Author: Don Kayembe

  • Gabon – Marie-Madeleine Mborantsuo : ” Je ne défends pas les intérêts de la famille Bongo “

    Gabon – Marie-Madeleine Mborantsuo : ” Je ne défends pas les intérêts de la famille Bongo “

    En l’absence du chef de l’État, tous les regards sont braqués sur la présidente de la Cour constitutionnelle. Interview exclusive d’une femme plus que jamais au centre des jeux de pouvoir et qui se tient droite dans ses bottes.

    Une nouvelle fois, c’est vers elle que tous les regards se tournent. Depuis que le président Ali Bongo Ondimba a été victime d’un accident vasculaire cérébral, le 24 octobre dernier, à Riyad, Marie-Madeleine Mborantsuo se sait scrutée et critiquée.

    Saisie par le Premier ministre, la Cour constitutionnelle, qu’elle préside depuis sa création, en 1991, a fini par autoriser le vice-président à tenir un Conseil des ministres le 16 novembre. Non sans avoir, au préalable, exigé de l’équipe des soignants un certificat médical attestant que le président était bel et bien vivant.

    Cette décision, Marie-Madeleine Mborantsuo le sait, lui a valu la réprobation d’une partie de la classe politique gabonaise. Mais il en faut plus pour ébranler cette femme au caractère bien trempé, qui balaie les critiques les unes après les autres en s’appuyant chaque fois sur cette Constitution à laquelle elle se dit tant attachée.


    >>> À LIRE – Gabon : enquête sur le fonctionnement de l’État en l’absence d’Ali Bongo


    Elle s’agace parfois de la virulence de ses détracteurs, convaincue qu’ils ne lui pardonnent pas d’être une femme. Alors elle s’emploie à dépersonnaliser le débat, prend soin de nous recevoir en présence d’un autre magistrat, comme pour montrer que non, elle ne décide pas seule et que ce n’est pas elle, mais la Cour, qui veille au respect de la loi fondamentale. La tâche est délicate, d’autant qu’à Libreville des clans rivaux s’affrontent déjà.

    Rencontre avec la présidente d’une institution souvent malmenée, rarement comprise, mais plus que jamais au centre du pouvoir.

    Jeune Afrique : Pourquoi avoir autorisé le vice-président à présider un Conseil des ministres ?

    Marie-Madeleine Mborantsuo : Parce que la situation d’indisponibilité temporaire du président de la République n’avait pas été prévue par la Constitution et que le Premier ministre [Emmanuel Issoze Ngondet] a saisi la Cour à cet effet. Je rappelle que ce n’est pas la première fois que cela se produit. Il est arrivé que ses prédécesseurs le fassent pour combler d’autres lacunes.

    Mais aviez-vous le droit d’ajouter un alinéa à la Constitution ?

    Indéniablement. L’article 60 de la loi organique régissant la Cour prévoit que celle-ci interprète les dispositions constitutionnelles en cas de lacune ou de doute. En d’autres termes, lorsqu’une disposition ou une norme à valeur constitutionnelle suscite des interprétations divergentes, c’est la Cour qui soit complète la lacune, soit, par son éclairage, donne la bonne lecture de la disposition. C’est sur cette base-là que nous avons agi.

    Pour l’avoir fait, vous avez été très critiquée…

    C’est à cause du contexte dans lequel est intervenue cette décision. Certains estiment que nous avons réécrit la Constitution, mais ce n’est pas vrai.

    La plupart des commentateurs n’ont même pas pris la peine de lire en intégralité la requête du Premier ministre ou la décision que nous avons rendue. Ils s’appuient sur des extraits pour construire des raisonnements à la logique fallacieuse.

    Cela dit, le débat autour de la Cour ne date pas d’aujourd’hui. Depuis le 30 avril 2018 [date à laquelle l’Assemblée a été dissoute], les grandes décisions que nous prenons font l’objet de débats incessants.

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  • Sous le coup d’un redressement fiscal, les locaux d’Orange Niger fermés

    Sous le coup d’un redressement fiscal, les locaux d’Orange Niger fermés

    La Direction générale des impôts du Niger a ordonné la fermeture des locaux d’Orange Niger à Niamey pour “non-paiement d’impôt”, a annoncé la compagnie de télécoms dans un communiqué vendredi 30 novembre.

    La filiale nigérienne de l’entreprise française Orange qualifie de « contestable » un redressement fiscal de 22 milliards de francs CFA (33 millions d’euros) décidé par le fisc nigérien, qui représente « près de 50% (de son) chiffre d’affaires », et s’étonne de la « brutalité » de cette mesure de fermeture prise jeudi 29 novembre.

    « Depuis le démarrage de ses activités en 2008 et jusqu’à date, Orange Niger s’est toujours acquitté de ses obligations fiscales ». « Orange Niger, ainsi que tous les opérateurs concernés par ces redressements, conteste cette décision et a formulé un recours pour lui permettre de défendre ses intérêts en toute sérénité », explique la société dans son communiqué.

    Orange Niger affirme que « la continuité de l’entreprise » est « gravement menacée par ces décisions unilatérales et disproportionnées ».

    Forte de « 2,4 millions de clients », Orange Niger compte « 532 salariés » et « représente plus de 52 000 emplois directs et indirects au Niger ». « L’impact de ses activités télécoms et sociétales représente 2,89 % du PIB national du pays », affirme la société dans le communiqué.

    Vaste campagne de recouvrement fiscal

    Le Niger compte quatre compagnies de télécoms qui se partagent les 7,7 millions d’abonnés aux services de téléphonie mobile, pour une population de 19 millions d’habitants. Le taux de pénétration de l’internet est de 19%, selon l’Autorité de régulation des télécommunications et de la Poste (ARTP).

    En 2017, la suppression par le gouvernement de la taxe sur les appels internationaux qui avait rapporté au fisc nigérien une vingtaine de milliards de francs CFA (environ 30 millions d’euros), avait été fortement critiquée par la société civile et l’opposition politique qui avaient dénoncé « un cadeau fiscal injustifié ».

    En octobre dernier le ministre nigérien des Finances, Hassoumi Massoudou, a annoncé le « rétablissement partiel » de cette taxe à partir de 2019, accusant les compagnies de télécoms de n’avoir pas tenu leurs engagements d’améliorer leurs prestations.

    Niamey est engagée dans une vaste campagne de recouvrement d’impôts pour améliorer ses recettes, dont une bonne partie sert à financer la lutte contre le terrorisme.

    Début octobre, l’ARTP a infligé plus de 3,5 milliards de francs CFA (5,3 millions d’euros) d’amendes aux compagnies présentes au Niger pour ne pas avoir « amélioré » la couverture et la qualité de leurs services.

