent passer devant le tribunal.

    Le 12 mars ont été assassinés deux experts de l’ONU, l’Américain Michael J. Sharp et la Suédoise Zaida Catalan. Beaucoup dans le monde demandent une commission d’enquête indépendante. Que répondez-vous ?

    Les Nations unies nous ont dit qu’ils veulent mettre en place une commission d’enquête indépendante. A la suite de cette formulation, nous avons avancé dans ce qui était notre position de départ qui était de dire : l’enquête sera congolaise, rien que congolaise. Nous avons avancé et nous avons dit que nous sommes d’accord pour conduire l’enquête, mais que les experts internationaux viennent se joindre à nous. Telle est notre position aujourd’hui. Les Nations unies disent : « il n’est pas question que leurs enquêteurs puissent travailler avec les Congolais. Nous voulons une enquête totalement indépendante ». Et j’expliquais hier à Genève l’impossibilité d’organiser une enquête sans tenir compte des autorités nationales. Nous sommes ouverts à une collaboration la plus étroite possible avec les enquêteurs internationaux. Et nous disons qu’il est impossible qu’on puisse faire cette enquête en excluant les magistrats congolais.

    Mais pourquoi pas deux enquêtes parallèles. Est-ce que ce n’est pas la meilleure façon de montrer que vous n’avez rien à cacher ?
    Mais, on n’a rien à cacher ! C’est pour cette raison qu’on a dit qu’il ne peut pas y avoir deux enquêtes parallèles. Nous voulons une enquête qui se fasse en équipe. La meilleure formule pour qu’il y ait manifestation de la vérité, c’est que les équipes travaillent ensemble, avec le même objectif. La meilleure formule possible dans ce dossier du Kasaï, c’est la task force administrative que nous avons mise en place, une force pour pouvoir assurer le suivi, une force dans laquelle siègent les Nations unies. Nous disons que ça, c’est la position du gouvernement congolais. Nous sommes ouverts pour une enquête commune et ils vont travailler ensemble.

    Depuis quelques semaines, les sanctions de la part des Etats-Unis et de l’Union européenne se multiplient contre des responsables de votre pays, non seulement contre des chefs militaires et policiers de la répression, mais aussi contre des hommes politiques comme le chef de l’Agence nationale de renseignements, Kalev Mutond, comme le ministre de la Communication et des médias Lambert Mendé, comme l’ancien vice-Premier ministre Evariste Boshab. Est-ce que vous ne craignez pas d’être un jour mis en quarantaine par la communauté internationale ?

    Mais je pense que la communauté internationale a intérêt à discuter avec nous. Nous avons réagi avec beaucoup de responsabilité. On n’a pas eu de réaction épidermique de la part du Congo pour dire que nous allons ignorer et que nous allons aussi prendre des mesures de réciprocité, parce que, dans les relations internationales, c’est une question de réciprocité. Nous avons dit, ok nous allons voir ce qui va continuer à se faire. Mais je ne pensais pas que ce soit la bonne méthode pour arriver à des résultats. Au contraire, on a braqué un certain nombre de personnalités [congolaises] de premier plan et, au contraire, on risque de ne plus avoir des interlocuteurs dans une démarche qui nécessite qu’on puisse parler de part et d’autre.

    rfi

  • Dix nouvelles fosses communes découvertes dans le Kasaï

    Dix nouvelles fosses communes découvertes dans le Kasaï

    -Dix nouvelles fosses communes ont été découvertes dans la province du Kasaï, secouée par des violences qui ont fait au moins 3 300 morts depuis août 2016. Le procureur de la République, qui a annoncé cette découverte lundi, a également indiqué avoir obtenu l’autorisation d’ouvrir une enquête sur le député Clément Kanku, soupçonné d’avoir encouragé les exactions.

    C’est une nouvelle découverte macabre, faite par des employés de la Croix-Rouge congolaise dans la province du Kasaï. Une découverte confirmée par les autorités judiciaires congolaises. « Le commandement opérationnel vient de découvrir d’autres fosses communes sur l’axe Tshikapa-Sumbula-Diboko », a précisé en conférence de presse le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi.

