Author: Don Kayembe

  • Bras de fer entre Orrick et la Banque mondiale autour d’Inga III

    Bras de fer entre Orrick et la Banque mondiale autour d’Inga III

    Barrage d'Inga-Le projet de barrage hydroélectrique Inga III en RD Congo est l’objet depuis quelques mois de vives tensions entre les différentes parties prenantes au sujet des honoraires perçus par les conseillers juridiques, financiers et techniques.

    c’est la guerre autour d’Inga III. Lefaramineux projet de barrage hydroélectrique en RD Congo est l’objet depuis quelques mois de vives tensions entre la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), les autorités congolaises et les trois conseillers chargés de l’étude du projet. Objet du courroux de l’institution de Washington : les honoraires perçus par le cabinet d’avocats américain Orrick, la banque d’affaires Lazard et la société de conseil en ingénierie Tractebel.

    Dans l’extension du contrat que viennent de signer les parties, ils varieraient selon les sources de 18 millions à 24 millions de dollars (de 14 millions à 19 millions d’euros) pour la période 2011-2018, soit environ 1 million de dollars par société par an.

    Dispropotionné

    Un niveau loin d’être exorbitant vu la complexité du dossier, mais que la Banque mondiale juge disproportionné par rapport à la pratique habituelle. La directrice générale, Sri Mulyani Indrawati, s’en est d’ailleurs fait directement l’écho mi-octobre auprès du Premier ministre et du ministre des Finances congolais, lors des dernières assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

    D’autres sources prêtent toutefois à l’institution d’autres intentions moins louables : renforcer son poids dans ce dossier majeur, en choisissant d’autres conseillers. Orrick – et notamment son patron Afrique, Pascal Agboyibor – serait dans la ligne de mire.

    Le cabinet a sans doute le désavantage d’être également un conseil régulier de la Gécamines, dont la gestion des dossiers miniers a été régulièrement épinglée par les institutions de Bretton Woods.

    Jeune Afrique
  • Tensions autour de Lubumbashi

    Tensions autour de Lubumbashi

    fardc rumangabo-Depuis quelques jours, l’armée a amorcé des opérations des combats contre les miliciens Maï-Maï indépendantistes opérant au nord de la province du Katanga.

    Les miliciens en colère contre cette opération encerclent depuis quelques jours Lubumbashi, au sud-est du pays et menacent d’attaquer la ville.

    La situation inquiète les habitants de la localité qui craignent pour leur sécurité.

    Face à cela, les autorités appellent les Lushois au calme et exhortent les sécessionnistes à déposer les armes.

    Selon les responsables de services de sécurité, une vingtaine de personne présumées infiltrées Maï-Maï ont été capturées mercredi à Lubumbashi.

    La mairie de la ville a procédé à une opération de grande envergure pour appréhender toute personne présumée malade mentale.

    La mesure vise à barrer la route aux miliciens, qui selon la mairie, font semblant d’être des handicapés mentaux pour se confondre avec les habitants.

    Mercredi, 54 malades mentaux ont ainsi été interpellés et examinés par les médecins spécialistes.

    L’opération durera une semaine.

    Le 23 mars 2013, une centaine de ces miliciens avaient réussi à prendre le contrôle de Lubumbashi pour quelques heures avant d’en être délogés par l’armée régulière.

    BBC

  • Les FDLR se déclarent disposés à se rendre à Kisangani pour y être cantonnés

    Les FDLR se déclarent disposés à se rendre à Kisangani pour y être cantonnés

    fdlr-soldat-Dans une correspondance datant du 3 novembre, dont “Jeune Afrique” a pu se procurer la copie, les rebelles rwandais des FDLR informent Kinshasa et la Monusco de leur “disponibilité” à effectuer une visite de reconnaissance sur le site prévu pour leur cantonnement à Kisangani, dans le nord-est de la RDC.

    Après l’avoir longtemps refusé, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDRL) semblent désormais accepter l’idée d’envoyer leurs combattants dans un centre de regroupement aménagé par la Monusco dans un camp militaire de l’armée congolaise à Kisangani.