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  • Algérie – Paul Desfarge : ” Cette béatification est l’occasion de préparer la venue du pape “

    Algérie – Paul Desfarge : ” Cette béatification est l’occasion de préparer la venue du pape “

    Moines de Tibhirine, relations avec les autorités, dialogue interreligieux, prosélytisme évangélique : Paul Desfarge, archevêque d’Alger, livre sa vision du rôle de l’Église catholique dans le pays.

    Dix-neuf religieux catholiques, moines, Pères blancs et bonnes sœurs, assassinés dans les années 1990 lors de la décennie noire, seront élevés au rang de bienheureux le 8 décembre à la basilique de Santa Cruz, à Oran. La mémoire de 114 imams victimes du terrorisme sera également honorée.

    Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, John Mac William, évêque de Laghouat-Ghardai, Jean-Marie Jehl, administrateur de Constantine et de Hippone, et Paul Desfarges, archevêque d’Alger, seront présents.

    Ce dernier explique pour JA le sens de l’événement et revient sur la place de l’Église en Algérie.

    Jeune Afrique : Comment a été prise la décision de la béatification de ces 19 religieux ? 

    Mgr Paul Desfarges : C’est l’aboutissement d’une longue enquête qui a rassemblé tous les témoignages concernant la vie et les écrits de ces hommes et femmes de foi. Au terme d’un travail qui a duré, le pape François a signé un décret autorisant leur béatification. Il est juste que ces 19 personnes soient montrées comme des exemples de vie selon l’Évangile, des modèles de don de soi à Dieu et à l’humanité, et de foi profonde.

    Quelle est la symbolique de cette cérémonie et de cette décision du pape ?

    Pour notre Église, elles sont une attestation de la fraternité par-delà ce qui peut apparaître comme des barrières. On peut témoigner, chrétiens et musulmans, chercheurs de sens et personnes de bonne volonté, qu’on peut vivre ensemble parce qu’au fond il y a une fraternité humaine qui nous unit. Nous sommes dans un climat de pardon, de paix et de réconciliation.

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  • Nouvelles technologies : le boom des jeux vidéo sur mobile en Afrique

    Nouvelles technologies : le boom des jeux vidéo sur mobile en Afrique

    Les ventes de mobiles et le paiement électronique ont permis la diffusion de jeux africains pour les appareils. Le marché est prometteur mais demande des capacités de connexion robustes.

    L’action se passe dans les années 1950. Une armée d’humains anéantit une colonie d’extraterrestres. Les mains sur son téléphone, les yeux rivés sur son petit écran, le fabricant de jeux vidéo sud-africain Simon Spreckley s’amuse comme un fou avec sa nouvelle création conçue pour les mobiles.

    « Le taux de pénétration du téléphone portable en Afrique est très élevé. Les gens possèdent souvent deux, voire trois téléphones. C’est la folie », estime le tout juste quadragénaire, vêtu d’un tee-shirt représentant « Brute », du nom de l’extraterrestre à quatre bras, tout droit sorti de son dernier jeu, « Invasion Day ». Comme Simon Spreckley, de nombreux développeurs africains optent pour la création de jeux destinés aux téléphones et tablettes, et non aux consoles traditionnelles comme la PlayStation ou les ordinateurs fixes.

    Explosion de la vente de mobiles

    « L’Afrique a énormément de potentiel parce que c’est un continent essentiellement de mobiles », explique Sidick Bakayoko, 34 ans, fondateur de Paradise Game, qui regroupe des développeurs ivoiriens. « On a fait ce bond technologique. Au lieu de passer par le PC, nous sommes allés directement au mobile », dit-il à l’AFP à l’occasion de la convention Africa Games Week, qui a réuni au Cap du 28 novembre au 2 décembre codeurs de jeux, développeurs, artistes et géants de l’industrie.

    « Aujourd’hui, il est très facile de se payer un téléphone mobile grâce à un certain nombre de smartphones à bas prix », assure Sidick Bakayoko, alors que des mordus de jeux vidéo testent à côté de lui de nouvelles créations.

    Le nombre croissant de jeux africains pour les appareils mobiles s’explique aussi par l’explosion des moyens bancaires sur portable, comme Mpesa au Kenya, un système de transfert d’argent via téléphone mobile. « En Afrique, beaucoup de gens n’ont pas de carte bancaire, mais il existe des solutions de paiement électronique grâce aux télécommunications », qui permettent d’acheter des jeux vidéo en ligne, poursuit Sidick Bakayoko.

    « Il y a effectivement un potentiel au niveau des jeux mobiles et du paiement électronique. Ca marche très bien au Kenya par exemple (…) Il n’y a pas de raison pour que le reste de l’Afrique ne puisse pas prendre le train en marche. »

    Un potentiel mais une connexion onéreuse

    Autre avantage des jeux sur portable, ils ne sont pas trop gourmands en data, alors que l’internet peut être cher et lent dans certaines régions du continent. « Au Nigeria, il y a même des jeux pré-téléchargés sur les téléphones parce que le data est très cher », explique Evan Greenwood, directeur du principal studio de jeux vidéo en Afrique du Sud, Free Lives.

    « Le potentiel est là (en Afrique) mais le data doit être plus accessible », insiste-t-il. Et évidemment « il faut fabriquer de bons jeux ». Pour attirer les passionnés, « Invasion Day » sera gratuit à télécharger mais les joueurs pourront acheter des mises à jour. Dans ce contexte, nombre de développeurs africains rencontrent des difficultés à transformer leurs créations en monnaie sonnante et trébuchante. « Point Point », création ivoirienne basée sur un jeu d’enfants traditionnel sur papier, et « Gazkar » de Madagascar, qui met en scène la mythique 2CV, sont populaires parmi les joueurs, mais ils ne sont toujours pas rentables.

    Un marché prometteur

    La récente décision en juin de Google de monétiser, et non plus de proposer en téléchargements gratuits sur son » play store », des jeux de différents pays africains dont le Nigeria, le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et la Tanzanie pourrait cependant changer la donne.

    « Invasion Day », créé par une équipe de huit personnes travaillant pour VSUS, un développeur basé au Cap, devrait être lancé en 2019 sur cette plateforme et probablement l’App Store d’Apple. Le marché est prometteur, selon le géant de l’audit PwC, qui estimait en 2017 que « les revenus des jeux de consoles et de PC allaient perdre des parts de marché au profit des jeux » proposés sur des appareils mobiles.

    L’industrie du jeu vidéo en Afrique, qui représente actuellement 310 millions de dollars par an, pourrait peser 642 millions de dollars d’ici à 2021, selon la même source.

     

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  • L’Angola, troisième pays africain qualifié pour le Mondial 2019 de basket

    L’Angola, troisième pays africain qualifié pour le Mondial 2019 de basket

    Après la Tunisie et le Nigeria, l’Angola a validé son ticket pour la prochaine Coupe du monde de basket prévue en 2019 en Chine. Les Palancas Negras se sont qualifiées en battant nettement leurs adversaires du Tchad ce samedi (90-50). Il reste trois tickets à prendre dans ces éliminatoires. L’Egypte et le Cameroun y croient encore, à la veille d’un dernier match importantissime entre les deux équipes.