    Alertée par la Croix-Rouge, « une équipe importante sous la conduite d’un magistrat s’est déjà rendue sur le lieu depuis le samedi 24 juin 2017 sur instruction de M. l’auditeur général des Forces armées de la RDC », a détaillé le procureur général. « Le nombre de fosses communes et le résultat des exhumations qui seront faites seront communiqués ultérieurement », a-t-il par ailleurs ajouté. La découverte porte sur au moins dix fosses, ce qui porterait le nombre total de fosses communes découvertes dans la province du Kasaï à 52.

    L’enquête sur Clément Kanku autorisée

    Le procureur Flory Kabange Numbi a également indiqué que le parquet enquête sur « les éventuels tireurs de ficelles dans cette grave et sinistre affaire». Le 23 mai dernier, le parquet a amorcé une enquête préliminaire sur une possible implication du député Clément Kanku dans les violences commises dans le Kasaï depuis le mois d’août 2016. Le procureur de la République avait alors réagi à la publication par le New York Times d’enregistrements sonores dans lesquels on entend un homme encourager les exactions. Un homme soupçonné d’être Clément Kanku. Si le député risque une inculpation pour « participation à un mouvement insurrectionnel, assassinat, incendies volontaires, destructions méchantes, associations des malfaiteurs », l’enquête vient seulement de démarrer. Le parquet n’a obtenu que ce lundi 26 juin l’autorisation de l’Assemblée nationale d’ouvrir l’enquête.

    Plus de 3 300 personnes tuées selon l’Église catholique

    La province du Kasaï est secouée par des violences depuis la mort de Kamuina Nsapu, un chef traditionnel tué dans une opération en août 2016. Depuis, miliciens et forces de l’ordre s’affrontent et multiplient les exactions. L’Église catholique du Congo a publié mardi 20 juin une « note technique » sur la base d’informations collectées auprès des paroissiens de la région. Selon ce rapport, le bilan s’établit à plus de 3 300 personnes tuées depuis le début de la crise. Le même jour, Kinshasa présentait sa version des faits, sans pour sa part avancer un nombre de victimes. Environ 1,3 million de personnes originaires de la région du Kasaï ont été déplacées par les violences, et 30 000 se sont réfugiées en Angola.

    JA

  • Félix Tshisekedi, au nom du père

    Félix Tshisekedi, au nom du père

    -C’est un lourd héritage que le fils de l’opposant historique tente d’assumer. Désormais président du Rassemblement de l’opposition, Félix Tshisekedi a dû subir l’épreuve du feu. Non sans quelques accrocs.

    En public, Félix Tshisekedi porte casquette et lunettes noires. Le couvre-chef est un hommage à son père, Étienne, le mythique opposant aux trente-sept années de lutte. Depuis son décès, le 1er février, Félix tente d’assumer, sur la scène politique, ce lourd héritage. C’est là qu’interviennent les lunettes noires. Tel un objet transitionnel, elles le rassurent, lui évitant de trahir ses émotions, et atténuent son trac quand il lui faut monter sur une estrade pour haranguer la foule.

    L’épreuve du feu

    Après des années dans l’ombre d’un père charismatique et autoritaire, Félix Tshisekedi s’est retrouvé sans préavis propulsé en pleine lumière. Malgré ses 53 ans, cet homme entier et impulsif n’était manifestement pas prêt à endosser un costume encore trop large pour lui. Il a néanmoins été élu à la présidence du Rassemblement de l’opposition.

    L’héritier a dû suivre en quatre mois une formation accélérée sur les subtilités de la politique congolaise

    En dépit des défections intervenues dans ses rangs, cette coalition regroupe encore deux grandes tendances : le G7 de Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, et l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti emblématique cofondé par Étienne Tshisekedi.

    Tandis que la dépouille paternelle attend toujours, dans une chambre froide bruxelloise, d’être rapatriée à Kinshasa, l’héritier a dû suivre en quatre mois une formation accélérée sur les subtilités de la politique congolaise. Une épreuve du feu qui ne s’est pas faite sans accroc.

    Son enfance ne l’avait guère préparé à l’adversité. Né à Kinshasa le 13 juin 1963, trois ans après l’indépendance, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi a d’abord connu le confort dans lequel vit la nouvelle élite congolaise.