    Les rebelles rwandais l’ont fait savoir dans une correspondance datée du 3 novembre et adressée notamment à Joseph Kabila, président de la RDC, à Martin Kobler, le chef de la Monusco ainsi qu’aux autorités de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Conférence internationale pour la région des Grands Lacs (CIRGL). Jeune Afrique s’en est procuré une copie.

    “Visite de reconnaissance”

    “Les FDLR annoncent leur disponibilité à effectuer une visite de reconnaissance sur le site final de cantonnement à Kisangani”, écrit le “général major” Victor Byiringiro, chef du groupe armé rwandais, actif dans l’est de la RDC depuis près de deux décennies. Et de préciser : “Les résultats de cette reconnaissance par l’équipe technique quadripartite -SADC-gouvernement congolais-Monusco-FDLR – (…) contribueront à la sensibilisation des cantonnés [les quelque 200 éléments FDLR regroupés dans les camps de transit de Kanyabayonga, dans le Nord-Kivu, et de Walungu, dans le Sud-Kivu, NDRL] pour leur déplacement [à partir] du 17 novembre vers Kisangani.”

    Contacté, La Forge Fils Bazeye, un des porte-paroles des FDLR, confirme la décision du groupe armé. “C’est un nouveau geste de bonne foi”, explique-t-il, rappelant leur engagement à transformer leur insurrection en lutte politique au Rwanda.

    Les pays de la région avaient accordé à ces rebelles rwandais un dernier ultimatum de six mois – lequel expire le 2 janvier 2015 – pour qu’ils déposent volontairement les armes. Reste à savoir si l’annonce des FDLR va, cette fois-ci, s’accompagner réellement d’une action de regroupement à Kisangani.

    Jeuneafrique

  • En RDC, la leçon burkinabè sera-t-elle retenue?

    En RDC, la leçon burkinabè sera-t-elle retenue?

    kabila 1-La situation au Burkina est scrutée avec attention en RDC où le débat sur une possible révision constitutionnelle fait rage. Les responsables de la prison centrale de Kinshasa ont confisqué tous les postes téléviseurs qui étaient dans les cellules des prisonniers pour empêcher les détenus de suivre l’évolution de la situation à Ouagadougou. Les Congolais suivent aussi avec amusement les mésaventures d’une délégation de la majorité partie au Burkina Faso étudier la stratégie utilisée par le président Compaoré pour faire modifier la Constitution.

    A la prison centrale de Kinshasa, des postes de télévision ont été retirés des cellules, question de ne pas permettre aux prisonniers de suivre le déroulement des évènements du Burkina Faso, déclarent les détenus.

    Au même moment circulent sur les réseaux sociaux des informations faisant état des difficultés de la délégation de la majorité présidentielle à Ouagadougou. Des politiques congolais, dont certains de la majorité, affirment que, partis pour s’inspirer des stratégies du maintien au pouvoir de Blaise Compaoré, les membres de cette délégation ont appris une autre leçon. Les derniers bouleversements au Burkina Faso ont montré comment on pouvait quitter le pouvoir si l’on ne respectait pas les textes auxquels on avait soi-même souscrit.

    Le recensement général au secours de Kabila?

    Et dans la mouvance kabiliste, on parle d’une autre cartouche pour éviter l’alternance : il s’agit du recensement général. Pour certains ténors de la majorité, le recensement devrait glisser jusqu’en 2019, ce qui ne permettrait pas la tenue de la présidentielle avant cette date. Mais dans la population, certains disent croire en la capacité du peuple congolais de réaliser le tour de force des Burkinabè.

    RFI

  • A Béni, des manifestants déboulonnent la statue de Joseph Kabila

    A Béni, des manifestants déboulonnent la statue de Joseph Kabila

    beni-Au lendemain d’une nouvelle tuerie samedi à Beni attribuée aux rebelles ougandais de l’ADF, une violente émeute a éclaté dans la ville. Des manifestants se sont notamment attaqué à la statue du président Joseph Kabila en signe de protestation.

    “La population a procédé à des manifestations violentes. Elle voulait détruire des édifices publics mais ces derniers ont été protégés. Elle s’en est pris alors à la statue du président Kabila.” C’est en ces termes que Bwanakawa Nyonyi, le maire de Beni, dans l’est de la RDC, a résumé, le 2 octobre, l’exaspération de ses administrés après une nouvelle tuerie samedi dans la ville.