    La nation africaine la plus souvent présente à la Coupe du monde de basket ne manquera pas le prochain rendez-vous. C’est l’enseignement majeur de ce samedi 1er décembre et des matches éliminatoires joués ce jour. L’Angola va participer pour la 8e fois de son histoire au Mondial de basket-ball, dont la prochaine édition aura lieu du 31 août au 15 septembre 2019.

    Groupe E : la Tunisie et l’Angola qualifiés, l’Egypte défie le Cameroun pour une « petite finale »

    Au second tour des éliminatoires de la zone Afrique, les Angolais visaient la victoire et la qualification face au Tchad, dernier du groupe E. Ils l’ont facilement obtenu en s’imposant sur un score net (90-50). Le suspense est ainsi quasi clôt dans ce groupe. En septembre, la Tunisie avait validé sa qualification mathématiquement. Les Tunisiens, champions d’Afrique en titre, ont quand même vu leur série de dix victoires s’interrompre ce samedi contre l’Egypte (73-64 après prolongation).

    Mais les Aigles de Carthage et les Palancas Negras de l’Angola sont quand même assurés de terminer à l’une des deux premières places du groupe E, avant même la 12e et dernière journée de leurs éliminatoires prévue ce dimanche 2 décembre. Une poule où le Tchad et le Maroc, battu par le Cameroun (63-57), sont déjà éliminés.

    L’Egypte (18 points) et le Cameroun (17 points) ont encore une chance : ils doivent s’affronter ce dimanche à Luanda, en Angola. Le résultat de cette rencontre cruciale indiquera qui finira à la 3e place. Une 3e place qui peut être qualificative pour le Mondial : le règlement stipule que les deux premiers du groupe E et du groupe F et le meilleur 3e de ces deux groupes s’envoleront pour la Chine.

    Groupe F : le Sénégal, la République centrafricaine et la Côte d’Ivoire se disputent une seule place

    Pas de rencontres dans cette poule ce week-end du 1-2 décembre 2018. Les derniers matches ont eu lieu mi-septembre, et ce groupe E ne rendra son verdict final que les 22-23-24 février 2019. Mais le Nigeria (18 points), fort de ses neuf victoires en neuf matches, est déjà assuré de finir à l’une des deux premières places, tandis que le Mali et le Rwanda sont déjà mathématiquement éliminés.

    Les trois autres équipes, à savoir le Sénégal, la République centrafricaine et la Côte d’Ivoire sont encore dans le coup. Les Sénégalais sont les mieux placés avec leurs 16 points, contre 13 pour les deux autres nations. En février prochain, ces trois équipes se feront face pour le sprint final. En jeu : le ticket qualificatif restant, ou la 3e place, peut-être qualificative en fonction du nombre de points par rapport au 3e du groupe E.

    Pays qualifiés : Tunisie et Angola (premier ou deuxième du groupe E), Nigeria (premier ou deuxième du groupe F)
    Pays encore en course pour une place de premier, de deuxième ou de meilleur troisième : Sénégal (groupe F)
    Pays encore en course pour une place de deuxième ou de meilleur troisième : République centrafricaine, Côte d’Ivoire (groupe F)
    Pays encore en course pour une place de meilleur troisième : Egypte, Cameroun (groupe E)
    Pays déjà éliminés : Maroc, Tchad (groupe E), Rwanda, Mali (groupe F)

    Chronologie et chiffres clés

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  • CAN 2018: 9e sacre continental pour les insubmersibles Nigérianes

    CAN 2018: 9e sacre continental pour les insubmersibles Nigérianes

    La finale de la Coupe d’Afrique des nations 2018 s’est décidée au bout du bout entre le Nigeria et l’Afrique du Sud à Accra, ce samedi. Et après 90 minutes sans but, les Super Falcons ont fini par venir à bout des Sud-Africaines (0-0, 4 tirs au but à 3). La domination des Nigérianes sur le football africain perdure, tout comme la malédiction des Banyana Banyana, battues pour la cinquième fois en finale.

    La suprématie nigériane a vacillé, mais elle tient toujours ! Et le football féminin d’Afrique ne change pas de reines. Cette 13e édition de la Coupe d’Afrique des nations s’est conclue ce samedi 1er décembre au Ghana sur la victoire du Nigeria contre l’Afrique du Sud. Les Nigérianes, sacrées lors des deux CAN précédentes, ne connaissent toujours pas le goût de la défaite en finale.

    Oshoala manque un penalty crucial

    Les Super Falcons auraient pourtant pu être battues pour la première fois en finale. Car ce samedi, c’était la journée des premières à l’Accra Sports Stadium, théâtre de cette finale. Dans la capitale ghanéenne, la CAN 2018 s’est jouée en prolongation et aux tirs au but. C’est inédit. Après les 90 premières minutes réglementaires, ni le Nigeria, ni l’Afrique du Sud n’avait trouvé le chemin des filets. Ça aussi, c’est nouveau. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir essayé.

    Les deux finalistes se sont surtout observés en première période. Après la pause, la domination globale du Nigeria s’est accentuée et les occasions ont été plus nombreuses pour les joueuses coachées par Thomas Dennerby. Jusqu’à cette 74e minute et le tournant de cette finale, quand la gardienne sud-africaine Kaylin Swart est sortie en retard devant Francisca Ordega et a concédé un penalty indiscutable sifflé par l’arbitre Mme Gladys Lengwe. Asisat Oshoala, buteuse en 2014 en finale face au Cameroun, a pris ses responsabilités. Mais l’attaquante a craqué : après avoir pris beaucoup d’élan, Oshoala a trop croisé son tir et manqué le cadre, au grand soulagement de Kaylin Swart. La rencontre s’est donc poursuivie sur ce score de 0-0 jusqu’à la fin du temps réglementaire.

    Oluehi sort l’ultime tir au but sud-africain

    En prolongation, l’Afrique du Sud est parvenue à gratter quelques occasions, via notamment une percée audacieuse plein axe de Thembi Kgatlana ou une demi-volée bien équilibrée signée Linda Motlhalo. Mais Tochukwu Oluehi, peu sollicitée auparavant, s’est montrée rassurante sur sa ligne. La gardienne des championnes d’Afrique en titre a confirmé en claquant hors du cadre un coup franc lointain qui filait sous sa barre, à deux minutes du terme. C’était un bon moyen aussi pour prendre confiance avec la fatidique séance de tirs au but qui se présentait alors.

    Une séance qui a mal commencé pour les Super Falcons. Onome Ebi, la première tireuse, a envoyé sa tentative sur le poteau. Mais plus tard, la Sud-Africaine Lebohang Ramalepe a frappé au-dessus de la barre transversale, permettant au Nigeria de revenir. Après cinq tirs, le Nigeria menait 4-3. Linda Motlhalo, cinquième et dernière tireuse pour l’Afrique du Sud, devait alors marquer pour maintenir son pays en vie. C’était sans compter sur Tochukwu Oluehi. La gardienne nigériane s’est parfaitement détendue et a sorti le tir de son adversaire, sacrant ainsi son équipe.