    D’aussi loin que remontent ses souvenirs, son père était déjà ministre. Cette existence privilégiée bascule au début des années 1980, lorsque, avec douze autres parlementaires, Étienne Tshisekedi a l’audace de s’opposer publiquement à Mobutu, le tout-puissant président zaïrois. Deux ans plus tard, la création de l’UDPS met fin à quinze années de parti unique. La sanction tombe : Étienne Tshisekedi est assigné à résidence dans le village familial, dans le Kasaï (Centre). Félix doit l’y suivre, ce qui sonne le glas de ses études.

    Un jeune homme aux gros bras

    En 1985, Mobutu l’autorise, avec sa mère, Marthe, et ses frères, à quitter le Kasaï. Le jeune homme débarque à Bruxelles, où il deviendra un « vrai petit Belge ». L’imposant jeune homme enchaîne alors petits boulots et virées dans les bars. Il devient aussi un militant de l’UDPS aux gros bras et aux nerfs à vif. Un matin de 1993, à l’aube, Jean-Jacques Rodal – le gendre de Mobutu – en fait l’amère expérience : après avoir provoqué le fils de l’opposant et l’un de ses amis à la sortie du Mambo, une boîte de nuit de Matonge (le quartier populaire fréquenté par la diaspora congolaise), il se retrouve avec une jambe cassée.

    Élu député, Félix doit pourtant renoncer aux bancs de l’Assemblée nationale sur ordre de son père, qui refuse de voir les siens cautionner des institutions qu’il juge « illégitimes »

    Kongulu, alias Saddam Hussein, un fils de Mobutu réputé pour sa brutalité, se lance à leurs trousses pour une vendetta dans les rues de Bruxelles. Il finira par se venger sur « Titi », le frère cadet de Félix, qui passera un mauvais quart d’heure. « Ce ne sont que des histoires de jeunesse », balaie son aîné.

    Ce n’est qu’en 2011, six ans après son retour à Kinshasa, que Félix Tshisekedi vit sa première véritable campagne électorale, lorsque son père arrive en deuxième position à la présidentielle, derrière Joseph Kabila – selon des résultats officiels dont la fiabilité est alors largement remise en question. Élu député, Félix doit pourtant renoncer aux bancs de l’Assemblée nationale sur ordre de son père, qui refuse de voir les siens cautionner des institutions qu’il juge « illégitimes ».

    Le baroud d’honneur

    À cette époque, l’UDPS souffre d’une hémorragie de cadres. Certains, contournant le boycott édicté par leur leader, sont devenus députés. D’autres, qui reprochent à la famille Tshisekedi de vouloir isoler le « Vieux », ont été écartés. Nommé secrétaire national adjoint aux relations extérieures du parti, Félix devient progressivement un intermédiaire clé. En 2015, il rencontre les émissaires de Joseph Kabila, qui cherche alors à mettre fin au contentieux portant sur les résultats du scrutin en formant un gouvernement d’union nationale. Mais le véritable tournant de son parcours fait suite à sa rencontre avec Moïse Katumbi, le richissime ex-gouverneur du Katanga, qui vient de rejoindre l’opposition.

    Entre Katumbi et les Tshisekedi, le rapprochement n’a rien de naturel. L’UDPS est largement constituée de Kasaïens, lesquels ont été visés, dans les années 1990, par une campagne d’épuration au Katanga, sous la férule de Gabriel Kyungu wa Kumwanza, un proche de Katumbi. Mais l’ex-gouverneur cherche une alliance qui lui permettrait d’étendre son ancrage au-delà de son bastion katangais. Avec Félix, le courant passe. Le Rassemblement de l’opposition, une large coalition, voit le jour en Belgique en juin 2016. À 84 ans, Étienne Tshisekedi est propulsé à sa tête pour un baroud d’honneur. Le « Sphinx de Limete » est visiblement affaibli, mais se refuse encore à désigner un successeur. Félix doit donc se contenter du titre de secrétaire général adjoint de l’UDPS, qui est le sien aujourd’hui encore.