    Quelques heures plutôt, avant de quitter la ville, le président Joseph Kabila avait pourtant promis une réaction ferme à cette série de massacres.

    Bilan : entre 7 et 11 morts

    Le bilan de la dernière tuerie, commise samedi soir dans l’est de la ville, dans le quartier Bel-Air, varie de sept à 11 morts selon les sources. À en croire Teddy Katalika, président de la Société civile du territoire de Beni, une fédération d’associations locales, “on a tué huit personnes : deux militaires et six civils”. Il a également attribué ce nouveau massacre aux éléments “présumés appartenir aux Forces démocratiques alliées (ADF)”, ces rebelles ougandais qui sévissent dans la région depuis près de deux décennies.

    Mais à Goma, la Société civile de la province du Nord-Kivu, a donné un bilan de 11 morts, tués “essentiellement par armes blanches”. Ainsi, du 2 octobre au 2 novembre, les “massacres successifs des ADF” ont coûté la vie à “environ 120 personnes” et poussé des milliers de familles à fuir, a-t-elle recensé.

    Les autorités locales ont pour leur part annoncé au moins sept morts. “Il y a eu sept morts, dont deux militaires”, a affirmé Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu. Le maire de Beni, Bwanakawa Nyonyi, a évoqué de son côté dix morts.

    Et au cours des manifestations de protestation de dimanche, la police a tiré en l’air pour disperser la foule. “Une personne a été blessée par balle à la cheville” et deux policiers ont également été touchés, selon un journaliste local.

    Dans l’après-midi, le maire de Beni a annoncé un couvre-feu de “18 heures 30 à 6 heures”, qui n’a pas été respecté, selon Teddy Katalya.

    (Avec AFP)

  • Un nouveau “carnage” à Beni provoque une manifestation violente

    Un nouveau “carnage” à Beni provoque une manifestation violente

    BENI-Un nouveau “carnage” s’est produit à Beni, provoquant dimanche une violente manifestation dans cette ville de l’est de la République démocratique du Congo déjà théâtre mi-octobre d’un massacre ayant fait une trentaine de morts.
    “Il y a eu carnage cette nuit encore, vers 19h30 (17h30 GMT), à Beni dans le quartier Bel-Air, dans l’est de la ville. On a tué huit personnes: deux militaires et six civils”, a déclaré à l’AFP Teddy Kataliko, président de fédération d’associations Société civile du territoire de Beni. Cette tuerie a eu lieu quelques heures seulement après le départ du président Joseph Kabila venu promettre une réaction ferme à la série de massacres qui ont fait une centaine de morts le mois dernier à Beni et dans sa région.
    Citant des témoins, M. Kataliko a ajouté que les responsables sont des éléments “présumés appartenir à l’ADF”, la rébellion des musulmans ougandais des Forces démocratiques alliées à laquelle sont attribués les autres carnages. “Toutes les dépouilles sont arrivées à la morgue, il y a huit corps. Il y a un enfant, trois femmes, le reste sont des hommes. Deux militaires ont été tués par balle, l’enfant a été percé par un couteau et les autres par machette”, témoigne à l’AFP Chirac Katalya, journaliste et membre de société civile.
    Les autorités locales ont pour leur part annoncé un bilan d’au moins sept morts. “Il y a eu sept morts, dont deux militaires”, a affirmé à l’AFP Julien Paluku, gouverneur de la province du Nord-Kivu, où se trouve la ville et le territoire de Beni. Le maire de Beni, Bwanakawa Nyonyi, a confirmé ce bilan mais ajouté que trois autres victimes devaient être amenées à la morgue.
    Détruire la mairie
    Cette nouvelle tuerie a provoqué des heurts violents lors d’une manifestation de protestation. “La population (…) a procédé à des manifestations violentes. Elle voulait s’en prendre aux édifices publics. (…) Tous les édifices publics ont été protégés mais il s’en sont pris à la statue du président Kabila” qui avait quitté Beni vendredi, a déclaré M. Nyonyi.
    M. Katalya a expliqué que la police avait tiré en l’air pour disperser la foule, mais que des manifestants avaient “voulu coûte que coûte détruire la mairie”. “Une personne avait été blessée par balle à la cheville”, a-t-il ajouté. Suite aux échauffourées, le centre-ville de Beni s’est vidé, les églises ne comptaient que quelques fidèles ou avaient fermé leurs portes et la circulation était quasiment inexistante hormis les véhicules de l’armée et de la police, a témoigné M. Katalya.
    En fin de matinée, les manifestants avaient été dispersés devant la mairie mais la police et l’armée pourchassaient dans les ruelles des gens cherchant à se regrouper, selon M. Katalya. “On entend des coups de feu sporadiques. La situation n’est pas complètement calme, mais la situation est sous contrôle”, a souligné le maire de Beni.
    “C’est comme s’il y avait une complicité interne”
    Courant octobre, une série de massacres attribués à l’ADF a fait une centaine de morts dans le territoire de Beni. Les victimes, dont des enfants, ont été tués à l’arme blanche et parfois décapitées. Dans la nuit du 15 au 16 octobre, une trentaine de personnes avaient été tuées à Beni même. Hostile au président ougandais, Yoweri Museveni, l’ADF est active depuis 1995 dans une région montagneuse du territoire de Beni, où elle commet de graves exactions (massacres, enrôlements forcés, pillages…) contre les civils et se livre à des lucratifs trafics, dont celui de bois.
    Depuis janvier, l’armée congolaise et la Monusco ont lancé une série d’attaques qui ont affaibli l’ADF. Celle-ci a toutefois conservé une capacité de nuisance et repris l’initiative depuis la mort brutale, en août, du général Jean-Lucien Bahuma, chef des opérations pour l’armée. Vendredi, s’exprimant pour la première fois sur les massacres, le président Kabila avait promis que la RDC allait “vaincre” l’ADF et a demandé à la Monusco, quelque 20.000 hommes au total, de renforcer sa présence dans le territoire de Beni – ce que la force de l’ONU a accepté.
    Il faudra aussi le soutien de la population, affirme M. Paluku. “C’est comme s’il y avait une complicité interne car ces gens viennent commettent leur forfait et les forces armées n’arrivent pas à les retrouver. On finit par se demander s’il n’y a pas certains complices qui les hébergeraient.”
    Jeuneafrique.