    Les Nigérianes sont sans rivales en Afrique

    Francisca Ordega, attaquante du Nigeria, a reçu le titre de meilleure joueuse de la finale, tandis que Thembi Kgatlana, attaquante de l’Afrique du Sud, a été nommée meilleure joueuse de la compétition. Une maigre consolation pour des Banyana Banyana maudites. Certes, elles joueront la Coupe du monde 2019 en France, en compagnie du Nigeria (champion d’Afrique) et du Cameron (3e de cette CAN). Mais cela fait désormais cinq défaites en autant de finales pour les Sud-Africaines, dont trois face au Nigeria…

    Un Nigeria qui règne plus que jamais sur le football africain féminin. En onze éditions de la Coupe d’Afrique des nations, les Super Falcons l’ont emporté à neuf reprises* (1998, 2000, 2002, 2004, 2006, 2010, 2014, 2016 et 2018). En 2008, elles finirent à la troisième place. Il n’y a qu’en 2012 que les Nigérianes ne furent pas sur le podium (quatrième). Nul doute que dans deux ans, au Congo-Brazzaville, le Nigeria sera encore un sacré client favori à sa propre succession.

    * les premières éditions de 1991 et 1995 se jouaient sous un autre format et ne sont généralement pas comptabilisées comme des victoires de CAN, comme le montre aussi le tweet des Super Falcons.

    Chronologie et chiffres clés

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  • Le Cameroun lance un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion

    Le Cameroun lance un processus de désarmement, démobilisation et réinsertion


    Par
    RFI

    Publié le 01-12-2018
    Modifié le 01-12-2018 à 22:27

    Le Cameroun lance un processus de DDR, « désarmement, démobilisation et réinsertion ». Le décret a été signé vendredi 30 novembre par le président Biya. Le texte explique que ce programme est destiné aux combattants de Boko Haram, dans l’extrême-nord du pays, mais également aux groupes armés sécessionnistes actifs dans les régions de l’Ouest anglophone.

    Le DDR sera piloté par le chef du gouvernement, mais dix ministres sont également impliqués, notamment celui de l’Administration territoriale, le ministre de l’Agriculture ou encore celui de la Défense. L’objectif est clair : offrir à ceux qui acceptent de déposer les armes de retourner à la vie civile. Le comité mis en place par le président camerounais prévoit que les armes soient collectées, les anciens combattants cantonnés et accompagnés, notamment dans des programmes de déradicalisation.

    Le processus doit concerné deux parties du pays. D’abord l’extrême-nord où Boko Haram est toujours capable de mener des attentats-suicides sur le sol camerounais, comme l’a prouvé le groupe terroriste mercredi dernier à Amchidé. Le chercheur Raoul Sumo du Centre des études stratégiques de Yaoundé estime qu’à Mora, où vivent une centaine de repentis, comme on les appelle, le processus existe déjà de manière officieuse. Le nouveau projet apporte un cadre. « C’est vrai que ça ne va pas totalement résoudre le problème, mais si ce processus s’inscrit dans un cadre beaucoup plus large, je crois que ce sera efficace. Il ne s’agit pas d’une inflexion au sens strict du terme, mais je crois que c’est un premier pas vers la gestion politique de cette guerre », estime-t-il.

    Mais pour le politologue Hans de Marie Heungoup, de l’International Crisis Group, la situation est tout autre dans les régions de l’ouest anglophone, où les séparatistes multiplient les attaques. Il estime que le moment est mal choisi. Un diplomate a la même analyse. Difficile de mettre en place un processus de désarmement et de réinsertion sans avoir auparavant signé d’accord de paix, ou au moins engagé des négociations, estime-t-il.

    Enfin, le décret signé par le président Biya ne donne aucune information sur le calendrier ni le financement, il évoque simplement des subventions et des contributions internationales.

    ► L’ONU s’alarme de la situation dans l’ouest et l’extrême nord du Cameroun

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  • Togo : affrontements entre forces de l’ordre et partisans du gel du processus électoral

    Togo : affrontements entre forces de l’ordre et partisans du gel du processus électoral

    À Lomé, comme dans de nombreuses villes du pays, des militants de la coalition des 14 partis de l’opposition ont défié les forces de l’ordre lors de manifestations réclamant le gel du processus pour les élections locales, référendaires et législatives des 16 et 20 décembre.

    Très tôt, samedi, plusieurs milliers de militants de l’opposition ont pris d’assaut le tronçon situé entre le marché de Bè, Kpota, Anfamè et le carrefour de l’église des Assemblées de Dieu, à Lomé. Sur le second parcours, parti du carrefour de l’église néo-apostolique et passant par le boulevard pavé de Bè, pour rejoindre le même carrefour de l’église des Assemblées de Dieu, les rues étaient tout aussi noires de monde.


    >>> À LIRE – Togo : manifestations, boycott, blocage au Parlement… les élections de décembre s’annoncent tendues


    Scandant des slogans hostiles au gouvernement, les manifestants ont déroulé une série de revendications : la « poursuite des réformes constitutionnelles institutionnelles » ; la « révision du cadre électoral, y compris le droit de vote des Togolais de la diaspora » ; la « libération des manifestants et acteurs de la société civile arrêtés dans l’exercice de leur droit constitutionnel » et la levée de « l’État de siège de fait des villes de Mango, Bafilo, Sokodé, Tchamba, Kara et des quartiers de Lomé ».

    Mais c’est surtout l’arrêt immédiat du processus électoral en cours qui constituent leur revendication première. « C’est une mascarade qu’on nous prépare », lance un manifestant à bout de souffle. « Personne n’ira voter. Et s’ils s’entêtent, personne ne reconnaîtra les résultats ! », s’emporte un autre dans le cortège.

    Face-à-face tendu

    Au quartier Bê, le face-à-face entre les forces de l’ordre et les  manifestants a été intense, dans un climat de tension intense et au milieu des volutes de gaz lacrymogènes. Face aux jeunes survoltés, qui ont dressé des barricades, les gendarmes ont dû se replier. Certains se sont réfugiés dans des maisons voisines.

    Depuis le 17 novembre, c’est la troisième fois que l’opposition descend dans la rue. La troisième fois, aussi, que manifestants et forces de l’ordre s’affrontent. Plusieurs cas de blessés ont été signalés, aussi bien dans les rangs des manifestants que des forces de l’ordre.

    Malgré la fronde de l’opposition, le gouvernement semble bien décidé à poursuivre le processus électoral : de source proche de la CENI, on se dit techniquement prêt à organiser les élections et le référendum du 16 décembre et les législatives du 20 décembre conformément au calendrier établi par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

    De son côté, l’opposition campe également sur ses positions. Une nouvelle journée « Togo mort » a été annoncée pour ce mardi 4 décembre.