    La lettre d’Étienne Tshisekedi

    En décembre 2016, un événement prévisible va toutefois contraindre le « Vieux » à changer d’optique. L’ultime mandat présidentiel de Joseph Kabila vient d’expirer sans qu’aucune élection ait été organisée pour lui trouver un successeur. À Kinshasa, l’opposition tente d’investir la rue, tandis que les pays occidentaux intensifient leurs pressions. À la veille du jour de l’An, après plusieurs semaines de négociations, un accord est trouvé entre le camp Kabila et le Rassemblement : l’opposition entérine le maintien au pouvoir temporaire du président et obtient, en échange, de choisir le futur Premier ministre. Du moins le croit-elle.

    Moïse Katumbi milite en faveur de la désignation de Félix. Ce 31 décembre, le fils Tshisekedi reçoit un appel du « Président » – c’est ainsi qu’il désigne son père. « Il m’a dit : “On veut que je te nomme Premier ministre. Mais toi, le veux-tu ?” Je lui ai répondu : “Si tu me fais confiance, j’irai.” » Quelques jours plus tard, Étienne Tshisekedi remet aux médiateurs – les évêques congolais – une lettre scellée destinée à Joseph Kabila.

    Désigne-t-elle Félix Tshisekedi, comme cela a été dit ? Impossible d’en être certain : la missive n’a jamais été ouverte. Le chef de l’État, qui entend conserver la maîtrise du choix de son Premier ministre, refuse qu’on la lui remette. La lettre revient donc entre les mains de Félix, qui la conserve depuis, telle une relique, et assure ne l’avoir jamais ouverte. Craint-il de ne pas y découvrir son nom ?

    Le 1er février, lorsque le patriarche s’éteint à Bruxelles, où il était venu recevoir des soins, le bras de fer concernant la nomination du Premier ministre est toujours en cours. Commencent alors les négociations tragi-comiques autour des funérailles – auxquelles des centaines de milliers de Kinois sont attendus. L’UDPS veut faire de la nomination de Félix à la primature un préalable au rapatriement du corps. Et l’affaire se complique encore lorsque Moïse Katumbi, la bête noire du pouvoir – condamné par contumace à trois ans de prison dans une nébuleuse affaire immobilière –, annonce son intention de rentrer au pays avec le corps.

    Ces marchandages sont un désastre pour l’image de l’opposition. « À Kinshasa, nos militants ont catégoriquement refusé que les funérailles soient présidées par le gouvernement, explique Félix. Ils sont allés jusqu’à caillasser le portail de ma maison ! Je ne pouvais pas prendre le risque de débordements. »

    Un objectif commun avec Moïse Katumbi

    Le 7 avril, Joseph Kabila finit par nommer Bruno Tshibala, un ancien proche d’Étienne Tshisekedi, au poste de Premier ministre. C’est un crève-cœur pour Félix, qui supporte mal les « trahisons » de l’entourage de son père : les anciens du premier cercle se sont largement détournés de lui, à l’exception du fidèle Gilbert Kankonde, qui avait été son assistant.

    Moïse Katumbi et Félix partagent en effet un objectif commun : forcer Joseph Kabila à organiser enfin l’élection présidentielle

    La nomination de Tshibala ne règle pas pour autant la question des obsèques. Marthe, sa veuve, refuse qu’Étienne Tshisekedi soit enterré dans le Kasaï, souhaitant conserver un accès facile à la tombe. Quant à Félix, il se met en retrait des tractations. C’est donc son oncle, Mgr Gérard Mulumba – frère du défunt –, qui négociera avec le nouveau Premier ministre. « Félix a mal géré ce dossier, estime Albert Moleka, l’ancien directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi. S’il avait accepté sans condition le retour du corps, cela aurait permis un grand rassemblement de tous les partisans de l’UDPS et entériné son statut de successeur. Au lieu de cela, il a privilégié son alliance avec Katumbi… »

    De fait, certaines décisions de Félix Tshisekedi ne peuvent se comprendre si l’on ne tient pas compte de sa proximité avec Moïse Katumbi. Chaque décision est discutée entre eux au préalable, et il est arrivé à Moïse d’aider financièrement Félix. Les deux hommes partagent en effet un objectif commun : forcer Joseph Kabila à organiser enfin l’élection présidentielle. Et ils sont persuadés que ce n’est qu’en s’associant qu’ils y parviendront. Alors qu’il vient de perdre son père, Félix pense en outre avoir trouvé en Moïse un « véritable ami ». Que ce soit par manque de confiance en lui ou par lucidité, il ne s’imagine pas encore avoir la stature d’un chef de l’opposition. « C’est Moïse Katumbi l’ennemi numéro un du régime », reconnaît-il.