  • Exclusif. Burkina : Blaise Compaoré s’est réfugié à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire

    Exclusif. Burkina : Blaise Compaoré s’est réfugié à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire

    blaise-Blaise Compaoré, le président burkinabè démissionnaire et en fuite, s’est réfugié à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire. Il l’a confié au téléphone à “Jeune Afrique”.
    (Mis à jour le 1er novembre à 17h45)
    Blaise Compaoré a quitté le palais présidentiel de Kosyam, à Ouagadougou, vendredi en début d’après-midi, au moment où le communiqué annonçant sa démission était lu à la télévision. Son entourage affirmait alors qu’il partait en direction de Pô, son fief situé dans le sud du pays.

    Une source proche du convoi explique que ce dernier n’a jamais atteint Pô par la route nationale. Il a bifurqué dans la brousse juste avant l’arrivée à Nobéré, situé à 45 km de Pô. La foule l’y attendait et les gardes de Compaoré ont préféré éviter l’affrontement.
    En contact permanent avec le président ivoirien, Blaise Compaoré et ses accompagnateurs ont attendu dans une zone non-habitée l’hélicoptère envoyé par Alassane Ouattara jusque dans le milieu de l’après-midi.
    Réfugié à Yamoussoukro
    C’est ensuite à Yamoussoukro que les autorités ivoiriennes ont emmené Blaise Compaoré pour le mettre à l’abri, où il se trouvait samedi. Joint par téléphone, l’ex-président burkinabè l’a confirmé lui-même à Jeune Afrique.
    L’épouse de Blaise Compaoré, Chantal, est aux côtés de son mari. Elle est déjà en Côte d’Ivoire, où elle est née, depuis plusieurs jours. François Compaoré, le frère de Blaise, est aussi à Yamoussoukro. Il a tenté de fuir le Burkina par avion, le 30 octobre, avant d’être arrêté à l’aéroport.
    La présidence ivoirienne confirme
    De son côté, la présidence ivoirienne a diffusé samedi après-midi un communiqué confirmant la présence de Blaise Compaoré sur son territoire. “Le président Blaise Compaoré, sa famille et ses proches ont été accueillis en Côte d’Ivoire”, indique le texte.
    Le chef de l’Etat démissionaire réside à l’hôtel Président de Yamoussoukro, où il a diner vendredi et pris le petit-déjeuner samedi matin. Grande bâtisse surmontée d’un dôme doré, la “villa des hôtes” jouxte le palais de l’ancien président ivoirien Félix Houphouët Boigny. La villa est surnommée aussi “Giscardium” pour avoir accueilli comme premier invité l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, lors de sa première visite officielle dans les années 1970.
    Jeuneafrique.