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  • Retrait de la CAN 2019 au Cameroun: une «injustice flagrante» estime le gouvernement

    Retrait de la CAN 2019 au Cameroun: une «injustice flagrante» estime le gouvernement


    Par
    RFI

    Publié le 01-12-2018
    Modifié le 01-12-2018 à 18:09

    A la suite du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de 2019 au Cameroun par la CAF, le gouvernement camerounais s’est exprimé sur le sujet. Dans une déclaration lue ce samedi 1er décembre dans l’après-midi, Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication, dénonce « l’injustice » dont a été victime le Cameroun.

    « Le gouvernement de la République du Cameroun a pris connaissance avec consternation de la décision du Comité exécutif de la CAF, réuni à Accra le 30 novembre 2018, de retirer au Cameroun l’organisation de la CAN 2019 », a déclaré le ministre camerounais de la Communication.

    « Cette décision étonnante, à plus d’un titre, ne rend assurément justice ni aux investissements colossaux consentis par notre pays et qui se traduisent aujourd’hui par de belles infrastructures modernes, visibles de tous, ni à l’engagement déterminé du chef de l’Etat et du peuple camerounais à déployer les efforts nécessaires pour abriter en 2019 une fête éclatante du football africain. »

    Issa Tchiroma Bakary a appelé le peuple camerounais au calme. « Force est de constater que notre pays a fait l’objet, dès le départ dans le cadre de ce dossier, d’un traitement qui ne peut que susciter des interrogations. Face à cette injustice flagrante, le gouvernement de la République demande au peuple camerounais de garder toute sa sérénité et de ne pas céder à la tentation des polémiques stériles. »

    Poursuite des travaux

    Le ministre camerounais de la Communication n’a pas indiqué si le Cameroun poursuivra la CAF devant le Tribunal arbitral du sport. Il n’a pas non plus annoncé si le Cameroun acceptait la proposition de la CAF d’abriter la CAN de 2021, mais a soutenu que le pays poursuivra la construction des infrastructures prévues pour abriter la Coupe d’Afrique des Nations de football de 2019 et sera prêt à date.

    « Le Cameroun n’a pas démérité, et il le prouvera à la face du monde en poursuivant avec la même détermination la construction de ces belles infrastructures qui appartiennent au peuple camerounais. Et en les achevant à bonne date, ainsi que s’y est engagé le chef de l’Etat », a expliqué le ministre.

    « Il y a néanmoins lieu de souligner que le football africain ne pourra se hisser au niveau des continents plus avancés sans le respect d’une certaine éthique. Notre pays, qui a écrit certaines des plus belles pages de l’histoire du football africain, continuera à œuvrer sans relâche, de concert avec les autres pays africains et les instances internationales du football, au développement du football de notre cher continent. »

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  • «Congo Files»: comment protéger les experts?

    «Congo Files»: comment protéger les experts?


    Par
    Sonia Rolley

    Publié le 01-12-2018
    Modifié le 01-12-2018 à 18:23

    C’est une fuite sans précédent : des milliers de pages de documents confidentiels de l’ONU relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les Congo Files documentent les démarches entreprises par le système des Nations Unies entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Suddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait mis sur pied un comité d’enquête pour établir les faits mais aussi émettre des recommandations pour renforcer la sécurité des experts de l’ONU. Les conclusions de son rapport continuent de faire polémique.

    A ses parents, l’Américain Michael Sharp l’avait assuré : « C’est ma mission la plus sûre depuis dix ans ». L’affirmation n’avait rien d’un euphémisme. Ce n’était pas seulement la parole rassurante d’un fils aimant à l’égard de sa famille inquiète devant l’histoire tumultueuse de la République démocratique du Congo (RDC). « Personne ne touche jamais aux experts, leur avait garanti ce spécialiste des groupes armés. Personne ».

    Michael Sharp n’avait rien d’un débutant. Avant son entrée au groupe d’experts, le jeune Américain s’était déjà aventuré sur les plus mauvaises routes, avait négocié avec certains des groupes les plus dangereux du pays pour les convaincre de démobiliser. Cinq ou six chefs de milices auraient même transmis leurs condoléances, apprenant la mort de Michael Sharp et sa collègue Zaida Catalan le 12 mars 2017 dans la région autrefois paisible du Kasaï-Central, une province secouée à l’époque par une insurrection sans précédent contre l’autorité de l’Etat.

    Depuis 2004, des générations d’enquêteurs de tout âge et de toute origine, sélectionnés par le comité de sanctions des Nations unies, se sont rendues à moto dans les régions les plus reculées et les plus instables du Congo. Comme Michael Sharp et sa collègue suédo-chilienne, Zaida Catalan, ils cherchaient à accumuler suffisamment de preuves contre les instigateurs des violences dans ce pays-continent aux richesses si convoitées. Ils ont fait face aux mêmes manœuvres d’Etats-membres, les ardents défenseurs de la primauté de la souveraineté, comme ceux qui, sous couvert d’exigences sans cesse rehaussées en termes de preuves, rechignent à sanctionner pour préserver leurs intérêts dans la région.

    Pour la première fois dans l’histoire des groupes d’experts, le 12 mars 2017, quinze ans après l’instauration d’un embargo sur les armes en RDC, deux de ces enquêteurs indépendants mandatés par le Conseil de sécurité sont tués dans le cadre d’une de leurs missions. À l’approche des échéances électorales au Congo, avec les reports et le maintien au pouvoir de son président Joseph Kabila, les violences redoublent dans le pays, pas seulement dans les Kasaï.

    Trois heures pour répondre à un appel à l’aide

    L’ONU n’aurait jamais été informée de la disparition de Michael Sharp et Zaida Catalan le jour même, si la famille de l’experte suédo-chilienne n’avait pas donné l’alerte. La jeune femme avait suivi plusieurs formations relatives aux questions de sécurité. À 16h49, quelques minutes avant le meurtre, elle parvient à appeler sa sœur en Suède, sans être en mesure de lui parler. Elisabeth Morseby et sa mère n’ont pas besoin de mots pour comprendre que Zaida Catalan est en danger. Elles cherchent d’abord à joindre son collègue Michael Sharp, en vain.

    Moins de dix minutes plus tard, à 17h08, Maria Morseby décide d’écrire à New York à une adresse e-mail que sa fille lui avait laissée, en cas de problème. « On a reçu un appel de son téléphone congolais, mais ce n’était pas elle », peut-on lire dans ce message. Maria Morseby supplie son interlocuteur de « vérifier qu’il ne lui soit rien arrivé ». Il est 12h08 à New York en ce dimanche 12 mars 2017 quand le Département des affaires politiques de l’ONU (DPA) reçoit l’alerte. C’est ce département qui, à travers le Service du secrétariat des organes subsidiaires du Conseil de sécurité (SCSOB), s’occupe de tout ce qui est relatif aux treize comités de sanctions de l’ONU et aux dix groupes d’experts qui leur sont affiliés.

