ArrivĂ© ce dimanche 2 dĂ©cembre dans la matinĂ©e en Mauritanie, le prince hĂ©ritier dâArabie saoudite, Mohammed ben Salman, a quittĂ© Nouakchott en dĂ©but de soirĂ©e pour lâAlgĂ©rie.Â
Le prince héritier a passé une journée calme en Mauritanie. Aucune manifestation hostile pendant le passage à Nouakchott de Mohammed Ben Salman contrairement à son étape tunisienne, la semaine derniÚre.
La position du chef de lâĂtat mauritanien sur la question figure dans le communiquĂ© final concluant la visite de Mohamed Ben Salman et lu par le ministre mauritanien des Affaires Ă©trangĂšres, Ismael ould Cheikh Ahmed : « Le prĂ©sident Mohamed Ould Abdel Aziz a rĂ©itĂ©rĂ© Ă son altesse Ben Salman la position de notre pays. La Mauritanie et son peuple font confiance au gardien des lieux saints de lâislam, sa majestĂ© le roi Salman Ben Abdel Aziz al-Saoud, pour rĂ©gler tous les problĂšmes de lâheure auxquels le royaume saoudien frĂšre est confrontĂ©. »
Le front de l’opposition FNDU a quant Ă lui critiquĂ© la visite de MBS en Mauritanie du fait de la guerre dirigĂ©e par l’Arabie saoudite au YĂ©men.
Un hĂŽpital… au nom du roi d’Arabie
Le prince hĂ©ritier saoudien a eu plusieurs entretiens avec le prĂ©sident mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz. Ce dernier a fustigĂ© ce qu’il a qualifiĂ© de « campagne anti-saoudienne » suscitĂ©e par lâassassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi Ă Istanbul le 2 octobre dernier.
Mohammed Ben Salman a signĂ© Ă Nouakchott trois conventions de financement dans les domaines de lâenvironnement, de lâhydraulique et de la lutte contre lâĂ©vasion fiscale. Leur montant nâa pas Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©. Le royaume sâest Ă©galement engagĂ©, par ailleurs, Ă construire et Ă©quiper un hĂŽpital ultramoderne Ă Nouakchott. LâhĂŽpital portera le nom du roi dâArabie saoudite, Salman Ben Abdelaziz al-Saoud.
A Alger des voix s’Ă©lĂšvent pour critiquer cette visite
AprĂšs son passage en Mauritanie, Mohammed ben Salman est arrivĂ© Ă Alger dans la soirĂ©e de dimanche, oĂč il vient parler coopĂ©ration commerciale et partenariats Ă©conomiques. Mais, comme en Tunisie la semaine derniĂšre, il n’est pas vraiment le bienvenu. Plusieurs responsables politiques et intellectuels ont publiĂ© une tribune dans laquelle ils critiquent cette visite.
Pour les signataires de cette tribune, dont le sociologue Nasser Djabi, MBS est « un assassin ». « Câest quelquâun qui a tuĂ© un journaliste au sein mĂȘme de son ambassade dâune maniĂšre atroce. Et donc on ne veut pas le voir chez nous », rĂ©sume-t-il, en dĂ©plorant la position officielle du gouvernement algĂ©rien.
Pour Benjamin AugĂ©, chercheur Ă l’Institut français des relations internationales, ces dĂ©placements du prince hĂ©ritier d’Arabie saoudite sont liĂ©s Ă l’affaire Khashoggi.
Pour la Mauritanie, c’est trĂšs clairement pour les remercier d’avoir soutenu [Riyad] pendant la crise. Il y a d’autres pays, comme l’AlgĂ©rie, oĂč il est nĂ©cessaire d’expliquer ce qui s’est passĂ©. Le prince a besoin de se justifier, sachant que l’AlgĂ©rie n’a pas pris position. Et comme c’est un pays qui a une influence importante dans la rĂ©gion, c’est nĂ©cessaire, dans sa vision des choses, de faire un stop Ă Alger. Pour la Tunisie, l’objectif est aussi de remercier la position trĂšs trĂšs mesurĂ©e du prĂ©sident tunisien qui a dit qu’il ne fallait pas dĂ©stabiliser l’Arabie saoudite, et faire en sorte aussi qu’Ennahdha soit de plus en plus marginalisĂ©e. Donc chaque pays a un agenda diffĂ©rent pour le prince hĂ©ritier.
Benjamin Augé
02-12-2018
– Par
Anne Cantener
Les questions pĂ©troliĂšres…
« Les autoritĂ©s ont dâautres considĂ©rations, poursuit Nasser Djabi. LâArabie saoudite est un gros producteur de pĂ©trole et lâAlgĂ©rie a besoin du soutien de Riyad pour maintenir les prix du pĂ©trole Ă un niveau correct. » Riyad a rĂ©cemment augmentĂ© ses quotas de production, malgrĂ© l’accord de limitation entĂ©rinĂ© par l’Opep. Le ministre de l’Energie algĂ©rien a voulu rassurer la semaine derniĂšre : les deux pays sont toujours partisans des quotas, et cette faible augmentation avait pour objectif de compenser le recul de la production au Venezuela et en Libye. L’entente signĂ©e en 2016 a permis au prix du baril de remonter et Ă Alger de souffler. Une rĂ©union des pays exportateurs est prĂ©vue Ă Vienne, en Autriche, Ă la fin de la semaine.
Au programme Ă©galement, la coopĂ©ration Ă©conomique dans le secteur de la pĂ©trochimie par exemple. Mohammed Ben Salman sera accompagnĂ© d’une dĂ©lĂ©gation d’hommes d’affaires qui souhaitent augmenter leur volume d’investissements en AlgĂ©rie. Les importations de produits saoudiens ont d’ailleurs fait un bon de 30% cette annĂ©e.
… et gĂ©opolitiques
De plus, reprend Nasser Djabi, « lâAlgĂ©rie a besoin aussi de la non-intervention saoudienne Ă lâintĂ©rieur de lâAlgĂ©rie. LâArabie saoudite a toujours manipulĂ© des groupes terroristes dans les annĂ©es 1990, a financĂ©, donnĂ© des armes aux terroristes algĂ©riens. Donc, je crois que les autoritĂ©s algĂ©riennes veulent un peu limiter les dĂ©gĂąts. On aurait aimĂ© que la position officielle soit un peu plus claire pour dire non Ă cet assassinat, non Ă lâintervention dans la guerre au YĂ©men et que le pouvoir, les responsables algĂ©riens le disent assez clairement. »
Enfin, les autoritĂ©s algĂ©riennes ont annoncĂ© qu’elles aborderaient la question palestinienne. Une question rendue moins visible sur la scĂšne internationale, selon les AlgĂ©riens, notamment par les choix diplomatiques de Riyad.