    Leur tandem offre à Félix un certain confort. Au début de mars, un statut de président du Rassemblement a été créé sur mesure. Mais les cadres historiques de l’UDPS, déboussolés par ce rapprochement, pourraient se braquer et protester contre « l’emprise » qu’exerce Katumbi sur leur parti. « C’est de la propagande, riposte Félix. Seuls les traîtres, qui cherchent à se dédouaner de leur ralliement au régime, prétendent cela. »

    Un autre couac a récemment fait jaser le Tout-Kinshasa. Le 9 avril, après avoir appelé à une manifestation – forcément risquée – contre le pouvoir, Félix Tshisekedi quitte discrètement le pays. Lâchés par leur meneur, les militants restent chez eux. « Je devais rencontrer un président en Afrique, se justifie l’intéressé. Un peu naïvement, je n’imaginais pas que le régime se saisirait de ce prétexte pour lancer une campagne de dénigrement contre moi. L’accueil spontané que j’ai reçu à mon retour, le 17 avril, m’a d’autant plus ému. Le peuple a besoin de quelqu’un pour incarner l’opposition. »

    Appel à la communauté internationale

    Félix a encore une carte à jouer s’il réussit à canaliser la frustration populaire. Il porte un nom mythique et reste l’un des rares opposants en liberté à n’avoir jamais pactisé avec le pouvoir. Mais l’anecdote révèle surtout qu’il donne la priorité à la diplomatie. « Les Kinois risquent leur peau à chaque manifestation : on ne doit pas exiger d’eux qu’ils aillent opposer leur torse nu aux canons, assure-t-il. C’est aujourd’hui à la communauté internationale de faire pression pour que Kabila quitte le pouvoir. Il s’agit d’un devoir humanitaire. »

    C’est aujourd’hui à la communauté internationale de faire pression pour que Kabila quitte le pouvoir. Il s’agit d’un devoir humanitaire

    Pour porter ce message, Félix voyage sans relâche. Ces derniers mois, il a rencontré plusieurs chefs d’État africains : le président congolais Denis Sassou Nguesso ; le président en exercice de l’Union africaine et chef de l’État guinéen, Alpha Condé ; le Sud-Africain Jacob Zuma ; ou encore le Malien Ibrahim Boubacar Keïta. À Abidjan, Alassane Ouattara s’est fait excuser, mais Félix a pu s’entretenir avec son influent ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko, ainsi qu’avec le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro. En revanche, il a dû renoncer à plaider sa cause aux États-Unis, où il est interdit de séjour pour une raison qu’il affirme ignorer.

    En Europe, où les Tshisekedi ont rarement été en odeur de sainteté, il a tout de même été reçu par deux ministres des Affaires étrangères : le Belge Didier Reynders et le Français Jean-Marc Ayrault, qu’il a rencontré peu avant que celui-ci quitte le Quai d’Orsay. Et au soir de la victoire du candidat d’En marche ! à la présidentielle française, le 7 mai, il s’est rendu au QG de campagne d’Emmanuel Macron pour essayer de nouer des contacts avec ses proches. Se forgera-t-il ainsi la stature qui lui fait encore défaut ? Lui-même dit avoir gagné en maturité depuis le décès de son père.

    J.A

  • Alexis Thambwe “ne disposait ni d’une autorité, ni de compétence militaire au sein” du RCD

    Alexis Thambwe “ne disposait ni d’une autorité, ni de compétence militaire au sein” du RCD

    -Alexis Thambwe Mwamba “ne disposait ni d’une autorité, ni de compétence militaire au sein” du RCD, a affirmé dans un communiqué Laurent Kennes, l’avocat du ministre congolais de la Justice de la RDC poursuivi en Belgique.