    Il aura fallu trois heures au quartier général de l’ONU pour informer sa mission au Congo (Monusco) de la disparition des experts. « Aux environs de 15h [heure de New York], le secrétariat dédié au comité de sanctions envoie un e-mail à la Monusco, lui transmettant le message qu’il a reçu de la mère de Zaida Catalan », mentionne un document confidentiel de l’ONU. Plus de célérité de la part du Secrétariat général n’aurait sans doute rien changé pour Michael Sharp et Zaida Catalan. Les « Congo files » prouvent qu’ils ont été tués quelques minutes après le coup de fil de l’experte suédoise à sa famille dans ce qui apparaît comme une attaque préméditée. Mais dans aucun document, même confidentiel, ce délai ne sera pointé par l’ONU comme anormalement long. « Il faut dire qu’il n’y a pas de point focal sécurité joignable 24h/24 par les experts et leurs familles », déplore un ancien membre du groupe.

    Ce soir-là, le chef du SCSOB, Kelvin Ong, est lui aussi contacté. Il est le principal responsable de l’organisation du travail des experts et semble dépassé par les évènements, comme toute sa hiérarchie à New York : « Il l’a dit : il n’y a plus qu’à s’en remettre à Dieu », confie un officiel onusien, non sans amertume. C’est moins sur Dieu que sur la Mission des Nations Unies au Congo (Monusco) que le Secrétariat général va se reposer pour retrouver ses experts. « Le quartier général n’a envoyé personne pendant toute la phase de recherche », s’agacent plusieurs employés de la Monusco.

    Le statut « déséquilibré » des experts

    Aux enterrements des deux experts, en Suède comme aux Etats-Unis, New York ne sera représenté que par le docteur Moussa Ba, chef de l’Unité de gestion du stress sur les incidents critiques. C’est à lui que l’on demandera de gérer les familles éplorées. Personne du SCSOB, du SCAD ou de tout autre acronyme qui encadrait le travail des experts ne fait le déplacement. Seuls leurs collègues et d’anciens membres du groupe viennent rendre un dernier hommage à leurs collègues disparus. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ne recevra les familles de victimes qu’en août, après avoir transmis au Conseil de sécurité les conclusions d’un rapport d’enquête qui vont à l’encontre de leur souhait. Les parents de Michael Sharp et Zaida Catalan réclament une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur la mort de leurs enfants. L’ONU décide, malgré la minutieuse enquête de sa police UNPOL, de se contenter de soutenir une procédure judiciaire congolaise défaillante.

    Dans les couloirs du quartier général à New York, une source onusienne confie : « À demi-mot, on comprenait que ces familles représentaient un risque pour certains responsables du Département des affaires politiques. Ils craignaient un procès ou d’être blâmés publiquement pour ce qui s’était passé ». Dans les premières semaines, c’est notamment la famille de Zaida Catalan qui n’avait pas hésité à s’en prendre à l’ONU sur les réseaux sociaux. Un autre officiel se souvient que cela avait provoqué beaucoup d’émoi de Kinshasa à New York, en mettant directement en cause l’ONU sur les réseaux sociaux. Par la suite, les parents des experts auraient été mis en garde contre toute déclaration publique intempestive, « du moins si elles souhaitaient continuer d’être informées par l’ONU de l’avancée du dossier ».

    Michael Sharp et Zaida Catalan n’étaient pas des employés de l’ONU. « La question de leur statut a été abordée en réunion dès le début et à plusieurs niveaux », explique une autre source onusienne. Comme tous les experts mandatés par le Conseil de sécurité, ils n’avaient qu’un contrat de consultance. Ils devaient contracter eux-mêmes leur propre assurance maladie et accident, ne pouvaient prétendre à aucun congé, ni formation payée par les Nations Unies. Leur statut prévoit toutefois que dans le cadre de leur mission, s’ils sont blessés ou tués, leurs familles recevront une compensation. « Il y a un déséquilibre entre la faiblesse du statut institutionnel et la perception générale du rôle et positionnement des experts », confie un ancien membre du groupe.

    Dès la première nuit, le secrétariat général de l’ONU s’inquiète d’avoir uniquement pour Michael Sharp et Zaida Catalan « l’autorisation de sécurité soumise et approuvée pour le voyage entre Goma et Kananga mercredi », jour de leur arrivée dans la petite capitale du Kasaï-Central. Le 13 mars 2017, il exige l’impossible, toutes les autorisations dûment signées pour tous les membres du groupe depuis le début de leur mandat. « Là où le quartier général est cynique, c’est que des officiels comme Kelvin Ong étaient parfaitement conscients des risques que prenaient les experts et les conditions dans lesquels ils faisaient leur travail », s’emporte encore cet officiel onusien. Un ancien expert renchérit : « C’est de la pure hypocrisie. Les Etats-membres, le secrétariat général, tout le monde savait ». L’important, avant la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan, c’était le niveau de preuves, pas les méthodes employées.

    « Il n’y a pas plus politique que les comités d’enquête »

    Dans les jours qui suivent la disparition des deux experts, le gouvernement congolais, lui, occupe le terrain. Il prend l’initiative de la communication. Son porte-parole, Lambert Mende, a deux messages à faire passer. D’abord, Michael Sharp et Zaida Catalan seraient arrivés « incognito » à Kinshasa, la capitale congolaise, puis à Kananga, jusqu’au lieu où ils seront tués. Ensuite, ils ont osé s’aventurer à moto, « sans escorte de l’armée, sans prendre la température auprès des autorités », insiste à l’époque le ministre congolais de la Communication. « On aurait pu leur déconseiller », poursuit-il. Lambert Mende a beau jeu de s’emporter : « Et voilà que nous devenons responsables de leur sécurité ». Même si depuis, les différentes enquêtes de l’ONU ont démontré que, depuis les services de sécurité à Kananga jusqu’à la présidence à Kinshasa, les autorités congolaises étaient informées de leur présence.

    Le comité d’enquête mis sur pied en mai 2017 par le secrétaire général des Nations Unies ne dira pas autre chose. Ce « Board of Inquiry » (BoI) est composé de quatre consultants chevronnés, tous des anciens du secrétariat général qui n’ignorent rien des procédures et des carcans politiques onusiens. M. Starr, qui dirige le comité, a été sous-secrétaire général de l’ONU en charge de la sûreté et de la sécurité (UNDSS). L’autre Américain du « Board », John Logan, a été employé pour le même département. Andrew Hughes a travaillé pendant trente ans pour la police fédérale australienne, cinq pour le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU. La seule femme de l’équipe, Loraine Rickard-Martin, est l’une des consultantes régulières du département des affaires politiques, spécialisée sur la question des sanctions. Aucun ancien expert ne figure parmi ses membres.