  • La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    blaise-La fuite inespérée de Blaise Compaoré

    Une révolution populaire au goût d’inachevé

    La démocratie politique est-elle un échec africain ou un échec francophone ?

    ‘‘Un fruit ne tombe que lorsqu’il est mûr. Mais, devant l’ouragan ou la tempête de l’histoire, mûr ou pas mûr, il tombe quand même’’, le Maréchal-tyran Joseph Désiré Mobutu Sese Seko du Zaïre, Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, New York, le 4 octobre 1973

    Par Joël Asher Lévy-Cohen *

    Le capitaine de Pô, Blaise Compaoré, est parti ! Qui l’eût cru ? Événement Incroyable pour certains, impensable pour d’autres, l’homme fort d’Ouagadougou est précipitamment éjecté de l’histoire. Comme il y est vraiment entré, diraient certaines mauvaises langues. Par la petite porte. En effet, Blaise Compaoré voulait, à tout prix, modifier les dispositions de l’article 37 de la Constitution qui est, pourtant, la Loi fondamentale du pays pour se représenter, à n’en plus finir, à la tête du Burkina Faso. Malheureusement, en sourd politique, celui-ci n’a pas daigné écouter sa propre population. Il n’a pas voulu prêter l’oreille aux revendications légitimes de l’ensemble de ses compatriotes qui rejetaient, contre vents et marées, l’éventualité de le voir dominer au sommet du pouvoir d’État après vingt-sept ans de règne.

    Oui, Blaise Compaoré est parti. Oui, un dinosaure de la politique africaine vient de s’effacer à jamais. La queue entre les pattes. Celui-ci n’a vraiment pu rien faire ni résister à la soif de démocratie inextinguible, bruyamment exprimée par la très grande majorité de ses Concitoyens. Ce départ on ne peut plus hâtif et surtout chaotique – son mandat aurait échu en 2015 – signifie donc que, ce jeudi 30 octobre 2014, le Continent africain a sans doute vécu un moment historique. Il a écrit ses plus belles pages d’histoire. Ceci à double titre.

    D’abord, Blaise Compaoré est le seul chef de l’État de l’ancienne Haute-Volta, ex-colonie française, qui a régné le plus longtemps. En cinquante-quatre ans d’indépendance, il sera indubitablement resté la moitié de ce temps au sommet du pouvoir. Ce qui est en soi un record absolu. Ensuite, ce dirigeant fort controversé présente cette particularité et cette singularité d’avoir renversé brutalement son propre frère d’armes : l’illustrissime capitaine ‘‘Thomas Sankara’’, dit le ‘‘Che Guevara africain’’.

    Force est de souligner que le progressiste Thomas Sankara qui a trouvé violemment la mort à la suite d’un coup d’État militaire orchestré par la France et mis en œuvre par Blaise Compaoré – aidé, à cet effet, par la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny –, est en réalité le précurseur du socialisme de type bolivarien en Afrique. Ceci bien entendu avant même l’avènement politique du Vénézuélien ‘‘Hugo Chavez de Frias’’. En effet, le ‘‘Che africain’’ avait pratiquement initié, au milieu des années quatre-vingts, une ‘‘révolution populaire’’ substantiellement fondée sur une utilisation rationnelle des ressources humaines et matérielles pour garantir un développement économique autonome – et non point intégré comme c’est le cas au sein de la Françafrique –, et surtout, asseoir un système de progrès social qui rend réellement justice aux masses laborieuses.