    Le ministre congolais de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, visé par une plainte en Belgique pour crime contre l’humanité, s’est défendu vendredi par la voix de son avocat de toute responsabilité dans le crash d’un avion civil abattu en République démocratique du Congo (RDC).

    La plainte a été déposée à Bruxelles en mai contre le ministre par des proches de passagers du Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines (CAL) abattu près de Kindu (est de la RDC) le 10 octobre 1998 avec 50 personnes à bord par un missile tiré par le mouvement rebelle Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD), dont Alexis Thambwe Mwamba était l’un des dirigeants.

    L’actuel ministre de la Justice avait déclaré le jour même à l’AFP que “la rébellion avait abattu un avion civil avec à son bord 40 militaires et du matériel de guerre alors qu’il atterrissait sur l’aéroport de Kindu”. Mais selon la compagnie aérienne, l’avion avait en fait été abattu peu après avoir décollé de Kindu avec à son bord des civils fuyant les combats.

    Alexis Thambwe Mwamba “ne disposait ni d’une autorité, ni de compétence militaire au sein” du RCD, a affirmé dans un communiqué son avocat, Laurent Kennes.

    Il “était responsable des relations extérieures et a été informé, après le crash, de celui-ci. Il s’est borné à informer le public, pour le compte du RCD, des raisons pour lesquelles des militaires de ce mouvement avaient tiré un missile sur l’avion. Il n’a donc commis aucun acte en lien avec cet événement dramatique”, a ajouté l’avocat.

    M. Thambwe “entend répondre à toute convocation et à toute question qui lui sera posée par les autorités belges pour faire la plus grande clarté”, a également assuré Me Kennes.

    Cette affaire intervient alors que les relations se sont tendues entre Kinshasa et l’Union européenne –et en particulier la Belgique– après qu’elle a décidé fin mai d’infliger des sanctions à huit responsables de l’appareil sécuritaire congolais, dont trois ministres ou anciens ministres, et à un ex-chef rebelle pour de “graves violations des droits de l’homme”.

    Avec AFP

  • Crise politique en RDC : Moïse Katumbi assure que son retour est “imminen

    Crise politique en RDC : Moïse Katumbi assure que son retour est “imminen

    -L’opposant congolais en exil Moïse Katumbi a assuré vendredi que son retour au pays était “imminent” après que le comité des droits de l’homme de l’ONU a sommé les autorités de la République démocratique du Congo de l’autoriser à rentrer et d’assurer sa sécurité. “Je vais rentrer au pays. Mon retour est imminent”, a déclaré l’ancien gouverneur du Katanga (sud-est), sans vouloir préciser de date, au cours d’une conférence de presse à Paris.

    Autorisé à se rendre à l’étranger pour suivre des soins médicaux depuis mai 2016, l’opposant a été depuis condamné en RDC à trois ans de prison pour spoliation d’immeuble et attend de comparaître devant la justice pour une affaire de recrutement présumé de mercenaires. Les autorités congolaises ont promis de l’arrêter dès son retour.

    Récusant ces accusations, M. Katumbi avait porté plainte le 2 juin auprès du comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève contre le gouvernement du président Joseph Kabila qu’il soupçonne de vouloir l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle, théoriquement prévue avant la fin de l’année.

    L’institution onusienne a accusé réception de sa plainte dans une lettre datée du 13 juin où elle demande à l’Etat congolais de “prendre toutes les mesures nécessaires en vue d’assurer” que M. Katumbi “puisse rentrer en République démocratique du Congo et puisse participer, librement et en toute sécurité, en tant que candidat, aux élections présidentielles”.

    Selon ce texte communiqué à la presse par Eric Dupond-Moretti, avocat de M. Katumbi, l’Etat congolais est également tenu de garantir à l’opposant “son droit à la liberté et à la sécurité en le protégeant contre toute forme d’arrestation ou de détention arbitraire”, pendant toute la durée d’examen de sa plainte à Genève.