    C’est le choc des cultures. Dans son rapport, le « Board of Inquiry » s’en prend au « culte du secret » du groupe d’experts et à ses méthodes de travail. « L’indépendance accordée au groupe est mal comprise par les experts. Ils voient peu ou même aucune restriction dans la manière dont ils devraient appliquer leur mandat », met en garde le comité d’enquête. Les responsables du DPA, SCAD, SCSOB interrogés se défaussent. Ils assurent avoir expliqué à Michael Sharp et Zaida Catalan comme à tous leurs collègues que même en temps d’experts indépendants, ils « étaient dans l’obligation de respecter toutes les règles et régulations des Nations Unies ».

    Les « cow-boys » versus UNDSS

    « Le comité d’enquête n’a trouvé aucune preuve que les experts aient informé l’antenne des Nations unies à Kananga de son intention de travailler à l’extérieur de la ville », écrit le comité dans son rapport final daté du 2 août 2017. Comme le gouvernement congolais, il insiste sur l’absence d’escorte des Nations unies « alors que l’opportunité leur est offerte ». Les membres du « Board » se refusent à considérer que la présence des casques bleus pourrait constituer un obstacle à l’accomplissement de la mission des experts à la récolte d’informations. Ils semblent oublier qu’au Congo, la Monusco reste une partie au conflit, qu’elle est officiellement le partenaire du gouvernement congolais et intervient aux côtés de l’armée congolaise contre les groupes armés. « À Beni, si on circule en voiture de l’ONU, on nous jette des pierres, rétorque un ancien du groupe d’experts. Avec certains groupes armés, si on arrive avec les casques bleus, ils ne viennent jamais au lieu de rendez-vous ou fuient dans la forêt ».

    A quatre reprises dans ce rapport confidentiel de 47 pages, le comité fait de l’utilisation des motos, « malgré des briefings préalables contre ce type de comportement », l’une des raisons qui ont permis aux assassins de Michael Sharp et Zaida Catalan d’accomplir leur sale besogne. La famille de l’expert américain ne décolère pas depuis leur premier entretien avec le patron du « Board of Inquiry », Greg Starr. « Il les a appelés des cow-boys, raconte le père de Michael, John Sharp. Ce qu’il voulait dire, c’est que c’étaient des gens irresponsables ». Les parents des victimes, écœurées par la manière dont leurs enfants sont dépeints, demandent depuis sa remise au Conseil de sécurité la révision de ce rapport. Mais le secrétariat général, comme Greg Starr, persiste et signe quant au bien-fondé des conclusions du comité et se refuse à changer ne serait-ce qu’une ligne du rapport honnis.

    Depuis la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan, plusieurs experts et anciens membres du groupe ont dénoncé de l’absence d’un plan de gestion des risques récents et de l’inadéquation des recommandations, formations et briefings sécuritaires qui correspondent à ceux d’un employé lambda de la Monusco. En 2013, le groupe avait formellement demandé au secrétariat général d’acheter des « trackers » pour permettre d’alerter en cas de problème de sécurité ou même d’être géolocalisé. « Ça aurait sans doute éviter qu’on mette deux semaines à retrouver les corps de Michael et Zaida »​, estime un ancien expert, dépité. À l’époque, en pleine guerre entre l’armée congolaise et la rébellion du M23, alors que les membres du groupe sont souvent en première ligne, New York oppose à cette requête une fin de non-recevoir, faute d’argent.

    L’inadéquation des mesures de sécurité

    Les experts ne sont pas les seuls à enfreindre les règles fixées par UNDSS pour l’ensemble du personnel onusien. Au sein des missions de l’ONU, de la Centrafrique au Mali, en passant par le Congo, des employés témoignent de la difficulté à respecter ces règles qui manquent de « flexibilité », de « pragmatisme » ou d’« adaptabilité ». Il y a ceux qui se souviennent d’avoir été abandonnés sur un tarmac de nuit, par manque de coordination, d’autres qui expliquent n’avoir jamais reçu de briefing de sécurité, faute de personnel disponible. D’autres qui sont exaspérés par la lenteur des convois et « les casques bleus qui regardent leur montre ». Tous se retrouvent sur le manque de moyens et la complexité des mandats. En RDC, « un bon tiers de la mission ne respecte pas les règles de UNDSS », estime un ancien employé. « Mais il est acquis pour tout le monde que le mandat et le terrain les rendent difficiles à respecter. Chacun essaie de faire au mieux pour accomplir sa mission », estime cette source onusienne.

    Si les membres du comité d’enquête de l’ONU émettent des jugements très sévères dans leur rapport vis-à-vis de certains comportements des experts, ils concluent que le réponse du système des Nations unies dans son ensemble, « à partir du moment où il est devenu évident que les deux experts avaient disparu », a été à la fois « compétente, opportune, bien coordonnée et attentionnée ». Ils ne font mention ni des faiblesses du système d’alerte mis en place par le secrétariat général, ni des quinze jours qu’il aura fallu à la Monusco pour retrouver les corps des deux experts.

    Ce rapport ne dit rien ou presque des entraves quasi-quotidiennes rencontrées par les différentes équipes de la Monusco qui se sont succédé sur ce dossier. Nulle part, il n’est fait mention d’une quelconque préméditation et moins encore du rôle joué par des agents de l’Etat dans l’organisation de la mission qui a coûté leur vie à Michael Sharp et Zaida Catalan. Par calcul, toutes les preuves ou informations qui pouvaient indiquer une responsabilité du « partenaire congolais » ont été écartées, transmises aux autorités américaines et suédoises, mais pas aux membres du Conseil de sécurité.

    Le patron du comité le confirme lui-même aux familles des deux victimes, avides de vérité. Il y a des lignes à ne pas franchir, leur explique sans ménagement Greg Starr, pour éviter la « rupture de la coopération » avec Kinshasa. Tout juste le « Board » concède-t-il que les autorités congolaises ne décolèrent pas depuis qu’une dizaine d’officiels congolais dont les principaux responsables des services de sécurité ont été sanctionnés et que cette « sensibilité aux sanctions » constitue un risque pour le personnel onusien dans son ensemble et les experts en particulier. La Monusco n’est plus la bienvenue au Congo. Lors de la dernière Assemblée générale des Nations Unies, le président Joseph Kabila a promis des élections pour décembre et un plan de retrait pour la mission de l’ONU d’ici au renouvellement de son mandat en mars prochain.

    La colère derrière les « Congo Files »

    Depuis les premières révélations des « Congo Files » diffusées par RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer l’option levée par Antonio Guterres de favoriser la coopération avec Kinshasa au détriment, disent-ils, de la vérité. L’un des premiers à l’avoir exprimé sur les réseaux sociaux, c’est le prince Zeid Ra’ad Al Hussein. Il était le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme à la mort des deux experts. Quatre jours avant leur disparition, il a appelé à la création d’une commission d’enquête internationale et dénoncé un usage disproportionné de la force et l’existence de fosses communes.