    Il sied de noter que la vision politique et idéologique de Thomas Sankara qui affirme une véritable indépendance des pays africains, irritait au plus haut point bon nombre de puissants intérêts étrangers dont l’Afrique s’avère incontestablement le marchepied. Pour ajouter la crainte aux inquiétudes exprimées par l’ancienne puissance coloniale, cette révolution sankariste avait très largement trouvé écho auprès d’une jeunesse africaine autant désœuvrée que déshéritée. Aussi faisait-elle littéralement peur à maints régimes fantoches de la sous-région, d’ailleurs confrontés à un public juvénile récusant le néocolonialisme et son bras armé, la tyrannie.

    Certes, le capitaine Blaise Compaoré est parti. Le peuple trésaille de joie d’autant plus qu’il a réussi historiquement un grand coup. Il a réussi un véritable coup de force en tant que souverain primaire. Celui-ci a mis fin au verrouillage de la démocratie politique par l’installation des dirigeants ou chefs d’État inamovibles. Il importe, à cet égard, de souligner que l’institutionnalisation des présidences à vie en tant que stratégie de confiscation du pouvoir est, en réalité, un vestige du parti unique, une survivance du Parti-État, d’ailleurs, globalement rejeté dans les années quatre-vingt-dix lors de la fameuse période de conférences nationales ayant pour objet la mise en place des sociétés démocratiques en Afrique.

    Toutefois, le départ précipité, hâtif de Compaoré laisse un goût sans nul conteste amer. L’amertume est telle que l’on ne peut vraiment pas s’empêcher de se poser la question de savoir si cette révolution populaire n’a pas été, sans autre forme de procès, confisquée par l’armée…

    Au Burkina Faso, ce scénario n’est pas sans rappeler les contradictions du printemps arabe en Égypte et en Tunisie. Dans ces deux États, les forces armées ont accaparé le pouvoir en lieu et place des manifestants. Il y a lieu d’admettre que la plupart des dignitaires militaires burkinabè qui ont suspendu les institutions politiques et gouvernementales, sont pratiquement tous, sans exception, des créations artificielles du même Blaise Compaoré que la population civile ne voudrait plus voir jouer un quelconque rôle politique. Imaginez alors la suite…

    À cet égard, il convient de mentionner que le Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali n’a jamais été réellement arrêté ni même inquiété. Il se la coule douce en Arabie saoudite ! En Égypte, le vieux lion Hosni Moubarak a été, certes, mis aux arrêts. Cependant, tout le monde sait très bien que le Raïs vit dans une prison dorée.

    Ce qui est sûr et certain, l’Afrique démocratique est corrompue. Elle est très malade. Celle-ci est vraiment moribonde dans les pays d’extraction francophone. Hormis les deux exemples béninois et sénégalais dans lesquels l’alternance politique est pratiquement devenue une culture et le respect de la constitution une tradition, la majorité des anciennes possessions coloniales françaises sont, à n’en pas douter, verrouillées par des systèmes qui détournent impunément le processus électoral. Ces régimes se servent des scrutins non pas pour transformer le quotidien de leurs populations respectives mais plutôt pour se recycler, se blanchir à n’en plus finir et, pourquoi pas, se perpétuer.

    Ceci est vrai du Cameroun de Paul Biya, du Tchad d’Idriss Déby Itno, de la République du Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso, du Togo de Faure Gnassingbe et du Gabon d’Ali Ben Bongo. Sans compter la République démocratique du Congo dont les dirigeants étatiques et gouvernementaux sans doute inspirés par la République populaire de Chine ne croient nullement aux vertus de la démocratie en termes de développement économique de la Collectivité publique et de progrès social du Citoyen.

    Pourtant, en Afrique anglophone, l’alternance démocratique ou le changement de garde politique s’opère généralement sans aucun problème majeur. Tout n’y est pas rose. Ce serait évidemment faux de dire que les couacs n’existent pas. À cet effet, l’exemple kenyan peut être mis en relief. Y compris celui du Lesotho en Afrique australe qui connaît de temps en temps des remous politiques. Il faut également inclure dans cette liste des moutons noirs, la Gambie du président-guérisseur Yahya Jammeh qui prétend soigner les malades ayant contracté le sida, avec une potion magique à base de banane. Toutefois, dans la très grande majorité des États qui se réclament de cette obédience linguistique, il y a au moins la volonté démocratique de respecter les suffrages populaires. C’est-à-dire : ‘‘la souveraineté du Peuple’’.