    “Ce n’est pas un appel, c’est une injonction”, a souligné Me Dupond-Moretti, qui a annoncé son intention de “saisir la Monusco” (Mission de l’ONU en RDC) pour assurer la “protection efficace” de son client, “pour ne pas qu’il lui arrive malheur”.

    Ancien allié du président Kabila, Moïse Katumbi a rompu avec lui en septembre 2015 et a été choisi un an plus tard comme candidat à la présidentielle par l’opposition.

    AFP
  • Plus du tout de dollars pour les banques congolaises ordonne Washington

    Plus du tout de dollars pour les banques congolaises ordonne Washington

    Dollars Americains

    -Selon le journal Les Afriques – siège en Suisse, filiales au Maroc et en France – à la suite d’un rappel à l’ordre de la Réserve fédérale américaine, les banques européennes ont procédé à l’arrêt des transactions en dollars à destination des banques congolaises qui ne se conformeraient pas à la législation américaine en matière de transparence des capitaux.

    « C’est effectivement un mouvement en marche », confirme à La Libre Afrique.be, une source bancaire. « La crainte de sanctions américaines l’emporte en effet sur les intérêts commerciaux des correspondants bancaires européens des banques congolaises » et ces derniers sont en train d’arrêter d’exécuter les opérations en dollars pour les banques congolaises concernées.

    Un levier extraordinaire

    « Les Américains ont la chance exceptionnelle d’avoir leur devise, le dollar, utilisé pour 80% des transactions dans le monde », a expliqué à La Libre Afrique.be une source professionnelle. « Cela leur donne le pouvoir extraordinaire de punir les banques dans le monde entier parce que toutes, à un moment ou à un autre, doivent travailler en dollars ». Ce levier a déjà été utilisé contre l’Iran ou le Soudan, par exemple. Il l’est aujourd’hui contre la RDC.

    « Concrètement, poursuit cette source professionnelle, cela veut dire qu’une série de banques qui voulaient financer des projets en RDC, si elles ont une dimension internationale, doivent désormais se soumettre à l’injonction américaine. Maintenant, il faut savoir que les opérations avec ce pays sont toujours un peu difficiles. Depuis un an ou deux, il y avait une petite reprise et il y avait même eu des missions économiques belges. Mais tout a ralenti avec l’incertitude créée par l’absence d’élections », bien qu’elles soient exigées par la Constitution congolaise, et la fin du dernier mandat légal du président Joseph Kabila en décembre 2016.

    La mesure constitue une forte pression sur le régime car elle est une lourde menace dans un pays comme la RDC où les trois quarts des grosses transactions sont effectuées en dollars et où beaucoup de biens – y compris alimentaires – sont importés.

    Marie-France Cros
  • Lancement de la 5e édition du Tour cycliste en RDC

    Lancement de la 5e édition du Tour cycliste en RDC

    -La 5e édition du Tour cycliste de la République démocratique du Congo a été lancée à Goma dans l’est du pays.

    Cette première étape de Goma vient d’être remportée par le Français Noël Richet qui prend aussi le maillot jaune.

    Le Français Noël Richet, maillot jaune, lors de la première étape à Goma, en RDC, le 15 juin 2017. (VOA/Charly Kasereka)

    Le Français Noël Richet, maillot jaune, lors de la première étape à Goma, en RDC, le 15 juin 2017. (VOA/Charly Kasereka)

    ​Il a passé la ligne avec 3 secondes d’avance sur le Belgo-Tunisien Ali Nouirsi et 5 secondes devant le Néerlandais Rick Nobel.

    Podium de la première étape à Goma, en RDC, le 15 juin 2017. (VOA/Charly Kasereka)

    Podium de la première étape à Goma, en RDC, le 15 juin 2017. (VOA/Charly Kasereka)

    Le premier africain, le coureur Congolais Jimmy Muhindo, jeune de Goma, est arrivé à la quatrième position sur le circuit fermé de 100 kilomètres dans la ville volcanique de Goma.

    80 athlètes des différentes équipes d’Afrique et d’Europe vont courir au total 750 kilomètres durant sept jours en huit étapes, de l’est du pays pour finir à Kinshasa, la capitale.

    Charly Kasereka, correspondant à Goma