    « La mort de deux experts du conseil de sécurité est un événement sans précédent », rappelle le prince Zeid. Le diplomate jordanien évoque avec émotion « ces gens extraordinaires », les experts qu’il connait bien. Il a été le président du comité de sanctions sur la RDC en 2014. Cette année-là, il a rencontré régulièrement les prédécesseurs de Michael Sharp et Zaida Catalan, « des personnes qui prennent des risques considérables pour ramener au conseil les informations les plus précieuses » sur les violences commises en RDC et leurs auteurs. Le prince Zeid s’indigne contre beaucoup de choses dans cette affaire, qu’on qualifie les experts des « cow boys », que le secrétariat général de l’ONU se permette d’expurger le rapport de son comité d’enquête de toutes les informations relatives à des agents de l’Etat et aux militaires avant de le transmettre au Conseil de sécurité. « Les experts travaillent pour le Conseil, c’est au Conseil de décider de la pertinence de ces informations, pas au secrétariat », insiste le prince Zeid.

    Pour le directeur du Groupe d’études sur le Congo, un centre de recherche rattaché à l’Université de New York, Jason Stearns, il est clair que la décision prise par Antonio Guterres ne fait pas l’unanimité au sein du système onusien : « Je pense qu’il y a de plus en plus d’officiels onusiens qui sont frustrés par leur propre organisation ». Jason Stearns y voit la raison même de l’existence des « Congo Files », cette fuite sans précédent de centaines de documents de différentes divisions ou départements de l’ONU, JMAC, UNPOL, SCAD, DPA, DPKO. Ce « leak » ne peut être le fait d’une source unique. « C’est pour ça qu’il y a autant de fuites de documents confidentiels, c’est parce qu’ [un nombre croissant d’officiels onusiens] n’ont plus confiance dans le système », explique cet ancien coordonnateur du groupe d’experts sur le RDC.

    Le meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan a été filmé, à hauteur d’épaule. Un cache masque l’objectif. Les deux experts ne réalisent qu’à la dernière minute qu’ils vont être tués. Ils marchent librement, leurs meurtriers les rassurent. Les tuer ne fera pas débat. Ceux qui tirent sont du genre à répondre aux ordres sans hésiter, même si les victimes sont mandatées par le Conseil de sécurité de l’ONU. « Michael Sharp et Zaida Catalan n’ont pas été tués parce qu’ils étaient trop téméraires, rappelle encore le chercheur américain Jason Stearns. Ils ont été tués parce que quelqu’un a décidé de les assassiner ».

    Cette volonté implacable explique sans doute l’acharnement de la police des Nations unies à mener pendant six mois une véritable enquête criminelle, malgré les entraves et le manque de moyens. S’en prendre aux experts de l’ONU, c’est s’en prendre au Conseil de sécurité et à travers lui à toute l’organisation. « Mais c’est aussi parce qu’au secrétariat, ils pensent protéger le personnel de l’ONU et son maintien au Congo que le secrétariat a certainement choisi d’écarter ces preuves et de laisser le soin à Washington et à Stockholm de régler leurs comptes avec Kinshasa », croit savoir un diplomate occidental. Pour un haut responsable de l’ONU, c’est la divulgation de tous ces documents confidentiels qui fragilisent les Nations unies au Congo. « Il va y avoir des représailles du gouvernement », redoute-t-il.

    Une recrudescence d’attaques délibérées

    Pour l’ancien numéro un des droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, ce type de raisonnement ne tient pas. Après l’exécution de deux experts, les omissions du secrétariat général, le silence du conseil de sécurité et du comité de sanctions, l’absence d’outrage international à la Khashoggi, lui s’inquiète pour la sécurité de « ceux qui travaillent encore » au Congo, et en particulier les experts et tous les enquêteurs de la Monusco. « Chaque fois où l’ONU ne prend pas de positions très fortes dans ce genre d’affaires, cela crée une véritable incertitude pour tous les autres », ajoute le prince Zeid.

    Les faits lui donnent peut-être raison. Depuis l’assassinat de Michael Sharp et Zaida Catalan, la Monusco a connu les plus graves incidents de sécurité de son histoire, des dizaines de casques bleus ont été tués, blessés ou kidnappés, des bases attaquées. Lors de manifestations, des véhicules du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme ont essuyé des tirs, des journalistes de radio Okapi, la radio onusienne, ont été arrêtés ou battus. En cette période préélectorale, alors que la RDC connaît une recrudescence de tensions et de conflits, la Monusco, amputée par des coupes budgétaires, vilipendée pour son inaction, vit sous la menace des groupes armés, comme du gouvernement congolais. « La mission est complètement désacralisée, plus personne ne redoute des représailles des Nations unies de quelque nature que ce soit », se lamente un cadre de la Monusco, avant d’ajouter dans un soupir : « On en est réduit au rôle de témoin gênant et à chasser ».

    Mais le Congo n’est pas le seul pays où le personnel des Nations Unies devient une cible. En 2017, selon le Comité permanent sur la sécurité et l’indépendance du Syndicat du personnel des Nations Unies, au moins 71 membres du personnel des Nations Unies et du personnel associé – 53 casques bleus et 18 civils, dont deux policiers et 15 contractuels – ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions à travers le monde. Il s’agit du nombre de victimes le plus élevé jamais enregistré par ce Comité sur une année. Sur un peu plus de cinq ans, ils sont plus de 500 à avoir perdu la vie, le plus souvent dans des attaques délibérées. C’est aussi pour enrayer cette hémorragie que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé l’initiative « Action for Peacekeeping ». « On espère vraiment que ce sera plus qu’une opération de communication », commente un employé de la Monusco déployé dans l’une de ces zones à risques.

    DROIT DE REPONSE

    Cette enquête collective a nécessité presque deux ans d’investigations pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan ont été assassinés.

    Le procès ouvert le 5 juin 2017 à Kananga est toujours en cours. Il a été suspendu 10 mois sur demande du secrétariat général de l’ONU. Le procureur canadien Robert Petit a été nommé pour soutenir l’enquête judiciaire congolaise.

    • Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, appelle les Nations unies à transmettre toutes leurs informations, y compris relatives à des agents de l’Etat, à la justice militaire congolaise. « C’est parce que nous savons que des membres du personnel de l’Etat sont capables de poser des actes attentatoires aux lois que nous avons institué la justice militaire », ajoute-t-il. Il dément en revanche toute responsabilité de l’Etat congolais : « La responsabilité pénale est individuelle ».
    • L’auditeur général de l’armée, Timothée Mukuntu, dit ne pas avoir eu connaissance du dossier d’enquête de la police des Nations unies. Il dément toute entrave de la justice militaire, mais reconnaît « une certaine lenteur mais pas de volonté d’entraver quoi que ce soit ».

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