    Ceci est vrai de l’Afrique du Sud, du Botswana, de la Zambie, de la Tanzanie, du Malawi, de la Namibie, du Nigeria, de la Sierra Leone, du Ghana. Les deux seules exceptions qui confirment sans hésiter la règle démocratique d’alternance et de changement de garde politique, sont bien entendu l’Ouganda de Yoweri Kaguta Museveni dont l’élection présidentielle est souvent sujette à caution et le Zimbabwe de Robert Gabriel Mugabe qui s’accroche au pouvoir après avoir détruit tous les fondamentaux de son indépendance en commençant par la monnaie. Qui dit mieux ?

    • Joël Asher Lévy-Cohen

    Journaliste indépendant

  • Blaise Compaoré au peuple Burkinabé: “De grâce restez unis”

    Blaise Compaoré au peuple Burkinabé: “De grâce restez unis”

    BLAISE CO

    Le Président déchu s’est prononcé via son compte twitter.

    -PEUPLE BURKINABÈ 
    FILLES ET FILS DU FASO
    AMIS DU BURKINA FASO

    J’ai accepté de rendre ma démission de la Présidence du Faso.

    J’ai décidé de quitter le Pouvoir face à la tragédie que courait mon pays.

    J’ai refusé de voir couler le sang de mes compatriotes, le sang des filles et fils du Burkina Faso.

    J’ai quitté le Pouvoir bien que President démocratiquement élu, légal et légitime, en vertu du droit constitutionnel du Burkina Faso, pour sauvegarder les acquis de notre évolution démocratique et notre progrès socio-économique .

    J’ai quitté le Pouvoir parce que l’intérêt supérieur du Burkina Faso passe au dessus de tout y compris de ma personne.

    À la stabilité de la sous région ouest-africaine, à l’Afrique, à la paix internationale, j’ai constamment essayé de donner le meilleur de moi-même.

    Je voudrais à cet instant grave pour l’avenir de notre pays d’abord m’incliner devant la mémoire de tous les morts occasionnés par cette crise sordide.

    Je voudrais remercier les militants du CDP, mes collaborateurs, tous les Burkinabè, très nombreux qui ont continué, même dans l’épreuve, à me faire confiance et surtout ont su faire preuve de retenue.

    Je salue le courage de mes proches et partisans humiliés et dont les biens ont été pillés et incendiés.

    J’admire l’humilité de tous les Burkinabè qui sont restés attachés à la paix.

    Que tous demeurent en prière pour notre pays afin que de l’union sincère des coeurs pour que l’avenir des générations futures ne soit pas hypothéqué par cette crise.

    J’implore à cet instant les filles été les fils du Burkina Faso, en vertu des valeurs d’intégrité et de pardon qui régissent nos traditions, à s’unir comme un seul homme autour de l’intérêt supérieur du pays, pour que la paix et la démocratie règnent au plus vite.

    Je demande aux filles et fils du Faso de s’unir, même contre moi, pour que l’essentiel soit sauf.

    J’accepte s’il le faut d’être l’agneau du sacrifice de l’union nationale.

    Sauvez le pays, préservez le. Je vous le demande de toutes mes forces.

    Aux puissances étrangères notamment les USA et la France je dis ma reconnaissance.

    A l’Union Africaine, à la Cedeao je dis ma gratitude.

    Notre sous région ouest africaine a plus que jamais besoin du soutien de la communauté internationale pour garantir son intégrité et la paix.

    Burkinabè de tous âges, unissez vous, unissons nous pour la patrie, pour que demain nos paroles fassent honte à nos actions.

    Enfin je pardonne sincèrement à tous et même à ceux là qui ont failli et m’ont trahi. J’en appelle au pardon de tous.

    J’accepte d’avance toutes les vexations qui vous paraîtront nécessaires. Mais de grâce restez unis.

    VIVE LE PEUPLE BURKINABÈ.

    QUE DIEU PROTÈGE LE BURKINA FASO.

    BLAISE COMPAORE

     (AVEC Press Afrik)